Jeanne Villepreux-Power

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Jeanne Villepreux-Power (née le 4 vendémiaire de l'An III (24 ou 25 septembre 1794) et décédée le 25 janvier 1871 à Juillac) est une naturaliste française. Autodidacte passionnée et pionnière de la biologie marine, elle a été decrite comme le précurseur des stations de biologie marine par Edmond Perrier (1844-1921) et celui de l'aquariologie par Sir Richard Owen (1804-1892).

Biographie[modifier | modifier le code]

Première-née des quatre enfants de Pierre Villepreux qui occupe plusieurs métiers dont celui de cordonnier et de garde-champêtre, et de Jeanne Nicot, Jeanne (surnommée Lili) part, à pied, à Paris à dix-huit ans. Elle y travaille pour une couturière en vue, Clémence Gagelin. Elle devient célèbre grâce à une robe de mariage qu’elle réalise pour le mariage de Marie-Caroline de Bourbon-Siciles (1798-1870) avec Charles Ferdinand d'Artois (1778-1820), duc de Berry. Elle rencontre à cette époque un négociant d'origine irlandaise, James Power, qui l'épouse en 1818 à Messine. Le couple s'établit en Sicile où Jeanne Villepreux-Power se consacre alors à l’étude et notamment à l'histoire naturelle de l'île. Elle fait paraître Itinerario della Sicilia riguardante tutt'i rami di storia naturale e parecchi di antichità che essa contiene (Messine, 1839) et Guida per la Sicilia (Naples, 1842, réédité en 1995) en utilisant Jeanette Power comme nom de plume.

Titre manuscrit de Observations sur les mœurs de la Martre commune

Elle s’intéresse aux coquillages actuels ou fossiles, et notamment à l’argonaute argo. C'est elle qui tranche une question scientifique en suspens à son époque : l'argonaute sécrète-t-il sa coquille ou l'habite-t-il à la manière d'un bernard-l'ermite? C'est pour mieux les étudier qu'elle construit les cages « à la Power » qui deviendront plus tard les aquariums. Grâce à ces observations, elle prouve que l’argonaute n’est pas un parasite mais qu’il a la capacité de sécrétion de la coquille. Elle détermine aussi le mode de reproduction de l'espèce qui présente un grand dimorphisme sexuel. Elle fait notamment paraître Observations et expériences physiques sur plusieurs animaux marins et terrestres.

Elle est la première femme membre de l’Académie des sciences de Catane. Elle est aussi correspondante de la Société zoologique de Londres et de seize autres sociétés savantes. Parmi ses publications, il faut citer son très érudit guide de la Sicile, Guida per la Sicilia, où elle fait l’inventaire des richesses (de la faune, de la flore et des fossiles) de l’île et qui est tout autant un guide historique, touristique et une référence pour les savants naturalistes.

Ses collections, son cabinet d'histoire naturelle ainsi que ses manuscrits disparaissent en mer avec le bateau qui les transportait à Londres en 1838 dans le naufrage du Bramley. Le couple Power s'installe à Paris en 1842.

De Juillac à Juillac[modifier | modifier le code]

Fuyant le siège de Paris de 1870, elle se réfugie dans son village natal laissant son époux James Power dans la capitale. Elle s'éteint à 77 ans dans son village natal. Le caveau Villepreux-Power, dans l'ancien cimetière de Pontoiseau, a été acheté en 1915 par un entrepreneur de la commune, qui en a fait son caveau personnel. Ce cimetière a été rasé en 1976.

Inventeur de l'aquarium[modifier | modifier le code]

Elle tient sa renommée d'avoir été la première à avoir créé et utilisé systématiquement des aquariums pour l’étude du monde marin. Dans sa démarche expérimentale basée sur l’observation des organismes marins vivants, elle construit trois types d’aquariums, qu’elle appelle « cages », pour maintenir les conditions de vie nécessaires aux argonauts :

  • une première variante en verre pour l'étude des organismes marins en cabinet ;
  • une deuxième avec une armature extérieure qui permet d'être immergé et émmergé, afin de laisser les organismes dans leur milieu tout en ayant la possibilité de les extraire pour les observer ;
  • une dernière variante en bois, de grande dimension (4m de longueur, 1.10m de largeur, 2m de hauteur) et munie d'ancres pour être fixée au fond tout en laissant émergée sa partie supérieure.

Ces aquariums seront ensuite dénommés « Gabiolline alla Power » par l’Académie des sciences de Catane. Sir Richard Owen (1804-1892) l'a considérée comme la mère de l’aquariophilie :

« But to Madame Jeannette Power (née de Villepreux), according to the testimony of professor Carmelo Maravigna in the Giornale Letterario dell'Accademia Gioenia di Catania (December 1834), ought to be attributed, if to any one individual, the invention and systematic application of the receptacles now called Aquaria to the study of marine, and principally of molluscous animals[1]. »

Hommage[modifier | modifier le code]

L'Union astronomique internationale a baptisé de son nom une patera de la planète Vénus découverte par la sonde Magellan. La patera Villepreux-Power se trouve aux coordonnées suivantes : latitude 22° Sud et longitude 210° Est[2].

Source[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Claude Duneton, La Dame de l’Argonaute, Denoël, Paris, février 2009.
  • Alain Cirou, Une Corrézienne sur Vénus, Ciel et Espace, décembre 1997.
  • Carmelo Maravigna, Journal du cabinet littéraire de l'Academia Gioenia de Catane, décembre 1834.
  • Josquin Debaz, Cendrillon et la querelle de l'argonaute, Pour la Science, numéro 396, pages 82-86, octobre 2010.
  • Josquin Debaz, Jeanne Villepreux-Power : une pionnière de la biologie marine, Rayonnement du CNRS, numéro 58, pages 70-75, printemps 2012.

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Tiré de Mollusca (Londres, 1858).
  2. Patera Villepreux-Power