Johannes Bugenhagen

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Johannes Bugenhagen par Lucas Cranach l'Ancien.

Johannes Bugenhagen, surnommé Doctor Pomeranus (né le 24 juin 1485 à Wolin (Poméranie); † 20 avril 1558 à Wittenberg), célèbre réformateur allemand, fut l'un des proches collaborateurs de Martin Luther. Par son apostolat, il assura la conversion de tous les pays de la Hanse au protestantisme.

Après des études à Greifswald et un ministère à Treptow an der Rega, Bugenhagen se rallia dès 1521 aux idées de Luther, devint en 1523 pasteur de l'église de Wittenberg, professeur de l’Université de Wittenberg et directeur du Cercle électoral de Saxe. Il réforma le clergé de la ville de Brunswick, le clergé du duché de Brunswick-Wolfenbüttel, celui des villes libres de Hambourg, Lübeck et Hildesheim, du Schleswig, du Holstein, du Danemark et de la Norvège, enfin celui de la Poméranie. Par la formation d’un clergé instruit et par la traduction de la Bible en langue vernaculaire, il a marqué de son empreinte le protestantisme naissant. Cet ami de Martin Luther n'était pas seulement le confident et le confesseur du grand réformateur saxon : il bénit son mariage avec Katharina von Bora, procéda au baptême de leurs enfants et prononça l'éloge funèbre de Luther.

Années de formation[modifier | modifier le code]

C'est par ce pamphlet, un des premiers écrits polémiques de Luther, que Bugenhagen devait rallier peu à peu la cause de la Réforme.

On ne sait pratiquement rien de la jeunesse de Bugenhagen. Son père, Gerhard Bugenhagen, était conseiller princier, et sans doute aussi échevin de Wolin. Sa famille bénéficiait de l'appui de Marie, sœur du duc Bogusław X de Poméranie et mère-abbesse du couvent cistercien de Wolin. On peut supposer que Bugenhagen fréquenta le séminaire de Wolin jusqu'à l'âge de 16 ans, puisqu'on n'a retrouvé aucune trace d'inscription au collège de Stettin[1]. Mais on sait en revanche qu'il s’inscrivit à l’université de Greifswald le 24 janvier 1502[2] et y étudia les arts libéraux. Il quitta l'université au cours de l'été 1504 sans avoir obtenu aucun diplôme[3]. À la fin de l'année il partit enseigner à l'école de Treptow-an-der-Rega où on l'avait fait venir en tant que recteur[4].

Là, il enseignait le latin et imprimait une Bible à ses frais. Il attira un large auditoire, non seulement parmi les bourgeois et les citadins de Treptow, mais aussi parmi les religieux des monastères de la région ; en fait, la réputation de son école s'étendit bientôt de la Livonie à la Westphalie, qui lui envoyèrent plusieurs élèves. Et bien qu'il n'ait pas étudié la théologie, Bugenhagen obtint en 1509 la consécration et fut fait vicaire de l'église Sainte-Marie de Treptow. Il se mit à étudier alors la théologie en autodidacte et vers 1512 entra en correspondance avec l’humaniste Johannes Murmellius, qui l'initia à la pensée d’Érasme de Rotterdam. C'est ainsi qu'il entra en relation avec les religieux de l’abbaye de Belbuck auprès desquels il exerçait une grande influence : en 1517, les frères le nommèrent professeur au séminaire que l'abbé Johann Boldewan venait d'inaugurer. Ce dernier le chargea de lire l'Écriture Sainte et les Pères de l'Église aux moines[5].

En 1517, le duc Bogusław X lui-même demanda à Bugenhagen de composer une Chronique de la Poméranie. Le maître d'école de Treptow entreprit pour cela un voyage à travers la Poméranie pour recueillir la matière et les témoignages propres à l'aider dans son travail. Le 27 mai 1518 il pouvait présenter au duc la Chronique avec une dédicace au prince[6]. Cette œuvre légèrement teintée d'humanisme, intitulée Pomerania, qui offre la première histoire complète de la Poméranie, était rédigée en latin avec des exemples tirés des Chroniques du pays en vieux haut-allemand et vieux bas-allemand de Thomas Kantzow. Le travail demandé par Boguslaw X amena l'électeur de Saxe Frédéric le Sage à passer commande d'un ouvrage similaire pour la Saxe[7].

Mais bientôt Bugenhagen prit connaissance des écrits de Martin Luther. D'après les témoignages, c'est lors d'un dîner avec le clergé de Treptow, dans la maison du curé de Sainte-Marie, Otto Slutow (Schlutow), qu'on lut devant lui le pamphlet de Martin Luther intitulé De captivitate Babylonica ecclesiae praeludium (« Sur l’exil de l'Église en Babylonie »). Il regarda d'abord ce texte comme hérétique mais, en l'examinant plus en détail, il y décela une signification profonde. Intrigué, il écrivit à Luther pour en savoir davantage[8]. Luther répondit amicalement et expédia à Bugenhagen son Tractatus de libertate Christiana (« Traité sur la liberté chrétienne »), qui reprenait l'ensemble des thèses doctrinales développées jusqu'alors par lui[9].

Débuts à Wittenberg[modifier | modifier le code]

Études et premières conférences à l'Université[modifier | modifier le code]

Martin Luther
Philippe Mélanchthon

Bouleversé par ces idées nouvelles, Bugenhagen se rendit en mars 1521 à Wittenberg, où il échangea ses vues avec Luther et Mélanchthon. De son passé de religieux il avait gardé un tour de pensée encore scolastique, qu'une application continue à l'herméneutique biblique commençait à faire évoluer vers la nécessité d'un retour aux sources. Par la lecture de Johannes Murmellius, dans la période de Treptow, les influences humanistes commencèrent à l'inciter à rechercher l'authenticité des textes. Mais la découverte des écrits de Luther le poussa définitivement vers la théologie. Dès lors, le péché cessa pour lui d'être une tribulation pouvant être rachetée par la prière, et il fit sien le crédo caractéristique : « Toute notre vie n'est que péché, quand bien même nous sommes rachetés par Christ ensuite[10]. »

Son interprétation des Écritures est entièrement imprégnée de la doctrine de la justification (justificatio impii), dans la mesure où l'Écriture et la foi rédemptrice en Christ se confondent. Bugenhagen développe le thème de la rédemption du pécheur dans le cadre d'une théologie de l’élection divine[11]. Il voulait développer ces hypothèses à Wittenberg et c'est pourquoi il s'inscrivit à l'université le 29 avril 1521[12] pour y apprendre la théologie réformée d'un maître expérimenté. Dans cette ville de la vallée de l'Elbe, il trouva d'abord la bienveillance de Philipp Melanchthon, qui l'accueillit dans sa maison et l'invitait à sa table. À partir du 3 novembre 1521, il put donner des conférences académiques sur les Psaumes, qui étaient imprimés depuis 1524[13]. Bugenhagen fut témoin des événements de Wittenberg, auxquels il s'abstint toutefois de se mêler[14]. Mais les développements de l'agitation en ville ne le laissèrent pas indifférent. C'est ainsi que par son mariage le 13 octobre 1522[15] il prit fermement position contre le célibat des clercs.

Ses débuts en tant que pasteur[modifier | modifier le code]

À la mort du vieux pasteur de Wittemberg, Simon Hein, au début du mois de septembre 1523, Bugenhagen fut élu à cette charge le 25 octobre 1523 sur la recommandation de Luther auprès du conseil municipal et des représentants de la communauté[16]. Il s'y montra un fidèle partisan de Luther, dont il devint le confesseur et l'ami. Ses prêches, qu'il prononçait volontiers en public, étaient fort prolixes ce qui constituait un sujet de plaisanterie pour Luther et ses amis. Malgré la lenteur de ses développements, Bugenhagen savait cependant mettre en valeur la Parole avec efficacité et sagesse. Il n'omettait jamais de s'inspirer de l'actualité pour convaincre les fidèles de l'urgence de se conformer aux principes chrétiens[17].

Activité théologique[modifier | modifier le code]

Outre les multiples devoirs qu'occasionne la charge de pasteur, Bugenhagen poursuivit ses conférences d'exégèse biblique à l'université, mit en forme le texte de ces conférences pour les faire imprimer et en autorisa même des adaptations pour la publication. Avec la parution de plusieurs de ses commentaires de l’Ancien et du Nouveau Testament, sa réputation en tant que publiciste s'affirma et le fit connaître comme théologien bien au-delà des frontières du Saint Empire. En septembre 1524 la ville de Hambourg lui fit des avances qui se heurtèrent à une protestation du conseil de Wittenberg qui se trouvait lié par l'Édit de Worms et considérait son honneur bafoué. De même, l’invitation de Dantzig pour un an avorta en raison du véto du conseil des échevins de Wittenberg.

Après l'exégèse, l'organisation pratique du culte et la propagation de l'évangile commencèrent à occuper l'essentiel de sa pensée et de ses actions. Par de courts écrits, il fit connaître ses avis sur l'organisation et le bon usage de l’eucharistie, la confession et les autres rites. C'est ainsi qu'en 1525 il composa la lettre de félicitation intitulée De conjugio episcoporum et diaconorum à l'occasion du mariage du père supérieur augustin de Lichtenburg, Wolfgang Reissbusch : il s'y félicitait du mariage d'un clerc comme de l'accomplissement d'une volonté divine et le justifia au plan théologique. Cela reflète une transition notable du mouvement initial de la Réforme vers la constitution d'un clergé protestant. Il faut d'ailleurs signaler que ce fut le même Bugenhagen qui, le 13 juin 1525, bénit l'union de Luther avec Katharina von Bora.

Bugenhagen n'avait pas prémédité cette évolution des mœurs : n'écrivit-il pas à Johann Hess pour contester l'interprétation de la liturgie et de l'eucharistie selon Andreas Bodenstein et Ulrich Zwingli? Lorsque Zwingli lui répondit directement, Bugenhagen céda, mais il avait enclenché une nouvelle phase dans la querelle sur l'eucharistie, qui devait désormais opposer Luther lui-même à Zwingli. Bugenhagen n'essaya pas de modérer son ami, occupé de son côté à débattre avec Martin Bucer et Johannes Brenz. Au cours des années suivantes, il adressa aux chrétiens de Livonie des lettres comme « Lettre aux chrétiens d'Angleterre » (Sendbrief an die Christen in England) ou « Avis chrétien » (Christliche Vermahnung), qui montrent que Bugenhagen ne se contentait pas de son travail à Wittenberg, mais que son autorité et ses prises de positions étaient discutées un peu partout.

