Jean d'Ivry

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Jean d'Ivry
Biographie
Décès 9 septembre 1079
Saint-Philbert-sur-Risle
Évêque de l’Église catholique
Archevêque de Rouen
10671079
Précédent Saint Maurille Guillaume Bonne-Âme Suivant
Évêque d'Avranches
10601067
Précédent Hugues Michel Ier Suivant

Jean d'Ivry (Johannes[1]), mort le 9 septembre 1079 est évêque d'Avranches (1060-1067) puis archevêque de Rouen (1069-1079). Il apparaît dans la Gesta Normannorum ducum de Guillaume de Jumièges, et peut avoir été une de ses sources[2].

Famille[modifier | modifier le code]

Jean est le fils du comte Raoul d'Ivry[1], demi-frère du duc Richard, et d'Aubrée de Canville. Il a un demi-frère Hugues, qui est évêque de Bayeux[1] (1026-1049). Sa demi-sœur Emma épouse de Osbern de Crépon, sénéchal des ducs de Normandie, et deviendra à la fin de sa vie abbesse de Saint-Amand. Une autre demi-sœur de Jean se marie à Richard de Beaufou[3].

Patronyme[modifier | modifier le code]

Jean est désigné de plusieurs façons. Ses contemporains se réfèrent à lui par son office épiscopal. Lui-même, avant de devenir évêque d'Avranches, signe Jean de Saint-Philbert (Iohannes de sancto Philiberto), qui provient de sa propriété près de la Risle, ou plus simplement Jean fils de Raoul (Iohannes filius Rodulfi). Les historiens anglais préfèrent John of Avranches, tandis que les français tendent pour Jean d'Ivry et parfois Jean d'Avranches ou Jean de Saint-Philbert. Le nom Jean de Bayeux provient d'une confusion d'Orderic Vital sur le père de Jean qui identifie Raoul, comte d'Ivry comme comte de Bayeux[3].

Avant son épiscopat[modifier | modifier le code]

La vie de Jean d’Ivry avant son accession à l’évêché d’Avranches est peu connue. Il semble hériter à la mort de son père des domaines sur la Risle, près de Saint-Philbert[3]. Selon Guillaume de Poitiers, il n’était pas dans les Ordres[3]. Toutefois, il a convaincu les évêques de Normandie de son admiration pour la vie religieuse quand l’évêché d’Avranches s’est trouvé vacant. Comme ses contemporains, il participe activement à la vie religieuse locale. Il vend une terre à l’abbaye Saint-Pierre de Préaux dans la forêt de Vièvre, dix logements à l’abbaye Saint-Léger de Préaux et donne l'église de Saint-Georges-du-Vièvre à l'abbaye du Bec[3]. Il semble être présent en 1035 à Fécamp quand le duc Robert I (1027–35) organise le gouvernement du duché, en vue de son départ en pèlerinage[3].

Évêque d’Avranches (1060 – 1067)[modifier | modifier le code]

Le choix de Jean comme évêque d'Avranches en 1060[1], membre d'une des familles de frontière les plus importantes du duché, est le choix politique que Guillaume a suivi pour restaurer son autorité sur la Basse-Normandie, qui avait été dévasté par les Normands[3]. Pour régler le problème de l’influence et de l’indépendance du Mont-Saint-Michel, Jean négocie en 1061 un accord avec l'abbé de Mont-Saint-Michel qui redéfinit le rapport entre l'évêque et l'abbaye, où l’évêque d’Avranches a l’ascendant[3]. L'abbé devient son archidiacre.

Il poursuit par la restructuration de son diocèse. Il établit une pancarte des possessions de la cathédrale[3]. Il contribue au réseau de châteaux et manoirs épiscopaux qui sillonne le duché avec Saint-Philbert-sur-Risle et Le Parc[3]. En 1066, il crée un conflit dans la famille quand il prend la décision de donner à l'église d'Avranches une partie de ses biens du Vièvre hérités de son père[4]. Le contestataire est son neveu Robert de Beaufou, qui prétend par sa mère à l'héritage de Raoul d'Ivry. Le duc Guillaume arbitre en faveur de Jean, moyennant 10 livres[4]. Il constitue en 1066 Hugues de Montfort héritier de la moitié de la terre du Vièvre, probablement à l'initiative du duc Guillaume, afin de consolider l'honneur de Montfort[5].

