Joël Brand

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Joël Brand (25 avril 1906 ou 1907[1] - 13 juillet 1964) était un juif hongrois, membre du Comité d'Aide et de Secours d'Israël Kasztner.

Sommaire

[modifier] Biographie

Né le 25 avril 1906, il déménage avec sa famille en 1910 en Allemagne, pays où Brand devient communiste[1]. Matelot, il fut brièvement arrêté en Allemagne en 1934[1] après l'incendie du Reichstag, puis émigra à Budapest[1]. Devenu sioniste, il rejoignit le Mapai et se maria en 1935 avec Hansi Hartmann.

En 1941, son frère fut déporté[1]. Sa belle-sœur fut aussi déportée lors de la rafle de Kamianets-Podilskyï (juillet 1941). Il donna alors de l'argent à un espion hongrois, Josezf Krem, afin de sauver sa belle-sœur d'une mort certaine, puis de faire exfiltrer sa belle-famille[1]. Il s'impliqua ensuite dans la contrebande et dans l'aide aux réfugiés polonais et slovaques qui tentaient de passer la frontière hongroise, alors encore refuge relatif contre les persécutions[1].

Après l'occupation de la Hongrie en mars 1944, le Comité d'Aide et de Secours de Kasztner fut impliqué dans des négociations avec le représentant du RSHA IV, chargé des « affaires juives », à Budapest, Adolf Eichmann.

Le 17 mai 1944, il fut envoyé à Istanbul par les autorités allemandes, représentées par Adolf Eichmann, afin de proposer à l'Agence juive d'échanger « un million de Juifs contre dix mille camions » (ainsi que du thé, du café, du savon, etc[1]) qui seraient fournis par les Alliés[2]. Le point de savoir si le Reichsführer Himmler était informé de cette proposition, qui visait aussi à préparer une éventuelle paix séparée, reste débattu[2]. Aux côtés de Brand, les Allemands avaient envoyé Bandi Grosz, un espion juif (mais baptisé[3]), chargé par le Sicherheitsdienst (SD) de négocier une paix séparée avec les Américains ou les Britanniques[1], qui aurait exclu l'URSS et peut-être aussi Hitler[4]. Certaines sources, dont Brandt lui-même lors du procès Eichmann[3], affirment que Grosz était en fait un agent double travaillant également pour les Alliés[5].

La réalité de la proposition demeure controversée à ce jour. L'historien Raoul Hilberg affirme qu'on ne peut que spéculer à son sujet. L'historien Miroslav Kárný (en), qui rappelle que contrairement à la parole donnée Eichmann a ordonné des déportations au lendemain de l'offre faite, et qu'en outre il ne restait déjà plus « un million de Juifs » dans le Reich, considère qu'il s'agit sans aucun doute d'un leurre[5].

Lorsque Brand aurait demandé à Eichmann comment être assuré que la proposition soit honorée, Eichmann aurait répondu non seulement que les « escrocs » étaient les Juifs, pas les Allemands, et qu'il était prêt à « dissoudre Auschwitz » (acte qui dépassait sa compétence) et délivrerait progressivement les Juifs promis en fonction des camions et du matériel fourni[6]. Selon un témoignage ultérieure de Brand, l'Untersturmbannführer Kurt A. Becher, émissaire spécial d'Himmler, et Gerhard Clages, chef du Service de sécurité d'Himmler à Budapest, auraient été présents lors de ces négociations.

D'Istanbul, ils se rendirent en Syrie, où ils furent arrêtés et menés au Caire pour être interrogés par les Alliés[1]. Si la proposition fut refusée, Brand fut relâché et envoyé en Palestine[1]. Il meurt en Israël en 1964, quelques années après le procès Kasztner et son assassinat[1].

Son rôle est subjectivement décrit dans L'histoire de Joël Brand (Die Geschichte von Joel Brand), un récit pseudo-autobiographique écrit par Alex Weissberg et par lui-même.

[modifier] Références

  1. a, b, c, d, e, f, g, h, i, j, k et l Joel Brand sur le site de l'Anti-Defamation League: Yehuda Bauer: Teaching about the Holocaust (Part 2), in Online Dimensions. A Journal of Holocaust Studies, Volume 18, n°2 / hiver 2005
  2. a et b Maurice Kriegel, « Jérusalem, années cinquante: le procès de la collaboration juive et l'affaire Kasztner », in Les Grands Procès politiques, dir. Emmanuel Le Roy Ladurie, éd. du Rocher, 2002, p. 181-193
  3. a et b Témoignage de Brand au procès Eichmann, sur le site du Nizkor Project
  4. Bauer, Yehuda (1994). Jews for Sale: Nazi-Jewish Negotiations, 1933–1945, Yale University Press, 1994, p. 168. ISBN 0-300-06852-2
  5. a et b Miroslav Kárný (en), The Genocide of the Czech Jews, in Karný, Miroslav. (ed) Terezínská pamětní kniha. 2 volumes. Praha, Czech Republic: Melantrich, 1995
  6. Raoul Hilberg (1961), La destruction des juifs d'Europe, éd. Yale University Press, 2003, p. 1120

[modifier] Voir aussi

[modifier] Littérature

  • version allemande originale : Die Geschichte von Joel Brand, Verlag Kiepenheuer & Witsch, Köln-Berlin, 1956. ISBN 978-2-0200-2142-5
  • version anglaise : Desperate Mission, Kessinger Publishing, 1958. ISBN 1-4179-8816-9
  • André Biss, Un million de Juifs à sauver, Grasset, 1966.
  • Yehuda Bauer, The Holocaust in Historical Perspective, Un. of Washington Press, Seattle, 1978. ISBN 0-295-95606-2
  • Tom Segev, Le septième million : Les Israéliens et le génocide, Liana Levi, 2003. ISBN 978-2-8674-6317-4

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