Jerrican

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Wehrmacht-Einheitskanister 1941 (Jerrycan), fabriqué par Nirona.
Wehrmacht-Einheitskanister (jerrican), fixée sur une Kübelwagen de la Feldgendarmerie. Russie, 1943.
Des jerricans.

Un jerrican (en allemand : kanister, d'après le latin canistrum, en italien : tanica ou canestro) est un bidon pour carburant, inventé par les Allemands dans les années 1930 qui fut mis en service en grand nombre dans les unités mécanisées de la Wehrmacht avant la Seconde Guerre mondiale. Il fut assez rapidement copié et adopté par tous les autres pays belligérants. Son nom est une francisation du surnom que lui avaient donné les soldats britanniques, « jerrycan », soit littéralement « bidon fritz ». Le mot « jerrican » désigne désormais toute nourrice à carburant, le plus souvent en plastique.

Description[modifier | modifier le code]

Il se présente sous la forme d'un récipient de forme parallélépipédique[1] formé de deux parties en tôle d'acier emboutie de 0,8 mm et assemblées par brasure. Son goulot est en retrait ce qui le protège et facilite l'empilage de plusieurs jerricans. Il est équipé d'un bouchon à came et d'une prise d'air contre le refoulement, il peut être équipé d'un bec-verseur mais peut aussi être utilisé sans. La manutention est aisée grâce à trois tubes qui forment autant de poignées parallèles. Celles-ci permettent la prise, par une seule personne, soit de quatre jerrycans vides par les barres extérieures, soit de deux bidons pleins par la barre centrale, soit enfin la prise par deux personnes. La forme et la résistance du récipient permettent l'empilage de cinq jerricans pour stockage. Les flancs sont raidis par des formes en X embossées sur les premiers modèles Allemands, puis par un rectangle prolongé par quatre « bras » à partir de 1942. Sa contenance originale est de 20 litres. Rempli de carburant, il reste suffisamment d'air dans la bosse à l'arrière des poignées pour assurer la flottaison en cas d'immersion et un meilleur écoulement lorsqu'on le vide.

Le mot de « jerrican » désigne désormais toute nourrice à carburant, le plus souvent en plastique, réalisée par extrusion soufflage.

Histoire[modifier | modifier le code]

En 1936, c'est en secret que, sous la direction de l'ingénieur en chef Vinzenz Grünvogel, la firme Müller Maschinen[2] de Schwelm en Westphalie développe un bidon de conception révolutionnaire[3] destiné à donner l'autonomie opérationnelle indispensable aux Panzerdivisionen. Il est baptisé Wehrmachtkanister (« bidon de la Wehrmacht »). Baptisé R-12, le bidon de 20 litres est produit à partir de 1937 par la société ABP à Berlin[2].

En 1939, deux ingénieurs, l'un allemand, l'autre américain – Paul Pleiss – décident d’effectuer un périple en Inde avec une voiture modifiée par leurs soins. L’Allemand, ayant accès au Wehrmacht-Einheitskanister de l’aéroport de Tempelhof, en vole trois exemplaires pour équiper la voiture. Bien que le voyage se déroule sans problème pour Pleiss et son compagnon, et qu'ils aient déjà franchi 11 frontières, le vol des bidons est découvert. Göring dépêche immédiatement un avion pour récupérer l’ingénieur allemand, qui est accusé de trahison pour avoir dévoilé à Pleiss les secrets de fabrication du bidon.

Pleiss, comprenant que si les Allemands étaient à ce point pressés de rapatrier son ami, c'est qu'ils tenaient par dessus tout à garder le secret sur l’existence de ces récipients, se rendit à Calcutta, mit son véhicule en dépôt et prit l'avion pour les États-Unis. Aussitôt arrivé, il prend contact avec les autorités militaires américaines et leur explique ce qu'il sait, y compris la réaction brutale des Allemands, mais sans parvenir à éveiller leur intérêt. Il fait ensuite rapatrier son véhicule et montre aux militaires à quoi ressemble le Wehrmachtkanister. Pour finir, l'armée américaine consentit à utiliser les informations fournies par Pleiss, mais ne conserva que la taille du récipient, modifiant presque tout le reste et obtenant finalement une copie bien inférieure au modèle, le 5-gallon steel military gasoline can, désigné par la référence MIL-C-1283D.

