Jephté

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Le retour de Jephté par Giovanni Antonio Pellegrini.

Jephté est un personnage du Livre des Juges, qui fait partie de la Bible. Il est l'un des Juges d'Israël.

Récit biblique[modifier | modifier le code]

Avant d'attaquer les Ammonites, il fit le vœu imprudent d'offrir à Dieu, en holocauste, en cas de victoire, quiconque viendrait le premier à sa rencontre à son retour chez lui. Ce fut sa fille unique qui accourut la première au-devant de lui, "en dansant au son des tambourins"[1].

Interprétation[modifier | modifier le code]

Ce récit est susceptible de deux interprétations, lesquelles pencheront dans un sens ou l'autre selon les subtilités de traduction du Livre ou les sensibilités du lecteur.

Une première interprétation affirme que, malgré les apparences, il ne pouvait s'agir d'offrir sa fille en sacrifice par le feu car Dieu a en aversion les sacrifices humains. La loi mosaïque les interdisait selon le Deutéronome chapitre 18 verset 10 : « il ne se trouvera chez toi personne qui fasse passer son fils ou sa fille par le feu ». Jephté voulait dire qu’il affecterait au service exclusif de Dieu celui ou celle qui viendrait à sa rencontre. La Loi mosaïque stipulait que des personnes pourraient vouer leur vie à Dieu. Par exemple, des femmes servaient au sanctuaire, où elles étaient peut-être chargées du transport de l’eau. (Exode 38:8) Après qu'il lui eut accordé deux mois pour « pleurer sa virginité » son père dut accomplir son vœu et sa fille consentit au sacrifice, qui consistait probablement à l'envoyer servir à plein temps dans la maison de Dieu, au sanctuaire. Elle pleura sur sa virginité, car chez les Israélites on désirait avoir des enfants afin de perpétuer le nom et l’héritage de sa famille. Jephté, quant à lui, allait devoir se priver de la compagnie de sa fille unique qu’il aimait tant. La fille de Jephté ne fut pas la seule à respecter les vœux de ses parents, plus tard le jeune Samuel fit de même. (1 Samuel 1:11) Sa mère fit le vœu de le donner à Dieu si celui-ci lui donnait un fils. Pourquoi aurait-elle fait le vœu de vouloir enfanter pour ensuite sacrifier son enfant par le feu ? L'interprétation la plus plausible est qu'elle pensait vouer son fils au service de Dieu.

Pour une seconde interprétation, Jephté, tenu par sa promesse, aurait été contraint de respecter sa parole et aurait donc offert sa fille en sacrifice à Dieu : il avait bel et bien promis d'offrir ce qui viendrait à sa rencontre en holocauste à Dieu. Or l'holocauste, dans la tradition israélite, est un sacrifice par le feu (les Samaritains le pratiquent encore sur l'agneau pascal au mont Garizim). Certes, l'Ancien testament, en certains passages, proscrit le sacrifice humain mais en d'autres il impose d'immoler les hommes voués au Seigneur  : « Tout ce qu'un homme dévouera par interdit à l'Éternel, dans ce qui lui appartient, ne pourra ni se vendre, ni se racheter, que ce soit une personne, un animal, ou un champ de sa propriété ; tout ce qui sera dévoué par interdit sera entièrement consacré à l'Éternel. Aucune personne dévouée par interdit ne pourra être rachetée, elle sera mise à mort » (Lévitique, chap. XXVII, v. 28-29, traduction de la bible de Louis Segond de 1910[2]), ce que la Vulgate exprime par : "Non redimetur, sed morte morietur". Voltaire traite de ce récit biblique dans l'article "Jephté ou des sacrifices de sang humain" de son Dictionnaire philosophique de 1764[3] en soulignant qu'il rappelle d'autres récits mythologiques et notamment celui du sacrifice accompli par le roi crétois Idoménée sur son propre fils dans des circonstances comparables à l'occasion de son retour de la guerre de Troie.

Adaptation du thème dans les arts et la littérature[modifier | modifier le code]

« L'Histoire de Jephté » a été mise en musique (vers 1648) par le compositeur italien Giacomo Carissimi. C'est son oratorio le plus célèbre. En 1752, le compositeur anglais (d'adoption) Georg Friedrich Haendel a également composé un oratorio sur ce sujet (Jephtha).

En France, en 1732, Montéclair s'inspira de ce thème, développé par l'abbé Pellegrin pour son opéra sacré Jephté.

Jephté a également inspiré le Conte du Médecin, dans les Contes de Canterbury de Geoffrey Chaucer. Virginia, fille d'un noble romain du nom de Virginius, est remarquée pour sa beauté par le juge Appius, qui avec l'aide d'un bandit nommé Claudius va prétendre au tribunal que Virginia est son esclave, et que celle-ci se serait enfuie chez Virginius qui l'aurait dès lors déclaré comme étant sa fille légale. Sa cause est entendue, et Virginius tue alors sa fille plutôt que de la laisser dans les mains d'Appius. Au moment où il lui annonce le sort qui l'attend, Virginia demande à son père un bref moment, tout comme fit Jephté avec sa fille.

« Lors, donnez-moi loisir, mon père », dit-elle, « de pleurer sur ma mort un bref moment ;

car, voyez, Jephté accorda à sa fille la grâce

de pleurer avant qu’il l’occit, hélas !

et Dieu le sait, sa seule faute fut

de courir vers son père pour le voir la première

et pour le bienvenir en grande solennité[4]. »

Le poète et pasteur écossais George Buchanan a écrit une tragédie (en latin) sur ce sujet, Jephtes, en 1554. Elle a été traduite cinq fois en français entre 1570 et 1630. La fille de Jephté y est appelée "Iphis" : la valeureuse. Ce nom rappelle ainsi celui d'Iphigénie et montre la proximité des deux héroïnes.

Alfred de Vigny dans ses Poèmes antiques et modernes a publié La Fille de Jephté, un poème décrivant cette histoire.

La tragédie de Buchanan a également été l'objet d'une adaptation relativement libre par le célèbre dramaturge néerlandais Joost van den Vondel en 1659, où il a développé en particulier le débat sur l'intervention du prêtre en tant que médiateur, alors très présent aux Pays-Bas.

Références[modifier | modifier le code]

  1. Livre des Juges, chapitres 10, 11, 12
  2. http://fr.wikisource.org/wiki/L%C3%A9vitique_27
  3. https://fr.wikisource.org/wiki/Dictionnaire_philosophique/La_Raison_par_alphabet_-_6e_ed._-_Cramer_(1769)/Jepht%C3%A9
  4. http://fr.wikisource.org/wiki/Conte_du_m%C3%A9decin