Joseph Eugene Stiglitz

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Joseph Stiglitz

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Joseph Stiglitz en 2012.

Naissance 9 février 1943 (71 ans)
Gary, Indiana (États-Unis)
Nationalité Drapeau des États-Unis Américain
Champs Économie (Nouveau keynésianisme)
Institutions Université Yale, MIT, Université Stanford, Université d'Oxford, Université de Princeton, Université de Nairobi, Graduate School of Business de l’Université Columbia
Diplôme Amherst College, Massachusetts Institute of Technology
Renommé pour ses travaux économiques (nouveau keynésianisme, théorie du screening, crises financières), ses attaques contre le FMI, avoir été conseiller de Bill Clinton, ses livres à succès mondial
Distinctions Médaille John Bates Clark 1979, Académie pontificale des sciences sociales, « Prix Nobel » d'économie en 2001, docteur honoris causa à l'UCL 2003

Joseph Eugene Stiglitz est un économiste américain né le 9 février 1943. Il a reçu en 2001 le prix Nobel d’Économie, pour un travail commun avec George Akerlof et Michael Spence. Il est l'un des fondateurs et des représentants les plus connus du « nouveau keynésianisme ». Il a acquis sa notoriété populaire à la suite de ses violentes critiques envers le FMI et la Banque mondiale, émises peu après son départ de la Banque mondiale en 2000, alors qu'il y était économiste en chef.

Parmi les recherches les plus connues de Stiglitz figure la théorie du screening, qui vise à obtenir de l’information privée de la part d’un agent économique : cette théorie, avec les lemons d’Akerlof et l’effet signal de Spence, est à la base de l’économie de l'information et du nouveau keynésianisme. Il s'intéresse aussi à l'économie du développement. On lui doit également la théorie du salaire d'efficience.

Biographie[modifier | modifier le code]

Stiglitz est né en 1943 à Gary, Indiana (États-Unis), dans une famille juive. Ses parents étaient Charlotte et Nathaniel Stiglitz. De 1960 à 1963, il étudia à Amherst College. Sa quatrième année d’université se déroula au MIT, où il entreprit ses travaux de recherche. De 1965 à 1966, il continua ses recherches à Chicago avec Hirofumi Uzawa.

Il décroche son titre de docteur en 1967 (24 ans) au MIT de Boston et une bourse Fulbright de recherche à Cambridge. Stiglitz est nommé professeur à 27 ans et entre, deux ans plus tard, à la Société d'économétrie, le panthéon de la profession. Ainsi commence alors une carrière exceptionnelle, à l'Université Yale (1966-1973) d'abord où il est promu professeur ordinaire alors qu'il a à peine 27 ans. On le retrouve ensuite successivement au MIT, Université Yale, Université Stanford (1974-1976), Université d'Oxford (1976-1979), Université de Princeton (1979-1988) avec, entre-temps, des séjours à l'Institut d'études du développement de l'Université de Nairobi.

Entre-temps, il s'impose comme étant un grand théoricien et fait siens des sujets comme les causes et conséquences des inégalités, la persistance du chômage, la fréquence des crises financières. Cependant, Joseph Stiglitz oriente plus son attention vers l'Asymétrie d'information. Un thème qui fera de lui un des fondateurs de l'économie de l'information, et c'est à ce titre d'ailleurs qu'il reçoit le Prix Nobel d'économie en 2001.

Stiglitz enseigne actuellement dans la Graduate School of Business de l’université Columbia ; il est le rédacteur en chef du journal The Economists' Voice aux côtés de Bradford DeLong et Aaron Edlin. Il est également membre du Board of Advisors du Oxford Council on Good Governance. Il a par ailleurs été nommé par Jean-Paul II à l’Académie pontificale des sciences sociales.

Après deux divorces, Stiglitz a épousé en troisièmes noces Anya Schiffrin le 29 octobre 2004. Celle-ci est professeur de journalisme à la School of International and Public Affairs de l’université Columbia (New York) et dirige le groupe de réflexion Initiative for a Policy Dialogue fondé en 2000 par Joseph Stiglitz. Anya Schiffrin est aussi la codirectrice du programme International Media and Communications (IMC) de l'université Columbia.