Son manifeste de 1526 intitulé « Sur la foi chrétienne et les bonnes œuvres » (Von dem christlichen Glauben und rechten guten Werken) expose les principes de sa théologie réformée et son ambition pour la réforme de l’Église. Son succès dans la réorganisation de la paroisse de Wittenberg et la ferveur que rencontraient ses écrits firent connaître Bugenhagen bien au-delà de Wittenberg, mais dans l'immédiat, il dut encore passer les mois difficiles, marqués par la peste, de l'hiver 1527-28 à Wittenberg : avec Luther, il resta au sein de sa communauté par solidarité et aussi pour parachever auprès des étudiants ses conférences sur les quatre premiers chapitres de l'Épitre aux Corinthiens.

Départ de Wittenberg[modifier | modifier le code]

Mélanchthon et Justus Jonas l’Aîné avaient pourtant déjà quitté la ville avec leur famille, et l’université se trouva transplantée à Iéna. Après le décès d’Hanna Rörer, la sœur de Bugenhagen, morte en 1527 de la peste, Luther pria son ami de venir habiter chez lui. Là, Bugenhagen fut frappé de nouveau d'un coup du destin, avec la mort par maladie de son fils Michael âgé de deux ans, le 26 avril 1528. Entretemps, les discussions entamées depuis mars 1528 entre la ville de Brunswick et l’Université de Wittenberg avaient abouti[18], entraînant le transfert de Bugenhagen à Brunswick. Il prit la route avec sa famille le 16 mai.

Brunswick[modifier | modifier le code]

Les débuts de la réforme en Basse-Saxe[modifier | modifier le code]

Brunswick vers 1550

Quatre jours plus tard, le 20 mai 1528, Bugenhagen arrivait à Brunswick [18], où il fut d'abord hébergé par un bourgeois. Le soir même de son arrivée en ville, les treize prêcheurs réformateurs de Brunswick se réunirent à Saint-André où ils élurent à main levée Bugenhagen comme leur recteur.

À Brunswick, la réforme de Luther avait été annoncée dès 1521 par Gottschalk Kruse[19]. La première messe en langue allemande fut célébrée (malgré l'interdiction des autorités catholiques) dans la cathédrale de Brunswick à la Pâques 1526[20]. Le premier baptême en allemand se déroula lors de l'Avent 1527. Les changements liturgiques exigés par le clergé favorable à la Réforme et la population prenaient une tournure de plus en plus nette. Dès le 11 mars un concile examina 18 points de doctrine, sans toutefois trancher sur un seul ; mais à la fin du mois de mars, deux paroisses s’étaient chacune dotées d'un règlement précis, ce qui montrait l’urgence d’une réorganisation concertée du clergé.

Premières prédications à Brunswick[modifier | modifier le code]

L’église des frères mendiants de Brunswick.

Le 21 mai 1528, jour de l'Ascension, Bugenhagen intervint pour la première fois en chaire dans l’église des frères mendiants, qui jusqu'alors dépendait du monastère franciscain. De nombreux fidèles, ne trouvant pas de place à l'intérieur, durent assister à l'office depuis le parvis avec un second officiant. Puis Bugenhagen se justifia brièvement de sa mission dans cette ville, avant de se consacrer à la préparation de la célébration de l’Ascension. Conformément à l’habitude prise à Wittenberg de prêcher deux fois de suite les dimanches et jours fériés, il remonta en chaire le soir, et y prononça un sermon enthousiaste. Il gagna par là les fidèles de Brunswick à la théologie de Wittenberg qui la reçurent, d'ailleurs, d'un prédicateur expérimenté. Ils n'eurent désormais de cesse que de lui demander de les préparer à une nouvelle vie en communauté, inspirés par l'idée qu'un modèle de congrégation devait se dégager de la Parole de l’Évangile. Mais Bugenhagen leur répétait que les œuvres sont elles-mêmes l'apanage d'une foi sincère et authentique et sont la conséquence d'une doctrine accomplie.

La constitution ecclésiastique de Brunswick[modifier | modifier le code]

La constitution ecclésiastique de Brunswick.

Abordant la question fondamentale de la réforme de la vie de la congrégation, il posa d'abord en principe la nécessité de former un clergé érudit. Il fallait non seulement des hommes capables, avec l'aide d'un assistant, de diriger les consciences, mais aussi des organisateurs. Afin que les théologiens puissent répondre aux exigences de l'époque, il fit installer une tribune pour donner au futur clergé des conférences sur l’exégèse biblique. Il fit sienne la dénonciation de la Fête-Dieu, se saisit de la polémique sur les grands de l'Empire, aborda les principes de l'éducation, organisa l'aide aux nécessiteux, affirma la valeur du baptême et de la messe en langue allemande, enfin évoqua la question du catéchisme. Malgré l'adhésion des bourgeois de Brunswick aux idéaux qu'il leur représentait, leur réalisation concrète se heurta à de multiples difficultés : les divergences d'intérêts, de vocation ou de croyance entraient régulièrement en conflit.

Pour conférer à la future Église une cohérence susceptible de s'imposer à toute la cité et aboutir autant que possible à une proclamation unanimement ratifiée, il fallait par empathie, patience, tact et diverses tractations, gagner l'approbation de tous. Ces efforts furent couronnés le 5 septembre 1528 : Le conseil des échevins, les jurés, les maîtres des 14 guildes représentatives et les 28 représentants des cinq quartiers de Brunswick : Altewiek, Altstadt, Hagen, Neustadt et Sack se réunirent et adoptèrent la profession de foi composée en bas-allemand par Bugenhagen[21]. Le lendemain, un dimanche, l'adoption officielle de la Réforme à Brunswick fut annoncée dans toutes les églises de la ville. Après trois mois et demi d'un labeur acharné, aux cours desquels il s'était aussi employé comme premier directeur spirituel de la congrégation, Bugenhagen reçut des élus le droit de cité.

Départ de Brunswick[modifier | modifier le code]

On lui avait déjà trouvé une maison et la municipalité désirait se l'attacher à vie comme pasteur de la communauté ; mais de nouvelles missions attendaient le réformateur, car d'une part cela faisait longtemps que la ville de Hambourg attendait sa venue ; et d'autre part la disparition de Henri de Zutphen à Brême y rendait la situation critique. C’est pourquoi le 18 septembre 1528 Bugenhagen céda la place de directeur spirituel à maître Martin Görlitz de Torgau. C'est ainsi que se termina la conversion de la ville, et Bugenhagen prit la route de Hambourg avec sa famille le 10 octobre 1528[22]. Grâce au prosélytisme évangélique de Bugenhagen, les villes de Brunswick et Göttingen devaient rallier la Ligue de Smalkalde le dimanche suivant la Trinité de 1531.

Hambourg[modifier | modifier le code]

Une ville divisée[modifier | modifier le code]

Hambourg 1572, gravure par Frans Hogenberg

À Hambourg on avait envisagé, avec les progrès de la vague évangélique, d'inviter Bugenhagen dès 1525, mais cette proposition n'avait pas recueilli les suffrages de la population. Pourtant, au début de 1526, une majorité de citoyens exprima le désir de se tourner vers le prédicateur de Poméranie, non sans éveiller des foyers d'opposition : régulièrement, des querelles éclataient avec les clercs catholiques de l’église Saint-Nicolas, qui se soldaient par des diatribes enflammées en chaire et la désertion des processions traditionnelles. Le grand conseil tenta d'apaiser la situation en invitant les champions des deux causes religieuses à débattre en séance à l'Hôtel de Ville, mais les déchirements reprirent sans délai.

Bugenhagen lui-même, qui avait par son épître de 1526 « Sur la foi chrétienne et les œuvres » invité les Hambourgeois à créer une caisse d'assistance pour le secours des pauvres, s'était engagé d'une certaine manière vis-à-vis de la communauté hambourgeoise. Les tenants de l'Église traditionnelle perdaient chaque jour un peu plus en autorité, mais le besoin d'une personnalité permettant d'incarner à Hambourg les aspirations nouvelles se faisait de plus en plus pressant : il fallait un homme possédant l’autorité et les connaissances théologiques pour y ancrer définitivement la Réforme. Nicolaus von Amsdorf, qui avait tenté au mois d'avril de reprendre cette mission, avait dû y renoncer car il ne maîtrisait pas suffisamment le dialecte bas-allemand. Aussi commença-t-on à voir en Bugenhagen, le prédicateur de Brunswick, l’homme de la situation. Le conseil des échevins réserva une chambre dans la Doktorei, où Bugenhagen s'installa dès son arrivée le 8 octobre. Le lendemain, on organisait en cet endroit un banquet de bienvenue, puis le 10 octobre les trois bourgmestres de Hambourg le reçurent en grande pompe.

Prédication à Hambourg[modifier | modifier le code]

Johannes Bugenhagen en 1532.

Mais Bugenhagen réalisa bientôt qu'il n'était pas possible de transposer directement à Hambourg les règles établies pour la communauté de Brunswick. Par suite de l'annonce précoce des idées de la Réforme et de l'opposition des ordres monastiques au nouvel évangile, il y avait à Hambourg des divergences confessionnelles entre le conseil élu, les bourgeois et les religieux favorables à la Réforme. Bugenhagen commença par prononcer des sermons selon les mêmes principes qu'il avait suivis à Brunswick. Comme auparavant, les altercations se déchaînèrent, notamment avec le chapitre de chanoines, profondément catholique, du monastère cistercien de Harvestehude, qui entendait ne laisser aucun hérétique se hisser à la tribune de ses églises.

Au cours de sa prédication à Hambourg, Bugenhagen prit part à des débats contre l'hérésie anabaptiste du prêcheur Melchior Hoffman à Flensburg. Il avait déjà eu affaire à lui quand il s'était essayé à convertir Wittenberg en 1525 puis en 1527. Hoffman était connu comme un protestant illuminé et déviant (notamment sur le point de vue luthérien de l'eucharistie) qui se préoccupait davantage de soulever les masses que de les instruire. Chaque fois que le caractère hérésiarque de sa doctrine était mis en lumière, il était réduit à prendre la fuite. En 1527 il avait trouvé un refuge provisoire à Kiel, mais commit l'imprudence de se signaler par des libelles, ce qui l'obligea à débattre avec le théologien luthérien le 7 avril 1529 devant le duc de Schleswig et de Holstein Christian, prince-héritier de Danemark. Hoffman s'efforça de calquer son argumentation sur celles de Zwingli et Bodenstein, disant : « Le pain qui nous est donné est figuratif et représente par sacrement le corps du Christ, mais ne l'est pas en réalité, je ne dis donc pas qu'il s'agit de vulgaire pain ou vin, mais enfin ils ne sont pour moi que des évocations. » Bugenhagen, qui l’emporta dans cette confrontation, critiqua point par point l'ensemble de la doctrine de Hoffman. Il argumenta par la théologie et l’exégèse sur l'interprétation de l'eucharistie convenue à Wittenberg et s'appuya sur les différents récits de la Cène donnés dans les Saintes Écritures. Le 9 avril, Hofmann était convaincu d'hérésie. Ayant renoncé à faire appel, il dut quitter le pays dans les 3 jours.

