Johann Adam von Krusenstern

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Johann Adam von Krusenstern

Adam Johann, baron von Krusenstern[1], également connu sous son nom en russe d'Ivan Fiodorovitch Krusenstern (Иван Фёдорович Крузенштерн), a été capitaine puis amiral de la marine impériale russe. Ce germanophone est né en tant que sujet de l'Empire russe à Haggud ou Hakude (faisant partie aujourd'hui du district de Rapla) le . Il est mort à Kiltsi, près de Reval (aujourd'hui Tallinn) le , dans le gouvernement d'Estland, aujourd'hui en Estonie. Adam Johann von Krusenstern est issu d'une famille de la noblesse germano-balte.

C'est aussi un hydrographe. Il est membre de l'Académie des sciences française et de son équivalent russe. Sa première circumnavigation a eu lieu au nom du tsar en 1803-1806. Il a fait paraître de nombreuses publications en russe, en allemand et en français de haute tenue.

Biographie[modifier | modifier le code]

En français, son nom usuel est Adam Jean, chevalier (ou baron) de Krusenstern. Il servit d'abord sur un bâtiment de guerre anglais en 1793, et par la suite sur des bâtiments marchands également anglais. Il fit les voyages des Indes et de la Chine. Le commerce avec l'Extrême-Orient devint le principal de ses projets et il écrivit un mémoire sur les avantages d'une navigation russe d'Amérique en Chine (l'Alaska était alors russe) et sur le développement qui devait en résulter pour le commerce des peaux exercé par la compagnie russo-américaine. Ce mémoire, négligé par les ministres du tsar Paul Ier, fut bien accueilli par Alexandre Ier, avec le soutien de l'amiral Mordvinov et du chancelier, le comte de Romanzov.

Krusenstern, nommé capitaine de la marine impériale, fut chargé de commander une expédition scientifique et commerciale, avec la mission d'explorer les côtes de l'Amérique russe (c'est-à-dire l'Alaska) et les régions septentrionales de l'Asie. Un envoyé du tsar, M. de Résanov, accompagnant l'expédition, devait, si possible, renouer des relations avec l'empire japonais. L'escadre partit de Kronstadt le 7 août 1803. Elle était composée de deux bâtiments, la Nadejda, signifiant Espoir, ou Espérance, est commandée par Krusenstern, et la Néva est sous le commandement du lieutenant-capitaine Lissianski. Des savants, dont le nom a acquis depuis une certaine célébrité, Wilhelm Gottlieb von Tilesius von Tilenau (1769-1857) et le baron von Langsdorff (1774-1852), naturalistes, et Johann Kaspar Horner, astronome, faisaient partie de l'état-major. Quelques Japonais, naufragés en 1796 sur les îles Aléoutiennes avaient été confiés au commandant pour être ramenés dans leur pays.

Krusenstern franchit le cap Horn, visita les îles Marquises ainsi que l'île Washington (Kiribati) (Nouvelles-Marquises) ; il découvrit sur la côte occidentale de Nuku Hiva un excellent port, auquel il donna le nom de Tchitehagov. Aux îles Sandwich, il se sépara de la Néva, commandée par Lissianskoï. La mission de cet officier était d'explorer la côte nord-ouest d'Amérique. Krusenstern fit voile pour le Kamtchatka ; il y arriva le 14 juillet 1804 et en repartit le 8 septembre. Il chercha vainement, ainsi que l'avaient fait les précédents navigateurs, les îles placées sur plusieurs cartes à l'est du Japon, ces îles d'or et d'argent rendues si fameuses par les récits espagnols. Le 7 octobre, les bâtiments russes étaient en vue de Nagasaki.

L'accueil des Japonais fut tendu. L'ambassadeur et l'équipage furent tenus prisonniers à bord durant tout leur séjour. La poudre et les armes furent consignées à terre. Une flottille de trente-deux jonques cernait le navire et lui interdisait tout rapport avec les habitants. Les Hollandais parurent n'être pas étrangers au maintien de cet isolement sévère et à ces dispositions hostiles. L'autorisation accordée à Laxman, en 1792, pour l'envoi ultérieur d'un navire de commerce, fut tenue pour non avenue. La lettre de l'empereur de Russie avait été transmise à Edo (Tōkyō) : et après un séjour ou captivité de plusieurs mois, le 4 avril, Résanov reçut une réponse négative et péremptoire du souverain japonais. On invita Résanov à s'éloigner au plus tôt pour ne plus revenir, et les Russes furent avertis d'avoir à remettre à l'avenir tous les Japonais naufragés aux Hollandais, qui les renverraient par la voie de Batavia (Djakarta). Ainsi l'ambassade échoua complètement.

Le 18 avril 1805, Krusenstern quitta le Japon. Il voulait faire route entre la Corée et le Japon, et continuer sur la côte nord-ouest de l'île de Nipon (Honshū), la principale de cet empire, les recherches laissées incomplètes par la Pérouse, à cause des mauvais temps. Mais il éprouva les mêmes obstacles, et fut obligé de se rendre directement au détroit de Sangar. Il côtoya le rivage ouest d'Yesso (Hokkaidō), et franchit le détroit de La Pérouse. Enfin il reconnut et explora l'île de Tchoka (ou Sakhaline) et les îles Kouriles méridionales.

