John Silas Reed

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John Reed en 1914.

John « Jack » Silas Reed, né à Portland (Oregon) le 22 octobre 1887 et mort à Moscou le 19 octobre 1920, est un journaliste et militant communiste américain, connu surtout pour son ouvrage sur la révolution bolchévique, Dix jours qui ébranlèrent le monde. Il était le mari de l'écrivaine et féministe Louise Bryant.

Naissance et éducation[modifier | modifier le code]

Issu de la bourgeoisie de Portland, dans l'Oregon, John Reed reçut l'éducation des familles américaines aisées de son temps. Sans être un élève brillant, il parvint à intégrer en 1906 l'université Harvard, où il se frotta aux descendants des familles patriciennes de la côte Est. Ravi d'échapper à l'atmosphère de Portland, il publia ses premiers textes dans le Harvard Lampoon, un périodique humoristique et sarcastique fondé par les étudiants, et participa activement à la vie sociale de l'université, sans encore s'engager politiquement. Stimulé par l'enseignement de son professeur de littérature, Charles Copeland, auquel il dédia plus tard son livre, Le Mexique insurgé, il fut diplômé en 1910. Il effectua un premier voyage en Europe, avant de s'établir à New York l'année suivante.

Journalisme[modifier | modifier le code]

Fréquentant les milieux intellectuels et artistiques new-yorkais, ce qui l'amena à entretenir une brève et tumultueuse liaison avec Mabel Dodge, riche bienfaitrice des arts, John Reed publia quelques articles et des poèmes avant d'écrire, à partir de 1913, pour la revue socialiste The Masses, éditée par Max Eastman. Cette année-là, il découvrit la dureté des rapports sociaux aux États-Unis en couvrant la grève des ouvriers de Paterson, dans le New-Jersey. Pour avoir pris parti en faveur des grévistes et des militants syndicaux des Industrial workers of the world (IWW), dont Bill Haywood et Elizabeth Gurley Flynn, il fut emprisonné pendant quatre jours, expérience qui contribua notablement à son évolution politique.

The Masses, Juin 1914. Le Massacre de Ludlow et l'article sur la révolution Mexicaine.

Quelques mois plus tard, il se rendit au Mexique pour couvrir les évènements révolutionnaires. Pendant plusieurs mois, il suivit l'armée de Pancho Villa, sympathisant profondément avec les péons insurgés et acquérant une certaine notoriété comme correspondant de guerre aux États-Unis. Il s'opposa vigoureusement à l'intervention militaire américaine de 1914 dans les affaires mexicaines. Sur le chemin du retour, il enquêta sur le massacre de Ludlow qui venait de se produire dans le Colorado.

Après le déclenchement de la Première Guerre mondiale, John Reed se rendit plusieurs fois en Europe. Jusqu'en 1917, il put profiter de la non-belligérance des États-Unis pour voyager d'un front à l'autre, dans les deux camps. En 1915, il passa plusieurs mois dans les Balkans, accumulant les éléments de son ouvrage, La Guerre dans les Balkans. C'est à ce moment-là qu'il entra en Russie pour la première fois, non sans déboires, puisqu'il fut arrêté et soupçonné d'espionnage. Cette première expérience suscita chez lui haine du tsarisme et intérêt pour le peuple russe. Entre deux voyages en Europe, en 1916, il épousa Louise Bryant et sympathisa avec le dramaturge Eugene O'Neill.

Horrifié par la guerre, ses horreurs et son absurdité, John Reed s'opposa de toutes ses forces au courant chauvin qui allait pousser les États-Unis dans le conflit au printemps 1917. Pour lui, cette guerre ne servait les intérêts d'aucun peuple et les grandes phrases sur la démocratie ne pouvaient justifier une alliance avec le tsar Nicolas II. Mais, comme en Europe, le courant pacifiste fut balayé en Amérique.

Politique[modifier | modifier le code]

Funérailles de John Reed à Moscou en 1920

John Reed et Louise Bryant arrivèrent à Pétrograd en septembre 1917, six mois après le début de la Révolution russe et quelques jours après la tentative de putsch du général Kornilov. Ils furent les témoins enthousiastes de la révolution d'Octobre. Reed rassembla ses observations sur la révolution bolchévique dans son ouvrage le plus fameux, Dix jours qui ébranlèrent le monde, commenté positivement par Lénine.

Rentré aux États-Unis au printemps 1918, John Reed y défendit avec vigueur le nouveau régime soviétique et s'opposa à toute intervention de son pays contre la Russie bolchévique. Cela lui valut plusieurs arrestations et des condamnations pour propos séditieux, notamment pour un article intitulé « Tricotez une camisole de force pour votre petit soldat ». Lors du procès des Wobblies (surnom des syndicalistes des IWW), il écrivit : « Je doute qu'on ait jamais rien vu de tel dans toute l'histoire. La réunion de cent un bûcherons, ouvriers agricoles, mineurs, journalistes […], qui pensent que les richesses de la terre appartiennent à celui qui les crée […], autrement dit aux carriers, aux abatteurs d'arbres, aux dockers, à tous ces gars qui font le dur boulot[1]. » Après avoir contribué à la naissance du Communist Labor Party, il retourna en Russie fin 1919, dans l'espoir de convaincre l'Internationale communiste nouvellement créée de reconnaître son organisation comme sa section américaine, au détriment de l'autre groupement communiste des États-Unis, le Parti communiste d'Amérique. L'Internationale trancha en demandant aux deux mouvements de fusionner pour former le Parti communiste des États-Unis d'Amérique.

En mars 1920, alors qu'il tentait de retourner clandestinement en Amérique, il fut arrêté et emprisonné en Finlande, dont le régime était alors violemment anticommuniste. Finalement libéré en juin, il retourna à Pétrograd et put participer au IIe congrès de l'Internationale communiste. Le Komintern lui demanda de se rendre à Bakou, où se tint en septembre 1920 le Premier congrès des peuples d'Orient qui devait rallier les peuples colonisés d'Asie à la révolution mondiale. Il y prit la parole. Peu après son retour à Moscou, John Reed attrapa le typhus, qui l'emporta à l'âge de 32 ans. Les autorités soviétiques organisèrent des funérailles officielles et il fut enterré sur la place Rouge, dans la nécropole du mur du Kremlin, comme les révolutionnaires de 1917 dont il avait décrit le combat.

Anecdotes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Howard Zinn, Une Histoire populaire des États-Unis, Éditions Agone, p. 423 (ISBN 2-9108-4679-2)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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