La constitution ecclésiastique de Hambourg[modifier | modifier le code]

Statue en céramique sur la façade de l'église Bugenhagen à Hambourg.

De retour à Hambourg, Bugenhagen se consacra de nouveau à la réorganisation des paroisses, ce qui pour lui se traduisait par une prolongation inopportune de son séjour. Il était surtout préoccupé par les menées agressives des nonnes du cloître cistercien, si bien qu'il finit par dénoncer, dans un pamphlet intitulé « Ce que j’ai soutenu et écrit sur la vie religieuse et en particulier les nonnes et béguines[23] » (Hambourg 1529), la vie monacale comme non-conforme aux Évangiles. Toutes les manœuvres du chapitre de Sainte-Marie et des nonnes du cloître cistercien tournèrent court. Bugenhagen laissa ensuite cette question à discrétion dans sa constitution ecclésiastique ; mais avec cet écrit, il n'en avait pas moins fourni aux fidèles et à la municipalité une piste de réflexion, qui lui sera reprochée comme une incitation à l'extrémisme au moment de la destruction des monastères le 10 février 1530. Entretemps, sa constitution fut adoptée le 15 mai 1529 et le 23 mai, elle fut annoncée aux fidèles dans toutes les églises de la ville. Par un travail acharné, Bugenhagen était parvenu à établir, même à Hambourg une confession acceptée de tous ; mais il y subsistait, même très atténuées, des traces de l'ancien dogme.

En dépit de ces restrictions, l'adoption de la nouvelle constitution ecclésiastique ancrait définitivement Hambourg dans le protestantisme. Elle proclamait notamment la nécessité de « prêcher la parole de l'Évangile pure et inaltérée », de pratiquer les sacrements de l'avènement du Christ conformément à cela, de retrancher de la pratique religieuse tout rite contraire ou même simplement non fondé sur la Parole de Dieu, d'éduquer la jeunesse dans de bonnes écoles et d'employer toutes les ressources disponibles au secours des pauvres et à la pratique religieuse. L'examen de la situation à Hambourg montre toute la prudence avec laquelle Bugenhagen, malgré l'appui des communautés protestantes, a abordé la rédaction de la constitution religieuse. Le mélange intime des questions théologiques et politiques confère à la Constitution de Hambourg le double caractère d'un texte fondateur et d'une ligne directrice pour l'institution d'un clergé dans cette ville. À bien des égards, elle apportait dans le contexte particulier de Hambourg un programme de vie chrétienne inspiré de l'évangile, abordant la culture et l'éducation, la prédication et le culte, la réponse aux besoins tant matériels que spirituels, sans oublier les aspects sociaux et la vie paroissiale. À Hambourg aussi, Bugenhagen était ainsi parvenu à conférer une déclinaison de la foi réformée appropriée à la vie de la communauté.

Inauguration du « Johanneum »[modifier | modifier le code]

Avant son départ pour Wittenberg, il eut encore le temps d'inaugurer la première école de latin publique de la ville, le Johanneum, occupant les bâtiments désormais vacants de l'ancien monastère Saint-Jean : dans son allocution en latin, il marqua avec insistance tout le prix qu'il attachait, en tant qu'ancien professeur du séminaire de Treptow, à la formation et à la promotion d'un enseignement efficace inspiré par la Réforme ; il posait avec ce discours la première pierre de cet édifice pédagogique. Rappelé à Wittenberg par le comte palatin de Saxe, Bugenhagen quitta Hambourg avec sa famille le 9 juin 1529. En cadeau d'adieu et en reconnaissance de ses accomplissements, les bourgeois de Hambourg le gratifièrent de 100 florins. Sa femme elle-même, qui l'avait assisté sans relâche pendant ce séjour, se vit octroyer la somme de 20 florins.

Fin du premier voyage[modifier | modifier le code]

Retour à Brunswick[modifier | modifier le code]

Il voulait retourner à Harburg et Brunswick. Dans cette dernière ville, Bugenhagen dut s'avouer que la dépravation des mœurs avait empiré. Au moment de son départ en octobre 1528, les tenants de l'ancienne religion en vinrent à se révolter. Il n'était pas jusqu'au duc Henri qui ne fît publier en ville son opposition croissante à la nouvelle confession, ce qui ne fut pas sans conséquence. Au printemps 1529, un climat de sédition régnait sur la ville, non sans lien avec l'opposition tactique du conseil des échevins au duc, car il était apparu de là des dissensions entre les bourgeois et le conseil. Le monastère posait simultanément de nouveaux problèmes, car la Réforme n'y apporta pas l'organisation qui depuis longtemps lui faisait défaut. On intima aux moines de quitter leur retraite et d'apparaître dans le monde. Sur ce, une partie d'entre eux quitta la ville, mais visiblement à regret, ce qui suscita de nouvelles tensions. Le duc, fort des développements de la Protestation de Spire, où la Réforme fut tenue en échec et qui avait remis en vigueur les dispositions de l’Édit de Worms, fit en sorte qu’un blâme soit infligé à la municipalité de Brunswick, avec obligation de rétablir les moines dans leur propriété.

Simultanément, des manifestations spectaculaires d’iconoclasme en ville témoignaient de la faveur croissante des idées de Zwingli, surtout à propos de la transsubstantiation du pain et du vin. Depuis le départ de Bugenhagen pour Hambourg, plusieurs prédicateurs protestants avaient sur l'Eucharistie adopté des positions qui avaient été rejetées comme sacrilèges. Dans la pratique cultuelle-même, l'influence de Zwingli se faisait de plus en plus prégnante. Ainsi la menace d'une division de la communauté se précisait. Le directeur spirituel Görlitz, particulièrement peu soutenu par le conseil municipal, ne parvenait plus à combattre cette évolution avec ses sermons.

Dès son arrivée en ville, le jour de l’Ascension de 1529, Bugenhagen dénonça sans ambages une situation de confusion entretenue selon lui par les exigences du duc et des représentants impériaux. Dans une série de sermons, il s'en prit aux pratiques déviantes de l'eucharistie. Il chercha aussi à contraindre les conseillers à prendre plus fermement position contre les hérétiques, et ses efforts ne furent pas longtemps stériles. Bien qu'il eût pris à cœur le redressement de la foi à Brunswick, il dut pourtant quitter la ville à la suite du rappel du comte de Saxe le 20 juin 1529[24].

Bref retour à Wittenberg[modifier | modifier le code]

Wittenberg dans les années 1530.

Le soir du 24 juin 1529, il était de retour à Wittenberg avec sa famille et fut accueilli d’un banquet de bienvenue par le conseil des échevins. Les habitants de Wittenberg retrouvaient leur pasteur, et Luther, qui avait exercé cette fonction tout ce temps, pouvait de nouveau se consacrer à l'organisation de la Réforme. Bugenhagen fut immédiatement impliqué dans la préparation du Colloque de Marbourg, auquel pourtant il ne participa pas, préférant se consacrer aux nouveaux développements de la question de l'autonomie religieuse et à la rédaction de la Confession de Torgau en vue de la Diète d’Augsbourg : on retrouvera ses propositions adoptées aux articles 22 à 28 de la Confession d'Augsbourg. Il n'assista pas davantage à la diète d'empire, privilégiant avec Caspar Cruciger l'Ancien l’attente des fidèles à Wittenberg. Surtout, il voulut se consacrer à l’assistance spirituelle aux réformateurs d’Allemagne du Nord. Il représenta Luther pour les premières missions religieuses à travers l'Électorat de Saxe, prêchait en chaire et donnait des conférences à l’université, particulièrement sur la Première épître aux Corinthiens. Il agita brièvement l'idée d'une histoire des Apôtres. Puis, comme la polémique entre Luther et Zwingli atteignait son paroxysme, deux émissaires de Lübeck vinrent à lui en juin 1530, lui demandant de venir réformer l'Église de leur ville : et c'est ainsi qu'en octobre 1530 Bugenhagen prit le chemin de Lübeck.

Lübeck[modifier | modifier le code]

Les bases sociales du mouvement réformateur à Lübeck[modifier | modifier le code]

Lübeck im 16. Jahrhundert, Ansicht von Osten

Lübeck, à l’embouchure de la Trave, perdit avec la Réforme sa position centrale dans le commerce de la Baltique : tandis que les Hollandais intensifiaient leur trafic portuaire, les Anglais prenaient en mains leur propre commerce ; quant au Danemark, au duché de Prusse naissant et à la ville libre de Dantzig, ils tentaient de s’affranchir de l’hégémonie de Lübeck. Ces difficultés extérieures suscitèrent l’intensification de tensions internes. Depuis 1522 s’était développée à Lübeck une faction protestante très active et de plus en plus influente. À la tête de cette opposition bourgeoise au conseil des échevins, on trouvait les commerçants écartés de l’oligarchie municipale, partisans d’une concurrence agressive contre les rivaux Néerlandais et Danois, qui estimaient leurs revendications insuffisamment défendues par le conseil de ville. Elle voyait dans la Réforme un espoir de promotion sociale. La hausse des impôts de l’automne 1529 (notamment la levée des contributions de guerre contre les Turcs) mirent cette minorité en position de demander des comptes aux échevins : elle conditionna sa coopération par la prise en compte de ses requêtes. Une « délégation » dite « du 64e » s'en fit le porte-parole, si bien qu'à l'été 1530, le conseil dut enregistrer l'adhésion de la ville à la Réforme. L’opposition pouvait à présent s’occuper de la réorganisation du clergé et des paroisses.

La constitution ecclésiastique de Lübeck[modifier | modifier le code]

Frontispice de Der Keyserliken Stadt Lübeck Christlike Ordeninge, constitution religieuse de Lübeck (1531).

L'adhésion du Conseil des échevins à la nouvelle Église, le 30 juin, exigeait entre autres l'organisation commune des différents aspects de la vie spirituelle (c'est-à-dire l'Église, l'École et l'aide aux pauvres). Une conséquence directe fut l'implication au grand jour de Bugenhagen. Le 28 octobre 1530, ce dernier rejoignit le port de la Hanse avec sa famille fort d'une relative disponibilité, compte tenu de l’importance politique de l’enjeu. Luther accepta de reprendre dans l'intervalle ses fonctions au sein du consistoire de Wittenberg, sans savoir au juste combien de temps Bugenhagen allait passer à réorganiser l’Église de Lübeck ; et en effet, le conservatisme des échevins, opposés à une extension des idées de la Réforme, devait saper longtemps ses efforts.

