Joseph Papineau

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Portrait de Joseph Papineau, 1825, par Louis Dulongpré

Joseph Papineau, né à Montréal (Nouvelle-France) le 16 octobre 1752 et décédé à Montréal (Canada-Est) le 8 juillet 1841, était un arpenteur, notaire, seigneur et homme politique bas-canadien[1].

Biographie[modifier | modifier le code]

Famille et éducation[modifier | modifier le code]

Petit-fils d'un soldat français arrivé du Poitou et devenu cultivateur en Nouvelle-France, fils d'un tonnelier de Montréal, Joseph Papineau est issu d'un milieu modeste. Après des études primaires à l'école des Sulpiciens de Montréal, il continue sa formation en 1765 sous la tutelle de Jean-Baptiste Curatteau, curé de Longue-Pointe (Montréal), qui conseille à ses parents de lui permettre de compléter ses études classiques au Petit séminaire de Québec, de 1767 à 1771. Il s’initie à l’arpentage auprès de Jean de Lisle, par ailleurs notaire, et reçoit sa commission d’arpenteur le 20 juillet 1773. En 1775, toujours chez De Lisle, il commence un stage de clerc en notariat. Sa commission de notaire lui est délivrée en 1780.

Notaire et arpenteur[modifier | modifier le code]

Après quelques années comme notaire et arpenteur, sa clientèle comprenant des communautés religieuses, les séminaires de Québec et de Montréal, il jouissait d'un capital de confiance dans toutes les parties du pays, jusqu'à 20 ou 30 lieues, et son expérience lui permit de connaître les titres et les limites des propriétés parfois plusieurs fois modifiées depuis la conquête. On trouve son nom au bas des principaux actes de ce temps-là. C'est lui qui traça la plupart des concessions des seigneuries de l'Île-Jésus, de Beauharnois, Longueuil et de Rigaud.

Militaire[modifier | modifier le code]

Durant la guerre, il s'illustre en transportant des dépêches importantes arrivées à Montréal pour le gouverneur Carleton, alors à Québec. Avec un dénommé Lamothe, il aurait parcouru la distance entre Montréal et Québec à pied en plein hiver en évitant les grands chemins. Selon Laurent-Olivier David, « ils cachèrent leurs dépêches dans des bâtons creux, qui leur servaient de cannes, et partirent pour leur lointain et périlleux voyage. Ils marchèrent de presbytère en presbytère, obligés d'avoir recours à toute espèce de ruses pour ne point tomber, avec leurs dépêches, entre les mains des Américains et des insurgés canadiens.

Le 11 mars, trois semaines après leur départ, ils étaient en face de Québec, sur les hauteurs de Lévis. »

Là, ils eurent recours à un stratagème pour passer inaperçus et arriver sains et saufs à la citadelle avec leurs dépêches. « Ils s'entourèrent la tête avec des mouchoirs blancs et mirent leurs chemises par-dessus leurs vêtements. » Ainsi accoutrés, ils franchirent le fleuve, sur les mains et les pieds, au milieu des bancs de neige et de glace.

Le succès de leur mission leur valut alors une certaine notoriété. Par la suite, Papineau entra dans la compagnie du capitaine Marcoux, qui défendait l'un des postes de Québec.

Vie publique[modifier | modifier le code]

Avec les Rocheblave, les Lotbinière, les Panet, l'évêque Plessis, ce furent surtout Bédard et Papineau qui marquèrent cette époque, parce que considérés comme les deux patriarches des libertés politiques.

Joseph Papineau mit toute l'influence dont il jouissait à décider ses compatriotes à signer les nombreuses pétitions que le parti constitutionnel ne cessait d'envoyer en Grande-Bretagne, de 1783 à 1790, et dans lesquelles étaient revendiqués pour les Canadiens les mêmes droits politiques que les sujets britanniques.

Il réussit à les convaincre que la préservation de leur nationalité était dans les institutions qu'ils redoutaient tant. « Que Sa Majesté nous donne, disait-il, une chambre d'assemblée, nous y entrerons et nous pourrons y défendre et conserver nos lois, exposer nos vœux et nos besoins. »

Ses arguments eurent un grand impact sur le peuple, surtout lors de la publication du projet de constitution élaboré par le gouvernement britannique, qui, divisant le Canada en deux provinces, donnait à chacune d'elles une chambre d'assemblée et octroyait aux Canadiens comme aux Britanniques les mêmes droits politiques.

