Joseph Le Bon

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Joseph Le Bon
Joseph Le Bon, d'après un croquis de Jeanron.
Joseph Le Bon, d'après un croquis de Jeanron.
Fonctions
Maire d'Arras
16 septembre 179225 décembre 1792
Prédécesseur Charles-Dominique Brassart
Successeur Joseph Nicolas François Hacot
Membre du Directoire du département
11 octobre 17921er juillet 1793
Député de la Convention
1er juillet 179316 octobre 1795
Biographie
Date de naissance 25 septembre 1765
Lieu de naissance Arras, Royaume de France
Date de décès 16 octobre 1795 (à 30 ans)
Lieu de décès Amiens, France
Nationalité française
Parti politique Montagnard
Conjoint Élisabeth Regniez (5 novembre 1792)
Profession professeur de rhétorique, prêtre constitutionnel
Religion Catholique

Signature

Guislain-François-Joseph Le Bon, né à Arras (Pas-de-Calais) le 25 septembre 1765 et guillotiné à Amiens (Somme) le 16 octobre 1795, est un révolutionnaire français.

Enfance et formation[modifier | modifier le code]

Fils d'un sergent de ville de l'échevinage d'Arras, il appartient à une famille de neuf enfants aux limites de la pauvreté. Élève chez les oratoriens d'Arras, puis de Juilly, il se destine à l'état ecclésiastique sans trop de conviction et part faire son noviciat à Paris en 1783. Entré dans la congrégation de l'Oratoire en 1784, il est nommé au collège de Beaune, où il s'avère un excellent professeur de rhétorique. Ses compagnons le surnomment le « Bien-nommé ». En décembre 1789, Talleyrand, évêque d'Autun, l'ordonne prêtre[1],[2].

Ses élèves s'étant échappés, le 5 mai 1790, pour assister à la fête de la Fédération à Dijon, Le Bon est blâmé par ses supérieurs ; il court en voiture après ses élèves, les ramène au collège, mais, à ce moment, déchire ses habits et déclare qu'il quitte la congrégation. Quand il revient sur ce coup de colère, le lendemain, on refuse de le reprendre[1],[2].

Il se retire à Ciel, près de Beauvais, chez le père d'un de ses élèves. Là, il reçoit, le 8 juin 1791, la nouvelle de sa nomination comme curé constitutionnel de Neuville-Vitasse (Pas-de-Calais) et du Vernois, près de Beaune. Il opte d'abord pour Le Vernois, mais, apprenant que sa mère est devenue folle à la nouvelle qu'il a prêté le serment constitutionnel, il accepte Neuville-Vitasse, pour se rapprocher de sa famille[1],[2].

Débuts en politique[modifier | modifier le code]

Après le 10 août 1792, alors qu'il vient de renoncer au sacerdoce, plébiscité comme électeur, il est élu second suppléant du Pas-de-Calais à la Convention nationale, le 9 septembre, avec 400 voix sur 609 votants, maire d'Arras le 14 septembre et administrateur du département. Il fait arrêter et chasser d'Arras les commissaires de la Commune de Paris envoyés pour expliquer et justifier les décisions prises à partir du 10 août, et Guffroy le signale comme suspect de modérantisme. Ses concitoyens marquent la confiance qu'il leur inspire en le nommant procureur-syndic du département le 20 octobre. Toutefois, l'assemblée départementale, réticente devant son abjuration, l'évince bientôt de cette dernière charge. En décembre, un nouveau conseil général est élu à Arras, dirigé par Nicolas François Hacot. Le Bon quitte alors sa fonction de maire pour celle de membre du Directoire. Le 5 novembre 1792, il se marie avec sa cousine germaine, Élisabeth Regniez, de Saint-Pol-sur-Ternoise[1],[2].

Un temps proche, durant l'automne et l'hiver 1792-1793, des vues des Girondins, avec lesquels il partage l'opposition au procès de Louis XVI et le rejet de Marat, il salue leur chute lors des journées du 31 mai et du 2 juin 1793[1],[2].

