Jean de Bretagne (comte de Richmond)

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Jean de Bretagne (vers 1266[1]17 janvier 1334), est un prince issu de la maison de Bretagne, comte de Richmond de 1306 à 1334 et administrateur de l'Écosse pour le compte de son oncle le roi Édouard Ier d'Angleterre[1].

Origine[modifier | modifier le code]

Jean de Bretagne est le fils cadet du duc Jean II de Bretagne († 1305) et de son épouse Béatrice d'Angleterre († 1275), seconde fille du roi Henri III d'Angleterre et d' Éléonore de Provence. Il naît probablement en 1266[1], et il est élevé en Angleterre avec son cousin Henri, le fils d'Édouard Ier qui meurt en octobre 1274[1]. Jean de Bretagne passe sa vie au service de la couronne anglaise[2]

Lieutenant en Guyenne[modifier | modifier le code]

Armoiries de Jean de Bretagne, comte de Richmond.

La guerre entre le royaume de France et celui d'Angleterre éclate le 19 mai 1294 par la confiscation du duché de Guyenne par Philippe IV de France. La situation du duc Jean II de Bretagne, comte de Richemond et à ce titre vassal du roi d'Angleterre est délicate et il a quelques velléités d'alliance avec son beau-frère Édouard Ier[3]. Le roi d'Angleterre nomme en effet en octobre 1294 son fils Jean de Bretagne « Lieutenant royal en Guyenne » [4]. Il débarque dans la Gironde avec l'armée anglaise comme second de John St John, après quelques succès ponctuels comme la prise de Blaye et Saint-Sever ses troupes échouent devant Bordeaux et doivent se retirer à Rions, près de Cadillac en 1295 devant les français commandés par Charles de Valois puis Robert II d'Artois[5]. L'armée de renfort anglaise commandée par Edmond comte de Leicester (Bayonne † 1296), frère du roi et Henri de Lacy comte de Lincoln est a son tour défaite à Bellegarde en janvier 1297.Le duc Jean II de Bretagne créé pair de France en septembre 1297 se retire de l'alliance[6], ce qui lui vaut la confiscation provisoire du comté de Richemond. Toutefois malgré l'échec de l'entreprise le roi Edouard Ier maintient sa confiance en son neveu.

Lieutenant en Écosse[modifier | modifier le code]

Les services que Jean de Bretagne assure désormais auprès de la couronne anglaise sont principalement administratifs et diplomatiques [1]. Bien que les historiens modernes ont tendance à le juger sévèrement, il acquiert auprès de ses contemporains la réputation d'un médiateur digne de confiance. Son habileté diplomatique est révélée lors des négociations entre le comte de Foix et le royaume de Castille en 1294/1295[1].

En Écosse, il est sans doute présent à la bataille de Falkirk, le 22 juillet 1298. En août 1299, Jean de Bretagne reçoit une gratification de 1000 livres[1]. Le 10 juillet 1300, il prend part au siège du château de Caerlaverock dans le Galloway, et il est convoqué au Parlement anglais par lettre du 24 mai 1305 sous le nom de « Seigneur Bretagne » (anglais: Lord Brittany).

Après sa campagne victorieuse en Écosse de 1303-1304 qui se termine par la soumission le 9 février 1304 du Gardien de l'Écosse et des principaux nobles du royaume à l'exception de William Wallace et de Simon Fraser, Le roi Édouard Ier contrairement à son attitude de 1296 décide de contrôler le pays par le biais d'institutions relativement autonomes. Une ordonnance du Parlement anglais du 15 septembre 1305 institue un gouvernement pour le « Pays d'Écosse » et non pas le royaume. Édouard Ier nomme comme « Gardien » d'Écosse le 15 octobre 1305 son neveu Jean de Bretagne. William de Bevercotes et John de Sandal restent respectivement Chancelier et Chambellan. Des paires d'administrateurs anglais et écossais sont institués dans les quatre principales zones du pays; le Lothian, le Galloway, la région entre le Firth of Forth et les Monts Grampians et enfin la région au delà des Monts Grampians. Les sheriffs nommés pour ces régions sont pour la plupart écossais. Toutefois les régions militairement sensibles du sud-est Édimbourg, Linlithgow Haddington, Peebles sont entre les mains d'anglais et les forteresses de Roxburgh et Jedburgh sous le contrôle direct de Jean de Bretagne. Les seuls châteaux d'importance confiés à des écossais sont Stirling à William Bisset et Dumbarton à Sir John Stuart de Menteith[7]. Par ailleurs un conseil de vingt nobles écossais, quatre évêques dont Lamberton, cinq comtes dont Robert Bruce et William Comyn comte de Buchan et neuf barons dont John III Comyn est nommé afin d'assister et de conseiller le Lieutenant. Jean de Bretagne tient un parlement à Scone, où la principale activité est une réforme de la législation [8]