Krusenstern contribua grandement à étendre la géographie nautique et physique de ces régions, pour ainsi dire inconnues… Il enrichit également d'observations et de notions nombreuses et d'une grande valeur l'histoire naturelle, l'ethnographie et la linguistique. Par exemple, il regroupa dans un même archipel, les seize atolls qu'il baptisa îles Gilbert (aujourd'hui Kiribati), du nom du capitaine britannique Thomas Gilbert qui les avaient traversées sans les explorer en 1788. Le comte de Résanov quitta le navire de Krusenstern au port de Petropavlovsk, dans le Kamtchatka et s'y signala par sa conduite inhumaine à l'égard d'une colonie japonaise. Krusenstern, après de nouvelles et importantes explorations dans la région des îles Kouriles et au nord de la Tartarie, vers l'embouchure du fleuve Amour, revint à Petropavlovsk le 29 août et le 30 novembre à Macao, où la Néva le rejoignit le 3 décembre. Les peaux apportées par ce dernier navire furent vendues à Canton pour un prix considérable. Il quitta la Chine le 9 février 1806 et le 30 août il était à Kronstadt, la Néva étant arrivée le 17 août[2]. Pendant la durée de l'expédition, c'est-à-dire trois ans et douze jours, Krusenstern n'avait pas perdu un seul homme. Ce rare bonheur était moins dû à sa sollicitude paternelle envers ses marins qu'à son éminente capacité maritime. C'est le premier Russe à accomplir un tour du monde.

Krusenstern mourut le 24 août 1846 dans son domaine, le château d'Aß, situé à Gilsenhof (aujourd'hui à Kiltsi) dans le gouvernement d'Estland (actuelle Estonie).

Œuvre[modifier | modifier le code]

Krusenstern publia la relation de son voyage sous le titre de Voyage autour du monde dans les années 1803-1806, Saint-Pétersbourg, 1810-1812, 4 vol. et atlas de 104 cartes (en allemand). Cet ouvrage fut bientôt traduit dans la plupart des langues de l'Europe. On doit rattacher à ce récit celui de Lissianski : Description d'un voyage autour du monde, Saint-Pétersbourg, 1810.13, 2 vol. in-8° (en russe), traduit en allemand par Pansner, celui de Langsdorff : Observations sur un voyage autour du monde dans les années 1803-7, Francfort, 1812, 2 vol. in-8° avec planches, et l'ouvrage de Tilesius : Fruits pour l'histoire naturelle de la première circumnavigation impériale russe accomplie sous le commandement de Krusenstern, Saint-Pétersbourg et Leipzig, 1813, in-8° (en allemand).

Krusenstern lui-même publia d'autres ouvrages qui complètent l'exposé de ses travaux : ce sont notamment le Recueil des mots provenant des idiomes de certains peuples de l'Asie orientale et de la côte nord-ouest de l'Amérique, Saint-Pétersbourg, 1813, in-4° (en allemand); Mémoires pour l'ethnographie du Grand Océan, Leipzig, 1819 (en allemand); Atlas de l'Océan Pacifique Saint-Pétersbourg, 1824-27, 2 vol.; Recueil des mémoires hydrographiques pour servir d'analyse et d'explication à l'Atlas de l'Océan pacifique, Saint-Pétersbourg, 1824-27.2 vol. (en français); et les suppléments, ou Recueil des mémoires hydrographiques, Saint-Pétersbourg, 1835. Enfin, il publia de nombreux opuscules ou articles dans plusieurs recueils allemands, cités dans le Conversations lexicon (t. 9, 10e édit.).

L'île de la Petite Diomède (Alaska) est parfois appelée île Krusenstern.

Famille[modifier | modifier le code]

Johann Adam von Krusenstern épouse le 17 septembre 1801 Julianne Charlotte von Taube (1784-1849) qui lui donne six enfants:

  • Otto von Krusenstern (1802-1881), lieutenant-général, épouse Élisabeth Afinkiev (1821-1892)
  • Julius von Krusenstern (1807-1888), conseiller secret actuel, sénateur, correspondant de Thiers et de Guizot, épouse Élisabeth Fuhrmann (1821-1878)
  • Paul von Krusenstern (1809-1881), vice-amiral de la flotte impériale russe, épouse Wilhelmine von Kotzebue (1812-1851) et en 1853 Pauline von Zeppelin (1828-1887)
  • Emil von Krusenstern (1811-1897), épouse Sophie Buckowska (1835-1903)
  • Charlotte von Krusenstern (1816-1881), épouse le diplomate prussien Félix Théodore von Bernhard (1802-1885)
  • Julie Wilhelmine von Krusenstern (1819-1876)

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Souvent les deux prénoms sont inversés, et les Russes ne reconnaissant qu'un seul nom de baptême le traduisent par Ivan/Jean auquel ils ajoutent le patronyme de Fiodorovitch
  2. Contrairement à Lissianski qui ignorait que la France était en guerre avec la Russie et qui passa tout de même par la Manche, Krusenstern avec la Nadejda était passé par le nord de l'Écosse, ayant pris connaissance de la guerre

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