Jean de Nivelle

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Page d'aide sur les redirections Cet article concerne le personnage historique de la Maison de Montmorency. Pour l'opéra de Léo Delibes, voir Jean de Nivelle (opéra).
Page d’aide sur l’homonymie Pour l’article homophone, voir Jean de Nivelles.

Jean de Nivelle (1422) également connu sous le nom de Jean III (Ier) de Montmorency-Nevele, est un personnage français du Moyen Âge (XVe siècle) à l'origine de l'expression populaire « être comme ce chien de Jean de Nivelle (qui fuit quand on l'appelle)[1] » et dont le nom apparaît dans plusieurs chansons traditionnelles françaises.

Il s'agit du fils aîné de Jean II de Montmorency (1402-1477) (pour plus de détails, voir les articles Maison de Montmorency et Liste des barons de Montmorency). Vers 1455, il épouse la baronne de Liedekerke Gudule Vilain, fille du baron de Liedekerke Jean Vilain et Gudule Raes de Malines[2]. Il est à l'origine de la branche Montmorency-Nivelle[1] (en flamand Montmorency-Nevele).

Ascendance[modifier | modifier le code]

Jean de Nivelle descend des rois de France jusque Hugues Capet[3]

Descendance[modifier | modifier le code]

Jean de Nivelle et Gudule ont eu cinq enfants :

  • Baron Jean II (IV) de Montmorency-Nevele (1461-12 avril 1510)
  • Jacques de Montmorency-Nevele
  • Baron Philippe de Montmorency-Nevele (décédé en 1526).
  • Marguerite de Montmorency-Nevele (décédée après 1517).
  • Honorine de Montmorency-Nevele (décédée en 1510).

Talleyrand est un de ses descendants.

Biographie[modifier | modifier le code]

Le château de la Chasse dans la forêt de Montmorency où a été prononcée l'exhérédation de Jean de Nivelle

Jean prend le parti du duc de Bourgogne Charles le Téméraire lors de la guerre du Bien public et refuse de lui faire la guerre aux côtés du roi de France Louis XI, comme le lui demande son père. Son père furieux l'ayant alors déshérité, il s'enfuit à Nivelle (Nevele en flamand) en Flandre, fief qu'il tient de sa mère, Jeanne de Fosseux[6], première épouse de son père Jean II de Montmorency. L'exhérédation est officiellement prononcée le 24 juillet 1463 au château de la Chasse, situé au cœur de la forêt de Montmorency.

Du fait de cet épisode, c'est Guillaume de Montmorency, le plus jeune fils de Jean II de Montmorency, né d'un second mariage avec Marguerite d'Orgemont, qui hérite la baronnie de Montmorency près de Paris. En effet le second fils de Jean II, Louis de Montmorency-Fosseux, également né de Jeanne de Fosseux, avait pris le même parti que son frère Jean. Malgré des procès et des transactions entre les branches de Nivelle, de Fosseux et de Montmorency, les terres familiales situées en France resteront la propriété des descendants de Guillaume (au premier chef desquels, son fils le renommé Anne de Montmorency) qui gardera le titre héréditaire ainsi que les armes de la maison de Montmorency et sa fameuse devise « Dieu aide au premier baron chrétien ».

Origine de l'expression sur Jean de Nivelle[modifier | modifier le code]

À cause du refus qu'il fit de répondre à l'appel de son roi, Jean de Nivelle est devenu en France un objet de haine et de mépris, et le peuple lui donna le surnom injurieux de « chien de Jean de Nivelle », d'où le proverbe[1].

Mais très vite, il y a confusion, et on utilise le mot chien dans le sens propre, comme s'il s'agissait du chien « appartenant à » Jean de Nivelle[7].

À noter que le caractère symbolique de Jean de Nivelle a été transféré au jacquemart de la ville belge de Nivelles qui est surnommé « Jean de Nivelles ». Les habitants de Nivelles ont finalement adopté le personnage en l'associant à leur ville de diverses manières (par exemple : la confrérie gastronomique « Confrérie de Jean de Nivelle »[8], la société carnavalesque « Les enfants de Jean de Nivelles », la bière « Jean de Nivelles », etc.)[9],[10].

Chansons populaires[modifier | modifier le code]

De nombreuses chansons populaires ont été composées sur Jean de Nivelle pour moquer son comportement.

Dans celles-ci, le terme de chien y est souvent repris, mais dans le sens de l'animal de compagnie. Toutes ces chansons ont la même construction et le même air — cette tournure et cet air seront repris en 1792 par Gaspard de Chenu pour créer la chanson Cadet Rousselle qui est en fait une parodie des chansons sur Jean de Nivelle.

