John Fante

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher

John Fante

Activités Romancier, Nouvelliste, Scénariste
Naissance
Denver, Colorado, États-Unis
Décès (à 74 ans)
Los Angeles, Californie, États-Unis
Langue d'écriture Anglais américain
Genres Dirty realism

John Fante, né le à Denver (Colorado) et mort le à Los Angeles (Californie), est un romancier, essayiste et scénariste américain.

Vie[modifier | modifier le code]

Fils d'immigrants italiens, John Fante naît au Colorado, États-Unis, en 1909, au sein d'une famille croyante et conservatrice. Son enfance de gamin des rues turbulent se fera au sein d'une école jésuite, où Fante découvrira douloureusement le besoin de liberté, la sexualité, et l'écriture. Il commence à écrire très tôt et, si on en croit ses romans autobiographiques, se montre comme un enfant particulièrement sensible, enflammé, charismatique et avide de la beauté du monde. A trois reprises entre 1927 et 1931, ses tentatives de mener des études universitaires échouent au bout de quelques mois.

À 20 ans, il se rend à Los Angeles (en 1929) où il travaille notamment dans une conserverie de poisson (évoqué dans La Route de Los Angeles) et exerce de nombreux petits boulots pour survivre. Avide de littérature, le jeune homme se nourrit spirituellement avec Knut Hamsun, Dostoïevski, Nietzsche, Jack London et Sinclair Lewis, et fait ses premières gammes en écriture.

Ses premières nouvelles attireront l'attention du célèbre H. L. Mencken, rédacteur en chef de la prestigieuse revue littéraire The American Mercury, qui publiera régulièrement, dès 1932, la prose du jeune Fante (sa première nouvelle est publiée alors qu'il a 23 ans, mais il se fait passer pour plus jeune, par orgueil et goût de la mise en scène de son propre talent) et gardera même une correspondance de 20 ans avec le jeune écrivain[1].

En 1933, son roman La Route de Los Angeles est refusé car jugé trop cru et trop provocant (malgré une correction de son ébauche vers 1936, le roman ne sera publié qu'en 1986, après sa mort).

Son premier roman Bandini, parait en 1938. Largement autobiographique, on y suit les pérégrinations du jeune Arturo Bandini, fils d'immigrés italiens, habile rhéteur, manipulateur, joueur et jouisseur, chercher une place au soleil à partir de son Colorado natal. L'œuvre est habile, élégante, montre un Bandini/Fante sûr de lui et de sa folie, bien en adéquation avec la personnalité de Fante : menteur, joueur, il n'a pas hésité ici, et comme il ne cessera de le faire, de travestir la réalité, pour lui donner plus de substance, plus de goût, plus de puissance. Et l'effort marche à merveille : Bandini est un héros inimitable, border-line, toujours à chercher l'extrême et la nausée dans ses envies : l'art, la philosophie, les femmes. Bandini constitue le premier quart d'un cycle autobiographique constitué de La Route de Los Angeles, Demande à la poussière, et beaucoup plus tardivement de Rêves de Bunker Hill. L'autre cycle de Fante, Molise, comprend Les Compagnons de la grappe et Mon chien Stupide.

À l'époque de Demande à la poussière (publié en 1939), Fante est encore un gamin torturé et impulsif, qui s'est installé dans un petit hôtel tenu comme une pension de famille par une dame patronnesse. Fante vit alors seul, envoie de l'argent à sa mère dès que tombe un cachet de l'American Mercury, prophétise le monde, est sans cesse tendu entre deux abîmes : les femmes et la littérature.

Sa rencontre avec Joyce, une étudiante fortunée, éditrice et écrivain, qu'il épouse en va lui permettre de s'adonner pendant de longs mois à ses deux passions, le golf et le jeu. Il trouve tout de même le temps d'écrire et d'éditer son plus grand succès commercial Pleins de vie dont la réussite financière lui permettra d'acquérir une maison à Malibu. Le succès de sa dernière parution lui ouvre les portes d'Hollywood où il devient un scénariste important et reconnu ( Full Of Life, Jeanna Eagels, My Man and I, The Reluctant Saint, Something for a Lonely Man, My Six Loves et La Rue chaude). De 1950 à 1956, John Fante vit sous le règne de l'abondance, il travaille notamment pour la Fox et la MGM et sera nommé aux Writers Guild of America Award du meilleur scénario en 1957 pour Pleins de vie. Durant cette période il part également travailler à Rome et à Naples où se réveille en lui la nostalgie de ses origines italiennes.

