Jerzy Popiełuszko

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Jerzy Popiełuszko
Image illustrative de l'article Jerzy Popiełuszko
Jerzy Popiełuszko
Bienheureux, martyr de la foi
Naissance 14 septembre 1947
Okopy, Pologne
Décès 19 octobre 1984  (à 37 ans)
Nationalité Polonaise
Vénéré à "Temple de la Providence Divine", Wilanow
Béatification 6 juin 2010 Varsovie
par Angelo Amato
Vénéré par l'Église catholique romaine
Attributs Martyr
Funérailles de Jerzy Popiełuszko
Tombe de Jerzy Popiełuszko à Varsovie

Jerzy Popiełuszko, prêtre catholique polonais, né le 14 septembre 1947 a été assassiné à l'âge de 37 ans le 19 octobre 1984. Aumônier de Solidarnosc. Il a été béatifié le 6 juin 2010 à Varsovie[1],[2],[3]

Contexte historique et biographie[modifier | modifier le code]

Né à Okopy, petit village du nord-est de la Pologne dans une famille modeste de paysans, il est enfant de chœur dans son village. Élève médiocre dans le lycée de Suchowola, c'est à la période du baccalauréat qu'il envisage la prêtrise[4]. Il entre à 18 ans au séminaire à Varsovie. Ses études furent interrompues par deux ans de service militaire, où il fut placé dans une unité spéciale pour les séminaristes à Bartoszyce[4] petite ville du Nord-Est de la Pologne. Durant son service, on exerça au moins une fois des pressions pour qu'il abjure sa foi chrétienne[5]. Il fut jeté au cachot pendant un mois[6]. Il fut malade après la fin de son service militaire et le resta jusqu'à la fin de sa vie[4]. Il est ordonné prêtre en 1972, à Varsovie par le cardinal Wyszynski[4]. En plus de sa paroisse, il s'occupait des jeunes et du personnel de la santé[6],[5].

Dans ses sermons, le père Popieluszko condamnait régulièrement la pratique de l'avortement[5].

En octobre 1978, Karol Wojtyła, archevêque de Cracovie (ville proche de la frontière tchécoslovaque), est élu pape et prend le nom de Jean-Paul II. Âgé de seulement 58 ans, c'est un homme télégénique, énergique et sportif. Dès l'année suivante, son premier voyage est consacré à son pays natal où il fait entendre ces mots : « N'ayez pas peur ».

En 1979, le Père Popieluszko s'évanouit alors qu'il célébrait la messe[4]. Il fut de 1979 à 1980 aumônier de l'église universitaire Sainte Anne[4].

En 1980, les employés des chantiers navals de Gdańsk, importante ville portuaire sur la Baltique, sont en grève sous la conduite de Lech Wałęsa. Les ouvriers demandèrent à l'archevêque de Varsovie un prêtre pour célébrer la messe pour eux; et c'est le P. Popiełuszko qui est choisi. Le syndicat Solidarnosc est fondé dans l'illégalité. Ami de Lech Wałęsa, le prêtre défend les partisans du syndicat. Le père Popiełuszko est alors inspiré de la spiritualité du bienheureux Maximilien Kolbe.

Aux ordres de l'Union des républiques socialistes soviétiques, le gouvernement polonais réagit et proclame l'état de siège le 13 décembre 1981 : toutes les réunions sont interdites, à l'exception des messes.

C'est alors que le jeune prêtre varsovien de 34 ans, Jerzy Popiełuszko, vicaire de la paroisse saint Stanislas Kostka et aumônier du syndicat interdit, célèbre chaque mois dans sa paroisse des messes dites "Messes pour la Patrie" au cours desquelles il prononce dans ses homélies de vibrants sermons condamnant courageusement le régime en place. Ses sermons sont régulièrement diffusés par Radio Free Europe. Ces célébrations, attirant des milliers de fidèles, sont quadrillées par un important dispositif de policiers en uniforme et en civil. Elles débouchent parfois sur des échauffourées car les policiers en civil n'hésitent pas à jouer les provocateurs, en appelant en pleine messe les fidèles à prendre les armes, dans le but de museler ou faire tomber le jeune prêtre.

Pratiquant l'amour pour les ennemis, il sert du café chaud aux policiers chargés de surveiller les grévistes[7].

Ses sermons se diffusent dans tous le pays et vont même jusqu'au Pape Jean-Paul II qui lui envoi un chapelet pour lui manifester son soutien[7].

Le père Popiełuszko est surveillé en permanence[7]. La presse communiste parle de lui comme d'"un prêtre qui célèbre des messes de la haine"[7].

Il refuse une proposition de son évêque d'aller étudier à Rome, pour l'éloigner du danger. « Je me suis consacré, je ne me retirerai pas », dit-il[7].