Le 1er juillet 1793, il est admis à siéger à la Convention, en remplacement de Magniez, et siège avec la Montagne. Envoyé une première fois en mission dans la Somme et l'Oise le 9 août 1793 (8 brumaire an II-22 messidor an II), avec André Dumont, il lutte contre les accapareurs pour assurer l'approvisionnement des armées. De retour à Paris, il est élu, le 14 septembre, au Comité de sûreté générale, où il est, avec Le Bas, l'un des fidèles de Robespierre. Bernard de Saintes le dénonce comme fédéraliste, pour avoir défendu, contre ce représentant, en mission dans la Côte-d'Or, les membres du conseil général de la commune de Beaune[1],[2].

Il refuse une mission dans l'Orne, à cause de la santé de sa femme. Le 29 octobre, il est envoyé dans le Pas-de-Calais, où il s'oppose aux tentatives des sans-culottes d'inspiration hébertiste, lutte contre l'accaparement, organise les réquisitions frumentaires et pourchasse prêtres réfractaires et déserteurs. Toutefois, il se montre assez modéré pour que Guffroy l'accuse de tiédeur et le présente à la Convention comme le protecteur des contre-révolutionnaires. Le 6 mars 1794, le Comité de salut public le rappelle, avant de le renvoyer, avec les mêmes pouvoirs, dans le même département[1],[2].

Le terroriste[modifier | modifier le code]

« Les Formes acerbes ».
Eau-forte d'après Poirier de Dunkerque (1810)[n 1].
Article détaillé : Terreur (Révolution française).

Emporté par la fièvre révolutionnaire, alors que l'ennemi est à quelques lieues d'Arras, il se met à sévir contre les royalistes et applique avec la dernière rigueur les mesures nationales : loi des suspects, taxation du maximum, réorganisation du comité de surveillance d'Arras. En février 1794, il obtient l'institutionnalisation du tribunal révolutionnaire, qui siège à Arras puis à Cambrai jusqu'au 10 juillet ; il veille personnellement à la composition des jurys et intervient lors de procès[1],[2].

Guffroy le dénonce à nouveau, comme terroriste exagéré, cette fois, mais l'absence de probité de l'accusateur empêche à sa démarche d'obtenir l'écho suffisant à Paris. À l'origine de ces accusations, on trouve l'accusateur public d'Arras, Demuliez, qui, soupçonné par Le Bon d'intelligences secrètes avec la Contre-révolution, arrêté et conduit à Paris, appelle à lui son ami Guffroy, à qui il dépeint l'envoyé en mission d'Arras comme un monstre. Guffroy rédige alors une brochure intitulée : Les Secrets de Joseph le Bon et de ses complices, deuxième censure républicaine, ou Lettre d'A.-B.-J. Guffroy, Représentant du Peuple, Député à la Convention, par le Département du Pas-de-Calais, à la Convention Nationale et à l'Opinion publique. Pièces justificatives, où il reprend les calomnies de Demuliez[1],[2].

Toutefois, quand Guffroy porte à la tribune ses attaques contre Le Bon, le 25 juillet 1794, l'affaire est renvoyée à l'examen du Comité de salut public, et Barère, dans un rapport présenté quelques jours après, rejette la dénonciation. D'autant que Le Bon s'est distingué par sa conduite énergique face aux Autrichiens, qui menaçaient Cambrai. Appelé dans cette ville par Saint-Just et Le Bas, Le Bon a ranimé les courages et préparé la victoire de Fleurus. Au terme de la Terreur, on a pu dénombrer plus de 1 000 détenus et plus de 300 personnes condamnées dans le Pas-de-Calais[1],[2].

Dénonciation et condamnation[modifier | modifier le code]

Joseph Le Bon, gravure d'E. Thomas, d'après un dessin d'H. Rousseau.

