Et le soleil s'endormit sur l'Adriatique

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Et le soleil s'endormit sur l'Adriatique
Image illustrative de l'article Et le soleil s'endormit sur l'Adriatique
Et le soleil s'endormit sur l'Adriatique
Artiste Lolo l'âne, dit Joachim-Raphaël Boronali
Date 1910
Type Huile sur toile
Dimensions (H × L) 54 × 81 cm
Localisation Espace culturel Paul Bédu, Milly-la-Forêt (France)
Propriétaire Propriété des ayants droit de Paul Bédu

Et le soleil s'endormit sur l'Adriatique est une huile sur toile peinte en 1910 par Lolo l'âne, dit Joachim-Raphaël Boronali.

Description[modifier | modifier le code]

Le tableau est une huile sur toile de 81 centimètres de long sur 54 centimètres de large. L'œuvre est peinte sur sa moitié haute de couleurs vives orange, jaune et rouge, sur sa moitié basse d'un bleu qui évoque la mer. Le tableau est bordé d'un cadre doré qui le met en valeur. L'œuvre est signée en bas à droite des lettres orange « J R BORONALI ».

Histoire[modifier | modifier le code]

Le père Frédé et son âne Lolo, alias Boronali, devant le Lapin Agile.

Le 8 mars 1910, Roland Dorgelès emprunte Lolo, l'âne de Frédéric Gérard, dit « le père Frédé », tenancier du Lapin Agile, un cabaret de Montmartre. En présence d'un huissier de justice, maître Brionne, Dorgelès fait réaliser un tableau par Lolo l'âne à la queue duquel on a attaché un pinceau. Chaque fois que l'on donne à l'âne une carotte celui-ci remue frénétiquement la queue, appliquant ainsi de la peinture sur la toile.

Dans la salle 22 du Salon des indépendants en 1910, le public, les critiques et la presse découvrent l'œuvre intitulée Et le soleil s'endormit sur l'Adriatique, attribuée à un jeune peintre italien dont personne n'a jamais entendu parler : Joachim-Raphaël Boronali (« JR. Boronali, peintre né à Gênes »). Les journalistes rebaptisent le tableau Coucher de soleil sur l'Adriatique[1].

Boronali fait connaître aux journaux son Manifeste de l'excessivisme où il justifie ainsi son nouveau mouvement pictural :

« Holà ! grands peintres excessifs, mes frères, holà, pinceaux sublimes et rénovateurs, brisons les ancestrales palettes et posons les grands principes de la peinture de demain. Sa formule est l'Excessivisme. L'excès en tout est un défaut, a dit un âne. Tout au contraire, nous proclamons que l'excès en tout est une force, la seule force... Ravageons les musées absurdes. Piétinons les routines infâmes. Vivent l'écarlate, la pourpre, les gemmes coruscantes, tous ces tons qui tourbillonnent et se superposent, reflet véritable du sublime prisme solaire : Vive l'Excès ! Tout notre sang à flots pour recolorer les aurores malades. Réchauffons l'art dans l'étreinte de nos bras fumants ![2] »

Les critiques d'art s'intéressent à ce tableau, qui fait l'objet de commentaires contrastés[3].

Le directeur du journal L'Illustration reçoit la visite de Dorgelès qui déclare que le tableau Et le soleil s'endormit sur l'Adriatique est un canular, constat d'huissier à l'appui. Dorgelès révèle que le peintre est un âne dénommé Lolo, et, pour le prouver, montre une photo où l'on voit des plaisantins masqués en train de trinquer derrière un âne à la queue duquel est fixé un pinceau qui applique des couleurs sur la fameuse toile. Dorgelès fait remarquer au directeur que le nom Boronali est l'anagramme d'Aliboron, l'âne de Buridan lequel, hésitant entre la paille et l'eau, finit par mourir. Dorgelès explique sa motivation pour « montrer aux niais, aux incapables et aux vaniteux qui encombrent une grande partie du Salon des indépendants que l'œuvre d'un âne, brossée à grands coups de queue, n'est pas déplacée parmi leurs œuvres. »

Le peintre et sculpteur André Maillos rachète la toile de Boronali 20 louis (soit 400 francs-or, équivalant à 3 500 € de 2013). Dorgelès reverse cette somme à l'orphelinat des Arts[4]. En 1953, le collectionneur d'art Paul Bédu rachète le tableau. Depuis celui-ci est exposé à l'espace culturel Paul-Bédu de Milly-la-Forêt[5] en Essonne.

Selon l’écrivain Robert Bruce, après le décès du père Frédé, le tenancier du Lapin Agile, Lolo l'âne a été placé en pension en Normandie. Lolo est retrouvé mort noyé dans un étang. Les gens de l'époque ont pensé que Lolo s'était suicidé[6].

Notes et références[modifier | modifier le code]

Source[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Voir sur republique-de-montmartre.com.
  2. Voir sur le site du Lapin Agile la reproduction d'un article de Fantasio (n°89, 1er avril 1910) écrit par Roland Dorgelès, où figure cette citation ([1]-rubrique "Musée du Lapin Agile"). Dans Bouquet de Bohème (Albin Michel, 1947), Dorgelès donne une version un peu différente de ce passage central du manifeste : « Holà ! grands peintres excessifs, mes frères. Holà ! pinceaux rénovateurs. Brisons la palette archaïque et posons les principes de la peinture de demain. Notre formule sera l'excessivisme. L'excès en art est une force. Le soleil n'est jamais trop ardent, le ciel trop vert, la mer trop rouge. Place au génie de l'éblouissement ! Dévastons les musées, piétinons les routines, faisons un feu de joie avec les chefs-d'œuvre. Ne nous laissons pas émouvoir par les glapissements des putois écorchés qui agonisent sous la Coupole... Vivent l'écarlate et la pourpre ! Tout notre sang à flots pour recolorer les aurores malades ! Réchauffons l'art dans l'étreinte de nos bras fumants ! » (pages 232-233). Presque chaque phrase étant modifiée, Dorgelès a-t-il reconstitué ce texte de mémoire, ou bien aurait-il sciemment réécrit le texte authentique qu'il avait sous les yeux ? Il ajoute qu' « il y en avait comme cela deux pages ». Il n'est pas certain que ces deux pages aient jamais été imprimées. Elles semblent introuvables.
  3. André Salmon, qui a évoqué l'affaire dans ses mémoires, dit ne pas avoir le souvenir « d'articles enthousiastes, du délire de la critique mettant au premier plan le peintre Boronali » (André Salmon, Souvenirs sans fin. Première époque (1903-1908), Gallimard, NRF, Paris, p. 185). On notera aussi que Guillaume Apollinaire, bon témoin de la vie artistique de l'époque, prétend que la « farce dite de Boronali ne mystifia personne », contrairement au canular d'Hégésippe Simon (dans sa chronique des Échos du Mercure de France, 1er août 1918, recueillie dans les Œuvres en prose complètes, Pléiade tome II, page 1389. Apollinaire a lui-même aussitôt repris ce paragraphe dans un chapitre du Flâneur des deux rives : voir Œuvres en prose complètes, Pléiade tome III, page 40).
  4. Daniel Grojnowski, Aux commencements du rire moderne. L'esprit fumiste, José Corti, Paris, 1997, p. 296.
  5. Voir sur artnet.fr.
  6. Voir sur marclefrancois.net.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Article connexe[modifier | modifier le code]