Jean participe à la vie diplomatique du duché, et concerne le conseil et l'administration. En 1061, il atteste avec le duc et d'autres dignitaires une charte en faveur du Mont-Saint-Michel. Il est présent en 1063/1066 au château de Domfront où se tient un procès entre les moines de Marmoutier et de Saint-Pierre-de-la-Couture. Sa présence, avec celle d'Odon de Bayeux, serait due à sa connaissance de la coutume locale. En 1066, il participe à la réunion tenue par le duc préparant l'invasion de l'Angleterre[3].

Il est également présent aux grands évènements ecclésiastiques du duché. Il assiste à la dédicace de la cathédrale de Rouen (1er octobre 1063), au concile de Lisieux en 1064, à la dédicace de l'abbatiale de la Trinité de Caen (18 juin 1066) et de Jumièges (1er juillet 1067), son dernier acte comme évêque d'Avranches[3].

Archevêque de Rouen (1067 – 1079)[modifier | modifier le code]

Suite à la mort de Maurille en août 1067 qui laisse vacant le siège archiépiscopal, le duc-roi Guillaume souhaite nommer à sa tête Lanfranc, qui refuse[6]. Il recommande pour la position Jean d'Ivry. Après un voyage de Lanfranc à Rome où il obtient l'accord du pape Alexandre II et le pallium, Jean devient en décembre 1067 archevêque de Rouen[3],[1].

Comme archevêque, il cherche à réformer l'église de Normandie[1]. Dans ce but, deux conciles sont tenus, en 1072 et 1074. Le concile de 1072, tenu à la cathédrale de Rouen, réuni la plupart des évêques normands[7] et de nombreux abbés. Il réaffirme certaines doctrines, mais il avait également le but d'approfondir quelques canons du concile de Lisieux (1064) qui défendait les chanoines, les prêtres et les diacres de se marier, mais aucune peine à leur encontre n'avait été prononcé[3]. La peine encourue est la perte de leurs dignités et des revenus de l'église. Jean désigne les archidiacres dans le rôle clef de la réforme et du gouvernement de la province, tandis que les chanoines et le doyen devait montrer l'exemple en témoignant de leur chasteté. Un deuxième concile est tenu une nouvelle fois à la cathédrale de Rouen en 1074, en présence des évêques, de nombreux abbés et en présence du duc. Le concile défend aux abbayes, archidiaconés, les presbytères et les églises paroissiales d'être vendus. Il complète le concile de 1072 en ajoutant des décrets supplémentaires sur le mariage clérical[8]. Il y définit aussi les conditions pour occuper la position d'abbé. Le concile sera également l'occasion de confirmer des donations de biens à l'abbaye de Saint-Wandrille[3]. Avec le consentement des religieux de Saint-Ouen et l'approbation de Guillaume le Conquérant, il érige le prieuré de Saint-Victor en abbaye[3].

Il obtient en 1075 la restitution par Simon de Crépy de la terre de Gisors, accordé par Maurille à son père Raoul de Valois († 1074). Elle se fait en présence de la reine Mathilde, de Roger de Beaumont et d'Hugues l'Échanson[9].

Jean tient au cours de son archiépiscopat une correspondance avec Lanfranc, comme l'atteste les cinq lettres qu'il a reçu[3]. Cet échange concerne les affaires que chacun pensait avoir plus d'expérience que l'autre: Jean comme liturgiste, Lanfranc comme moine[3].