Bugenhagen bénéficia surtout des appuis au sein de l'opposition commerçante, qui lui permirent de faire approuver et mettre en application son programme le 27 mai 1531. Le dimanche de la Trinité 1531, il fut annoncé et célébré lors de l'office divin dans toute la ville. Passé cette proclamation, Bugenhagen, prévenu par ses échecs passés à Brunswick et Hambourg, demeura presque encore une année complète à Lübeck, afin d'y ancrer solidement le protestantisme. Comme à Hambourg, les besoins de former un clergé instruit conduisirent à ouvrir là aussi une école de latin, ce Katharineum occupant les locaux du monastère Sainte-Catherine des Franciscains. Hermann Bonnus fut choisi, sans doute sur proposition de Bugenhagen, comme premier recteur de l’école et ancien de l’Église de Lübeck.

Bilan de l'apostolat de Lübeck[modifier | modifier le code]

Pendant son séjour à Lübeck, Bugenhagen reçut fréquemment les requêtes d'autres villes d'Allemagne du Nord : des théologiens expérimentés le priaient de les conseiller en tranchant sur l'organisation des communautés. C'est ainsi que le conseil des échevins de Rostock fit appel à lui pour l'organisation des paroisses. Bugenhagen trouva cependant à Lübeck encore le temps de rattraper le retard qu'il avait pris depuis 1527 dans son programme de rédaction : il y mit la dernière main à un traité abondamment argumenté par des exemples tirés de l'histoire ecclésiastique, intitulé Contre les sacrilèges[25] (1532), et dans lequel il dénonce la pratique traditionnelle de l’eucharistie.

Préoccupé par l'agitation d'un autre franc-tireur de la Réforme, Johannes Campanus, qui parcourait depuis 1530 la Rhénanie en propageant une doctrine antitrinitaire de son crû, que Luther aussi bien que Melanchthon avait dénoncée dans leurs lettres, Bugenhagen écrivit à son tour un avis contre les Antitrinitariens. Il passa les dernières semaines de son séjour à Lübeck à superviser une traduction du Nouveau Testament en dialecte bas-allemand, dont il voulait faire une authentique langue de culture depuis ses premières tentatives en 1524 à Wittenberg. L'aboutissement de ce travail fut la publication en 1533-34 de la luxueuse Bible de Lübeck, première bible complète en dialecte bas-allemand, appelée aussi parfois « Bible Bugenhagen » et qui devança même historiquement la bible de Luther composée en haut-allemand. Le 30 avril 1532, Bugenhagen reprit le chemin de Wittenberg.

Retour à Wittenberg[modifier | modifier le code]

Directeur spirituel de Wittenberg[modifier | modifier le code]

L'église de Wittenberg aujourd'hui.

De multiples difficultés attendaient Bugenhagen lors qu'il retrouva Wittenberg le 5 mai 1532. Luther, qui avait remplacé Bugenhagen, s'était il est vrai occupé des fidèles mais il se trouvait lui-même submergé de devoirs, et ses maladies avaient interrompu l'office divin à de nombreuses reprises. Et si Bugenhagen était malgré tout assisté des diacres Sebastian Fröschel, Georg Rörer et Johann Mantel, plusieurs problèmes demeuraient qui lui firent plus d'une fois douter de sa mission. Avant tout, la conversion des fidèles demeurait superficielle. Il s'employa avec toute la conviction possible à développer la foi et la pratique cultuelle réformée en s'appuyant sur l'enseignement de la Bible et le catéchisme. La longueur de ses sermons, que Luther critiqua plus d'une fois, ne fut sans doute pas sans rapport avec ses peines. Son ami ne déclara-t-il pas un jour : « Chaque prêtre doit faire des offrandes. Ergo Pomeranus fait offrande de ses fidèles par ses discours-fleuves, ce sont nous ses offrandes ; et aujourd'hui il nous a sacrifiés de belle manière… » Si Bugenhagen avait su conclure plus rapidement ou s'il s'était fait remplacer, les mères de familles wittenbergeoises auraient eu quelque chance d'avoir encore le temps de faire leur marché pour le repas dominical…

Docteur en théologie[modifier | modifier le code]

Esquisse de la chapelle de Wittenberg à l'époque où Bugenhagen y reçut le grade de docteur.

À l’université, Bugenhagen donnait régulièrement des conférences sur le prophète Jérémie. Lorsque le 28 avril 1533 des représentants du denier du culte pour Hambourg démarchèrent les théologiens de l’université de Wittenberg pour qu'ils confèrent à leur directeur spirituel Johannes Aepinus le grade de docteur, les professeurs de la faculté de théologie réalisèrent combien peu de théologiens ils avaient promus au regard des besoins de l'évangélisation : en effet, faute de règlement précis, plus aucun docteur n'avait été reçu depuis 1525. Dans la perspective de la promotion d’Æpinus, la faculté de théologie prit la décision d'enregistrer les thèses de l'érudit Caspar Cruciger l'Ancien et du licencié Bugenhagen, compte tenu de la richesse de leurs apports à la doctrine. L’électeur Jean-Frédéric, qui assistait à des assemblées à Wittenberg et qui se préoccupait énormément du fonctionnement de l’université de son duché, appuya leur candidature. Il se proposa de payer les droits d'inscription et offrit d'assister en personne à la soutenance, fixée au 17 juin 1533. La veille au soir, Melanchthon travaillait encore à la lecture des thèses qu'on lui avait soumises.

Les soutenances des deux candidats se tinrent en l'église du Château de Wittenberg sous la présidence de Luther, en présence des princes de Saxe, des ducs Ernest et François de Brunswick, du duc Magnus de Mecklembourg, et de nombreux représentants de la noblesse et de l’Université. À compter de cette date, le titre de docteur en théologie de Wittenberg constituera la qualification requise pour les directeurs spirituels des villes et principautés protestantes. Bugenhagen, qui pensait pouvoir se dispenser de l'exercice par égard pour son ancienneté, dut défendre ses six thèses « sur l’Église » (De ecclesia) devant le jury. Il y affirmait le respect des lois séculières par le clergé protestant, dans la mesure où elles n'entraient pas en contradiction avec la loi divine. Il les distinguait des règles ecclésiastiques, qui selon Col 2 16 ne peuvent lier les consciences. Il leur opposait la liberté de conscience, qui ne peut être ôtée à aucune créature sur Terre. Ses conclusions rencontraient les aspirations des princes. Le lendemain, le doyen de la Faculté de théologie Justus Jonas l'Ancien proclama solennellement la promotion des trois candidats dans la chapelle du château. C'est Luther lui-même qui avait concocté le nouveau protocole de soutenance, qui devait ainsi conférer au diplômé le crédit religieux et l'autorité impériale, tous deux accordés de Dieu.

Directeur du Cercle Électoral de Saxe[modifier | modifier le code]

Le lendemain le prince électeur donna un banquet (appelé en Allemagne Doktorschmaus) en l'honneur des nouveaux promus. Ce fut l'occasion pour le prince de confier à Bugenhagen la direction du Cercle électoral des États de l’est de l’Elbe. Ainsi pour la première fois une direction temporelle était attribuée à l'Église protestante, direction qu'elle devait conserver jusqu'en 1817 (les États de la rive gauche furent ensuite administrés par le bailli de Kemberg). Après Bugenhagen, cette charge administrative équivalente à celle d'un évêque fut liée à celle de pasteur de Wittenberg : elle fut occupée par les plus éminents représentants de la faculté de théologie de la ville. Attachée désormais à l'Université de Wittenberg, elle passa en 1817 à l’Université de Halle sous la forme d'un titre de directeur. Cette fonction prit de l'importance avec l'insistance de Luther à ce que des tournées d'inspection soient menées dans tout le pays, ce qui jusqu'alors n'était pas systématique. Gregor Brück (alias Pontanus), qui travaillait à la préservation des institutions depuis 1527, reconnut qu'à la suite de la première tournée, de nombreuses irrégularités et divers problèmes s'étaient révélés. C'est pourquoi il exhorta Jean l’Assuré de poursuivre ses inspections des églises ; mais ce prince ne vécut pas assez longtemps, et ce fut son fils Jean-Frédéric qui entreprit la tournée suivante, en 1533. Il fallait pour cela pouvoir s'appuyer sur une organisation précise du clergé, et c'est de là que naquit cette fonction de « directeur du Cercle électoral ».

La constitution ecclésiastique de Wittenberg[modifier | modifier le code]

Avant de pouvoir entreprendre ses inspections, Bugenhagen avait encore à mettre sur pied l'organisation paroissiale de Wittenberg ; pour un homme qui avait déjà rédigé de telles constitutions pour les villes de Brunswick, Hambourg et Lübeck, et qui en avait même supervisé la mise en application, le fait que sa propre ville en soit dépourvue encore en 1535 paraît pour le moins incongru. C'est aussi que Wittenberg ne souffrait pas vraiment du fonctionnement informel de l'Église locale. Dès les événements du 24 janvier 1522, le conseil des échevins avait promulgué un arrêté sur les affaires religieuses, puis Bugenhagen et Justus Jonas l’Aîné avaient précisé la liturgie pour la Chapelle de Tous-les-Saints (celle de la Schlosskirche). Et puis Wittenberg disposait déjà de tout un corpus religieux avec la Messe en allemand (1525) et le livret de baptême (1526) de Luther, le « cérémonial du mariage » (Ordnung für die Trauung, 1524) de Bugenhagen et enfin la « Liturgie du mariage pour les simples pasteurs » (Traubüchlein für die einfältigen Pfarrherrn, 1529) de Luther.

Aussi n'est-il guère étonnant que la constitution religieuse de Wittenberg n'ait pas apporté de grands changements : ce ne fut que la compilation écrite des rites observés depuis plusieurs années. Par sa structure, elle s'apparente aux autres constitutions religieuses d'Allemagne du nord, hormis sur deux points :

  • l'élection des pasteurs revenait (comme cela avait été le cas pour Bugenhagen) aux clercs de l'université, et à dix députés nommés par le conseil des échevins et par la communauté, tandis que le conseil paroissial dépendait de l'intendance générale du Cercle électoral de l'Elbe orientale ;
  • suivant une recommandation de Luther, Bugenhagen institue des écoles pour les jeunes filles, dépassant par là les constitutions des villes autonomes de Basse-Saxe, qui ne prévoyaient que l'enseignement de la lecture : désormais, l'écriture et le calcul devaient aussi être enseignés. Cette évolution devait affecter par la suite la doctrine chrétienne en précisant le statut de la mère de famille chrétienne.