Mais, le 15 thermidor an II (2 août 1794), quelques jours après la chute de Robespierre, de nouvelles dénonciations contre Le Bon aboutissent cette fois à un décret d'accusation. Rappelé à Paris, il est arrêté. Le 18 floréal (7 mai 1795), l'Assemblée charge une commission de 21 membres d'examiner sa conduite. Quirot, le rapporteur, présente les conclusions de son enquête le 1er messidor an III (19 juin 1795). Il a divisé en quatre classes les faits imputés à Le Bon (1° assassinats juridiques, 2° oppression des citoyens en masse, 3° exercice de vengeances personnelles, 4° vols et dilapidations) et conclut à la mise en accusation[1],[2].

Admis à la barre pour se justifier, Le Bon réclame trois paniers de papiers qui ont été enlevés de son domicile et dont ses ennemis se sont emparés. Après plusieurs semaines consacrées à entendre sa défense, comme la procédure traîne en longueur, il est décidé que Quirot lira son rapport article par article et que l'accusé y répondra dans le même ordre. Le Bon nie la plupart des faits qu'on lui reproche, en atténue d'autres. Sa défense est surtout centrée sur le fait qu'il n'a fait qu'exécuter les décrets de la Convention. Pour le quatrième chef d'accusation (vols et dilapidations), l'Assemblée refuse d'entendre la suite du rapport, déclarant que Le Bon s'est pleinement justifié à cet égard[1],[2].

Il n'en est pas moins traduit devant le tribunal criminel d'Amiens. Pendant ses quatorze mois de détention, il écrit à sa femme une série de lettres qui ont été recueillies et éditées en 1815 par Émile Le Bon, leur fils, juge d'instruction à Chalon-sur-Saône. On y trouve ce passage : « Ô mon amie, ne dis plus que je vais mourir, je vais commencer une nouvelle vie dans tous les cœurs dévoués à la République. » Condamné à mort le 11 octobre 1795 pour abus de pouvoir pendant sa mission, il est exécuté à Amiens le 24 vendémiaire an IV (16 octobre 1795). Le tribunal criminel a jugé sans appel, en fonction de la loi du 12 prairial. Vainement Le Bon demande-t-il à bénéficier de la nouvelle constitution et à se pourvoir en cassation ; la Convention passe à l'ordre du jour[1],[2].

Pendant plus d'un siècle, l'image de Joseph Le Bon a donné lieu à un véritable conflit idéologique, marquée par des débats politiques au niveau local. Tandis que la droite l'identifiait à un proconsul sanguinaire, pour la gauche, il incarnait une République qui distribuait le pain bon marché et des fonctions politiques aux militants modestes[2].

Sources[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c, d, e, f, g, h, i, j, k, l et m Adolphe Robert et Gaston Cougny, tome 4 (1889-1891, p. 13-14.
  2. a, b, c, d, e, f, g, h, i, j, k, l, m et n François Wartelle (2005), p. 656.

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Légende : « Cette gravure allégorique représente Joseph Le Bon*, posté entre les deux guillotines d'Arras et de Cambrai, tenant deux calices dans lesquels il reçoit d'une main et s'abreuve de l'autre du sang de ses nombreuses victimes, immolées au-delà de 550 dans les deux communes. Il est monté sur des groupes de cadavres entassés les uns sur les autres. D'un côté, deux furies, dignes compagnes de ce cannibale, animent des animaux moins féroces qu'elles, à dévorer les restes des malheureuses qu'elles ne peuvent plus tourmenter ; de l'autre, sont nombre de détenus de l'un et l'autre sexe, avancés sur le bord du précipice, tendant les mains au ciel, où ils aperçoivent la Convention Nationale, à qui la justice dévoile la vérité, tenant deux brochures intitulées, l'une, les angoisses de la mort, ou idées des horreurs des prisons d'Arras, rédigées par les auteurs dans leurs fers ; l'autre, atrocités exercées envers les femmes. Le fond du tableau représente des prisons et indique le résultat des ouvrages présentés par la vérité. Ainsi donc répétons ce refrain du réveil du peuple : Guerre à tous les agents du crime ! / Poursuivons-les jusqu'au trépas, / Partagez l'horreur qui m'anime, / Ils ne nous échapperont pas.
    *Condamné à mort à Amiens. Exécuté le 15 octobre 1795. »