Il est également politiquement actif, contrairement à ses prédécesseurs qualifiés de « politiquement inertes ». Il est présent au Mans en août 1073 en compagnie de Guillaume où il est reconnu comme un « homme au conseil sage » au cours de la campagne[3]. En 1074/1075, il passe Pâques avec le roi à Fécamp, où de nouvelles mesures sont prises contre les vendettas[3]. Il peut avoir consacré Cécile, fille de Guillaume, sœur de la Trinité de Caen. En 1075, en l'absence du duc retenu en Angleterre, il occupe avec Roger de Beaumont et la reine Mathilde de Flandres la charge effective de la Normandie[10]. Il négocie avec Simon de Vexin le retour de Gisors dans les biens de la cathédrale[3]. Ce domaine avait été donné jusqu'à la fin de la vie de Raoul IV de Vexin, père de Simon, par son prédécesseur Maurille. Sa restitution a permis non seulement le retour d'un bénéfice important pour la cathédrale mais aussi d'un site stratégique à la frontière du duché, entre Neaufles et Neuf-Marché[3].

Un épisode particulier est à signaler. Dans la deuxième version de l'Acta archiepiscoporum écrite par un moine de Saint-Ouen à la fin du XIe siècle, il est rapporté que le 24 août 1073, une violente confrontation oppose l'archevêque aux moines de Saint-Ouen[3]. Alors qu'il doit célébrer la messe, son arrivée tardive entraîne le début de la cérémonie sans lui. Jugeant ses prérogatives remises en cause, il excommunie sur place les moines et place sous l'interdit l'évêque de Sées Robert de Ryes qui la préside[3]. Accusé de vouloir voler les reliques de Saint-Ouen, une bagarre se déclare de laquelle l'archevêque échappe de peu à la mort. Guillaume aurait ordonné une amende de 300 livres à Jean de ses actions contre l'abbaye ducale, ainsi que de se réconcilier avec, mais il refuse. Michel, évêque d'Avranches (1068-1094) est désigné pour régler l'affaire. Quatre des moines qui ont participé sont punis et exilés dans d'autres abbayes normandes[3]. L'hypothèse est émise que le comportement de l'archevêque était délibéré. Alors qu'il avait réussi à imposer son autorité sur l'abbaye du Mont-Saint-Michel quand il était évêque d'Avranches, il n'y arrive pas avec l'abbaye Saint-Ouen. Celle-ci, libérée de la tutelle de l'archevêque a pris son indépendance au début du XIe siècle et concurrence de prestige avec la cathédrale. Il reçoit dans cette affaire le soutien du duc-roi et de l'archevêque de Cantorbéry[3]. Guillaume Bonne-Âme aurait été impliqué dans un incident semblable concernant l'abbaye de Fécamp et un cas avéré entre l'archevêque de Tours Arnulf (1023–1052) et les moines de Marmoutier[3].

Il est connu pour sa liturgie Tractatus de ecclesiasticis officiis qui a été officiellement adopté dans le diocèse de Rouen[11]. Rédigé à la demande de son prédécesseur à l'archevêché Maurille, elle n'a eu qu'un impact limité dans la promotion de l'uniformité en Normandie[12].

La fin d'une carrière (1077 - 1079)[modifier | modifier le code]

Jean subit une attaque d'apoplexie en juillet 1077[3],[1]. Présent lors de la consécration du nouvel évêque de Lisieux Gilbert Maminot entre le 25 juillet et le 23 octobre 1077, le service est exécuté par l'évêque d'Avranches Michel[3]. Il aurait consacré l'église de Saint-Amand de Rouen le 29 septembre 1078, mais Orderic Vital dit de lui qu'il avait perdu le discours[3]. Il semble ne plus officier en avril 1078 car le pape Grégoire VII lui écrit sur son absence et l'envoie du légat Hubert pour enquêter[3]. Selon Raymonde Foreville, Jean d'Ivry a dû se résigner de l'archevêché à ce moment[3]. Mais l'Acta Archiepiscoporum dit qu'il assiste à la messe de la Saint Ouen en août 1078, présidée par l'évêque d'Évreux Gilbert. C'est après la consécration d'Anselme comme abbé du Bec qu'il parait se retirer de ses fonctions définitivement[3].