Les Britanniques mirent tout en œuvre, en vain, pour faire rejeter ce projet de constitution. Il était trop tard, la nouvelle constitution ayant été votée par le Parlement britannique, et validée par le roi.

Les élections, les premières permettant aux Canadiens de nommer leurs législateurs, eurent lieu en juin 1792 et désignèrent ceux qui, depuis plusieurs années, s'étaient donné tant de peine pour préparer l'avènement du nouveau régime.

Papineau, qui aurait mieux aimé vaquer à ses nombreuses affaires, fut cependant amené à continuer à œuvrer pour la cause publique et à sacrifier ses intérêts personnels. Élu pour le comté de Montréal, il prit son siège, à la première session de la chambre d'assemblée, en décembre 1792.

Cette chambre se composait de 54 Canadiens-Français et seize Britanniques. Dès le premier jour de la session, les Britanniques proposèrent l'abolition de la langue française lors des débats de la chambre et l'attribution de la présidence à l'un des leurs. Ces deux points soulevèrent de violents débats.

Joseph Papineau, notamment, s'éleva contre les prétentions de la minorité britannique, et interrogea sur la validité de la nouvelle constitution, si les droits de la majorité étaient violés et sa langue proscrite. « Est-ce parce que le Canada fait partie de l'empire britannique, est-ce parce que les Canadiens ne savent pas la langue des habitants des bords de la Tamise qu'ils doivent être privés de leurs droits. »

Les Canadiens l'emportèrent. Jean-Antoine Panet fut élu président et l'usage de la langue française fut admis par la majorité.

Jusqu'en 1804, Joseph Papineau siégea à la chambre d'assemblée. Ayant acquis du Séminaire de Québec la Seigneurie de La Petite-Nation en 1801 et en 1803[2], il quitte son siège pour s'occuper d'exploiter cette propriété. Mais, en 1809, le parti canadien le força à sortir de sa retraite pour aller porter aux membres de la chambre le secours de son éloquence et de son patriotisme. La situation était critique.

Après des élections générales et la chambre dissoute par le gouverneur Craig, après trente-six jours de session, parce qu'elle avait demandé que les juges fussent exclus de la législature. La majorité était décidée à protéger son indépendance, à empêcher le gouvernement de la rendre impuissante, de remplir la chambre de ses partisans, juges ou fonctionnaires publics. C'était bien assez que le gouverneur eût, dans le conseil législatif, une machine à défaire tout ce qu'elle faisait.

Bédard, allant au cœur même de la question, avait proclamé, qu'il n'y avait qu'un seul moyen de remédier aux vices de la constitution de 1791, c'était de créer un ministère responsable. Il avait indiqué la solution qu'on devait appliquer après trente années de luttes. Le Canadien soutenait ces doctrines et justifiait avec habileté et énergie la position de la chambre.

Lors des élections d'octobre 1809, le peuple élut ceux qui l'avaient si bien défendu et quelques autres s'étant déjà fait connaître par leurs talents et leur patriotisme, parmi lesquels se trouvait le jeune Louis-Joseph Papineau. Joseph Papineau fut élu pour la division-est de Montréal.

À l'ouverture de la session de 1810, Papineau était à son poste. Il recommença, avec plus d'énergie que jamais la lutte qu'il avait déjà soutenue contre la bureaucratie. Des ordres venus du Royaume-Uni avaient enjoint au gouverneur d'annoncer à la chambre, dans son message, qu'il sanctionnerait une loi déclarant les juges inéligibles, pourvu qu'elle fût votée par les deux chambres.

Cette demi-victoire fit plaisir à la majorité et l'engagea à continuer ses combats contre la tyrannie. Persuadée que le meilleur moyen de contrôler les fonctionnaires publics, était de faire voter leur salaire par la chambre, elle déclara que le pays était capable de payer toutes les dépenses civiles, et prépara une adresse pour informer le parlement britannique que le Canada était prêt à accepter cette charge. Elle vota ensuite, pour la deuxième fois, la loi qui excluait les juges de la chambre.

Le conseil ayant voulu amender cette loi, elle déclara le siège du juge de Bonne vacant. De Bonne est un de ceux qui désertèrent, dès le commencement de la lutte, le drapeau national. Le gouverneur, qui réprimait difficilement sa colère depuis longtemps, éclata enfin. Il prorogea tout à coup le parlement et ordonna des élections générales. C'était la troisième élection depuis dix-huit mois.