Cette carrière fut vraisemblablement alimentaire pour Fante, qui regrettait la cruauté bruyante de son travail de romancier. Il tomba dans un oubli relatif jusqu'à ce que Charles Bukowski qui le vénérait, entreprenne avec son ami et éditeur John Martin de Black Sparrow Press, de rééditer Demande à la poussière (Ask the Dust). La situation matérielle de Fante s'améliora grâce à John Martin l'éditeur de Black Sparrow Books et Charles Bukowski qui le firent redécouvrir au grand public ; mais Fante était désormais aveugle et cul-de-jatte par des complications de son diabète. À l'occasion de sa rencontre avec Charles Bukowski, Fante dit alors  : « La pire chose qui puisse arriver aux gens c'est l'amertume. Ils deviennent tous si amers »[2]. Il dictera par la suite, à 74 ans, à sa femme Joyce, les épreuves de Rêves de Bunker Hill.

Fante eut quatre enfants, dont l'écrivain Dan Fante.

Figure de l'excès et de la provocation, John Fante est aujourd'hui considéré comme un écrivain de premier ordre, précurseur de la Beat generation.

Regard sur l'œuvre de John Fante[modifier | modifier le code]

Comme l'a relevé Charles Bukowski (qui a toujours vu en Fante un maître, le comptant comme une influence majeure), l'œuvre de John Fante est marquée par le goût de l'excès, de la provocation, de la systématique remise en cause des certitudes, des conventions. Là où d'autres gosses font ce qu'on leur dit lorsqu'on leur demande de ne pas s'approcher de la fenêtre, Fante saute. Ce même besoin de goûter la vie ad-nauseam s'est reproduit dans sa vie, avec des situations de chaos permanent. John Fante/Bandini était un homme joueur, impulsif, et toujours effrayé à l'idée de passer à côté de la moëlle de la vie, angoissé par le train-train ronflant des gens heureux. Ce besoin de saveur a précipité l'auteur comme le personnage dans une vie troublée, infiniment riche, mais aussi invivable pour ses proches.

Œuvres traduites en français[modifier | modifier le code]

  • La Route de Los Angeles (The Road to Los Angeles, 1933), traduit par Brice Matthieussent en 1987 chez Bourgois, existe aux éditions 10/18 (n°2028).
  • Bandini (Wait Until Spring, Bandini, 1938), traduit par Brice Matthieussent chez Bourgois en 1985, existe aux éditions 10/18 (n°1915).
  • Demande à la poussière (Ask the Dust, 1939), traduit par Philippe Garnier en 1986 chez Bourgois, existe aux éditions 10/18 (n°1954).
  • Les Compagnons de La grappe (The Brotherhood of the Grape, 1977), traduit par Brice Matthieussent en 1988 chez Bourgois, existe aux éditions 10/18 (n°2111).
  • Pleins de vie (Full of Life, 1952), traduit par Brice Matthieussent en 1988 chez Bourgois, existe aux éditions 10/18 (n°2089).
  • Mon chien Stupide (My Dog Stupid, 1986), traduit par Brice Matthieussent en 1987 chez Bourgois, existe aux éditions 10/18 (n°2023).
  • Rêves de Bunker Hill (Dreams from Bunker Hill,1982), traduit par Brice Matthieussent en 1985 chez Bourgois, existe aux éditions 10/18 (n°2056).
  • L'Orgie suivi de 1933 fut une mauvaise année (The Orgy, 1986 ; 1933 Was a Bad Year, 1985), traduit par Brice Matthieussent en 1987 chez Bourgois, existe aux éditions 10/18 (n°2071).
  • Le Vin de la jeunesse (The Wine of Youth, 1985), traduit par Brice Matthieussent en 1986 chez Bourgois, existe aux éditions 10/18 (n°1998).
  • Correspondance Fante/Mencken, traduit par Brice Matthieussent en 1991 chez Bourgois, existe aux éditions 10/18 (n°2344).
  • Grosse faim (nouvelles 1932-1959) (The Big Hunger, 2000), traduit par Brice Matthieussent en 2001 chez Bourgois, existe aux éditions 10/18.