En 1983, il figure sur une liste de 69 "prêtres extrémistes" établie par le gouvernement du général Jaruzelski et remis à l'archevêque de Varsovie. La même année, il est accusé de détention d'armes et est arrêté par la SB, mais est vite relâché grâce à l'intervention du clergé. La nuit suivante, quelqu'un dépose une grenade dans son vestibule. Le Père échappe à cet attentat de justesse[4]. De janvier à avril 1984, le prêtre est convoqué 13 fois par la milice. Il est accusé d'"abus de sacerdoce"[4]. En mars 1984, le Pape lui envoie un cadeau pour le féliciter d'avoir osé critiquer une décision du gouvernement polonais d'interdire les crucifix dans les écoles[8]. La police politique organise le 13 octobre 1984 un accident de voiture pour le tuer mais il y échappe. Le plan alternatif est réalisé le 19 octobre : au retour d'une visite pastorale à Bydgoszcz, la voiture de l'ecclésiastique est arrêtée par un véhicule banalisé de la police : il est enlevé par trois officiers de la SB près de Wloclawek, à 160 km au nord-ouest de Varsovie et est placé dans le coffre de la voiture de ses kidnappeurs. Son chauffeur, l'ancien parachutiste Waldemar Chrotowski, menotté et placé de force dans l'habitacle, réussit à s'échapper et à avertir la population mettant fin à la tentative gouvernementale brutale de reprise en main du pays.

Après avoir été torturé jusqu'à ce que mort s'ensuive, le corps de Jerzy Popiełuszko est lesté puis jeté dans un réservoir d'eau de la Vistule. Son corps méconnaissable ne sera découvert par des plongeurs que plusieurs jours plus tard dans ce réservoir, grâce aux aveux des trois officiers[9].

Pour sauver les apparences et faire croire qu'il ne s'agissait pas d'un meurtre politique, les trois officiers coupables du meurtre, le capitaine Grzegorz Piotrowski et chef du commando, les lieutenants Leszek Pekala et Waldemar Chmielewski, sont condamnés en 1985 à des peines de prison (respectivement 25, 15 et 14 ans). Leur supérieur, le colonel Adam Pietruszko, est également condamné à 25 ans de prison. Dès le 14 décembre 1987, la cour suprême de Pologne les fait bénéficier d'une importante remise de peine. Cependant, un doute subsiste sur les commanditaires de cet assassinat, même si de nombreux observateurs ont toujours affirmé que le ministère de l'intérieur polonais ne pouvait ignorer une telle initiative. Tous les condamnés ont été libérés et Grzegorz Piotrowski vit aujourd'hui en Pologne après avoir changé de nom.

En novembre 1984, plus de 500 000 personnes se déplacent pour les funérailles de Jerzy Popiełuszko, dont les obsèques insufflent une seconde vie au syndicat Solidarnosc alors bâillonné. Inhumé au cœur même de sa paroisse, sa modeste tombe est constamment couverte de fleurs (un réseau de plusieurs dizaines de fidèles veille en permanence sur la tombe du prêtre) et est devenue lieu de nombreux pèlerinages : plus de 18 millions de personnes l'ont déjà visitée. Le pape Jean-Paul II lui-même était venu s'y recueillir en 1987[10].

Le soutien public de Jerzy Popiełuszko à ce syndicat lui a coûté la vie. L'abbé Popiełuszko symbolise aux yeux des Polonais la lutte commune de l'opposition démocratique et de l'Église catholique contre le régime totalitaire en place.

Le martyre du jeune prêtre aura entraîné de nombreuses conversions, et même l'éclosion de vocations sacerdotales.

En 1989 et 1990, les régimes pro-soviétiques d'Europe de l'est s'effondrent et laissent place à des régimes démocratiques. Lech Walesa est élu président de la république Polonaise en 1990.

Béatification et canonisation[modifier | modifier le code]

Le pape Jean-Paul II est mort en 2005 mais avait ouvert son procès en béatification en 1997. En 2008, il est déclaré Serviteur de Dieu. Le successeur de Jean-Paul II, le pape Benoît XVI, a approuvé la prochaine béatification de Jerzy Popiełuszko le 19 décembre 2009, en tant que martyr de la foi[11]. Habituellement, la béatification doit être précédée d'un miracle attribué à l'intercession de la personne dont la cause est introduite. Toutefois, la béatification d'un martyr peut avoir lieu sans qu'un miracle soit reconnu[12].

Le 6 juin 2010, l'archevêque Angelo Amato, préfet de la Congrégation pour les causes des saints, préside sur la place Pilsudski la grand-messe de béatification du père Popiełuszko, cocélébrée par 120 évêques et 1 300 prêtres en présence de la sœur du défunt, ses frères, sa mère Marianna, 90 ans, Lech Wałęsa et près de 150 000 fidèles. À l'issue de la messe, des reliques du prêtre ont été portées en cortège à travers Varsovie pour être déposées au "Temple de la Providence Divine", une imposante église en construction dans le quartier de Wilanow, à 12 km de la place Pilsudski[13].

