Joola

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Joola
Image illustrative de l'article Joola
Le Joola à Ziguinchor en 1991

Type navire transbordeur à passagers
Histoire
Lancement 1990
Statut naufrage le 26 septembre 2002
Caractéristiques techniques
Longueur 76,50 m (hors-tout)
73,60 m (flottaison)
71,65 m (entre perp.)
Maître-bau 12,50 m
Tirant d'eau 3,10 m
Port en lourd 500 tpl
Tonnage 2 087,76 tjb
Puissance 2 × 1 200 kW
Vitesse 14 nœuds
Autres caractéristiques
Passagers 550
Équipage 44
Pavillon Sénégal Sénégal
IMO 9019901

Le Joola est le ferry qui assurait la navette entre la capitale sénégalaise et la région naturelle de Casamance. Il a sombré le 26 septembre 2002 en provoquant la mort de plus de 2 000 personnes[1] alors qu'il était conçu pour en transporter 550, constituant ainsi la plus grande tragédie de l'histoire du Sénégal et un des naufrages les plus tragiques du monde en temps de paix.

Caractéristiques techniques[modifier | modifier le code]

Le Joola effectuait la liaison Dakar - Karabane - Ziguinchor ; il reliait la Casamance, province isolée, au reste du Sénégal et évitait de transiter par la Gambie. Il réalisait deux liaisons par semaine à partir de la capitale, les mardis et vendredis aux alentours de 20 h, et deux autres à partir de Ziguinchor les jeudis et dimanches vers 13 h. Le voyage durait 13 heures[2]. Cette liaison permettait de sortir la Casamance de l’isolement.

Le Joola car deck.jpg

Le naufrage[modifier | modifier le code]

Le 26 septembre 2002, peu avant 23 heures, le Joola surchargé de plus de trois fois le nombre normal de passagers, s'est retourné en moins de 10 minutes au large de la Gambie, à environ 40 km de la côte. Seuls deux canots pneumatiques de sauvetage ont pu être ouverts avec les dents, plusieurs heures après le naufrage. Certains passagers se sont réfugiés sur la coque du navire retourné, mais l'immense majorité a été piégée à l'intérieur ou s'est noyée. Les pêcheurs présents sur place ne sont intervenus que le lendemain matin au lever du jour. Les secours officiels ne sont arrivés qu'en fin d'après midi.

Cet accident, dont la gravité est sans précédent, et l'absence de secours sont en grande partie dus à l'incompétence des intervenants. L'État sénégalais a rapidement clos le dossier en justice pour masquer les nombreuses responsabilités au sein du gouvernement. De simples sanctions de principe ont été appliquées, et la plupart des responsables ont été laissés à leur poste ou simplement mutés. Le nombre exact de victimes est resté tabou car dépassant de loin le chiffre avancé officiellement (1 863 victimes). Selon des sources sûres, il y aurait plus de 2 000 victimes.[réf. nécessaire] Malgré le désistement de la justice sénégalaise, les familles de victimes françaises et le seul rescapé français Patrice Auvray ont porté plainte en France, toujours sans succès plus de 12 ans après le drame. Les mandats d'arrêts internationaux envoyés contre les responsables impliqués n'ont abouti qu'à des pourparlers diplomatiques, révélant par là le traitement du dossier comme une affaire d'État dépassant les capacités de la justice, qu'elle soit sénégalaise ou française.

Postérité[modifier | modifier le code]

Onze ans après ce drame, peu d'efforts ont été remarqués : les Sénégalais utilisent toujours aussi abusivement les transports publics, sans aucun souci de sécurité. Aucune volonté gouvernementale ne s'est manifestée pour diminuer les nombreux accidents routiers dus au mauvais état des véhicules et à leur surcharge systématique. Le caractère « tabou » du naufrage du Joola, et l'inaction du gouvernement ont empêché la population sénégalaise de prendre conscience du danger du laxisme.

