Jeanne des Armoises

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Vue d'artiste, en médaillon, de Jeanne (ou Claude) des Armoises (vers 1871, Château de Jaulny)

Jeanne (ou Claude) du Lis[réf. nécessaire] dame des Armoises, est une intrigante du XVe siècle qui, de 1436 à 1440, se fit passer pour Jeanne d'Arc qui aurait échappé au supplice.

La chronique du doyen de la collégiale Saint-Thièbault de Metz[modifier | modifier le code]

D’après une source tardive (trouvée en 1686 à Metz[1]) elle se serait fait connaître le 20 mai 1436 dans la région de Metz affirmant être Jeanne d'Arc (laquelle aurait échappé au bûcher). Les frères de Jeanne d'Arc la reconnurent pour leur sœur.

Cette « Jeanne », qu’on dit issue de la relation adultérine que la reine de France Isabeau de Bavière aurait entretenue avec son beau-frère et conseiller, Louis, duc d’Orléans, aurait été donnée en nourrice à des laboureurs du village de Domrémy près de Vaucouleurs, enclave française en terres barroises, loin des intrigues et des champs de bataille de la guerre de Cent Ans qui désolaient la France.

Reconnue pour être l'héroïne considérée morte sur le bûcher de Rouen en 1431, elle épousa dès novembre de la même année 1436 à Arlon, dans le duché de Luxembourg, Robert des Armoises, sire de Jaulny, proche parent du sire de Baudricourt, le gouverneur de Vaucouleurs qui avait favorisé la destinée de la Pucelle. Le sire de Jaulny était un chevalier désargenté et quinquagénaire (un grand âge pour l'époque), réfugié au Luxembourg pour échapper au procès pour félonie que lui intentait son suzerain René Ier d'Anjou, duc de Bar. Là, « Jeanne » aurait également rencontré la duchesse de Luxembourg, Elisabeth de Goerlitz, au train de vie si dispendieux qu'elle dut vendre ses possessions au duc de Bourgogne en 1441.

Suite à cette nouvelle du retour de la Pucelle, la ville d’Orléans interrompit les services funèbres à la mémoire de Jeanne d’Arc durant trois ans. Jeanne des Armoises obtint même en 1439 que Gilles de Rais, maréchal de France et ancien compagnon d'armes de la vraie Jeanne, lui confiât des soldats de sa troupe avec lesquels elle combattit à ses côtés en Poitou.

L'audience royale et la demande de grâce[modifier | modifier le code]

Charles VII de France

Pendant ces quatre ans, elle se serait entretenue par courrier avec le roi Charles VII de France qui, pour les tenants des origines royales de Jeanne d'Arc, était son demi-frère dont la légitimité de la naissance avait également été contestée.

Jeanne des Armoises obtint finalement une audience du souverain qui était le beau-frère du duc de Bar René Ier d'Anjou et dont la maîtresse Agnès Sorel avait été suivante de l'épouse dudit René, la duchesse Isabelle Ire de Lorraine.

D'après une relation tardive du chambellan de Boisy, le roi lui demanda quel était le secret qu’il partageait avec elle. L'« héroïne » se rétracta, disant ne pas connaître le roi, et demanda grâce.

Soumise à une enquête de l'Université et du Parlement de Paris, elle fut démasquée, admit publiquement son imposture et se retira avec son mari en son château de Jaulny où elle termina ses jours.

Son cas n'était, à l'époque, pas isolé, un grand nombre de fausses Jeanne d'Arc apparurent dans les années qui suivirent la mort de la Pucelle sur le bûcher de Rouen.

Jeanne des Armoises et le mythe de la Pucelle[modifier | modifier le code]

le château de Jaulny en son état actuel (Meurthe-et-Moselle)

Jeanne de Domrémy et Jeanne des Armoises sont deux personnages radicalement différents. « Claude-Jeanne » a fondé son imposture sur une vague ressemblance avec l'héroïne du siège d'Orléans. Le propre frère de la Pucelle et quelques membres de l’aristocratie messine auraient feint de la « reconnaître ». « Claude-Jeanne » a fait amende honorable en 1440 devant le Parlement de Paris pour éviter les foudres royales.

Plusieurs personnages naïfs ou douteux auraient pu être dupés ou vouloir devenir les complices de l'aventurière pour tirer quelque subside de l'escroquerie, en premier lieu Robert des Armoises. Ce présumé châtelain de Jaulny l'épouse en novembre 1436 au Luxembourg. Selon les archives, il est issu d'une lignée de fidèles vassaux de Bar et de Lorraine remontant à la fin du XIIIe siècle. Il apparaît comme un exemple du chevalier mercenaire, personnage courant à l'époque. À l'époque où il est censé épouser « Jeanne », il est jugé pour félonie par le Roi René, héritier du duché de Bar. Il est quinquagénaire et compte tenu des conditions de vie comme de la faible longévité de l’époque, son âge fait de lui un vieillard.

