Joseph Jacotot

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Joseph Jacotot

Description de l'image  JosephJacotot.jpg.
Nom de naissance Jean Joseph Jacotot
Naissance 1770
Dijon
Décès 1840 (à 70 ans)
Paris
Nationalité Drapeau de la France France
Profession Pédagogue

Jean Joseph Jacotot, né à Dijon en 1770, mort à Paris en 1840, est un pédagogue français, créateur d'une méthode d'enseignement, dite « méthode Jacotot ».

Biographie[modifier | modifier le code]

Formation académique[modifier | modifier le code]

Jacotot fait ses études secondaires au lycée de Dijon où il est un étudiant travailleur et intelligent, mais peu disposé à accepter ce qui ne lui parait pas évident et ne repose que sur l’autorité de la parole du maître, laquelle a pour lui simple valeur d’opinion.

Esprit indépendant, perspicace, épris de discerner le vrai au milieu de tout ce qui a la prétention de l’être, il est docteur ès lettres et professeur d’Humanités à dix-neuf ans. Ses anciens maîtres devenus ses collègues, frappés de la fermeté et de la droiture de son caractère, lui confient leurs intérêts. Afin de justifier la confiance dont on l’honore, il étudie le droit et devient avocat et docteur en droit. Puis il entreprend des études approfondies de mathématiques et obtient un troisième doctorat.

Implication dans la Révolution française[modifier | modifier le code]

Professeur, il est aussi patriote, attaché à la liberté qui implique l’émancipation politique autant que l’émancipation intellectuelle. En 1788, il organise la fédération de la jeunesse Dijonnaise avec celle de Bretagne et d’autres provinces, pour la défense des principes révolutionnaires

Ces principes étant acquis, les fédérations en viennent à se transformer en bataillons pour la défense de la patrie. Il est élu capitaine d’une compagnie d'artillerie du bataillon de la Côte d'Or.

En 1792, Sa compagnie demande à aller combattre l'ennemi ; le ministre de la guerre l’envoie en renfort à l’Armée du Nord. Elle prend part à la courte campagne de Belgique, assiste au siège de Maastricht, à plusieurs autres faits d’armes où Joseph Jacotot paie de sa personne et se montre aussi prudent que brave.

Carrière professorale[modifier | modifier le code]

En 1795, il devient professeur à l’école centrale de Dijon où il enseigne successivement le latin, les mathématiques et le droit. Il devient sous l’Empire, secrétaire du ministre de la guerre, puis sous-directeur de l’École Polytechnique ; pendant les Cent-Jours, il est élu membre de la Chambre des Représentants. Il quitte la France lors de la Seconde Restauration et se retire en Belgique. Il y est nommé professeur de littérature française à l’Université d'État de Louvain, puis directeur de l’École militaire. Il ne rentre en France qu’en 1830 après la révolution de juillet, se fixant quelques années à Valenciennes, avant de s’établir à Paris en 1838 où il meurt deux ans plus tard.

Il est inhumé au cimetière du Père-Lachaise (49e division)[1] et embaumé par le docteur Gannal, suivant le procédé de celui-ci.

La méthode Jacotot[modifier | modifier le code]

Origines[modifier | modifier le code]

À Louvain, chargé d’enseigner le français à des étudiants dont il ne comprend pas la langue, il leur demande d’étudier une édition bilingue du Télémaque de Fénelon. Par l’étude du texte et de sa traduction, et sans explications du maître, les étudiants se révèlent capables d’appréhender le fonctionnement de la phrase en français et de raconter en français ce qu’ils ont compris du roman. Cette expérience conduit Jacotot à proposer une méthode d’enseignement qui s’oppose à la méthode classique en ce qu’elle repose sur la révélation de la capacité d’apprendre par lui-même à l’individu plutôt qu’au transfert du savoir du maître à l’étudiant.

Principes[modifier | modifier le code]

L’annonce de sa nouvelle méthode d’« enseignement universel » par laquelle il se propose d’« émanciper les intelligences » attire sur lui l’attention à partir de 1818. Théorisant son expérience il prétend en effet que tout homme, tout enfant, est en état de s’instruire seul et sans maître, qu’il suffit pour cela d’apprendre à fond une chose et d’y rapporter tout le reste ; que le rôle du maître doit se borner à diriger ou à soutenir l’attention de l’élève. Il proscrit ainsi les maîtres « explicateurs ». Il proclame comme bases de sa doctrine certaines maximes paradoxales qui ont été vivement critiquées :

  • Toutes les intelligences sont égales ;
  • Qui veut peut ;
  • On peut enseigner ce qu’on ignore ;
  • Tout est dans tout, etc.

Débats[modifier | modifier le code]

La méthode Jacotot suscite un grand étonnement lors de sa publication et donne lieu à une vive polémique[réf. nécessaire]dont Joseph Jacotot rend compte notamment dans la première partie de son « Enseignement Universel - les mathématiques (1830) » en des textes comme « Voilà le fait », « Rapport fait dans la lune » ou « Exemples de raisonnements faux », souvent emplis d’un humour féroce vis-à-vis de ceux qui, de son point de vue, contestent surtout le fait lui-même, à savoir la réussite des élèves ayant utilisé la méthode d’Enseignement Universel.

Dans son ouvrage Le Maître ignorant, Jacques Rancière s’intéresse particulièrement à la méthode introduite par Jacotot. Il en développe les principes tout en les comparant au système éducatif et social moderne essentiellement fondé sur l’inégalité admise de savoir et d’intelligence. L'exemple fourni par Jacotot permet à Jacques Rancière de critiquer le « mythe de la pédagogie », selon lequel un savoir aurait besoin d'être expliqué par le maître afin de pouvoir être compris par l'élève.

Applications[modifier | modifier le code]

La méthode Jacotot est utilisée, par exemple, dans une école fondée à Nantes en 1830 par René Luminais, député de Loire-Inférieure de 1830 à 1834[2], et pour laquelle il engage l'avocat et homme de lettres Émile Souvestre ; celui-ci a en effet publié en 1829 un Résumé de la méthode Jacotot (Mellinet, Nantes)[3].

Ouvrages de Joseph Jacotot[modifier | modifier le code]

  • Enseignement universel, Langue maternelle (1823)
  • Musique, dessin et peinture (1824)
  • Mathématiques (1827)
  • Langues étrangères (1828)
  • Droit et philosophie panécastiques (1837)

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Benoît Gonod, Nouvelle exposition de la méthode de M. Jacotot, justifiée par les autorités les plus graves,... suivie d'un recueil de compositions françaises faites d'après la méthode et de la bibliographie de l'enseignement universel, par B. Gonod, Paris, Maire-Nyon,‎ 1830, 147 p. (ISBN 305220720)
  • Jacques Rancière, Le Maître ignorant : Cinq leçons sur l’émancipation intellectuelle, Paris, Fayard,‎ 1987, 233 p. (ISBN 978-2-213-01925-3)
    Réimpression à l'identique, avec les mêmes références, en novembre 2011.

Ressources[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

Lorain : Réfutation de la méthode Jacotot - Paris 1830

  1. Paul Bauer, Deux siècles d'histoire au Père Lachaise, Mémoire et Documents,‎ 2006 (ISBN 978-2914611480), p. 431
  2. Assemblée nationale : [1]
  3. Site Infobretagne : [2].