Biographies publiées[modifier | modifier le code]

  • Silvain Reiner, John Fante, la détresse et la lumière, éditions du Castor Astral, 1998
  • Stephen Cooper, Plein de Vie, Bourgois, 2001, parution en 10/18, 2002
  • Dan Fante, Dommages collatéraux : l'héritage de John Fante, 13e Note Éditions, 2012 (ISBN 978-2-36374-027-4)

Extraits[modifier | modifier le code]

  • « Une belle journée, aussi belle qu'une fille. Il roula sur le dos et regarda les nuages filer vers le sud. Tout là-haut le vent soufflait en tempête ; il avait entendu dire qu'il venait du fin fond de l'Alaska et de la Russie, mais les hautes montagnes protégeaient la ville. Il pensa aux livres de Rosa, à leurs couvertures de toile cirée aussi bleue que le ciel ce matin. Une journée paisible, deux chiens en balade, s'arrêtant brièvement au pied de chaque arbre. Il colla son oreille contre le sol. Là-bas, au nord de la ville, dans le cimetière des hautes terres, on descendait Rosa dans sa tombe. Il souffla doucement sur le sol, l'embrassa, mit un peu de terre sur le bout de sa langue. Un jour, il demanderait à son père de tailler une stèle pour la tombe de Rosa » (Bandini, Christian Bourgois éditeur, 1985, p. 242).
  • « Un soir je suis assis sur le lit dans ma chambre d'hôtel sur Bunker Hill, en plein cœur de Los Angeles. C'est un soir important dans ma vie, parce qu'il faut que je prenne une décision pour l'hôtel. Ou bien je paye ce que je dois ou bien je débarrasse le plancher. C'est ce que dit la note, la note que la taulière a glissée sous ma porte. Gros problème, ça, qui mérite la plus haute attention. Je le résous en éteignant la lumière et en allant me coucher » (Demande à la poussière, Éditions 10/18, 2002, p. 11).
  • « Elle m'a passé le bras autour du cou. Elle m'a tiré la tête et m'a enfoncé ses dents dans la lèvre inférieure. Je me suis débattu pour me dégager parce que ça faisait mal. Elle est restée à me regarder regagner l'hôtel, tout sourire, un bras passé par-dessus le dossier du siège. J'ai sorti mon mouchoir pour m'essuyer les lèvres. Le mouchoir avait du sang dessus. J'ai suivi la grisaille du couloir, jusqu'à ma chambre. À peine j'ai fermé la porte que tout le désir qui m'avait fait défaut juste un moment auparavant s'est emparé de moi. Il me cognait le crâne et m'élançait dans les doigts. Je me suis jeté sur le lit et j'ai déchiré l'oreiller avec mes mains » (Demande à la poussière, Éditions 10/18, 2002, pp. 113-114).

Liens externes[modifier | modifier le code]

Articles et études sur l'œuvre[modifier | modifier le code]

  • Stéphane Preziosi, Contenir le désert, une lecture du dénouement de « Demande à la poussière » de John Fante, in Litterature et saveur. Explications de textes et commentaires offerts à Jean Goldzink, Le Manuscrit, 2009, pp. 135-145.
  • Philippe Labro, Olivier Barrot, Les exclus du rêve américains. Fante et Carver, in Lettres d'Amérique. Un voyage en littérature, NIL éditions, Folio, 2001, pp.307-316 (Fante).

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Correspondance Fante/Mencken, 10/18
  2. Howard Sounes, Charles Bukowski. Une vie de fou, Éditions du Rocher, 2008, p. 258