Finalement Bugenhagen entreprit sa tournée d'inspection, qui le mena aussi dans les trois paroisses de Herzberg, Schlieben et Baruth, placées directement sous son autorité de directeur du conseil de paroisse de Wittemberg. Au cours de cette tournée, il ne revint que très ponctuellement à Wittemberg ; ses inspections suivantes l'amenèrent entre autres au bailliage de Belzig. Il eut aussi à rendre dans le même temps une centaine de jugements dans la mesure où les réformateurs de Wittenberg en appelaient à son autorité, rendit des avis sur le choix de nouvelles implantations et joua un rôle de conseiller dans la propagation de la Réforme en Saxe-Anhalt.

En Poméranie[modifier | modifier le code]

Contexte religieux[modifier | modifier le code]

La « Grande carte de Lubin » représente l’ancien duché de Poméranie.

À la mort du duc Boguslaw X, les contingents des réformés gagnèrent en puissance dans les grandes villes de Poméranie. Le prince régnant Boguslaw observait pour sa part une politique religieuse souple, tolérant l'action des ministres réformés du moment qu'ils ne troublaient pas l'ordre public. L'évêque d'alors, Érasme von Manteuffel, sut en tirer parti et Georges Ier et Barnim, les deux fils de Boguslaw, poursuivirent dans cette voie. Ils tenaient aussi compte de leur situation au sein de l'Empire, car la Poméranie était jusqu'en 1530 un fief d’Empire et Charles Quint ne décida de sa réattribution que sept ans après la mort du duc Boguslaw. Dans l'intervalle, la Réforme y fut tacitement tolérée. À la mort de Georges en octobre 1532, le pays fut partagé entre Barnim IX, qui obtint la Poméranie-Stettin, et le fils de Georges, Philippe Ier, qui obtint la Poméranie-Wolgast. Lors de ce partage, les princes convinrent de l'intérêt de conserver un gouvernement unique du pays et mirent en place une instance administrative unifiée.

Plusieurs villes tentèrent d'accroître l'indépendance qu'elles avaient commencé d'acquérir grâce aux réformes intérieures lancées par Boguslaw depuis une dizaine d'années. Ces désirs d'autonomie et les aspirations bourgeoises à la démocratie s'accompagnaient d'un mouvement de réforme religieuse, qui se manifestait surtout par la célébration de la messe en allemand et la communion sous les deux espèces, sans toutefois mettre en cause la hiérarchie du clergé. Une partie de la bourgeoisie s'en prit à la mauvaise gestion des affaires et réclama un nouveau partage des responsabilités. Avec la pression croissante du mouvement évangélique, les ducs de Poméranie décidèrent finalement à l'été 1534 d’adopter la Réforme : ils comptaient secrètement intégrer l'évêque modéré von Manteuffel au nouveau clergé, afin d'apaiser les tensions politiques.

La réforme de l'Église en Poméranie[modifier | modifier le code]

C'est pourquoi plusieurs représentants de l'église évangélique furent invités à participer à un Landtag à Treptow-an-der-Rega le 13 décembre 1534 : s’y rendirent l'évêque von Cammin, les chapitres cathédraux, la noblesse, les échevins des grandes villes, et les réformateurs Christian Ketelhot (pour Stralsund), Paul vom Rode (pour Stettin), Johannes Knipstro (pour Greifswald), Hermann Riecke (pour Stargard), Jacob Hogensee (pour Stolp) et enfin Johannes Bugenhagen ; mais l'accord ne put se faire pour l'adoption d'une confession commune à tout le pays. On demanda toutefois à Bugenhagen de rédiger un projet de constitution ecclésiastique ce qui, compte tenu de l'issue des pourparlers, n'était pas sans difficulté. Bugenhagen ne put y consigner que des dispositions d'urgence, utiles pour les communautés réformées encore isolées. Cette nécessaire constitution, qui se bornait aux problèmes du moment, constituait néanmoins un socle pour l'établissement d'une Église unifiée par la suite.

Bugenhagen a visiblement travaillé à la version définitive de ce projet jusqu'au début de 1535, sous l'œil attentif des représentants de Poméranie : à peine achevé, il fut envoyé à l'impression à Wittemberg et parut dans l'année. Par rapport aux confessions des différentes villes du pays, la constitution de Bugenhagen est relativement brève et n'évoque même pas les principes théologiques des différentes églises de Poméranie. Elle aborde essentiellement les thèmes du clergé, du denier de l'église et de la liturgie, et se fonde sur les principes proclamés par l'Évangile pour s'appuyer directement sur la Parole divine et définir les préceptes d'une vie chrétienne. Avec ce dernier aspect, la question de l'éducation est abordée, mais contrairement à la constitution de Wittemberg, l'éducation des jeunes filles n'est pas évoquée. Bugenhagen y témoigne au passage de sa reconnaissance pour sa chère Université de Greifswald et insiste sur l'importance de cette institution de formation pour la préparation aux fonctions administratives et cléricales. Bugenhagen profita de la rédaction de cette constitution ecclésiastique pour y poser les principes de tournées d'inspection régulière, inspections qui devaient avoir un rôle décisif dans l'unité de doctrine des pays de dogme luthérien.

C'est là la première manifestation d'une orientation finale vers la Confession d'Augsbourg et de son apologétique distincte déclarée ultérieurement au concile de Smalkalde en 1537. Il expose en conclusion comment il convient de célébrer la liturgie pour lui conserver une signification chrétienne. Quelques sermons et des chants sont annexés à l'ouvrage. L'ordination de Johann Knipstros en tant qu'intendant général de l'Église réformée de Poméranie marqua une étape supplémentaire vers la rupture avec Rome : avec elle, la mission de Bugenhagen dans le pays touchait à son terme ; il devait toutefois demeurer un lien entre les ducs de Poméranie et la cour de Saxe.

Le mariage du duc Philippe[modifier | modifier le code]

La tapisserie de Croÿ à l’Université de Greifswald représente Bugenhagen au milieu de la famille ducale de Poméranie.

Bugenhagen arrangea lui-même les détails des fiançailles du duc Philippe avec Marie de Saxe et pour cela rallia la cour de l'électeur Jean-Frédéric à Torgau en août 1535 pour présenter la future épouse au conseiller Jobst von Dewitz et au chancelier du duc Barnim, Bartholomaeus Suawe. On discuta du montant de la dot, du douaire, des dates approximatives de signature des contrats, de la succession des fiancés, etc. Une fois conclu le contrat de mariage, le 25 février, les noces de Philippe et de Marie donnèrent lieu à des réjouissances du 27 au 29 février à Torgau.

La dimension politique de cette union apparaissait clairement aux yeux de toutes les chancelleries. Elle éclata d'ailleurs au grand jour lors du ralliement de la Poméranie à la Ligue de Smalkalde juste après les noces. L'implication toute relative des ducs de Poméranie dans les prises de position de la ligue, si elle assombrit quelque peu ce ralliement, ne changea pourtant rien au fait que le pays comptait désormais, et définitivement, au nombre des puissances protestantes. Par son action, Bugenhagen était finalement parvenu à rallier son pays natal à la fédération des principautés luthériennes : tout en se bornant à poser des principes très généraux, il l'avait fait avec une pondération de jugement, un soin et une conviction tels que l'impulsion définitive était donnée. L'évolution de l'Église de Poméranie vers le luthéranisme et la diffusion des principes évangéliques à travers la contrée allait cependant prendre encore des décennies.

Bugenhagen professeur[modifier | modifier le code]

Signatures des pères de la Réforme au bas de la Confession de Smalkalde.

De retour à Wittemberg, il fut reçu comme titulaire de la quatrième chaire de la Faculté de théologie le 19 septembre 1535 avec une leçon inaugurale intitulée « Quinta feria post Exaltationis crucis » de la Faculté de théologie. Mais comme la peste continuait d'accabler la ville, il se consacra à l'ordination de prêtres dans toute la région, ce que Luther souhaitait instamment. C'est ainsi que Wittemberg devint le centre du protestantisme luthérien, Bugenhagen endossant de plus en plus les fonctions d'évêque de la Réforme. Le 26 mai 1536, ce Poméranien prit part, aux côtés des plus hauts dignitaires protestants d'Allemagne, à la Concorde de Wittenberg, s'y montrant à l'occasion homme de compromis, mais aussi militant acharné de l'eucharistie luthérienne. De la même façon, il participa au concile de Smalkalde en 1537 et fut parmi les signataires de la Confession de Smalkalde.

Danemark[modifier | modifier le code]

Le contexte scandinave[modifier | modifier le code]

Christian III, roi de Danemark et de Norvège.

Les liens étroits entre les marchands de la Hanse offraient des conditions favorables au rayonnement de la Réforme dans les pays du Nord qui, combinées à d'autres facteurs comme l'envoi de nombreux étudiants scandinaves à l'université de Wittenberg et le prosélytisme des prêcheurs luthériens dans ces pays, assuraient l'ancrage des idées évangéliques dans les grands ports de commerce. Au premier rang des adeptes de la nouvelle foi on comptait le roi Christian II, qui entretenait des liens personnels avec des personnalités de Wittenberg. Au Danemark, la bourgeoisie des villes, le monarque et une partie de la paysannerie s'opposaient à la noblesse pour le triomphe de la nouvelle foi. Comme Christian II s'était déjà fait des ennemis par sa tentative de convertir la Suède de force et de limiter les privilèges des marchands de la Hanse, la noblesse, qui trouvait ses alliés non seulement en Suède mais aussi dans les ports de la Hanse, s'empara en 1523 de ses terres. C'est son oncle Frédéric Ier, duc de Schleswig et de Holstein, qui détenait alors le trône. Frédéric, lors du ban d’Odense en 1527, obtint la tolérance des princes vis-à-vis des protestants. Il obtenait ainsi, par delà l'indépendance de l'Église du Danemark vis-à-vis de l’Église catholique romaine, la jouissance des biens accumulés jusqu'alors par le clergé catholique. Lorsqu'en 1531 Christian II tenta de reconquérir son royaume depuis la Hollande, il fut arrêté et incarcéré. À sa mort en 1533, Christophe d'Oldenbourg se lança au nom de son cousin Christian II dans une guerre de succession (dite « faide des comtes »), contre le fils de Frédéric, Christian III. Il était soutenu dans son combat par les villes de Copenhague et Malmö, pourtant converties, cependant que le gros de l'aristocratie, en majorité catholique, attendit sa défaite complète avant de reconnaître pour roi Christian III, alors le champion des idées réformées.