Mais, pour intimider sérieusement la population et ses défenseurs, les presses du Canadien furent saisies, son imprimeur, Lefrançois, et ses propriétaires, Bédard, Taschereau et Blanchet, furent emprisonnés, et d'autres mandats d'arrestation furent lancés contre quelques citoyens influents du district de Montréal. Ils furent tous relâchés au bout de quelques jours, excepté Bédard qui ne voulut pas sortir sans qu'on lui fit son procès. Ces actes de violence, loin d'effrayer le peuple, comme l'espérait le gouverneur, l'exaspérèrent, et l'engagèrent à soutenir plus ardemment que jamais les hommes qui souffraient pour lui. Plus le gouverneur faisait des élections, plus la majorité était forte et compacte.

Craig fit alors de grands efforts pour engager le gouvernement britannique à asservir l'Église et la chambre d'assemblée du Bas-Canada. Dans ce but il envoya Ryland courir les anti-chambres des ministres britanniques, et déverser l'injure et la calomnie contre les prêtres et la population de ce pays. On ne sait ce qui serait arrivé, si, en cette circonstance, comme en 1774, la Grande-Bretagne n'avait eu besoin de défenseurs du pays contre les Américains qui menaçaient de l'envahir.

Craig reçut ordre de se calmer et d'apaiser les mécontentements qu'il avait soulevés. Aussi, lorsque la session s'ouvrit, au mois de décembre 1810, il se montra presque aimable à l'égard de la Chambre. Mais celle-ci n'eut rien de plus pressé que de s'occuper de l'emprisonnement de l'un de ses chefs, Bédard, dont elle demanda la mise en liberté, dans une adresse votée avec enthousiasme.

Papineau déploya une grande énergie en cette circonstance et, avec éloquence, démontra l'injustice de cet emprisonnement. C'est lui que la Chambre chargea d'aller au château, plaider la cause de l'illustre prisonnier. Craig, qui rendit compte, dans ses dépêches, de ses entrevues avec Papineau, n'a pu s'empêcher de rendre hommage à sa haute intelligence, à son esprit perspicace. Mais, gouverneur orgueilleux et entêté, ne voulant pas paraître céder à l'influence de la chambre, il attendit que la session fût finie pour faire sortir Bédard de prison. Craig partit, quelque temps après, et fut remplacé par Sir George Prévost.

Joseph Papineau participa encore aux deux sessions qui eurent lieu en 1812. Toujours loyal, il fut l'un des premiers à proposer les mesures nécessaires pour mettre le pays en état de se défendre contre les Américains ; mais aussi, toujours soucieux de l'indépendance de la Chambre, son nom figura dans un comité formé par la majorité, pour protester contre la conduite de Craig et faire une enquête sur les principaux faits de son administration.

La motion demandant la formation de ce comité avait été proposée par Lee et secondée par Louis-Joseph Papineau, qui montrait déjà, dit M. Garneau, les talents oratoires de son père. Comme Papineau s'était jeté dans les luttes politiques par devoir plutôt que par goût, il s'empressa d'en sortir, lorsqu'il put le faire avec la conviction que la cause nationale n'en souffrirait pas trop. Certains désagréments que lui causèrent les fonctionnaires achevèrent de le déterminer à quitter la chambre.

Retraite[modifier | modifier le code]

Papineau acquiert la seigneurie de la Petite-Nation, qu'il paye en grande partie en honoraires et services professionnels. La Petite-Nation, à cette époque, c'était la solitude, la forêt, on s'y rendait dans de petits bateaux, qu'on tirait à la tordelle à travers les rapides de Lachine et du Long-Sault, le plus souvent on se servait du canot d'écorce, qui se prêtait mieux au portage. Le trajet durait de huit à quinze jours ; on marchait toute la journée; le soir, on allumait un grand feu, on faisait bouillir la marmite, et, après avoir bien mangé, fumé plusieurs pipes et chanté toutes les bonnes vieilles chansons canadiennes, on se couchait à la belle étoile.

Sur toute la rivière des Outaouais, on ne trouvait que deux colons, Ebenezer Wright et Joseph Papineau. Papineau s'établit dans l'île Aroussen ou à Roussin, sur l'Ottawa, presque en face de Montebello. On y voit encore les ruines de la maison qu'il y construisit. Au bout de quelques années, il revint à Montréal, où il demeurait sur la rue St-Paul, à quelques pas de la rue Bonsecours, dans une maison transformée depuis en auberge. Cette propriété touchait par derrière à la maison paternelle située sur la rue Bonsecours, et alors habitée par son fils, Louis-Joseph Papineau.