Action politique[modifier | modifier le code]

Stiglitz a également joué de nombreux rôles politiques. Il a ainsi servi dans l’administration Clinton comme responsable de ses conseillers économiques (1995 - 1997). Plus tard il a par la suite été vice-président et économiste en chef de la Banque mondiale de 1997 à 2000. Il n’en critiquera pas moins fortement cette institution par la suite, ainsi que le Fonds monétaire international.

Il se montre également très critique envers le président George W. Bush, le considérant comme une menace pour la bonne tenue de l’économie mondiale ; pour lui « le président américain serait plus dangereux que les candidats aux élections brésiliennes de 2002. »[1]

Selon une étude qu'il a codirigée avec Linda Bilmes (professeur en économie à Harvard), le coût de la guerre en Irak est sous-estimé, elle pourrait coûter entre mille et deux mille milliards de dollars contre une évaluation officielle (Institut de recherche du congrès) de 251 milliards depuis 2005 et six milliards de dollars par mois depuis.

En 2008, le président de la République Française, Nicolas Sarkozy, lui confie une mission de réflexion sur le changement des instruments de mesure de la croissance française, conjointement avec Amartya Sen et Jean-Paul Fitoussi[2].

Travaux économiques[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Nouveau keynésianisme.

Asymétrie d'information[modifier | modifier le code]

Les travaux les plus célèbres de Stiglitz furent sur la façon d'extraire d'un agent économique des informations privées (screening (en)). Ce fut pour sa contribution à la théorie de l'asymétrie d'information qu'il obtint le prix Nobel d'Économie en 2001, car « ayant contribué à jeter les bases de la théorie des marchés avec l'asymétrie d'information », en collaboration avec George Akerlof et Michael Spence.

Avant l'avènement de modèles d'informations imparfaites et asymétriques, les néoclassiques traditionnels prétendaient que les marchés sont efficaces, mais cette efficacité était limitée par certaines défaillances du marché connues et étudiées. Des travaux plus récents réalisés par Stiglitz et d'autres économistes remirent en cause cette affirmation, afin d'avancer que l'efficacité des marchés n'est qu'exception et non commune situation. Stiglitz démontra (en partenariat avec Bruce Greenwald) que « quand les marchés sont incomplets et/ou que l'information est imparfaite (ce qui est vrai en pratique dans toutes les économies), même une allocation compétitive sur ce marché n'est pas un Optimum de Pareto. » Malgré le fait que ces conclusions et la perversité des défaillances du marché ne garantissent pas forcément que l'État intervienne massivement dans l'économie, il est clair que le rayon d'action « optimal » du gouverment est définitivement plus large que ce qu'il est selon les écoles rattachées aux défaillances du marché[3]. Pour Stiglitz, il n'existe rien de semblable à la main invisible[4]. D'après l'économiste[5] :

« Tant qu'existeront les externalités — quand les actions d'un agent économique ont un impact négatif ou positif sur d'autres qui ne payent pas ou contre lesquels ils ne sont pas assurés — les marchés ne fonctionneront pas de manière efficace. Mais des études récentes[réf. nécessaire] ont montré que ces externalités étaient perverses en situation d'asymétrie d'information, ce qui est toujours le cas. Le véritable débat aujourd'hui est de trouver un équilibre entre action gouvernementale et marchés. Les deux se révèlent indispensables. Chacun est complémentaire à l'autre, et cette balance se devra de varier en s'adaptant à l'espace-temps. »

Dans ses remarques ouvertes à l'issue de la réception de son prix Aula Magna[6], il déclara[7]:

« J'espère montrer que l'Économie de l'information représente un changement fondamental dans les pensées économiques actuelles. Les problèmes relatifs à l'information sont centraux afin de comprendre l'économie de marché, mais également l'Économie politique, et dans le dernier chapitre de ce cours, j'explicite quelque peu les relations entre l'asymétrie d'information et la prise de décision politiques. »

Dans une interview de 2007, Stiglitz argumenta davantage[8]:

« Les théories auxquelles moi-même (et d'autres) avons contribué expliquèrent pourquoi des marchés libres de toute restriction n'aboutissent souvent à aucune forme de justice sociale. Plus encore, ils ne produisent pas suffisamment de revenus. Curieusement, il n'y eut aucune tentative de remise en cause de la théorie de la main invisible d'Adam Smith : individus et entreprises, dans leur quête de leur propre intérêt ne sont pas nécessairement, ou généralement, guidés par une main invisible, vers l'efficacité économique. »

L'hypothèse de la rigidité : salaire d'efficience[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Salaire d'efficience.