L'histoire de Jeanne des Armoises telle qu'elle est relatée dans la Chronique du doyen de Saint-Thiébault de Metz, des doutes émis par des chroniqueurs des XVe siècle et XVIe siècle quant à la réalité du supplice de la Pucelle et des textes littéraires de la fin XIXe siècle ne se prétendant pas forcément historiques, ont contribué à l'émergence d'une théorie  : si Jeanne la Pucelle était parvenue là où l’on sait, ce serait parce qu’elle était une bâtarde royale mise en scène à dessein[2], dont la mère aurait été Isabeau de Bavière et le père Louis d'Orléans.

Au XXIe siècle, au visiteur du château de Jaulny, on montre les armes de la Pucelle peintes sur une muraille : une épée pointée vers le haut, cernée de deux fleurs de lys, pénétrant une couronne royale, et les « authentiques portraits de Jeanne et de son mari », le célèbre Robert des Armoises, tous deux seigneurs de Jaulny, peints dans les caissons d'une cheminée du XVIe siècle.

Jeanne des Armoises ou Jeanne du Lys, fut enterrée en l'église de Pulligny, à proximité du Château de Richardménil qui était également une possession de la famille des Armoises.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Albert Lecoy de La Marche, Une fausse Jeanne d'Arc, Paris, Librairie de Victor Palmé, 1871, 23 p. (extrait de la Revue des questions historiques, tome 10, p. 262-282), [lire en ligne].
  • Germain Lefèvre-Pontalis, « La Fausse Jeanne d'Arc. À propos du récit de M. Gaston Save », in Le Moyen Âge. Bulletin mensuel d'histoire et de philologie, 8e année, Paris, Librairie Émile Bouillon Éditeur, mai 1895, p. 97-112, [lire en ligne] et juin 1895, p. 121-136, [lire en ligne].
  • Anatole France, « La dame des Armoises », in La Revue de Paris, 14e année, tome 6, novembre-décembre 1907, Paris, Bureaux de la Revue de Paris, p. 5-20, [lire en ligne].
  • Robert Latouche, « Jeanne la Férone, d'après une lettre de Martin Berruyer, évêque du Mans », in La Province du Maine. Bulletin de la Société des archives historiques du Maine, tome XVIII, 1910, p. 418-427.
  • Hans Georg Prutz, Die Falsche Jungfrau von Orléans 1436-57, Munich, 1911, 48 p.
  • Marcel Grosdidier de Matons, « De la fausse Pucelle des Armoises », appendice au Mystère de Jeanne d'Arc, Paris, Félix Alcan, 1935, p. 245-272.
  • Jacques Choux, « Robert des Armoises, sire de Tichémont », in Annales de l'Est, 5e série, 15e année, no 2, 1963, p. 99-147.
  • Alain Atten, « Jeanne-Claude des Armoises : de la Meuse au Rhin. La trame possible d'une intrigue », in Bulletin trimestriel de l'Institut archéologique du Luxembourg, no 3-4, 1978, p. 35-88.
  • Philippe Contamine, « Fausses Jeanne d'Arc », in Lexicon des Mittelalters, 1991, tome 5, p. 345.
  • Pierre Marot, « La genèse d'un roman : Pierre Caze inventeur de la "bâtardise" de Jeanne d'Arc », in Jeanne d'Arc. Une époque, un rayonnement. Colloque d'histoire médiévale. Orléans, octobre 1979, Paris, Éditions du CNRS, 1982, p. 276.
  • Louis Stouff, « Un pari entre deux Arlésiens à propos de Jeanne d'Arc », in Bulletin de l'association des amis du Centre Jeanne d'Arc, no 10, 1986, p. 13-17.
  • Georges Peyronnet, « La Fausse Jeanne d'Arc : Jeanne des Armoises fut-elle manipulée par les Français ou les Bourguignons ? », in Bulletin de l'association des amis du Centre Jeanne d'Arc, no 27, 2007 (année 2003), p. 6-37.
  • Pierre-Gilles Girault, « Jeanne Claude des Armoises, l'usurpation », in Histoire du Christianisme Magazine, no 43, juillet 2008, p. 56-60.
  • Colette Beaune, Jeanne d'Arc, vérités et légendes, Perrin, 2008, 240 p., (ISBN 978-2-262-02951-7).
  • Olivier Bouzy, Jeanne d'Arc, l'histoire à l'endroit, Tours, CLD éditions, 2008, 284 p., (ISBN 978-2-85443-531-3).
  • Olivier Bouzy, Fausses Jeanne d'Arc, in Philippe Contamine, Olivier Bouzy, Xavier Hélary, Jeanne d'Arc. Histoire et dictionnaire, Paris, Robert Laffont, coll. « Bouquins », 2012, p. 701-704, (ISBN 2-221-10929-5).

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Chronique du doyen de Saint-Thiébault de Metz.
  2. Pierre Marot, « La genèse d'un roman : Pierre Caze inventeur de la "bâtardise" de Jeanne d'Arc », in Jeanne d'Arc, une époque, un rayonnement, Paris, Éditions du CNRS, 1982, p. 276.