Le musicien Jean-Baptiste Weckerlin a écrit une analyse sur ces composition dans le Bulletin de la société des compositeurs de musique en 1863[11].

Chacun des couplets de ces chansons est composé de six vers et a généralement pour thème un élément que Jean de Nivelle est censé posséder en trois exemplaires. Cet élément est souvent cité dans le premier vers : « Jean de Nivelle a trois enfants », « Jean de Nivelle a trois gros chats », « Jean de Nivelle a trois châteaux », etc. Par ailleurs, on trouve souvent un couplet qui parle « du chien » ou « des chiens » de Jean de Nivelle.

En 1834, le journal belge L'Émancipation publie un article sur la chanson de Jean de Nivelle. L'article cite neuf couplets de la chanson tels qu'ils figurent sur un imprimé rare publié chez Lambert Tassin à Namur en 1680. L'article affirme que des militaires français, venus dans les Pays-Bas en 1695, y ont découvert la chanson et en ont tellement apprécié l'air, qu'ils ont ramené celle-ci à Paris. L'article en déduisait que la chanson était originaire de Nivelles en Belgique.

Mais en 1863, le journaliste et historien Arthur Dinaux fait remarquer que la Farce des deux savetiers[12], écrite entre 1505 et 1530, débute par un des deux savetiers en train de chanter un couplet de la chanson. Cette antériorité flagrante infirme donc la thèse de L'Émancipation[13]. Le texte chanté par le savetier pauvre est le suivant[14] :

Hay avant Jehan de Nivelle
Jehan de Nivelle a deux housseaux[15],
Le roy n'en a pas de si beaux
Mais il n'y a point de semelle,
Hay avant Jehan de Nivelle

Paroles de quelques chansons sur Jean de Nivelle[modifier | modifier le code]

À savoir[modifier | modifier le code]

  • Jean de Nivelle est un opéra-comique en trois actes écrit par Léo Delibes en 1880.
  • Les paroles de la chanson "Indifférente" de Serge Gainsbourg issue de l'album "Serge Gainsbourg N°2" font référence au chien de Jean De Nivelle : "Comme le chien de Monsieur Jean De Nivelle, tu ne viens jamais à moi quand je t'appelle".

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b et c Marie-Nicolas Bouillet et Alexis Chassang (dir.), « NIVELLE (Jean de) » dans Dictionnaire universel d’histoire et de géographie,‎ 1878 (Wikisource) p. 1353
  2. Descendance de Hugues Capet (16e génération) sur le site web Blason.fr de l'héraldiste Gonzague de Lamotte
  3. Hugues CapetRobert II de FranceHenri Ier de FrancePhilippe Ier de FranceLouis VI de FranceRobert Ier de DreuxAlix de DreuxGertrude de Nesle-SoissonsBouchard VI de MontmorencyMathieu III de MontmorencyMathieu IV de MontmorencyJean Ier de MontmorencyCharles de MontmorencyJacques de MontmorencyJean II de MontmorencyJean de Nivelle
  4. Généalogie Quebec
  5. Planète généalogie
  6. Decrue de Stoutz, Francis, Anne de Montmorency, grand maître et connétable de France : à la cour, aux armées, et au conseil du roi François Ier, Paris 1885, p. 3 - gallica.bnf.fr
  7. Fleury de Bellingen, L'Étymologie des proverbes français, la Haye, 1656.
  8. Site de la confrérie
  9. Article sur le folklore et les traditions de Nivelles sur le site web officiel de la ville de Nivelles
  10. Article sur Jean de Nivelles sur le site web officiel de l'office de tourisme de Nivelles
  11. J. B. Wekerlin, Bulletin de la société des compositeurs de musique, 1ère année, 1863 - texte disponible en ligne sur le site web Google Books
  12. Titre exact : Farce nouvelle très bonne et fort joyeuse des deux savetiers à troys personnages, c'est assavoir, le riche, le pauvre, le juge, cette farce a sans doute inspiré la fable Le Savetier et le Financier de Jean de La Fontaine
  13. Arthur Martin Dinaux, Trouvères, jongleurs et ménestrels du nord de la France et du midi de la Belgique - IV Trouvères brabançons, hainuyers, liégeois et namurois, Librairies J. Techener (Paris) et F. Heussner (Bruxelles) 1863 - pp 554-555 - texte disponible en ligne sur le site web Google Books
  14. François et Claude Parfaict, Histoire du théâtre françois depuis son origine jusqu'à présent Tome second - page 145 - texte disponible en ligne sur le site web Google Books
  15. Les housseaux sont des guêtres hautes généralement en cuir, le mot peut également désigner des bottes complètes