John Wilmot (2e comte de Rochester)

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John Wilmot, 2e comte de Rochester

John Wilmot, deuxième comte de Rochester (né le 1er avril 1647 - mort le 26 juillet 1680) est un poète, dramaturge et libertin anglais. Ami proche du roi Charles II d'Angleterre, il est l'auteur de nombreuses satires, de poèmes soit lyriques soit philosophiques et de quelques pièces licencieuses.

Biographie[modifier | modifier le code]

Rochester est né à Ditchley, dans l'Oxfordshire. La mère de Rochester, Anne John St. John, protestante, fut une partisane des parlementaires au cours de la Première Révolution anglaise, et inclinait à un certain puritanisme. Son père Henry Wilmot,royaliste d'origine anglo-irlandaise et alcoolique notoire, avait été fait comte de Rochester en 1652 en récompense des services militaires accomplis au nom de Charles II pendant l'exil de ce dernier, sous Oliver Cromwell. Henry Wilmot mourut en 1658, deux ans avant la Restauration anglaise.

Après un MA au Wadham College d'Oxford et après son Grand Tour en Europe de 1662 à 1664 comme tout bon aristocrate britannique, il s’engagea à deux reprises comme volontaire dans la marine pour participer à la seconde guerre des Flandres pendant l’été 1665. Il épousa le 29 janvier 1667 à la Chapelle Royale de Whitehall une héritière dénommée Elizabeth Malet, mais eut de nombreuses maîtresses, dont la célèbre actrice Elizabeth Barry qu'il rencontra vers 1673 et dont il prit en charge la carrière. Rochester fut un personnage incontournable du monde littéraire et de la cour royale sous la Restauration anglaise. Proche de Charles II, il fut un grand protecteur des arts et des lettres. Il fut notamment le protecteur du poète John Dryden et du dramaturge Elkanah Settle. Peu avant de mourir à l'âge de 33 ans, la légende veut que le comte libertin se soit réconcilié avec la foi religieuse, grâce aux efforts de l'évêque Gilbert Burnet.

Œuvres[modifier | modifier le code]

C'est en 1999 qu'eut lieu la publication aux Presses Universitaires d’Oxford du premier corpus fiable de l’œuvre complète de ce poète de la Restauration anglaise. Le Professeur Harold Love de l'université de Monash en Australie et son équipe établirent une édition variorum qui devint presque immédiatement la nouvelle édition de référence des œuvres du poète, The Works of John Wilmot, Earl of Rochester. L'oeuvre apparaît ainsi beaucoup moins licencieuse, expurgée de bien des pièces dont on attribua trop longtemps, pour des raisons mercantiles, la paternité à Rochester. La pièce Sodom ou la quintessence de la débauche, n'est pas, selon toute vraisemblance, de Rochester. La légende, en partie fantasmée, du grand débauché se prolongea jusqu'à nos jours. Le 16 décembre 2004, un exemplaire de Sodome (considéré comme la première œuvre imprimée pornographique au monde) fut vendue à Sotheby's pour 45 600 livres sterling.En 2004, Johny Depp campa un Rochester plus hollywoodien que réel, dans le film Le dernier des Libertins

C'est en 2009 que parut la première traduction française des œuvres complètes de Rochester dans une édition bilingue et critique : Florence Lautel-Ribstein, John Wilmot, comte de Rochester (1647-1680): Oeuvres, Oxford : Peter Lang.

Rochester excella dans la veine satirique. Les satires les plus célèbres de Rochester sont A Letter from Artemiza in the Towne to Chloe in the Country et A Satyre against Reason and Mankind. Toutes deux dénoncent la folie humaine sous des formes variées. On lui doit aussi des libelles et une tragédie fustigeant l'absolutisme, Lucina’s Rape Or The Tragedy of Vallentiniann qui fut représentée devant le Roi pour la première fois en 1684.

Mais c'est surtout comme poète qu'il restera à la postérité : auteur de dialogues d'amour, d'élégies d'amour, de chansons d'amour et de chansons libertines, son oeuvre s'inscrit essentiellment dans une veine lyrique et pastorale teintée de scepticisme et d'interrogations sur la fuite inexorable du temps ("All my past Life is mine no more..." dans le poème Love and Life), et sur la mort ("After death nothing is and nothing death" dans Nothing. Certains poèmes ou chansons, à coloration baroque de par leur recherche stylistique expérimentale du discontinu, sont de véritables tours de force de rhétorique néo-classique, tout en restant empreints de poéticité :

My dear Mistris has a heart, Soft as those kind looks she gave me, When with Love’s resistless Art, And her eyes she did inslave me; But her Constancy’s so weak, She’s so wild and apt to wander, That my Jealous heart wou’d break, Should we live one day asunder.

Ma chère maîtresse au tendre cœur, Comme ses regards étaient amènes Quand par l’amour et tous ses leurres, Ses yeux me soumirent à la chaîne. Mais sa constance est si ténue, Elle si volage, prompte à s’égarer, Mon cœur jaloux serait rompu D’en être, fût-ce un jour, séparé. (Florence Lautel-Ribstein trad.)