Le 14 septembre 2012, un prêtre du diocèse de Créteil, en France, alla donner l'onction des malades à un patient âgé de 56 ans, souffrant d'un cancer. Après avoir demandé l'intercession du bienheureux Jerzy Popieluszko, le prêtre plaça une image représentant le prêtre martyr sur la table de chevet du malade. Quelques jours plus tard, ce dernier fut complétement guéri. La tumeur avait disparu.

Les médecins ont reconnu ce fait inexplicable pour la science. Une commission pour étudier la guérison est convoquée par l'évêque de Créteil pour mars 2014. Le dossier sera éventuellement ensuite transmis à Varsovie puis à Rome auprès de la Congrégation pour la Cause des Saints. Si le miracle est reconnu par les membres de cette Congrégation puis par le pape, le décret de canonisation de Jerzy Popieluszko pourra être signé par le Saint-Père et suite à la cérémonie de canonisation, il pourra être déclaré saint.

Ses textes[modifier | modifier le code]

Jerzy Popiełuszko n'a rien publié de son vivant, mais ses Sermons pour la Patrie ainsi que ses carnets intimes (rédigés entre 1980 et 1984) ont été publiés en polonais et, plus tard, traduits en français par l'entremise de Jean Offredo.

  • Jerzy Popieluszko : le chemin de ma croix. Messes à Varsovie Traduit par Michel de Wieyzka. Préface: Jean Offredo, publ. par Cana, Paris 1984.
  • Jerzy Popieluszko : carnets intimes (1980-1984). Traduction et introduction: Jean Offredo, publ. par Cana, Paris 1988. (2e édition 1997)

Héritage[modifier | modifier le code]

Stèle commémorative à Wrocław

Le compositeur polonais Andrzej Panufnik écrit son Bassoon Concerto en 1985 en sa mémoire[14]. En 1986, la face B de l'album Flajelata de Muslimgauze contient le morceau Homélie à Popieluszko.

Sa vie a inspiré plusieurs films : une fiction intitulée Le Complot d'Agnieszka Holland, ainsi qu'un film biographique Popiełuszko, wolność jest w nas (Popiełuszko, la liberté est en nous) de Rafal Wieczynski en 2009.

À titre posthume, il a reçu en 2009 l'Ordre de l'Aigle blanc.

Différents bustes, stèles et plaques commémoratives du prêtre ont été érigées par des communautés catholiques notamment des États-Unis et en Pologne, 73 rues portent son nom ainsi que quatre ronds-points, trois places et 21 écoles.

Bibliographie francophone[modifier | modifier le code]

Témoignages[modifier | modifier le code]

  • Roger Boyes, John Moody, Le prêtre qui devait mourir. La tragédie du père Jerzy Popieluszko, Paris, Albin Michel, 1987.
  • Tadeusz Fredro-Boniecki, Le IVe Département et l’affaire Popieluszko. Traduction : Karol Zaremba. Préface: Aleksandra Kwiatkowska-Viateau, Paris, Criterion, 1990.
  • Jan Korch, Le Père Jerzy Popieluszko « Mon cri était celui de ma patrie » témoignages ; entretiens réalisés par Jan Korch; traduits et adaptés [du polonais] par Mgr Ryszard Wasik, Éditeur : AED, Aide à l'Église en détresse, 2008
  • Antoni Lewek, L’abbé Jerzy Popiełuszko – Martyr. Le martyre du prêtre – source de la vitalité de l’Église, Varsovie, 1985.
  • Antoni Lewek, Un nouveau sanctuaire des Polonais. Le tombeau du Martyr – l’abbé Jerzy Popiełuszko, Varsovie, 1986.
  • Antoni Lewek, L’abbé Jerzy Popiełuszko. Symbole des victimes du communisme, Varsovie, 1991.
  • Zygmunt Malacki, Serviteur de Dieu Jerzy Popiełuszko, Varsovie, Wydawnictwo Sióstr Loretanek, 2003.
  • Georges Patrick, Michel Mink, Mort d’un prêtre. L’affaire Popieluszko. Analyse d’une logique normalisatrice, Paris, Fayard, 1985.
  • Georges Patrick, Michel Mink, Vie et mort de Jerzy Popiełuszko, Paris, 1985.
  • Grażyna Sikorska, Vie et mort de Jerzy Popieluszko, traduit par Arnaud Dupin de Beyssat, Paris, Éditions du Cerf, 1985.

Bande dessinée[modifier | modifier le code]

Dans la série "Les chercheurs de Dieu", tome 3:

  • Valérie Armand, Dieter et Thierry Lescuyer (sc.); Marc Malès, Léo, Pierre Frisano (dessins) Sœur Emmanuelle, Joseph Wresinski, le Père Popieluszko[15], 1994.

Notes et références[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

  • Le complot (en anglais To kill a priest), film de Agnieska Holland, retraçant les dernières heures du prêtre, avec Christophe Lambert dans le rôle principal.
  • Popiełuszko, la liberté est en nous, film de Rafał Wieczynski, 2009 - film retraçant la vie et le combat du prêtre. Tourné en polonais, le film n'existe qu'en version originale et sans sous-titres.