Peu après son accession au trône Édouard II d'Angleterre le maintient dans ses fonctions en Écosse le 13 septembre 1307[9] et le confirme en janvier 1308. Toutefois la révolte de Robert Bruce qui se fait couronner roi sous le nom de Robert Ier d'Écosse à Scone le 25 mars 1306 et qui entreprend la conquête de son royaume en 1307-1308 met fin à la Lieutenance de Jean de Bretagne.

Comte de Richmond[modifier | modifier le code]

Par lettre datée du 1er mai 1304 le roi d'Angleterre avait rendu le comté de Richemond à Jean II de Bretagne[10]. Après la mort accidentelle du duc à Lyon le 16/18 novembre 1305 l'investiture du comté de Richemond, est transféré le 15 octobre 1306, à son second fils et homonyme Jean de Bretagne, en succession de son père et de préférence à son frère aîné, le duc Arthur II de Bretagne († 1312). À sa mort en 1334 Le comté de Richemond revient à son neveu le duc Jean III de Bretagne qui prête serment de fidélité au roi Édouard III d'Angleterre entre les mains de l'archevêque de Cantorbéry le 8 mai 1334 et qui est mis en possession du fief par Édouard III le 24 du même moi[11]

Diplomatie[modifier | modifier le code]

En mars 1307 il accompagne en France le prince héritier Édouard[1]. Il codirige une ambassade avec John Salmon, évêque de Norwich (Avril-Mai 1311). Ensuite, il continue à servir en Guyenne, avant de retourner en Angleterre, où, avec le comte de Pembroke et le comte de Gloucester, il tente de réconcilier le roi et ses opposants (1312-1313). En mai 1313, il traverse la Manche avec Édouard II et d'Isabelle de France et apprécie l'hospitalité à la cour royale de Philippe IV de France avant de retourner ouvrir le Parlement en juillet dans l'attente de l'arrivée du roi[1].

Guerre civile en Angleterre[modifier | modifier le code]

Jean de Bretagne reste proche d' Édouard II dans les jours les plus difficiles et il est utilisé dans des tentatives de conciliations, par exemple, lors de l'ouverture du Parlement de Lincoln en janvier 1316, il est nommé à des commissions de réforme et garant du traité de Leake en août 1318. Jean de Bretagne accompagne encore le roi et la reine en France en juin 1320 et doit traité de nouveau avec les écossais en février 1321[1].

Il est parmi ceux qui insistent pour exiler Hugues le Despenser et son père et contribue à assiéger Bartholomew 1er Lord Badlesmere dans le château de Leeds dans le Kent, en octobre 1321, mais il accepte que Hugues le Despenser revienne en novembre. Avant la Bataille de Boroughbridge il est envoyé pour conclure un accord avec les Mortimer, mais il est présent quand Thomas de Lancastre est condamné au Château de Pontefract, le 22 mars 1322[1].

En août/septembre 1322 Édouard II mène sans succès son ultime campagne contre l'Écosse. Robert Ier prend lui-même à la tête d'une contre offensive de représailles dans le nord de l'Angleterre. Il bat les troupes de l'arrière garde anglaise le 20 octobre 1322, lors du combat de (old)Byland près de l'Abbaye de Byland et capture outre Jean de Bretagne, Henri de Sully Bouteiller de France, Sir Ralph de Cobham réputé être le « meilleur chevalier en Angleterre »[12].

Jean de Bretagne est prisonnier jusqu'à l'été de 1324, lorsqu'il est racheté pour 14.000 merks. Peu de temps après sa libération, il effectue une nouvelle ambassade en France en novembre 1324, visite l'Écosse dans le même but en février 1325, et revient en France en mars. Jean de Bretagne est maintenant pour la première fois ouvertement dans l'opposition au roi, et en 1326, ses terres en Angleterre sont saisies pour « désobéissance » par Édouard II [13], et il se rend en Guyenne comme lieutenant du jeune Prince Édouard[1].

