Jean Streff

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Jean Streff

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Activités Écrivain
scénariste
réalisateur
Genres Essais
romans
Distinctions Prix Sade 2005 pour Traité du fétichisme à l'usage des jeunes générations

Œuvres principales

  • Le Masochisme au cinéma (1978)
  • Traité du fétichisme à l'usage des jeunes générations (2005)

Jean Streff est un écrivain, scénariste et réalisateur français.

Biographie[modifier | modifier le code]

Jean Streff passe une enfance et une adolescence solitaire, entre religion et interdits, qu’il racontera en détail dans son premier roman : Vincent Plantier[1]. « Ce livre pourrait bien devenir l’album de famille de la génération d’après-guerre », écrit à sa sortie Roland Jaccard dans Le Monde[2].

Après le lycée, il devient assistant de réalisateurs aussi diversifiés que José Bénazéraf[3] ou Maurice Pialat et réalise plusieurs courts-métrages, dont l’un d’eux, L’Acte ou l’autobus de la ligne 14/18, sera sélectionné au Festival de Cannes 1971, section « Un certain regard »[4].
En 1966, il réalise Les coudes pointus « OCNI (Objet Cinématographique Non Identifié), Les coudes pointus est le premier court-métrage réalisé par Jean Streff. Le court-métrage est primé au Festival de Hyères en 1967[5].

En 1969, il participe en tant que rédacteur en chef à IX[6], revue satirique et libertaire, hébergée par l’agence de presse de l’ex-trotskiste et assistant de Jean-Paul Sartre, Louis Dalmas. Revue qui sera interdite au bout de cinq numéros[7]. Il y interviewe notamment Régine Deforges, Élisabeth Wiener ou Sterling Hayden, l’interprète de Johnny Guitare, Alain Krivine. Willem y dessine et écrit, avec toutes les fautes d’orthographe qui feront plus tard sa renommée dans Libération [note 1],[8], ses premières chroniques : « Chez les Métèques »[9]. Philippe Druillet y publie en feuilleton Lone Sloan, album édité chez Éric Losfeld.

Streff et Druillet se sont rencontrés un an plus tôt chez Jean Boullet en 1968. Jean Boullet[10] tenait une librairie consacrée au Bizarre, le Kiosque, rue du Château. « Le bonhomme fascine Jean Streff au point que celui-ci loue un petit studio non loin de la mythique librairie »[11].
En 1974, il fonde avec Hervé Coville, AFTVMédias, une des premières sociétés de production française à utiliser la vidéo comme support. Il y réalise des captations aussi variées qu’un concert du groupe parodique de l’époque, Au Bonheur des dames, ou Le Creux de la vague, une pièce de Marc’o au Festival d'Avignon avec Pierre Clémenti.

En 1978, son premier essai, Le Masochisme au cinéma, est unanimement salué par la critique. Ainsi pouvait-on lire dans Libération : « Le texte étonne par le sérieux de sa problématique, le fondement scientifique de l’analyse »[12]. Ou dans le Bulletin du Centre National de la Cinématographie : « Ce livre remarquablement illustré, parfaitement documenté est un modèle du genre. Très bien écrit, intelligemment présenté, clair, c’est un ouvrage de philosophie du comportement (…) Il n’est pas nécessaire de s’intéresser à ce sujet en particulier pour le lire. Il ouvre trop d’horizons pour rester un texte spécialisé »[13].

Ce qui n'empêchera pas Christian Bonnet, alors Ministre de l'Intérieur, de l'interdire à l'affichage, publicité et vente aux mineurs[14]. Ces interdictions déclenchent une véritable campagne de presse : Libération[15], Le Nouvel Observateur[16], Le Canard enchaîné[17], Le Matin de Paris[18], 'Charlie Mensuel[19], L'Humanité Dimanche[20], entre autres. En 1982, Jack Lang, alors tout nouveau Ministre de la Culture, lève toutes les interdictions[21].

En 1979, il réalise un documentaire sur la plus petite commune de France, Castelmoron-d’Albret. Il y donne la parole et deux caméras vidéo aux habitants pour leur laisser toute liberté d’expression. Le film est censuré par FR3 Bordeaux et sera diffusé dans une version raccourcie sous le titre Une France en miniature[22].

Au début des années 1980, il écrit plusieurs scénarios. Il en réalise quelques-uns, comme La Groupie en 1983, avec Marie Trintignant dans le rôle-titre[23].

En 1982, il obtient le grand prix du Scénario du Festival international du film fantastique d'Avoriaz (fondation Phillip Morris pour le cinéma) pour La Dernière héroïne[24].

Jean Streff fait également partie à la même époque, avec Jean-Pierre Bouyxou et le théoricien du situationnisme Raoul Vaneigem, de l'aventure des éditions du Bébé Noir, puis de La Brigandine[25], deux collections érotico-anarchisantes dirigées par Jean-Claude Hache. Il continue parallèlement à écrire des scénarios pour la télévision, notamment avec Richard Caron, ainsi que des ouvrages traitant du fétichisme et du sadomasochisme.