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Yves Dhotel, Joseph Le Bon: ou, Arras sous la Terreur : essai sur la psychose révolutionnaire, Éditions Hippocrate, 202 p.
  • Ivan Gobry, Joseph Le Bon : la Terreur dans le nord de la France, Paris, Mercure de France, coll. « Domaine historique »,‎ 1991, 450 p.
  • Patrice Hennessy, « La Première Mission de Joseph Le Bon, août 1793 », Annales historiques de la Révolution française, Imprimerie de Matot Braine,‎ 1926
  • Louis Jacob, Joseph le Bon (1765-1795). La Terreur à la frontière (Nord et Pas-de-Calais), Paris et Châteauroux, Imprimeur-éditeur Mellottée,‎ 1934, 2 volumes, 357 et 392 pages. Thèse de doctorat présentée à la Faculté des lettres de Paris.
  • Émile Le Bon, Joseph Le Bon dans sa vie privée et dans sa carrière politique. Notice historique. Quelques lettres de Joseph Le Bon antérieures à sa carrière politique, ses lettres à sa femme pendant les quatorze mois qui ont précédé sa mort. Réfutation article par article du rapport à la convention sur sa mise en accusation, Paris, E. Dentu,‎ 1861, 375 p.
  • Auguste Paris, Histoire de Joseph le Bon et des tribunaux révolutionnaires d'Arras et de Cambrai : la Terreur dans le Pas-de-Calais et dans le Nord, Arras, Imprimerie de la Société du Pas-de-Calais,‎ 1879 (fac-similé, Steenvoorde, Foyer culturel de l'Houtland, 1993, 3e éd., 585 pages).
  • Gilles Philippe (dir.) et Vincent de Coorebyter (dir.), Études sartriennes, Bruxelles, Ousia,‎ 2007, 220 p. (ISBN 2-87060-129-8), n° 11 : « Cinéma et Révolution française », avec un extrait inédit du scénario Joseph Le Bon.
  • "Le pain rouge" roman de Marie-Paule Armand : Elle raconte l'histoire d'une jeune paysanne pendant la Révolution française et ensuite pendant la Terreur et qui sera confronté à Joseph Le Bon. Très bon livre qui apprend, d'une façon romancé, cette période diffcile qui aboutira plus tard à La République.

Iconographie[modifier | modifier le code]

  • L'Huitre d'honneur d'Arras gobbée : ici git, Dieu merci ! pour ne plus revenir l'horreur des tems présents, et des tems à venir qui nommera Le Bon ce monstre de notre age, de tous les attentats nommera l'assemblage, eau-forte anonyme, Paris (?), vers 1795, 23 x 19 cm, extraite de Louis Marie Prudhomme, Histoire générale et impartiale des erreurs, des fautes et des crimes commis pendant la Révolution française, Paris, 1797.
  • Joseph Le Bon : né à Arras en 1765, député du dép.t du Pas de Calais à la Conv. nat.le condamné à mort et décapité, estampe de François Bonneville, Paris, 1796, 19 x 12,5 cm.
  • Les Formes acerbes, eau-forte de Poirier de Dunckerque, Paris, publiée le 24 floréal an IV (13 mai 1796), 34 x 38 cm.
  • F. Lebon apostrophe un individu qui allait être guillotiné à Arras, eau-forte, Paris, 1797, 17,5 x 22 cm, extraite de Louis Marie Prudhomme, Histoire générale et impartiale des erreurs, des fautes et des crimes commis pendant la Révolution française, Paris, 1797.

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