Après la prise du pouvoir par Isabelle de France et son amant Roger Mortimer ses terres d'Angleterre lui sont restituées le jour de Noël 1326. En novembre 1333 après avoit obtenu l'autorisation du roi en mai 1331, il cherche à céder son comté à sa nièce Marie de Saint-Pol veuve du comte de Pembroke[14].

Dernières années et mort[modifier | modifier le code]

La situation familiale de Jean de Bretagne est imprécise. Selon certaines sources il serait mort célibataire[1],[15].Selon une autre d'une épouse anonyme il aurait eu un fille Isabelle épouse de Sir Ne Stapleton [16] En tout état de cause Jean de Bretagne réside en France pendant les dernières années de sa vie. Il meurt à Nantes le 17 janvier 1334 et il est inhumé dans le couvent des Cordeliers de Nantes[17].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c, d, e, f, g, h, i, j, k, l et m (en) Michael Jones « Brittany John of, earl of Richmond (né vers 1266 ? – 17 janvier 1334) », Oxford Dictionary of National Biography, Oxford University Press, 2004.
  2. En bataillant rudement conte l' Écosse, mais jamais contre la France comme le note de manière abusive l'historien breton Arthur de La Borderie
  3. Jean-Pierre Legay & Henri Martin Fastes et malheurs de la Bretagne ducales 1213-1532 éditions ouest-france, Rennes 1982 p. 34.
  4. Auguste Dupouy Histoire de Bretagne Boivin & Cie éditeurs Paris 1941 p. 155
  5. (en) G.W.S. Barrow Robert Bruce and the Community of the Realm of Scotland E.U.P 4e édition (Edinburgh 2005) (ISBN 0-7486-2022-2) p. 89
  6. Jean Favier Philippe le Bel, Arthème Fayard, Paris 1978, « la Guerre de Guyenne » p. 255-257
  7. le jeune fils de Walter Stuart de Menteith comte de Menteith de jure uxoris de 1260 à 1293
  8. (en)G.W.S. Barrow p. 175-176.
  9. (en) G.W.S. Barrow p. 224
  10. Arthur de La Borderie Histoire de Bretagne, Tome Troisième (995-1364) p. 363
  11. Arthur de La Borderie op.cit p. 396 « nobilis viri et fidelis nostri Johannis, ducis Britanniæ et comitis Richemundiæ, » etc.
  12. (en) G.W.S. Barrow op.cit p. 316-317
  13. * Paul Jeulin, « Un grand « Honneur » anglais. Aperçus sur le « Comté » de Richmond en Angleterre, possession des ducs de Bretagne (1069/71-1398) » dans : Annales de Bretagne, Tome 42, numéro 3-4, 1935 p. 290
  14. fille de Marie de Dreux-Bretagne et de Guy III de Châtillon comte de Saint-Pol. Paul Jeulin op.cit p. 291
  15. Paul Jeulin, op.cit p. 291
  16. Jean de Bretagne dans Medieval Lands.
  17. Dom Morice Histoire de Bretagne, Preuves I, 113: Choniques annaux « MCCCXXXIIII XVIIe die mensis Januarii obiit dominus Johannes de Britannia, quondam comes Richmundiæ, sepultus in domo Fratrum Minorum Nannetis »

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (en) Michael Jones « Britanny John of, earl of Richmond (né vers 1266 ? – 17 janvier 1334) », Oxford Dictionary of National Biography, Oxford University Press, 2004
  • (en) Michael Brown The Wars of Scotland 1214~1371 The New Edinburgh History of Scotland IV. Edinburgh University Press, (Edinburgh 2004) (ISBN 0748612386).
  • (en) Michael Prestwich, Edward I, updated, New Haven, Yale University Press, 1997. (ISBN 0300072090).
  • (en) G.W.S. Barrow Robert Bruce and the Community of the Realm of Scotland E.U.P 4e édition (Edinburgh 2005) (ISBN 0-7486-2022-2) p. 531.
  • Paul Jeulin, « Un grand « Honneur » anglais. Aperçus sur le « Comté » de Richmond en Angleterre, possession des ducs de Bretagne (1069/71-1398) » dans : Annales de Bretagne, Tome 42, numéro 3-4, 1935. p. 265-302