Du fait de l'importance du trafic entre Dakar et Ziguinchor, le manque d'infrastructure pouvant assurer de rapides échanges entre ces capitales régionales constituait une entrave à la bonne marche de l'économie sénégalaise. Après plus de trois ans d'absence, la liaison maritime Dakar - Ziguinchor avait repris le 11 novembre 2005 avec un nouveau bateau, le Wilis géré par des Marocains, puis, depuis mars 2008, avec l’Aline Sitoé Diatta.

Commémoration[modifier | modifier le code]

Place des naufragés du bateau le Joola à Ziguinchor
Monument dédié aux victimes à Ziguinchor

À Ziguinchor un monument commémore la tragédie dans un petit parc au bord du fleuve, malheureusement délaissé, cadenassé et laissé à l'état d'abandon. Chaque année, des hommages sont faits à la date anniversaire, sans que l'État n'ait jamais réalisé les promesses faites par l'ex-président Wade au lendemain du naufrage, celui-là même qui ferma le dossier de justice, s'opposa au renflouement du bateau comme à l'identification des corps des victimes récupérés et inhumés anonymement dans des cimetières, dont certains en fosse commune, et menaça les familles de victimes si elles allaient en justice contre lui.

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Souviens-toi du Joola, Patrice Auvray, Éd. Globophile.
  2. Collectif, Guide du routard, « Sénégal-Gambie », 2002, Paris, Hachette, 2002, p. 88.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Nassardine Aidara, Aux victimes du bateau Le Joola. L'hommage d'un père, Dakar, Imprimerie Saint-Paul, 2003, 142 p.
  • Bruno Parizot, Le Joola, le naufrage de la honte !, 2004, AAPédition, 146 p.
  • Philippe Bernard, « Joola : un juge français met en cause des ex-ministres sénégalais », Le Monde, 27 septembre 2007
  • Patrice Auvray, Souviens-toi du Joola. Témoignage d'un rescapé en mémoire des 2000 victimes abandonnées, éd Globophile, 2012
  • Nassardine Aïdara, Le Joola, an IV. Le régime de l'alternance et le naufrage du Joola, Dakar 2006
  • Berhault-Legrand Françoise, Travail de deuil, actes thérapeutiques chez les Diola suite au naufrage du bateau le « Joola », Paris, Paris VIII 2003
  • Bouaré Mady Marie, L'Affaire H.Habré et l'Affaire du Joola : Une justice pénale controversée ? Paris, L'harmattan 2011
  • Travail collectif présidé par M. Seydou Madani Sy, Commission d'enquête technique sur les causes du naufrage du bateau le Joola, Rapport d'enquête. Dakar, le 4 novembre 2002
  • Dasylva Eusébio, Le Joola, la mémoire contre l'oubli, Ziguinchor, 2005
  • Lombard Jérôme, Des dérives du système des transports sénégalais à la catastrophe du « Joola », Afrique contemporaine 2007
  • Ndaw Ibrahima, Une fleur dans la mer, ou le naufrage du bateau le « Joola », Gaitersburg éditions Phénix, 2011
  • Panos IPAO, Le Naufrage du Joola. Responsabilité citoyenne des médias sénégalais ? Dakar IPAO 2003
  • Panos IPAO, Le Naufrage du Joola. Médias et société civile face au drame, Dakar IPAO 2004
  • Sall Babacar, Sel de mer. Poèmes pour les naufragés et les rescapés du « Joola », Paris, L'Harmattan 2003
  • Thomas Jean-Raymond, Tricot Michel, Naufrage du transbordeur sénégalais le « Joola ». Rapport d'expertise pour le tribunal de grande instance d'Évry. 2008
  • Verschatse Alain, Le Joola, une affaire d'État, Le Croquant, Lyon, 2004
  • Wane Almamy Mamadou, Le Sénégal entre deux naufrages, le Joola et l'alternance, Paris, L'harmattan, 2003
  • Ndaw Ibrahima, L'espoir Immergé, Poèmes en hommage aux victimes du Joola, Dakar, Athena.édif, 2014
  • Patrice Auvray, L'au-delà Casamance, Poèmes aux oubliés du Joola, Dakar, Athena.édif, 2014

Liens externes[modifier | modifier le code]

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