Critiques[modifier | modifier le code]

Rochester n'a pas manqué d'admirateurs prestigieux. Daniel Defoe, notamment, le citait souvent et en abondance. Voltaire appréciait quant à lui les satires du comte pour « l'énergie et le feu » qui s'en dégagent, et en traduisit quelques extraits en français pour « montrer l'imagination brillante dont seule sa seigneurie pouvait s'enorgueillir ». Goethe cita parfois Rochester, en anglais dans le texte. William Hazlitt estime enfin que « ses vers coupent et scintillent comme du diamant », et que « son mépris pour tout ce que les autres respectent tient du sublime ».

Citations[modifier | modifier le code]

  • poésie libertine :

Naked she lay clasp’d in my longing Armes, I fill’d with Love and she all over Charmes, Both equally inspir’d with eager fire, Melting through kindness, flameing in desire in The Imperfect Enjoyment

Ancient person for whome I All the Flutt’ring youth defie, Long be it e’re thou grow old, Aking, shaking, Crazy, Cold; But still Continue as thou art Ancient person of my heart in A Young Lady to Her Antient Lover

  • Satires :

Reason, which fifty times for one does erre. Reason, an Ignis fatuus of the Mind, Which leaving Light of Nature, sense, behind; Pathless and dangerous wandring wayes it takes... in A Satyre Against Reason and Mankind

Restlesse he Rowles about from Whore to Whore 20 With Dogg and Bastard, always goeing before, A merry Monarch, scandalous and poore. in In the Isle of Britain

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Editions du XXe siècle[modifier | modifier le code]

Hayward, John, ed. The Collected Works of John Wilmot, Earl of .  : The Nonesuch Press, 1926.

Johns, Quilter, ed. The Poetical Works of John Wilmot, Earl of .   : Press, 1933.

Levin, Harry, ed. A Satire against Mankind and Other Poems by John Wilmot, Earl of . : New Directions,1942.

Duncan, Ronald, ed. Selected Lyrics and Satires of John Wilmot, 2nd Earl of Rochester.  : Forge Press, 1948; rep. .  : Edward Hulton, 1959.

Thorpe, James E., ed. Rochester’s Poems on Several Occasions. Princeton : Princeton UP, 1950. (Facsimilé de l’édition de 1680).

Pinto, Vivian de Sola, ed. Poems by John Wilmot, Earl of . : Routledge and Kegan Paul, 1953; : Harvard UP, 1964.

Vieth, David M., ed. The Complete Poems of John Wilmot, Earl of .  : Yale UP, 1968.

Brooks, David, ed. Lyrics and Satires of John Wilmot, Earl of Rochester.  : Hale and Iremonger, 1980.

Hammond, Paul, ed. Selected Poems : John Wilmot, Earl of .  : Classical Press, 1982.

Walker, Keith, ed. The Poems of John Wilmot, Earl of .  : Basil Blackwell, 1984.

Lyons, Paddy, ed.  : Complete Poems and Plays. : J. M. Dent, 1993.

Ellis, Frank H., ed. John Wilmot, Earl of : The Complete Works. and  : Penguin Books, 1994.

Love, Harold, ed. The Works of John Wilmot, Earl of . Oxford : Oxford UP, 1999.

Edition du XXIe siècle

Lautel-Ribstein, Florence, ed et trad. John Wilmot, comte de Rochester (1647-1680) : Œuvres. Oxford : Peter Lang, 2009.

Ouvrages critiques[modifier | modifier le code]

Burns, Edward, ed., Reading Rochester. Liverpool : UP, 1995.

Combe, Kirk. A Martyr for Sin : ’s Critique of Polity, Sexuality, ans Society.  : Associated University Presses, 1998.

Farley-Hills, David. : The Critical Heritage. : Routledge and Kegan Paul, 1972.

—— Rochester’s Poetry.  :  and Hyman, 1978.

Fisher, Nicholas, ed., That Second Bottle : Essays on John Wilmot, Earl of .  :   UP, 2000.

Greer, Germaine. John Wilmot, Earl of Rochester. Horndon : Northcote House Publishers, 2000.

, Dustin H. Satires against Man : The Poems of . and : Press, 1973.

Moehlmann, John F. A Concordance to the Complete Poems of John Wilmot, Earl of .  : The Whitston Publishing Company, 1979.

Notzon, Mark. Noise of Reason : Scepticism and the Art of .  : Eastern Press, 1992.

Pinto, Vivian de Sola. : Portrait of a Restoration Poet. : The Bodley Head, 1935.

—— Enthusiast in Wit : A Portrait of John Wilmot Earl of 1647-1680.  : Routledge and Kegan Paul, 1962.

Prinz, Johannes. John Wilmot Earl of , His Life and Writings. Palestra, 154. : Mayer & Müller, 1927.

Thormählen, Marianne. : The Poems in Context.  : UP, 1993.

Treglown, Jeremy, ed., Spirit of Wit : Reconsiderations of . Hamdem : Archon Books, 1982.

Vieth, David M. Attribution in Restoration Poetry : A Study of ’s ‘Poems’ of 1680. and : Yale UP, 1963. 

—— John Wilmot, Earl of  : Critical Essays. and  : Publishing, 1988.

—— and Griffin, Dustin. and Court Poetry.  : , 1988. 


Voir aussi