John Taylor (mormonisme)

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir John Taylor.

John Taylor

alt=Description de cette image, également commentée ci-après

John Taylor

Naissance 1808
Angleterre
Décès 1887

John Taylor (1808-1887) est le 3e président de l'Église de Jésus-Christ des saints des derniers jours (1880-1887).

Jeunesse[modifier | modifier le code]

John Taylor naquit en 1808 dans la région de Westmoreland dans le Nord-Est de l'Angleterre. Ses parents, James et Agnes Taylor le firent baptiser dans l'Église anglicane peu après sa naissance. À l'âge de 16 ans environ, il quitta l'Église anglicane pour devenir méthodiste. L'année suivante, il fut nommé exhortateur, c'est-à-dire prédicateur laïque, dans cette Église, une responsabilité rare pour un homme si jeune. En 1830, les parents de John Taylor, ainsi que d'autres membres de sa famille émigrèrent à Toronto (Canada), le laissant en Angleterre pour vendre la ferme et pour régler d'autres affaires de famille. Quand il eut terminé, il quitta l'Angleterre à destination de New York. Après quelques mois passés à New York, il rejoignit ses parents à Toronto, où il continua à être membre de l'Église méthodiste et commença à prêcher. À cette époque, il rencontra Leonora Cannon, elle aussi méthodiste fervente qui avait récemment immigré d'Angleterre au Canada. Ils se marièrent le 28 janvier 1833 à Toronto.

Conversion[modifier | modifier le code]

Pendant son séjour au Canada, John Taylor se joignit à un groupe d'amis pour étudier sérieusement la Bible et pour approfondir sa compréhension de la vérité. Ce fut à cette époque de recherches spirituelles intenses que Parley P. Pratt, membre du Collège des douze apôtres de l'Église de Jésus-Christ des saints des derniers jours, fut envoyé en mission à Toronto. Il logea et tint des réunions chez une veuve, voisine de John Taylor, et fut présenté au groupe d'amis de John Taylor qui se réunissaient pour rechercher la vérité. John Taylor entama une étude minutieuse de la doctrine de la nouvelle Église. Il s'y consacra pendant trois semaines et suivit Pratt dans ses déplacements. Il nota et étudia les discours de Parley P. Pratt et les compara aux Écritures. Après un certain temps, il fut convaincu de la véracité du message de Parley P. Pratt. John et Leonora Taylor furent baptisés le 9 mai 1836.

Début du ministère[modifier | modifier le code]

Peu de temps après son entrée dans l'Église, John Taylor reçut l'appel d'officier comme président de l'Église au Canada, office qu'il détint pendant un peu plus d'un an. En mars 1837, il se rendit à Kirtland (Ohio), où il rencontra Joseph Smith. Rapidement, il se forma entre les deux hommes un lien d'amitié et de confiance qui ne devait jamais se briser.

Appel à l'apostolat[modifier | modifier le code]

À l'automne 1837, John Taylor fut appelé par Joseph Smith à venir s'installer à Far West (Missouri), pour remplir une place vacante dans le collège des douze apôtres (il fut ordonné de façon officielle en décembre 1838). En tant qu'apôtre, John Taylor fut un compagnon fidèle et digne de confiance de Joseph Smith. Franklin D. Richards, du Collège des Douze, a dit, à propos de l'amitié qui unissait John Taylor et Joseph Smith : « Très peu d'hommes ont atteint la relation personnelle, chaleureuse, qu'il atteignit et entretint avec le plus grand succès avec Joseph Smith, le prophète, jusqu'à sa mort, et l'histoire de cette affection personnelle fut couronnée par les balles qu'il reçut dans la prison de Carthage avec le prophète[1] ».