Avec la fin de la guerre de succession en 1536, Christian III put instaurer officiellement la Réforme au Danemark et en Norvège. Le 20 août il fit incarcérer quelques évêques qui s'étaient opposé à lui pendant la guerre civile, confisqua les biens de l'Église au profit du Trésor et prit lui-même la tête du clergé. Christian III pria les princes-électeurs de Saxe d'envoyer Bugenhagen et Melanchthon à Copenhague pour participer à l'œuvre missionnaire au Danemark. Ce fut un échec, car pour les deux princes allemands, les réformateurs étaient encore indispensables. En désespoir de cause, Christian III se tourna le 17 avril 1537 vers les autres princes-électeurs et vers Luther. Ce dernier adressa au souverain un projet de constitution du clergé pour le Danemark.

Apostolat au Danemark[modifier | modifier le code]

Gravure ancienne de Copenhague

Alors Jean-Frédéric Ier décida d’accorder son congé à Bugenhagen. Ce dernier partit vers le 10 juin 1537 avec sa famille pour le Danemark. Le 5 juillet il atteignait Copenhague après avoir traversé Hambourg, le Holstein et le Schleswig. Il se consacra à la rédaction de la constitution ecclésiastique du pays, en pleine concertation avec les représentants religieux danois. Mais avant même que cette confession soit parachevée, Bugenhagen, soucieux de préparer le terrain politiquement, procéda en grande pompe le 12 août 1537 au couronnement de Christian III et de sa femme dans la Frauenkirche de Copenhague. Le 2 septembre les sept anciens de l'Église de Danemark furent investis officiellement dans leurs nouvelles fonctions. Le couronnement aussi bien que ces nominations marquaient la rupture avec la tradition romaine, car ces deux cérémonies étaient des privilèges arrachés aux évêques. Aujourd'hui, la nomination des sept directeurs de conscience est considérée comme une rupture dans la Succession apostolique au Danemark.

Le diocèse de Seeland, dont le siège se trouvait à Roskilde, était aussi celui de la capitale Copenhague ; on en confia le soin à Peder Palladius. L’Université de Copenhague, qui depuis sa fondation en 1479 avait beaucoup dépéri, fut rouverte solennellement par décret du roi le 9 septembre 1537. Bugenhagen fut chargé entre autres d'organiser la reprise des premiers cours. Une fois la Confession Danoise entièrement rédigée, le roi la parapha le 2 octobre, entraînant son application immédiate. Elle fut imprimée et publiée le 13 décembre suivant. On publia également la Lettre Royale (Königsbrief), par laquelle Christian III marquait sa volonté de placer la nouvelle Église luthérienne sous son autorité directe. Les tentatives passées d'instaurer une relative indépendance du clergé furent ainsi balayées et l'on s'acheminait désormais vers une Église d'État.

Depuis la formation de la Ligue de Smalkalde il était apparu clairement que la propagation et l'épanouissement du Protestantisme ne dépendaient plus de la seule force de conviction des prédicateurs ou de la vigueur de leur argumentation théologique, mais aussi de la puissance militaire des princes réformés, permettant seule de faire rempart aux menaces de retour à l'ordre ancien. Le roi, fort de son autorité et de ses moyens militaires, ne se bornait plus seulement à tolérer la nouvelle Église : en luthérien convaincu et pieux, il en prenait la tête. Il fit ainsi des besoins de l'Église une cause personnelle. Il était indispensable de pouvoir contrer à temps d'éventuelles hérésies, pour permettre aux nouvelles institutions ecclésiastiques de s'épanouir dans les royaume de Norvège et de Danemark. C'est ainsi qu'entre Bugenhagen et Christian III s'institua une amitié qui devait durer jusqu'à la mort.

Si la Confession Danoise conférait une assise institutionnelle ferme au luthéranisme dans le royaume même de Christian III, il n'en allait pas de même pour les duchés de Schleswig et de Holstein, liés à ce prince par simple union personnelle, et qui ne devaient bénéficier à leur tour d'une constitution ecclésiastique qu'en 1542. Sur ce point, la Confession Danoise institua un financement de l'Église luthérienne dans les duchés et demanda la collaboration des religieux et des communautés à l'évolution des institutions religieuses. On y trouve aussi des recommandations sur l'éducation, les bibliothèques et les écoles, sur les religieux, la liturgie, le denier du culte, ainsi que sur la nomination de directeurs de conscience et de trésoriers. Dès qu'il s'agit de la nomination des pasteurs, le dernier mot revient au monarque. Une fois signée la Confession, Bugenhagen, en tant que conseiller du roi pour les affaires religieuses, se chargea de prendre en main l'évolution concrète des institutions.

Professeur de l'université de Copenhague[modifier | modifier le code]

Après que le Danemark eut rallié la Ligue de Smalkalde, Bugenhagen reçut, grâce à une nouvelle intercession de Christian III auprès de l'électeur de Saxe, l'autorisation de prolonger son séjour à Copenhague. Le 28 octobre 1537, il inaugura une série de conférences à l’Université de Copenhague. Il avait compilé pour l'occasion un règlement interne, dont la forme achevée trouve son expression dans sa Fundatio et ordinatio universalis Scolae Hafniensis, qu'il adressa au Parlement danois à Odense le 10 juin 1539. Ce règlement donne (ce qui est typique de l'époque) la primauté à la Faculté de théologie ; il proclame Palladius professeur permanent de théologie en tant qu'évêque de Seeland, et avec deux autres docteurs récemment promus, lui assigne le devoir de donner des conférences sur les Saintes Écritures. Bugenhagen et Tilemann von Hussen intervinrent eux-mêmes par la suite en tant que professeurs occasionnels à la Faculté. La Faculté de philosophie se signalait particulièrement par le cours d'hébreu d’Hans Tausen, une rareté à l'époque.

Après quelques difficultés de remise en route, l’université trouva son rythme et le 28 octobre 1538, Bugenhagen se voyait proposer l'honneur d’en devenir le recteur ; seulement il était accablé de questions de détail concernant l'application de la nouvelle constitution ecclésiastique. Ainsi pour le baptême, il statua disant que les enfants ne devaient pas être portés nus sur les fonts, mais habillés. En matière d'enseignement, il proclama que les professeurs se devaient à leur mission, et rappela à l'ordre plusieurs d'entre eux pour leurs manquements. Il exigea des religieux qu'ils se conforment exactement à la nouvelle constitution. Bugenhagen tenta enfin d'intercéder dans la querelle qui opposait les ducs de Poméranie à Christian III pour la possession de l’île de Rügen, mais il dut sur ce point bientôt admettre que religion et politique étaient décidément des préoccupations bien distinctes au sein de la Maison de Danemark ; plusieurs mécomptes de ce genre vinrent ainsi graduellement refroidir son enthousiasme initial.

Départ du Danemark[modifier | modifier le code]

Le terme de la dispense convenue avec l’électeur de Saxe approchant, Bugenhagen commença à préparer son départ. Après avoir quitté Copenhague le 4 avril 1539, il demeura quelque temps au château de Nyborg, d'où il composa sa lettre de bénédiction et ses courriers de mission pour les directeurs de conscience danois. Pour la Pâques 1539, il accompagna Christian III à Haderslev et il assista le 9 juin à la session du Parlement à Odense. Il put y vérifier que sa constitution ecclésiastique, complétée pour aboutir à la Confession danoise, était approuvée dans ses moindres détails par le Parlement et prenait à présent le statut de loi organique. Le lendemain, la refondation de l'université qu'il avait entreprise trouvait à son tour une expression officielle avec la signature d'un décret royal à ce sujet. Son apostaloat de près de deux années au Danemark se conclut par un discours d'adieu devant les députés. Le 15 juin 1539, il reprit la route pour Hambourg, Celle, Gifhorn, Haldensleben et Magdebourg, et retrouvait le 4 juillet Wittemberg, où le conseil des échevins lui remit un tonneau de bière en signe de bienvenue. Comme pour les autres nations, il garda la contact par lettres avec l'Église de Danemark. Lorsqu'en 1541 l’évêque de Schleswig mourut, Christian III proposa le diocèse à Bugenhagen, mais ce dernier refusa invoquant son âge. Il semble qu'il ait invoqué un motif similaire pour repousser l'offre ultérieure du diocèse de Cammin.

Dernières années[modifier | modifier le code]

Sollicitations en Allemagne et ailleurs[modifier | modifier le code]

À son retour à Wittenberg, de nouvelles tâches attendaient Bugenhagen. Les confrontations se multipliaient entre les réformateurs de Wittenberg (par ex Luther – Agricola), entraînant l'instabilité civile. C'est dans ce contexte que depuis 1539 il s'attelait à une mise à jour de la traduction de Luther de la Bible : il conseillait surtout Luther sur le choix des mots, pour exprimer des nuances particulières avec des termes empruntés tantôt au haut-allemand, tantôt au bas-allemand. Bugenhagen fut aussi envoyé en mission à l'étranger : ainsi en 1542 une invitation du roi Christian III l'amena à participer au Landtag de Rendsburg, où la liturgie danoise, une fois traduite en bas-allemand et adaptée aux spécificités locales, fut adoptée par les duchés de Schleswig et de Holstein.

Hildesheim au XVIe siècle.

Bugenhagen venait à peine de rentrer à Wittenberg que la Ligue de Smalkalde avait repris par la force le Brunswick-Wolfenbüttel au duc pro-catholique Henri de Brunswick. Bugenhagen fut institué surintendant provisoire du pays et inspecta les communautés en compagnie d’Anton Corvinus et Martin Görlitz. Le 1er septembre il prit ses fonctions dans le chef-lieu de diocèse Hildesheim, dont les bourgeois embrassèrent la Réforme le 26 septembre. Si les tournées d'inspection dans les villes de Brunswick-Wolfenbüttel prirent une tournure festive, il n'en allait pas de même dans les campagnes où les monastères s'agitaient contre la nouvelle religion. Autre facteur de mécontentement, le financement des guerres avait entraîné le renvoi des clercs profanes et la dispersion des biens ecclésiastiques. La constitution ecclésiastique du duché de Brunswick-Wolfenbüttel de 1543, qui est pour l'essentiel l'œuvre de Bugenhagen, servit de fondement à celle d’Hildesheim en 1544.

C'est enfin au cours des années 1540 que Bugenhagen entra en correspondance avec les réformateurs de Transylvanie, qui le relayèrent ainsi dans ce pays.

La mort de Luther[modifier | modifier le code]

Bugenhagen prononce l'oraison funèbre lors de l'inhumation de Luther.
Bugenhagen à la chaire de la Stadtkirche de Wittenberg.