Il prend retraite dans ses domaines de Saint-Philbert-sur-Risle où il meurt le 9 septembre 1079[3],[1]. Transporté à Rouen, il est inhumé auprès du baptistère de la cathédrale[13], où lui est dressé une tombe de pierre blanche[14].

Sources[modifier | modifier le code]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Article connexe[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c, d, e, f, g et h Pierre Bouet et François Neveux, Les évêques normands du XIe siècle : Colloque de Cerisy-la-Salle (30 septembre - 3 octobre 1993), Caen, Presses universitaires de Caen,‎ 1995, 330 p. (ISBN 2-84133-021-4), « Les évêques normands de 985 à 1150 », p. 19-35
  2. Elisabeth M. C. van Houts, The Gesta Normannorum Ducum of William of Jumieges, Orderic Vitalis, and Robert of Torigni (1995), p. xliv.
  3. a, b, c, d, e, f, g, h, i, j, k, l, m, n, o, p, q, r, s, t, u, v, w, x, y, z, aa, ab, ac, ad, ae, af, ag et ah Richard Allen, « ‘A proud and headstrong man’: John of Ivry, bishop of Avranches and archbishop of Rouen, 1060–79 », Historical Research, vol. 83, no 220 (mai 2010), p. 189-227.
  4. a et b Marie Casset, Les stratégies d'implantation des châteaux et manoirs des évêques normands au Moyen Âge (XIe ‑ XVe siècle) dans Les lieux du pouvoir au Moyen Âge en Normandie et sur ses marges, Publications du CRAHM, Caen, 2006, 245 p., p. 46
  5. Bauduin 2006, p. 224.
  6. David Charles Douglas, William the Conqueror: The Norman Impact Upon England (1964), p. 318.
  7. Geoffrey de Coutances, absent, semble être retenu en Angleterre.
  8. Michael Robson, St. Francis of Assisi: The Legend and the Life (1997), p. 78.
  9. Bauduin 2006, p. 260.
  10. David Bates, William the Conqueror (2004), p. 231.
  11. The cathedral of Salisbury: From the foundation to the fifteenth century, A History of the County of Wiltshire: Volume 3 (1956), pp. 156-183. Date accessed: 17 March 2008.
  12. Cassandra Potts, When the Saints Go Marching: Religious Connections and the Political Culture of Early Normandy p. 17 in Charles Warren Hollister (editor), Anglo-Norman Political Culture and the Twelfth-century Renaissance (1997).
  13. Jules Thieury, Armorial des archevêques de Rouen, Imprimerie de F. et A. Lecointe Frères, Rouen, 1864.
  14. Selon Orderic Vital cité par Achille Deville, Tombeaux de la cathédrale de Rouen, Nicétas Périaux, Rouen, 1833, p. 205.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Richard Allen, « ‘A proud and headstrong man’: John of Ivry, bishop of Avranches and archbishop of Rouen, 1060–79 », Historical Research, vol. 83, no 220 (mai 2010), p. 189-227.
  • François Pommeraye, Histoire des archevesques de Rouen, L. Maurry, Rouen, 1667, p. 264-276.
  • Achille Deville, Tombeaux de la cathédrale de Rouen, Nicétas Périaux, Rouen, 1833, p. 205-206.
  • Jules Thieury, Armorial des archevêques de Rouen, Imprimerie de F. et A. Lecointe Frères, Rouen, 1864, p. 48.
  • Pierre Bauduin (préf. Régine Le Jan), La première Normandie (Xe-XIe siècle) : Sur les frontières de la haute Normandie: identité et construction d'une principauté, Caen, Presses universitaires de Caen, coll. « Bibliothèque du pôle universitaire normand »,‎ 2006 (1re éd. 2004), 481 p. (ISBN 978-2-84133-299-1)