Témoin du martyre de Joseph Smith[modifier | modifier le code]

Le martyre de Joseph Smith fut l'un des événements les plus éprouvants de la vie de John Taylor. Il se rendit volontairement à la prison de Carthage, où Joseph Smith et son frère Hyrum furent illégalement emprisonnés le 25 juin 1844. Bientôt il fut clair que les émeutiers de Carthage n'avaient pas l'intention de les relâcher et qu'ils étaient en danger. Le 27 juin, d'autres membres de l'Église venus de Nauvoo à Carthage, firent des démarches pour essayer d'obtenir que justice soit faite. L'après-midi, il ne restait que John Taylor et l'apôtre Willard Richards dans la prison avec Joseph et Hyrum. Ayant prévu de rassembler les frères de Nauvoo pour délivrer le prophète Joseph, John Taylor dit : « Frère Joseph, si vous le permettez et donnez votre accord, en cinq heures je vous sortirai de cette prison, même si, pour cela, elle doit tomber[2] ». Joseph refusa cette façon d'agir.

Au cours de l'après-midi du 27 juin, une grande tristesse s'empara des quatre hommes. Comme John Taylor avait une magnifique voix de ténor, on lui demanda à deux reprises de chanter le cantique « Je rencontrais sur mon chemin » pour leur faire reprendre courage. Après qu'il eut fini de chanter pour la deuxième fois le cantique, des émeutiers aux visages noircis envahirent les escaliers de la prison. Hyrum Smith et Willard Richards s'appuyèrent immédiatement contre la porte de toutes leur forces, pour les empêcher de l'ouvrir. Les premiers coups de feu traversèrent la porte, Hyrum fut atteint et tué. Les émeutiers continuèrent à tirer et se mirent bientôt à introduire leurs fusils par la porte entrouverte. John Taylor se mit à côté de la porte et, avec une lourde canne, essaya de faire dévier les canons des fusils qui pointaient dans la pièce.

Au milieu de cette scène, le prophète Joseph, qui avait lui aussi essayé de résister aux émeutiers, dit à John Taylor : « C'est bien, frère Taylor, faites de votre mieux pour les détourner[3] ». Ce furent les dernières paroles qu'il devait entendre de Joseph Smith. Conscient que leur position derrière la porte ne pouvait plus être maintenue, John Taylor s'élança vers la fenêtre. Comme il allait sauter, un coup de feu tiré de l'intérieur de la prison le frappa à la cuisse gauche. Pendant un instant il reposa affaissé sur le rebord de la fenêtre, et il serait tombé, mais un coup de feu tiré de l'extérieur frappa la montre dans la poche sur sa poitrine et le fit retomber dans la pièce. John Taylor essaya de ramper sous un lit qui se trouvait dans la pièce. Pendant ce temps, il fut atteint par trois autres balles. L'une se logea un peu au-dessous de son genou gauche et ne fut jamais enlevée. Une autre pénétra la paume de sa main gauche. Une troisième balle frappa le muscle de sa hanche gauche et arracha plusieurs centimètres de chair. Bien que grièvement blessé et souffrant énormément, il survécut à l'attaque et fut plus tard ramené chez lui à Nauvoo par plusieurs frères.

Quelques instants après que John Taylor fut frappé, Joseph Smith essaya également de sauter par la fenêtre, mais il fut immédiatement atteint et tomba à l'extérieur.

Auteur[modifier | modifier le code]

Lorsqu'il fut membre du Collège des Douze, John Taylor consacra son temps et ses talents à la proclamation et la défense de l'Évangile. Il utilisa son talent pour l'écriture en tant que rédacteur du Times and Seasons, du Wasp et du Nauvoo Neighbor, tous des journaux de Nauvoo. Plus tard, lorsqu'il présida l'Église dans l'Est des États-Unis, il fut le rédacteur et l'éditeur du Mormon, hebdomadaire new­yorkais, qui présentait la doctrine de l'Église. Ses livres comprennent deux commentaires de doctrine, The Government of God et An Examination into and an Elucidation of the Great Principle of the Mediation and Atonement of Our Lord and Saviour Jesus Christ (Une étude et une élucidation du grand principe de la médiation et de l'expiation de notre Seigneur et Sauveur Jésus-Christ), publiés alors qu'il était président de l'Église. Ses talents d'écrivain et de rédacteur lui valurent les titres de « Défenseur de la foi » et de « Champion de la vérité » parmi les saints des derniers jours.

Missionnaire[modifier | modifier le code]

John Taylor fit quatre missions à plein temps : deux en Grande Bretagne, une en France et en Allemagne et une à New York. En tout, il passa plus de sept ans en mission à plein temps.

