Jesous Ahatonhia

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Crèche amérindienne
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Huron Carol (info)
Tune for Huron Carol

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Jesous Ahatonhia est un chant de Noël huron qui se traduit en français par Jésus est né et en anglais par Twas in the Moon of Wintertime (Dans la Lune de l'hiver). Il est écrit en langue huronne (wendat) par Jean de Brébeuf. Composé en 1641 ou 1642, ce chant est considéré comme le plus ancien Noël canadien.

Les paroles[modifier | modifier le code]

En langue huronne[modifier | modifier le code]

Kane Lake Huron Oil
Frederick A. Verner - Ojibwa Camp (1873).

Ehstehn yayau deh tsaun we yisus ahattonnia

O na wateh wado:kwi nonnwa 'ndasqua entai

ehnau sherskwa trivota nonnwa 'ndi yaun rashata

Iesus Ahattonnia, Ahattonnia, Iesus Ahattonnia


Ayoki onki hm-ashe eran yayeh raunnaun

yauntaun kanntatya hm-deh 'ndyaun sehnsatoa ronnyaun

Waria[1] hnawakweh tond Yosehf sataunn haronnyaun

Iesus Ahattonnia, Ahattonnia, Iesus Ahattonnia


Asheh kaunnta horraskwa deh ha tirri gwames

Tishyaun ayau ha'ndeh ta aun hwa ashya a ha trreh

aundata:kwa Tishyaun yayaun yaun n-dehta

Iesus Ahattonnia, Ahattonnia, Iesus Ahattonnia

Soleil sur le Lac Huron, Huron Lake

Dau yishyeh sta atyaun errdautau 'ndi Yisus

avwa tateh dn-deh Tishyaun stanshi teya wennyau

aha yaunna torrehntehn yataun katsyaun skehnn

Iesus Ahattonnia, Ahattonnia, Iesus Ahattonnia


Eyeh kwata tehnaunnte aheh kwashyehn ayehn

kiyeh kwanaun aukwayaun dehtsaun we 'ndeh adeh

tarrya diskwann aunkwe yishyehr eya ke naun sta

Iesus Ahattonnia, Ahattonnia, Iesus Ahattonnia


En langue française[modifier | modifier le code]

Georges de La Tour, Nativité datée de 1644
Les Vœux des Hurons à Notre-Dame de Chartres datent de 1678[2].

« Chrétiens, prenez courage,

Jésus Sauveur est né!

Du malin les ouvrages

À jamais sont ruinés.

Quand il chante merveille,

À ces troublants appas

Ne prêtez plus l'oreille:

Jésus est né: In excelsis gloria!


Oyez cette nouvelle,

Dont un ange est porteur!

Oyez! âmes fidèles,

Et dilatez vos cœurs.

La Vierge dans l'étable

Entoure de ses bras

L'Enfant-Dieu adorable.

Jésus est né: In excelsis gloria!


Voici que trois Rois Mages,

Perdus en Orient,

Déchiffrent ce message

Écrit au firmament :

L'Astre nouveau les hante.

Ils la suivront la-bas,

Cette étoile marchante:

Jésus est né: In excelsis gloria!


Jésus leur met en tête

Que l'Étoile en la nuit

Qui jamais ne s'arrête

Les conduira vers Lui.

Dans la nuit radieuse

En route ils sont déjà,

Ils vont l'âme joyeuse.

Jésus est né: In excelsis gloria!


Pour l'Enfant qui repose

Dans un petit berceau,

Humblement ils déposent

Hommages et cadeaux.

Comme eux, l'âme ravie,

Chrétiens, suivons ses pas,

Son amour nous convie.

Jésus est né: In excelsis gloria! »

En langue anglaise[modifier | modifier le code]

John Richard Coke Smyth, Hurons de la Jeune-Lorette, Archives du Canada

Huron Carol

'Twas in the moon of winter-time

When all the birds had fled,

That mighty Gitchi Manitou

Sent angel choirs instead;

Before their light the stars grew dim,

And wandering hunter heard the hymn:

Refrain

"Jesus your King is born, Jesus is born,

In excelsis gloria."

Within a lodge of broken bark

The tender Babe was found,

A ragged robe of rabbit skin

Enwrapp'd His beauty round;

But as the hunter braves drew nigh,

The angel song rang loud and high...

Refrain

O children of the forest free,

O sons of Manitou,

The Holy Child of earth and heaven

Is born today for you.

Come kneel before the radiant Boy

Who brings you beauty, peace and joy.