La mort de Luther, le 18 février 1546, bouleversa Bugenhagen. Dans son oraison funèbre du 22 février, il qualifia Luther de « professeur, prophète et Réformateur envoyé par Dieu. » La destinée du protestantisme luthérien reposait désormais sur les seules épaules de Melanchthon et Bugenhagen. La campagne militaire contre les protestants lancée par Charles Quint les visait directement. L'empereur assiégea Wittenberg ; il fallut fermer l’université, et Melanchthon quitta la ville, suivi de la majorité des professeurs. Par sa constance dans l'adversité, Bugenhagen, qui se sentait engagé vis-à-vis des fidèles de Wittenberg, sut redonner courage à Caspar Cruciger, Georg Rörer et Paul Eber, et put les convaincre de rester en ville. Les offices religieux de Bugenhagen faisaient l'objet d’une attention particulière des espions de Charles Quint.

Avec la capitulation de Wittenberg, Bugenhagen se retrouva dans une situation ambiguë vis-à-vis du prince Maurice, mais dans l'intérêt de la ville et dans l'espoir de voir revenir la paix, il tâcha d'établir des liens de respect envers le nouveau prince-électeur. Quoiqu'identifié comme partisan de l'ancien prince, il parvint par son comportement à obtenir le 24 octobre 1547 la réouverture de l’université de Wittenberg, assurant par là la survivance de l'héritage spirituel de Luther. C'est la raison pour laquelle le 16 novembre 1548 il fut élu doyen de la Faculté de théologie, charge qu'il devait conserver jusqu'au semestre d'hiver 1557-58.

Avec la proclamation par Charles Quint de l’Intérim d'Augsbourg s'annonçait la recatholicisation que tous les protestants redoutaient. Le comte Maurice avait averti lui-même l'empereur qu'il ne croyait pas cette reconquête des esprits réalisable. Sur ces entrefaites, on convint d'un concile à Celle, auquel même Bugenhagen se joignit. Les conseillers de l'électeur y affluèrent pour intercéder auprès de Charles Quint en faveur des protestants, et éviter ainsi que ne rééclate une guerre rampante. Le concile se conclut par la proclamation de la Confession de Leipzig qui, quoiqu’elle atténuât les dispositions de l’interim d'Augsbourg, n'en constituait pas moins un sérieux coup porté à la théologie luthérienne. Les théologiens de Wittenberg, taxés par les autres protestants de gnesio-luthériens, furent accusés d'avoir trahi Luther et avec lui, toute la Réforme. Ces polémiques prirent de l'ampleur et aboutirent à une division des Protestants en deux camps. Bugenhagen y perdit plusieurs amis et anciens compagnons de route.

La dernière grande œuvre de Bugenhagen, son Commentaire sur le livre de Jonas, montre à quel point les controverses malveillantes et partisanes l'affectaient alors que sa vie touchait à sa fin, et comment il fit face aux reproches et accusations dont on l'accablait. Ce commentaire qu'il conservait sous la main devint pour lui, au cours de la polémique sur l'intérim d'Augsbourg, un apologue justificatif, où il démontrait sa fidélité aux enseignements de Luther et où il déploie par endroits une critique virulente contre l'Église catholique. Bugenhagen reprit aussi à cette époque ses travaux sur la Passion du Christ, envisageant de les étendre ensuite à un nouveau Diatessaron complet, mais il ne put venir au bout de cette tâche. Comme l'Electeur Maurice était parvenu, par sa guerre contre l'empereur et la ratification de la Paix de Passau, à conforter les positions du Protestantisme et à vider de leur contenu les dispositions de l'intérim d'Augsbourg, Bugenhagen crut ses prières exaucées par la tournure des événements. Dans ces dernières années, il se mit à prier de plus en plus en dévot, les progrès de l'âge et l'affaiblissement de son corps le tournant vers la vie intérieure.

Bugenhagen n'entretenait plus de relations très étroites avec le prince-électeur Auguste, dont la cour l'employait comme directeur de conscience par intérim. Il ne quittait plus Wittenberg que pour de brefs voyages ; ses activités de prédicateur et de professeur d'université lui suffisaient. Devant la menace ottomane, les arrêts du Concile de Trente et le risque d'une guerre fratricide entre principautés d'Allemagne, il sombra dans une mélancolie teintée de pensées apocalyptiques. Dans une lettre du 23 janvier 1553 adressée à Christian III de Danemark, il dépeint ainsi sa situation à Wittenberg : « Ici je prononce des sermons, je donne des conférences dans les écoles, j'écris, je dirige les affaires ecclésiastiques, je sanctionne, ordonne et envoie en mission beaucoup de pasteurs, je prie avec notre congrégation et tout ce que je demande au Père céleste, je le demande au nom de notre SEIGNEUR Jésus Christ et comme mon cher prince et mes frères, je suis accablé d'hérétiques, de menteurs, d'agitateurs, d'imposteurs et autres illuminés… »

Dernières années[modifier | modifier le code]

Épitaphe de Johannes Bugenhagen dans la cathédrale de Wittemberg.

Trois ans plus tard, le Docteur et pasteur de Wittenberg composa une Adresse à tous les pasteurs et prédicateurs des Évangiles dans la chrétienté de Saxe où il leur recommandait de lire aux communautés les évangiles tous les dimanches. Dans cette dernière exhortation, l'évêque de la Réforme engageait les fidèles, face aux épreuves, à avouer leurs péchés et à se tourner vers la consolation qu'on ne peut trouver qu'en Dieu. Il fit ainsi face jusqu'au bout à ses responsabilités de conseiller spirituel. Parvenu à l'âge de 72 ans, il renonça à prononcer les sermons des offices, tâche qu'il prisait par dessus tout. Un affaiblissement soudain suivi d'une brève maladie emportèrent Bugenhagen autour de minuit les 19-20 avril 1558, non sans que le diacre Sebastian Fröschel lui ait apporté les derniers secours de la religion. Le lendemain soir, il fut inhumé dans l'église même où il avait prêché pendant presque 35 ans ; Melanchthon prononça son oraison funèbre.

Postérité[modifier | modifier le code]

Avec Martin Luther, Philipp Melanchthon, Justus Jonas et Caspar Cruciger, Johannes Bugenhagen compte au nombre des grands réformateurs de l'École de Wittemberg. Il reste comme le propagateur du luthéranisme dans les pays de la Hanse (Allemagne du Nord et Danemark), comme le premier pasteur de Wittemberg et l'un des grands professeurs de théologie de son université, enfin comme l'ami, proche collaborateur et confesseur de Martin Luther. À ce point de vue, son rôle dans l’apparition et l'épanouissement du luthéranisme est essentiel.

Si son œuvre d'exégète biblique a été négligée des autres réformateurs de Wittemberg, les réformateurs d'Allemagne méridionale comme Œcolampade l’ont beaucoup commentée et en ont fait la louange. Elle constituait le fonds normal de la bibliothèque d'un pasteur au XVIe siècle. Les récits de la Passion du Christ donnés dans ses conférences furent rassemblés en un recueil de piété populaire, et, de l'époque de la Réforme jusqu'au XVIIe siècle, ils ont connu une large diffusion dans le monde germanique, traduits même en polonais et en islandais. On les trouve encore aujourd'hui annexés aux livres d'hymnes du Groenland à la Finlande.

Parmi les grandes réalisations de Bugenhagen, il y a lieu de citer ses constitutions ecclésiastiques qui toutes, jusqu'à la Confession Danoise, sont rédigées dans ce dialecte moyen-bas allemand alors couramment compris sur tout le pourtour de la Baltique. Ces constitutions, loin de se limiter à des listes de préceptes et de règlement (et sur des sujets aussi variés que l'administration du clergé, les actes, l'école, la charité publique et la liturgie), fournissent une argumentation théologique abondante à l'appui de ces directives. Bugenhagen y met particulièrement l'accent sur la nouvelle interprétation de la liturgie et de l'eucharistie. Il expose sa pensée en partant des faits les plus quotidiens vers les argumentations théologiques les plus subtiles, dans un style tout à fait propre aux sermons en chaire.

Ces constitutions ont toutes été imprimées et, une fois promulguées, lues aux fidèles dans les églises. Ainsi elles ne se limitèrent pas à un cercle de clercs et de dirigeants, mais furent connues de toutes les communautés protestantes. Les constitutions se signalent par la promotion de l'enseignement élémentaire. Bugenhagen est le premier à offrir aux jeunes filles la possibilité d'une éducation élémentaire. Par son canon pédagogique il cherchait à former les jeunes au-delà de leur cercle familial, l'éducation élémentaire devenant l'affaire de la communauté des fidèles. La communauté doit aussi, selon Bugenhagen, prendre en charge la formation supérieure des adolescents doués mais de parents pauvres. C'est la raison pour laquelle, dans les régions qu'il a visitées, il a institué des hospices de charité financés par une caisse commune sur l'exemple de Wittemberg.

Le lien étroit entre la communauté et les administrations, que ses constitutions proclament, reflètent de façon caractéristique l’interdépendance des principes théologiques et d’une pensée sociale. Ces constitutions ont par la suite servi de modèle pour tout le nord de l'Allemagne. Dans ces régions, le 20 avril est pour les protestants dédié au souvenir de Bugenhagen. On y trouve de nombreux temples portant le nom de Bugenhagenkirche ; la Nordelbische Kirche décerne chaque année la médaille Bugenhagen lors de la Fête de la Réformation.