Missionnaire en France[modifier | modifier le code]

Trente ans avant de devenir président de l'Église de Jésus-Christ des saints des derniers jours, John Taylor fut, en qualité d'apôtre, missionnaire en France. C'est le 7 octobre 1849 que John Taylor fut appelé par Brigham Young à prêcher en France.

4 mai 1850 : Il quitte New York.

27 mai 1850 : Il arrive à Liverpool.

18 juin 1850 : Il arrive à Boulogne-sur-Mer sur le vapeur « Emerald ».

24 juin 1850 : Il est reçu par le maire de Boulogne-sur-Mer, L. Fontaine, et obtient l’autorisation de prêcher.

26 juin 1850 : À la tombée de la nuit, il se rend avec d'autres missionnaires au nord de la ville, sur la plage. En se tenant en cercle ils chantent un cantique et s'agenouillent. John Taylor fait alors une prière par laquelle il consacre la France à la prédication de l'Évangile.

1er juillet 1850 : Il tient une première réunion publique à Boulogne-sur-Mer, au 21 de la rue Montigny. Environ trente personnes y assistent.

19 juillet 1850 : Il part pour Paris et s’installe au 7 rue de Tournon (VIe arrondissement) où commencera la traduction du Livre de Mormon. Il commence à étudier le français et à enseigner l'Évangile.

14 novembre 1850 : Après s'être absenté, il revient à Paris accompagné de Philippe de la Mare, converti à l’île de Jersey.

1er décembre 1850 : Il baptise, dans la Seine à l'île de Saint-Ouen, Jean-Baptiste Wilhelm et sa femme, Louis Bertrand (1808-1875, rédacteur au journal Le Populaire et communiste icarien) et Monsieur et Madame Squires et leur fils de neuf ans.

8 décembre 1850 : Il organise une branche à Paris avec huit membres.

1851 : Il passe la plupart de l'année 1851 en Allemagne où il organise l'Église.

20 décembre 1851 : Il préside à Paris la première conférence de district.

Au cours de son séjour à Paris, il reçoit la visite du philosophe Louis Krolikowski, disciple du philosophe Charles Fourier et éditeur du journal Le Populaire qui défend idées du socialiste Étienne Cabet. La société à laquelle Krolikowski appartient avait envoyé Cabet à Nauvoo avec les Icariens français pour y créer une communauté fondée sur les principes de Fourier.

En France, il fait la connaissance du procédé de la manufacture du sucre. Sous sa direction, les machines nécessaires sont achetées et envoyées en Utah.

21 décembre 1851 : Au terme de sa mission en Europe, il quitte Paris pour l'Utah.

Concepteur de la Soirée familiale[modifier | modifier le code]

En tant qu'apôtre et plus tard en tant que président de l'Église, le président Taylor exhorta continuellement les saints des derniers jours à aimer et à fortifier leur famille. Il recommanda aux membres de l'Église de réserver une soirée par semaine pour étudier l'Évangile et pour se distraire en famille. Il leur promit la paix et l'amour, la pureté et la joie qui rendraient leur vie de famille idéale s'ils appliquaient fidèlement le principe d'une soirée familiale[6].

Organisation de l'Église[modifier | modifier le code]

En 1878, John Taylor organisa de façon officielle la Primaire, pour un enseignement plus efficace des enfants dans l'Église. En 1880, il devint président de l'Église de Jésus-Christ des saints des derniers jours. L'une des œuvres les plus importantes de sa présidence consista à mettre de l'ordre dans les collèges de la prêtrise et à les exhorter à accomplir leurs devoirs. Il donna l'instruction aux évêques de tenir des réunions hebdomadaires de la prêtrise dans leur paroisse et il conseilla aux présidents de pieu de tenir des réunions mensuelles de la prêtrise de pieu. Il établit des conférences de pieu trimestrielles dans toute l'Église.