Composition[modifier | modifier le code]

Chasseur Huron-Wendat, Cornelius Krieghoff

Recueilli par le Père Étienne-Thomas Girault de Villeneuve, le dernier jésuite missionnaire chez les Hurons de la Jeune-Lorette (Loretteville) au Québec (1747-94), et traduit du huron en français par Paul Picard, notaire indien (Paul Tsaenhohi, œil de vautour, fils d'un célèbre chef Huron, Point du jour)[3], il fut généralement[4] attribué à Jean de Brébeuf (1593 - 1649) jésuite missionnaire puis martyr, à Sainte-Marie-au-pays-des-Hurons au Canada, auteur d'un catéchisme en huron[5] et d'un dictionnaire français/huron, qu'il aurait composé et appris aux Hurons entre 1640 et 1642, mais on ne possède nulle certitude sur cette question[6],[7]. La mélodie semble adaptée d'un air français du XVIe siècle, « Une jeune pucelle »[8]. Il aurait été chanté par les Hurons à Sainte-Marie-au-pays-des-Hurons jusque1649 date de la prise de la mission par les Iroquois et de la mort de Jean de Brébeuf, et il aurait été transmis de génération en génération par les indiens rescapés pendant environ cent ans.

L'abbé Simon-Joseph Pellegrin (1663 - 1716) écrira Entends ma voix fidèle, second cantique, sur ce Noël huron, pour Hippolyte et Aricie. La version française fut publiée dans les Noëls anciens de la Nouvelle-France d'Ernest Myrand à Québec en 1907 et une version anglaise (« Jesus Is Born ») de Jesse Edgar Middleton fut adaptée (pour voix et piano) par Healey Willan en 1927 (droits détenus par Harris Frederick Co., Limited.)

Dans la version anglaise, Jésus est né dans un « chalet d'écorce » et enveloppé dans une « robe de peau de lapin » :

« Au sein d'une cabane d'écorce tendre le petit enfant a été trouvé. Une robe en lambeaux de peau de lapin enveloppé autour de sa beauté. »

Il est entouré par des chasseurs au lieu de bergers, et les mages sont représentés comme « chefs à distance » qui lui apportent des « peaux de renard et castor » au lieu des plus familiers or, encens et myrrhe. L'hymne utilise également un nom algonquin traditionnel, Gitchi Manitou, pour Dieu. Les paroles d'origine sont maintenant parfois modifiées pour utiliser une imagerie accessible aux chrétiens qui ne sont pas familiarisés avec les cultures autochtones-canadiennes[9].

La musique comme moyen d'évangélisation[modifier | modifier le code]

Le père Paul Le Jeune (1591 - 1664) qui fut supérieur des missions canadiennes (1632-39) a traduit des chants religieux en langue huronne[10]. Il explique pourquoi les indiens ont du goût pour les chants religieux[11]

«  Les Sauvages sont grands chanteurs, ils chantent comme la plupart des nations de la terre par récreation, & par dévotion; c'est-à-dire en eux par superstition ... Ils proferent peu de paroles en chantant, variants les tons, & non la lettre... Ils disent que nous imitons les gazoüillis des oyseaux en nos airs, ce qu'ils n'improuvent pas, prenans plaisir quasi tous tant qu'ils sont à chanter, ou à ouïr chanter, & quoy que je leur die que je n'y entendois rien, ils m'invitoient souvent à entonner quelque air, ou quelque priere » (ibid., vol. VI, p. 182, 184; 1634). »

Les indiens avaient une grande dévotion pour le mystère de la naissance du Fils de Dieu. Ils avaient construit une petite chapelle de bois de cèdre, et des branches, en l'honneur de la mangeoire de l'Enfant Jésus[12]. Le Journal des Jésuites ne rapporte pas que ce Noël ait été chanté en 1647 chez les Hurons, mais des airs latins, et ne garde aucune trace du Noël 1648, enfin le Père de Brébeuf meurt en 1649[13] .

Adaptations et interprétations profanes[modifier | modifier le code]

Ce Noël devint très populaire et il en existe de nombreux arrangements et adaptations. Cette chanson reste un chant de Noël commun aux églises de nombreuses confessions chrétiennes canadiennes. Le chanteur canadien Bruce Cockburn a enregistré la chanson. Elle est également chantée par le musicien canadien métis Tom Jackson lors de son émission annuelle de Huron Carole. Le groupe Crash Test Dummies a enregistré cet hymne sur leur album "Jingle all the Way" (2002). Aux États-Unis, la chanson a été incluse sous le titre « Ahatonia Jesous » sur l'album de 1952 de Burl Ives Noël in the Morning et a été publiée plus tard sous le titre « Indiens Christmas Carol ». Utilisé en filigrane du noël breton Pe trouz war an douar ("Quel bruit sur la terre"), l'air a été publié par l'auteure-compositrice canadienne Loreena McKennitt sous le titre "Breton Carol" en 2008. Il existe encore de nombreuses autres interprétations contemporaines de cet air traditionnel populaire[14].