Œuvres (sélection)[modifier | modifier le code]

  • Interpretatio in Liberum, Nuremberg,‎ 1523, 1524 (réimpr. Bâle 1524, Strasbourg 1524, Wittemberg 1526)
  • Interpretatio in Epestolam ad Romanos, Haguenau,‎ 1523
  • Annotationes in Epistolas Pauli XI, posteriores, Nuremberg,‎ 1524 (réimpr. Bâle 1524 et Strasbourg 1524)
  • Historia Domini nostri J Chr. passi et glorificati, ex Evangelistis fideliiter contracta, et annotationibus aucta, Wittemberg,‎ 1526 (réimpr. 1540, 1546)
  • Oratio, quod ipsius non sit oponio illa de eucharistia…, Wittemberg,‎ 1526
  • Confessio de Sacramento corporis et sanguinsis Christi, Wittemberg,‎ 1528
  • Dat Nye Testame[n]t düdesch : Mit nyen Summarie[n] edder kortem vorstande up eyn yder Capittel, Cologne, Peter Quentel,‎ 1528
  • Johannes Bugenhagens Pomerania, vol. IV, Stettin, Gesellschaft für Pommersche Geschichte und Alterthumskunde mit Unterstützung der Königlich Preußischen Archivverwaltung von Otto Heinemann (Quellen zur Pommerschen Geschichte,‎ 1900 (lire en ligne)
  • Der erbarn Stadt Brunswig christlike Ordening to Denste dem hilgen Evangelio… / dorch Johannem Bugenhagen … bescreven, Wittemberg,‎ 1528, 1531
  • Johannes Bugenhagen (trad. Hans Wenn), Der ehrbaren Stadt Hamburg christliche Ordnung, 1529, Hambourg,‎ 1971
  • Johannes Bugenhagen (trad. Wolf-Dieter Hauschild), Der Keyserliken Stadt Lübeck Christlike Ordeninge, Lübeck,‎ 1981 (ISBN 3-7950-2502-8)
  • Eine Schrift wider dem Kelch-Diebe, Wittemberg,‎ 1532
  • De Biblie uth der uthlegginge Doctoris Martini Luthers yn dyth düdesche vlitich uthgesettet mit sundergen underrichtingen alse men seen mach, Lübeck,‎ 1533 (réimpr. Fol. Magdebourg 1545)
  • Johannes Bugenhagen (trad. Norbert Buske), La confession de Poméranie [« Kercken-Ordeninge des gantzen Pamerlandes 1535 »], Greifswald et Schwerin, Helms,‎ 1535 (ISBN 3-931185-14-1)
  • Ordinatio Ecclesiastica Regnorum Daniae et Norvegiae, ac Ducatumm Slesvici et Holstatiae, Copenhague,‎ 1537
  • Biblia: dat ys de gantze Hillige Schrifft, Düdesch : Upt nye thogerichtet, unde mit vlite corrigert, Wittemberg, Hans Lufft,‎ 1541
  • Der XXIX. Psalm ausgelegt, darinne auch von der Kindtaufe, Wittemberg,‎ 1542
  • Christliche Kerken-Ordening im Lande Brunßwick Wolfenbüttelschen Deels, Wittemberg,‎ 1543
  • Kirchen Ordnung der Stadt Hildesheim,‎ 1544
  • Historia des lydendes unde upstandige unses Heren Jesu Christi uth den veer Euangelisten (Niederdeutsche Passionsharmonie von Johannes Bugenhagen), Berlin et Altenburg, Barther,‎ 1586 (réimpr. Norbert Buske, réimpression facsimile, 1985).
  • Gerhard Messler, Johannes Bugenhagens « christliche Vermahnung an die Böhmen » (1546), Kirnbach,‎ 1971
  • Christliche vermanung des erwirdigen Herrn Doctor Johann Bugenhagenhagen/Pomerani/ Pastors der Kirchen zu Wittenberg. An die löbliche Nachbarschaft /Behemen /Slesier vnd Lusiatier., Wittemberg, Hans Lufft,‎ 1546 (réimpr. Kirnbach 1971 éd. et comm. par Gerhard Messler)
  • Christliche Leichenpredigt über D. Martin Luthern, Wittenberg,‎ 1546
  • Ein Schrifft D. Johann Bugenhagen Pomerani: Pastoris der Kirchen zu Witteberg / An andere Pastorn vnd Predigern / Von der jtzigen Kriegsrüstung, Wittemberg, Hans Lufft,‎ 1546
  • Wie es uns zu Wittemberg in der Statt gegangen ist in diesem vergangenen Krieg…, Wittemberg,‎ 1548 (réimpr. Iéna 1705)
  • Commentarius in Jonas, Wittemberg,‎ 1550

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. D'après Hans Günter Leder, « Johannes Bugenhagen Pomeranus- Vom Reformer zum Reformator », Studien zur Biographie (= Greifswalder theologische Forschungen, Francfort-sur-le-Main), P. Lang, no 4,‎ 2002, p. 44 (ISSN 1439-1708)
  2. E. Friedländer: Aeltere Universitäts-Matrikeln II. Universität Greifswald Bd. 1, Leipzig 1893, Seite 149, Spalte B
  3. D'après Hans Günter Leder, « Johannes Bugenhagen Pomeranus- Vom Reformer zum Reformator », Studien zur Biographie (= Greifswalder theologische Forschungen, Francfort-sur-le-Main), P. Lang, no 4,‎ 2002, p. 14 (ISSN 1439-1708)
  4. D'après Gerhard Müller, Religion in Geschichte und Gegenwart, (RGG4), vol. 1, Mohr Siebeck,‎ 1997 (ISBN 3-16-118452-1), « 1852 »
  5. D'après Hans Günter Leder, « Johannes Bugenhagen Pomeranus- Vom Reformer zum Reformator », Studien zur Biographie (= Greifswalder theologische Forschungen, Francfort-sur-le-Main), P. Lang, no 4,‎ 2002, p. 95-121 (ISSN 1439-1708)
  6. Otto Vogt: Dr. Johannes Bugenhagens Briefwechsel, Hildesheim, 1966 Mit einem Vorwort und Nachträgen von Eike Wolgast, Reprint der Ausgaben Stettin 1888-99 und Gotha 1910, weiter ergänzt
  7. D'après Hans Günter Leder, « Johannes Bugenhagen Pomeranus- Vom Reformer zum Reformator », Studien zur Biographie (= Greifswalder theologische Forschungen, Francfort-sur-le-Main), P. Lang, no 4,‎ 2002, p. 123-146 (ISSN 1439-1708).
  8. Hans Günter Leder: Johannes Bugenhagen Pomeranus- Vom Reformer zum Reformator. Studien zur Biographie (= Greifswalder theologische Forschungen 4), hg. Volker Gummelt 2002. ISBN 3-631-39080-7 Seite 147-181
  9. D'après Otto Vogt, Dr. Johannes Bugenhagens Briefwechsel, Hildesheim,‎ 1966 (réimpr. avec un avant-propos et des notes de Eike Wolgast, réimpr. augmentée des éditions de Stettin (1888-99) et Gotha (1910),), p. 8
  10. Texte orig. : Unser ganzes Leben ist Sünde, auch nachdem wir durch Christus fromm geworden sind.
  11. D'après Hans Hermann Holfelder, Theologische Realenzyklopädie (TRE), vol. 7,‎ 1981, p. 354-363
  12. D'après Karl Eduard Förstermann, Album Academiae Vitebergensis, Leipzig,‎ 1841, partie 1, p. 104 col. a, ligne 7,
  13. D'après Volker Gummelt, « Bugenhagens Tätigkeit an der Université de Wittenberg », Zeitschrift für Kirchengeschichte (ZKG),‎ 1994
  14. D'après Nikolaus Müller, Die Wittenberger Bewegung 1521 und 1522 ARG 1907-1909, p. 161-226, 261-325, 386-469 et 1909-1911 ; pp.185-224, 233-293, 353-412, 1-43
  15. Avec une femme du nom de Walpurga ; cf. Otto Vogt, Dr. Johannes Bugenhagens Briefwechsel, Hildesheim,‎ 1966 (réimpr. avec une préface et des notes de Eike Wolgast; reprint des éditions de Stettin (1888-99) et de Gotha (1910)), p. 582
  16. D'après Hans Günter Leder, « Johannes Bugenhagen Pomeranus- Vom Reformer zum Reformator », Studien zur Biographie (= Greifswalder theologische Forschungen, Francfort-sur-le-Main), P. Lang, no 4,‎ 2002, p. 210 (ISSN 1439-1708).
  17. D'après Hans Günter Leder, « Johannes Bugenhagen Pomeranus- Vom Reformer zum Reformator », Studien zur Biographie (= Greifswalder theologische Forschungen, Francfort-sur-le-Main), P. Lang, no 4,‎ 2002, p. 287 (ISSN 1439-1708).
  18. a et b Werner Spieß: Geschichte der Stadt Braunschweig im Nachmittelalter. Vom Ausgang des Mittelalters bis zum Ende der Stadtfreiheit 1491-1671, Braunschweig 1966, Band 1, S. 58
  19. D'après Werner Spiess, Geschichte der Stadt Braunschweig im Nachmittelalter. Vom Ausgang des Mittelalters bis zum Ende der Stadtfreiheit 1491-1671, vol. 1, Brunswick,‎ 1966, p. 48.
  20. D'après Werner Spiess, Geschichte der Stadt Braunschweig im Nachmittelalter. Vom Ausgang des Mittelalters bis zum Ende der Stadtfreiheit 1491-1671, vol. 1, Brunswick,‎ 1966, p. 52.
  21. Werner Spieß: Geschichte der Stadt Braunschweig im Nachmittelalter. Vom Ausgang des Mittelalters bis zum Ende der Stadtfreiheit 1491-1671, Braunschweig 1966, Band 1, S. 59
  22. Werner Spieß: Geschichte der Stadt Braunschweig im Nachmittelalter. Vom Ausgang des Mittelalters bis zum Ende der Stadtfreiheit 1491-1671, Braunschweig 1966, Band 1, S. 61
  23. Titre original :„Wat me van dem Closter leuende holden schal allermeyst vor de Nunnen vnde Bagynen geschreuen
  24. Werner Spieß: Geschichte der Stadt Braunschweig im Nachmittelalter. Vom Ausgang des Mittelalters bis zum Ende der Stadtfreiheit 1491-1671, Brunswick 1966, vol. 1, p. 63
  25. Titre original : “Wider die Kelchdiebe„

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • « Johannes Bugenhagen », dans Biographisch-Bibliographisches Kirchenlexikon (BBKL) .
  • Julius Köstlin, Allgemeine Deutsche Biographie (ADB), vol. 3, Leipzig, Duncker & Humblot,‎ 1876 (lire en ligne), « Bugenhagen, Johannes », p. 504–508
  • Ernst Wolf, Neue Deutsche Biographie (NDB), vol. 3, Berlin, Duncker & Humblot,‎ 1957 (lire en ligne), « Bugenhagen, Johannes », p. 9.
  • Camerer, Garzmann, Schuegraf (éd.): Braunschweiger Stadtlexikon. Braunschweig: Joh. Heinr. Meyer, 1992. (ISBN 3-926701-14-5)
  • Evangelisches Kirchenlexikon (EKL) Band 1, Seite 610 (ISBN 3-525-50128-5)
  • Hans Hermann Holfelder: Theologische Realenzyklopädie (TRE) vol. 7, 1981, p. 354-363 (ISBN 3-11-008191-1)
  • Gustav Kawerau: Realenzyklopädie für protestantische Theologie und Kirche (RE), vol. 3 Hinrichs, Leipzig, S.525
  • Christian Gottlieb Jöcher, Allgemeines Gelehrten–Lexikon. 1re partie, A-D, Spalte 1470. Leipzig 1750
  • Lexikon für Theologie und Kirche (LThK) II, 761
  • Gerhard Müller: Religion in Geschichte und Gegenwart, (RGG4) 1997, Mohr Siebeck, Band 1, Spalte 1852, ISBN 3-16-118452-1
  • Robert Stupperich: Reformatorenlexikon. Gütersloh: Max Mohn, 1984. (ISBN 3-579-00123-X)

Liens externes[modifier | modifier le code]

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