Défenseur de la liberté[modifier | modifier le code]

Bien que les convictions de John Taylor fussent fortes, il respecta et défendit toujours la liberté individuelle. Pendant ses années à Nauvoo, lorsqu'il était apôtre, il fut appelé « le champion de la liberté » et il continua à mériter ce titre lorsqu'il fut président de l'Église. À une époque où les saints des derniers jours formaient une majorité écrasante en Utah, le président Taylor ne cessa de prêcher la liberté religieuse et la liberté de conscience pour tous. Il affirma : « Nous avons parfois des sentiments très impétueux envers les gens qui ne pensent pas comme nous. Ils ont le droit de penser comme bon leur semble ; et nous aussi. Donc, si un homme n'a pas les mêmes croyances que moi, cela ne me regarde pas. Et si je n'ai pas les mêmes croyances que lui, cela ne le regarde pas. Protégeriez-vous un homme aux croyances différentes des vôtres ? Oui, jusqu'au bout. Il devrait exercer la même justice envers moi, et alors je m'attendrais à ce que mes droits soient protégés[7] ». Pour John Taylor, la liberté était également importante au sein de l'Église. Lors des conseils, il encourageait toujours les membres à s'exprimer librement. Bien que comprenant pleinement l'importance de l'unité, il croyait que la liberté était le moyen d'atteindre une unité véritable.

Période d'épreuve[modifier | modifier le code]

Les saints des derniers jours pratiquaient le mariage plural depuis l'époque de Joseph Smith à Nauvoo. Dans les années 1860 et 1870, le gouvernement des États-Unis vota des lois qui interdisaient le mariage plural et refusaient le statut d'État et d'autres droits au Territoire de l'Utah et à ses citoyens. Convaincue que ces lois constituaient une violation de la liberté religieuse inscrite dans la Constitution, l'Église usa de son influence pour porter l'affaire devant la Cour suprême des États-Unis. En 1879, juste deux ans après que le président Taylor eut pris la direction de l'Église, la Cour suprême des États-Unis confirma la loi du gouvernement fédéral de 1862 contre la polygamie. En 1882 et de nouveau en 1887, le Congrès des États-Unis vota des lois supplémentaires, qui permettaient au gouvernement fédéral de dissoudre l'Église en tant qu'entité légale et de confisquer tous ses biens excédant une valeur de 50 000 dollars (ce qui comprenait quatre temples en construction, le tabernacle, les églises et beaucoup d'autres biens). La loi avait pour but de priver les membres de l'Église de leurs droits civiques, y compris du droit de vote. Ces mesures donnèrent des moyens légaux permettant la persécution des saints des derniers jours qui pratiquaient le mariage plural. L'Église fit plusieurs appels en justice, mais sans succès.

Durant la dispute grandissante au sujet de la polygamie, John Taylor apprit que des officiers gouvernementaux s'apprêtaient à l'arrêter. il se cacha dans différents endroits en Utah, dans l'espoir que la persécution de l'Église diminuerait. Bien qu'absent de la vie publique, il continua à diriger l'Église par le moyen de lettres et d'instructions orales données à des proches en qui il avait confiance. La réclusion, la séparation d'avec sa famille et ses amis et la tension causée par ses responsabilités, commencèrent cependant à lui peser lourdement. Au début de l'année 1887, sa santé commença à se détériorer. Pendant plusieurs mois il résista à la maladie et dit à ses proches qu'il se rétablirait bientôt, mais en juillet il fut manifeste que son état était grave. Le soir du 25 juillet 1887, le président Taylor s'éteignit paisiblement chez Thomas Roueché, à Kaysville (Utah).

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. B. H. Roberts, The Life of John Taylor, 1963, p. 449
  2. B. H. Roberts, The Life of John Taylor, 1963, pp. 134-135
  3. The Gospel Kingdom, sélectionné par G. Homer Durham, 1941, p. 360
  4. Millenial Star, 12 : 269
  5. B. H. Roberts, Life of John Taylor, pp. 226-227 ; voir aussi Les présidents de l'Église, Département des séminaires et des instituts de religion, Francfort-sur-le-Main (Allemagne), 1978, p. 21
  6. « Home Evening », par Joseph F. Merrill, Improvement Era, janvier 1918, p. 203
  7. The Gospel Kingdom, sélectionné par G. Homer Durham, 1941, pp. 328-329