Philatélie : Au Canada en 1977, trois timbres canadiens ont illustré ce thème dans une série de timbres-poste sur ce noël[15].

  • Jean Coulthard, Canadian Fantasy (adaptation du « Noël huron »)
  • Claude Champagne (1929) dans Altitude (1959), « Estenniaton de tsouvé ».
  • Richard Johnston SABBT pour TTBB et piano (Waterloo 1953).
  • Barrie Cabana (1971) Hymn Book des Églises anglicane .
  • Toronto Consort (1984), Collegium Records
  • Mennonite Children's Choir.
  • Oriana Singers.
  • Armdale Chorus.
  • Toronto Children's Chorus.
  • Le Toronto Boys' Choir .
  • Ensemble Claude Gervaise (2001).
  • Heather Dale
  • Tom Jackson (Winnipeg Harvest) .
  • Bruce Cockburn[16]
  • Loreena McKennitt, Breton Carol, (2008).
  • Burl Ives (1952) 'Noël in the Morning et Indiens Christmas Carol.
  • Prelude on the Huron Carol d' Eric Robertson a été enregistré par Liona Boyd (CBS FM-37248).

Compléments[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Médias[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Ernest Myrand, Noëls anciens de la Nouvelle-France : étude historique, 1899, [lire en ligne]
  • La Musique chez les peuples indigènes de l'Amérique du Nord , J Tiersot - 1910
  • John Steckley, Huron carol told the Christmas story to Canadian Indians, Toronto Star, 24 décembre 1977
  • Robert E. Oliver, Un chant de Noël canadien / A Canadian Christmas Carol, Abitibi Paper Co., 1966
  • Frances Tyrell, livre de 32 pages, 2003, THE HURON CAROL
  • Ian Wallace, The Huron Carol Toronto, Ontario: Groundwood Books, (2006) Jean de Brébeuf. Paroles en anglais de Jesse Edgar Middleton. Illustré par Ian Wallace (aquarelles).

Discographie[modifier | modifier le code]

  • Nativité en Nouvelle-France, volume 3 de l’Anthologie de la musique historique du Québec.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Les hurons n'ayant pas de lettre M, Maria se dit Saria ou Waria ou Ouaria.
  2. Source Gallica Les Vœux des Hurons et des Abnaquis à Notre-Dame de Chartres, publiés pour la première fois... avec les lettres des missionnaires catholiques au Canada... par M. Doublet de Boisthibault [lire en ligne]
  3. Noëls anciens de la Nouvelle-France : étude historique, Myrand, Ernest, 1854-1921 voir bibliographie
  4. Certains l'attribuent en effet à Paul Ragueneau, un autre jésuite missionnaire spécialiste de la langue huronne.
  5. [1]Titre : Les voyages de la Nouvelle-France occidentale, dicte Canada, faits par le Sr de Champlain,.. : où se voit comme ce pays a esté premièrement descouvert par les François... ; avec un catéchisme ou instruction. et suivi de l'Oraison dominicale traduite en langage des Montagnars du Canada. T. 1 / [par le P. J. Ledesma] ; traduicte du françois au langage des peuples sauvages de quelque contrée [par le P. J. de Brébeuf][par le RP Massé
  6. Chant huron
  7. [2] Jean de Brebeuf - ecrits en huronie
  8. « Une jeune pucelle »
  9. « Crèche amérindienne traditionnelle », sur musée virtuel du canada,‎ 10 août 2006 (consulté le 7 janvier 2010)
  10. [3]D'où viennent nos chants de Noël ? Par Lynne Gagné
  11. [lire en ligne]Missionnaires au XVIIe siècle Helmut Kallmann Encyclopédie du Canada Usages de la musique dans le travail missionnaire
  12. Jesuit Relations 1642
  13. [4] Noël 1647 chez les Jésuites évangélisateurs des Hurons
  14. [5] Fichiers pdf
  15. [6] Philatélie : A Christmas Carol of Saint John de Brébeuf, SJ(1593-1649)
  16. Bruce Cockburn Songs