Il épouse, vers l'année 1780, Délie Rosalie Cherrier (1756-1832), de Saint-Denis. De ce mariage naquirent :

  • Louis-Joseph (1786-1871), homme politique et patriote;
  • Rosalie (1788-1857), qui épouse Jean Dessaulles, seigneur de Maska et homme politique;
  • Denis-Benjamin (1789-1854), agent des terres de la Petite-Nation et homme politique;
  • André-Augustin (1790-1876), notaire;
  • Toussaint-Victor (1798-1869), prêtre[3].

Délie Rosalie Cherrier est la sœur de de la mère de Jean-Jacques Lartigue, évêque de Montréal, et de la mère de Denis-Benjamin Viger, journaliste et homme politique. À la maison familiale de Montréal, il est voisin de Jacques Viger, premier maire de Montréal.

Au commencement de l'année 1838, il n'hésita pas à entreprendre, malgré son âge avancé, un voyage rude et difficile à cette époque, pour aller voir son fils Louis-Joseph Papineau que les événements avaient forcé à se réfugier aux États-Unis. Il le trouva à Saratoga où ils passèrent plusieurs jours ensemble, entourés de parents et d'amis.

Trois ans après, Joseph Papineau, se trouvant chez son vieil ami, M. Roy, une table sur laquelle il était appuyé, céda brusquement; il tomba et se fractura la hanche. On le transporta chez l'un de ses neveux, Toussaint Cherrier, organiste de l'église St- Jacques, qui demeurait sur la place St-Jacques.

C'est là qu'il mourut, le 8 juillet 1841, à l'âge de 90 ans.

Il fut inhumé dans le cimetière de Montréal. On fit une souscription publique pour élever une pierre tumulaire sur sa tombe, et sur cette pierre, Augustin-Norbert Morin, fit graver l'inscription suivante : « JOSEPH PAPINEAU//Publicarum Legum Pater//Privatarum Expositor//Laboribus an sobole clarior//Obiit 8 Julii 1841 Oit 90//Amici P. P. » Son corps a plus tard été transporté à Montebello, dans le caveau de la chapelle funéraire consacrée à la famille.

Chronologie[modifier | modifier le code]

  • 1752 - Le 16 octobre, naissance de Joseph Papineau à Montréal.
  • 1767 - À l'automne, il entreprend des études classiques au Petit séminaire de Québec.
  • 1771 - Il termine ses études classiques.
  • 1771 - En septembre, il débute l'apprentissage de l'arpentage chez Jean De Lisle, notaire.
  • 1773 - Le 20 juillet, il reçoit sa commission d’arpenteur.
  • 1775 - Il fait un stage de clerc d'une durée de cinq ans chez Jean De Lisle.
  • 1776 - Durant la guerre d'indépendance des Treize colonies de l'Amérique du Nord britannique, il s'illustre en portant des dépêches militaires au gouverneur Guy Carleton de Montréal à Québec.
  • 1779 - Le 23 août, il épouse Rosalie Cherrier, fille de François-Pierre Cherrier, notaire dans la région du Richelieu.
  • 1780 - Le 18 juillet, il reçoit la commission de notaire.
  • 1780 - Le 5 août, il rédige son premier acte notarié.
  • 1784 - En novembre, il se joint au comité réformiste canadien.
  • 1784 - Il participe à la rédaction de la pétition du 24 novembre 1784 visant l'établissement d'une chambre d'Assemblée élue.
  • 1792 - Il est élu dans le comté de Montréal.
  • 1796 - Il est élu sans opposition dans le comté de Montréal-Est.
  • 1801 - Achat de la seigneurie de La Petite-Nation
  • 1841 - Le 8 juillet, il décède à Montréal.

Honneurs[modifier | modifier le code]

L'avenue Papineau à Montréal a été nommée à son honneur en 1890 par le Conseil municipal de Montréal. Le pont Papineau-Leblanc ainsi que l'autoroute Papineau (A-19) ont été nommé en son honneur en 1968. Joseph Papineau apparaît dans le roman historique Le roman de Julie Papineau de Micheline Lachance.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Richard Chabot, « Papineau, Joseph », dans le Dictionnaire biographique du Canada en ligne, consulté le 22 février 2009
  2. « Papineauville (municipalité) », La mémoire du Québec (consulté le 7 janvier 2014).
  3. Micheline Lachance, Le roman de Julie Papineau, Montréal, Québec/Amérique,‎ 1995, 522 p. (ISBN 2-89037-855-1), p. 10-11.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Archives[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]