Soigneusement dissimulés aux regards des observateurs étrangers lors de l'annexion de l'Autriche et de la Tchécoslovaquie, ces récipients n’apparurent en nombre qu'en 1940, au cours des opérations de Norvège où les Alliés en saisirent quelques exemplaires.

Les Britanniques, en 1940, n'étaient pas en position de faire les difficiles ; ayant compris à leurs dépens qu'une armée moderne aurait besoin d'une grande quantité de solides nourrices pour abreuver ses chars et ses camions, ils décidèrent donc de copier exactement le modèle allemand. Au cours d'un séjour à Londres, Paul Pleiss leur dévoila tout ce qu'il savait sur le sujet et leur fit envoyer l'un des trois exemplaires en sa possession. C'est ainsi qu'au cours des opérations de la guerre du désert, puis jusqu'à la fin du conflit, Britanniques et Allemands ravitaillèrent leur véhicules avec les mêmes bidons, les uns marqués « Wehrmarcht », les autres siglés « WD » et marqués de la broad arrow. C'est aussi durant les opérations en Afrique, puis en Russie, que se révéla la nécessité de fabriquer des exemplaires réservés au transport d'eau potable ou destinée au refroidissement des moteurs. Pour les différencier, les Allemands y emboutirent l'inscription Wasser assortie d'une large croix verticale blanche, les Anglais inscrivant simplement un « W » blanc.

Les Italiens aussi copièrent l'original, puis les Russes, puis les Suisses, puis les Français (qui firent même fabriquer des modèles réservés au transport de vin) et toutes les armées européennes, tant et si bien qu'aujourd'hui on peut trouver, par exemple, des bidons de surplus de l'armée suisse arborant des marquages de fabrication anglais. Aujourd'hui, la majorité des armées à travers le monde utilisent ce même conteneur à carburant pour équiper leurs véhicules. Les Américains, quant à eux, préférèrent conserver leur modèle de 5 gallons (18,92 litres) jusqu'à la fin du conflit, bien qu'il soit inutilisable sans bec verseur et que son bouchon à vis, impossible à ouvrir sans outil spécifique, se perde facilement.

Les Alliés utilisèrent 17,5 millions de ces récipients tous modèles confondus pour le débarquement. À l'automne 1944, 15 millions avaient été égarés, souvent volés ou détournés, des trafics se mettant même en place[2]. Cela menaça le ravitaillement des unités de combat et une opération de récupération fut lancée avec l'aide des civils français[4]. Des affiches fleurissent alors avec comme inscription « Les Alliés ont besoin de ces bidons, aidez-nous à les ramasser[2] » et un franc est proposé pour tout bidon rapporté[2].

Cela explique pourquoi ce récipient de tôle reste principalement associé en Europe de l'Ouest aux armées alliées et à la Libération, alors qu'il était arrivé quatre ans plus tôt avec les Panzerdivisionen.

Dans la culture populaire[modifier | modifier le code]

Dans Tintin au pays de l'or noir, les Dupond et Dupont se perdent avec leur Jeep dans une tempête de sable et égarent leur jerrican, qu'ils retrouvent plus tard car ils tournent en rond.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Plans de fabrication des différents modèles et historique.
  2. a, b, c, d et e "Jerrycan : le lego de la guerre motorisée", article de Laurent Henniger, Guerres & Histoire, no 4, décembre-janvier 2012, p. 60 et 61.
  3. Selon l'article précité de Laurent Henniger, certaines sources indiquent que l'origine du jerrican serait italienne mais les sources les plus fiables indiquent la firme Müller.
  4. Voir l'avis d'époque ainsi qu'un plan de nourrice américaine.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • JERRYCAN, 70 ans et toujours en service/70 year-old and still in service, Philippe Leger, Éditions Heimdal, 2008, ISBN 978-2-84048-244-4
  • Wehrmacht Kanister 20 liter, Une invention allemande/A german invention, Philippe Leger & Stéphane Arquille, Éditions Heimdal, 2014