Stiglitz effectua également une série de recherches concernant la théorie du salaire d'efficience, et contribua à la création de ce qui sera défini comme "le modèle Shapiro-Stiglitz", afin d'expliciter les raisons du chômage qui se manifeste même en situation d'équilibre, et la question relative au manque d'attractivité des salaires pour les chercheurs d'emploi (quand absence de salaire minimum) de manière à ce que n'importe qui puisse trouver l'emploi lui convenant, et enfin pour savoir si le néoclassicisme peut aider à comprendre le chomâge involontaire[9]. La réponse à ces différentes questions fut proposé par l'économiste américain Carl Shapiro (en) et son collègue Stiglitz en 1984. Selon eux, "le chômage est conséquence de la structure de l'information relative à l'emploi."[9] Deux observations constituent les bases de leur analyse :

1. Contrairement à d'autres formes de capital, les salariés peuvent quantifier leurs efforts.
2. Déterminer le niveau d'effort des salariés est couteux.

L'étude complète et détaillée de cette théorie peut être consultée ici[10].

Selon cette hypothèse, les employeurs peuvent avoir un intérêt à verser un salaire plus élevé que le salaire qui optimiserait leur profit, afin d'attirer et de conserver les meilleurs salariés et de corriger des biais informationnels.

Concurrence monopolistique[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Concurrence monopolistique.

Implication internationale[modifier | modifier le code]

Joseph Eugene Stiglitz compte parmi les membres fondateurs du Collegium international éthique, politique et scientifique, association qui souhaite apporter des réponses intelligentes et appropriés qu'attendent les peuples du monde face aux nouveaux défis de notre temps.

Crise[modifier | modifier le code]

En 2002, des parlementaires républicains américains, dont les deux candidats à la présidentielle de 2008 John McCain et Ron Paul, dénoncent la politique des GSE (Governement Sponsored Enterprises) Fannie Mae et Freddie Mac, consistant à cautionner sur demande des Démocrates les crédits immobiliers aux ménages insolvables, ceci malgré le danger de défaillance du système bancaire que cela représente. Les deux organismes à caution publique mandatent Joseph Stiglitz pour répondre à ces attaques. Celui-ci publie un rapport[11] qui conclut à leur quasi absence de risque de défaillance (1 sur 500 000 à 3 000 000), affirmant qu'ils disposent de suffisamment de capital[12].

Publications[modifier | modifier le code]

Aux côtés de ses publications académiques, Stiglitz est également l’auteur de Whither Socialism, un ouvrage plus littéraire visant à expliquer les raisons de l’échec de la mise en œuvre du socialisme en Europe de l’Est, le rôle de l’information imparfaite dans les marchés. Stiglitz y dénonce également les idées fausses quant au libre marché théorique dans lequel opère le système capitaliste dans sa forme libérale.

En 2002, Stiglitz publia La Grande Désillusion (Globalization and its discontents), où il affirme que le FMI fait passer l’intérêt de son « principal actionnaire », les États-Unis, avant ceux des nations les moins favorisées qu’il a pourtant pour objectif de servir. D'autre part, en prenant comme exemple la crise asiatique et la transition russe, Stiglitz soutient que les politiques préconisées par le FMI ont souvent aggravé les problèmes dont il avait à s'occuper, entraînant des conséquences sociales dévastatrices et un accroissement de la pauvreté. Ce livre a cependant été critiqué par de nombreux économistes, comme contenant des contre-vérités[13].

Dans cet ouvrage, qui devint un succès de librairie mondial (il a été traduit dans une trentaine de langues), il offre également quelques réflexions et inspirations aux altermondialistes, aux critiques des protestataires de Seattle ou Gênes à l’égard de la mondialisation actuelle. Ainsi en 2004, il a été l'un des invités principaux au Forum social mondial de Bombay (Inde) pour y exposer et débattre sa vision économique[14].

En 2003, dans Quand le capitalisme perd la tête (Roaring Nineties), c'est en tant qu'ancien membre et président du Conseil économique du président Bill Clinton qu'il revient sur le rôle des décisions d'Alan Greenspan alors à la tête de la Réserve fédérale dans la récession économique de 2000 aux États-Unis. L'auteur concentre ensuite sa réflexion sur les dysfonctionnements de la sphère financière en critiquant la déréglementation incontrôlée du secteur financier et ses conséquences telles l'affaire Enron.

En 2007, le réalisateur Jacques Sarasin réalise pour le compte de l'hebdomadaire économique Challenges une série de 5 entretiens intitulés Où va le monde Monsieur Stiglitz ? avec les thématiques suivantes : Où va la mondialisation ? / L'économie mondiale / Le système financier mondial / Mondialisation et environnement / La mondialisation et les Pays en développement.

En 2010, Stiglitz publie Le triomphe de la cupidité (titre original: Freefall - America, Free Markets, and the Sinking of the World Economy, une analyse de la crise économique depuis l'éclatement de la bulle des subprimes en 2008 aux États-Unis. Il propose ensuite des réponses alternatives à la crise et des solutions durables pour assainir le capitalisme financier.

Proposition alternative pour les pays en développement[modifier | modifier le code]

Tout en n'étant pas altermondialiste, Joseph Stiglitz collabore avec les forums sociaux et partage certaines analyses : il est ainsi partisan d'une taxe (Tobin ou équivalente) sur les transactions financières et pour une régulation de la mondialisation. En Bolivie, Il a également approuvé la nationalisation (ou la réappropriation) des hydrocarbures, qu'il a décrite comme un processus de « restitution de biens »[15]. De même, Stiglitz a fondé en 2000 l'« Initiative for a Policy Dialogue »[16] à l'université Columbia, initiative qui s'est donné pour mission d'expliquer aux pays en développement qu'il y a des alternatives aux prescriptions du FMI. L'IPD organise également une formation pour journalistes, afin qu'ils puissent décrypter et analyser les propos émanant du FMI selon leurs propres paramètres[17]. L'IPD travaille en collaboration avec des instituts de recherche, dont certains du « Tiers Monde » et notamment l'ONG fondée par Martin Khor, Third World Network, accréditée auprès de l'ONU, du courant altermondialiste .

Œuvres[modifier | modifier le code]

Stiglitz a écrit de nombreux livres et articles. La liste suivante n'est pas exhaustive :

Distinctions[modifier | modifier le code]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Filmographie[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. cf. entretien accordé le samedi 25 août 2002 à O Globo.
  2. « Agence France Presse. »
  3. http://www.cuhk.edu.hk/gpa/wang_files/state.pdf
  4. http://www.guardian.co.uk/education/2002/dec/20/highereducation.uk1#article_continue
  5. http://www.nytimes.com/interactive/blogs/directory.html
  6. http://www.nobelprize.org/nobel_prizes/economics/laureates/2001/stiglitz-lecture.html
  7. Stiglitz, Aula Magna
  8. http://www.beppegrillo.it/eng/2007/01/stiglitz.html
  9. a et b http://www.jstor.org/discover/10.2307/1804018?uid=3738512&uid=2&uid=4&sid=21100965851603
  10. Efficiency wages, the Shapiro-Stiglitz Model
  11. (en) « Implications of the New Fannie Mae and Freddie Mac Risk-based Capital Standard. Joseph E. Stiglitz, Jonathan M. Orszag and Peter R. Orsza » [PDF]
  12. « CONCLUSION : This analysis shows that, based on historical data, the probability of a shock as severe as embodied in the riskbased capital standard is substantially less than one in 500,000 – and may be smaller than one in three millions. Given the low probability of the stress test shock occurring, and assuming that Fannie Mae and Freddie Mac hold sufficient capital to withstand that shock, the exposure of the government to the risk that the GSEs will become insolvent appears quite low. »
  13. voir : (en) « Réponse du FMI à Stiglitz. »
  14. 19 janvier 2004, conférence débat sur la globalisation, l'économie et la sécurité sociale « Archives du FSM. » (ArchiveWikiwixArchive.isGoogleQue faire ?)
  15. « Article de Rosa Rojas : source La Jornada (Mexique), 19 mai 2006. »
  16. « L'IPD (Initiative for a Policy Dialogue). »
  17. « Portraits de l'opposition globale 2002. »
  18. (en)Honorary Doctorates, Prize and Awards, Waseda University, consulté sur www.waseda.jp le 19 septembre 2012
  19. (en)[1], Ambafrance