En 1985, il fait, pour le journal L’Organe fondé par Michel Caen, un reportage exclusif avec la photographe Claude Alexandre sur une clinique SM dans les Pyrénées, clinique surréaliste dirigée par le docteur Cosyns. Celui-ci sera arrêté deux ans plus tard, puis relâché, tous les « patients » étant reconnus consentants et aucune vénalité ne venant se mêler à l’affaire[26].

En 1986, il rencontre Élizabeth Prouvost, alors chef opératrice et aujourd’hui photographe. Il l'épouse en 1990. En 1993, il écrit pour la première réalisation de celle-ci Stella-Plage, un court-métrage avec Dominique Pinon et Catherine Jacob[27].

C’est l’époque où François Marquis, le producteur du film, lui fait rencontrer le metteur en scène bolivien Marcos Malavia. Ensemble, ils écrivent une première version de Los Novios de La Muerte, un road-movie à travers la Bolivie sur les traces d’un groupe nazi.

En 1994, il travaille sur une adaptation entièrement en images de synthèse du livre de Jules Verne Vingt mille lieues sous les mers, avec Richard Bohringer dans le rôle du capitaine Nemo. Les premières séquences sont tournées par le réalisateur Didier Pourcel, mais le film restera inabouti[28].

Après avoir obtenu le prix Sade pour son Traité du fétichisme à l'usage des jeunes générations (2005)[29], il devient membre du jury, puis secrétaire général[30].

En 2005, l’émission Mauvais Genre de France Culture consacre un numéro entier à son œuvre. Émission dans laquelle, François Angelier le présente comme « un des grands désirants des XXe et XXIe siècles français »[31].

En mars 2006, il est invité par le Centre Pompidou à participer au colloque : « Hans Bellmer : Anatomie du désir », lors de la rétrospective consacrée à l'artiste[32].

Dans une interview pour le Figaro Madame, le chanteur et dandy Christophe, à la question « Quel est votre livre de chevet » ? a répondu : « Le Traité du fétichisme à l’usage des jeunes générations de Jean Streff et les Poésies d’Arthur Rimbaud[33] ».

L'œuvre de Jean Streff est particulièrement orientée vers l'étude des pratiques sexuelles paraphiles telles le fétichisme, le sadomasochisme et le BDSM[34].

Dans l'émission de François Angelier Mauvais genres sur France Culture le 17 novembre 2013, « L'amour - fouet ou le monde masochien[35] », Jean Streff interviewé par Céline du Chéné[35].

Prix[modifier | modifier le code]

Œuvres[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Essais[modifier | modifier le code]

  • 1978 : Le Masochisme au cinéma, éd. H. Veyrier.
  • 1984 : Le Sado-masochisme, éd. Garancière.
  • 1986 : Les Aventuriers du fantasme, éd. Artefact.
  • 1990 : Le Masochisme au cinéma, nouvelle édition, H. éd. Veyrier.
  • 1999 : Histoire d'œufs, illustrations de Michèle Auer, éd. Ides & calendes.
  • 2002 : Les Extravagances du désir, témoignages, La Musardine.
  • 2005 : Traité du fétichisme à l'usage des jeunes générations, Éditions Denoël.

Romans[modifier | modifier le code]

  • 1979 : Vincent Plantier, éd. Le Signe.
  • 1980 : La Peau lisse des nurses, sous le pseudonyme de Gilles Derais, éd. du Bébé noir.
  • 1981 : Les Sept merveilles du monstre, sous le pseudonyme de Gilles Derais, éditions de la Brigandine.
  • 1981 : Portrait convulsif, éd. D. Leroy.
  • 1983 : Tout feu, tout femme, sous le pseudonyme de Gilles Derais, éd. Le Scarabée d'or.
  • 2012 : Trilogie Lange, Editions Sous la Cape. Sous le pseudonyme Gilles Derais.

Livres d'art[modifier | modifier le code]

  • 1989 : Les Limbes de l'ange, photos de Gilles Berquet, éd. Rares.
  • 2010 : Fait d'...elles, photos de Stéphane Bouelle, éd. Tentation's.

Ouvrages collectifs[modifier | modifier le code]

Portraits[modifier | modifier le code]

Filmographie[modifier | modifier le code]

Réalisateur[modifier | modifier le code]

  • 1967 : Les Coudes pointus (court métrage)[39]
  • 1972 : L'Acte ou l'autobus de la ligne 14/18 (court métrage)
  • 1978 : Au bonheur des dames (court métrage)
  • 1979 : Une France en miniature (documentaire)
  • 1981 : Tout est à vendre ? (téléfilm)
  • 1983 : La Groupie (téléfilm)

Scénariste[modifier | modifier le code]

  • 1967 : Les Coudes pointus (court métrage)
  • 1972 : L'Acte ou l’autobus de la ligne 14/18 (court métrage)
  • 1978 : Au bonheur des dames (court métrage)
  • 1979 : Une France en miniature (documentaire)
  • 1981 : Tout est à vendre ? (téléfilm)
  • 1983 : La Groupie (téléfilm)
  • 1989 : 3615 Code Liz (épisode de la série américaine The Hichhiker)
  • 1990 : Drôles d'histoires (série télévisée)
  • 1992 : Drôles d'histoires (série télévisée)
  • 1992 : Plagiat et meurtre (téléfilm)
  • 1993 : Stella-Plage (court-métrage)

Parolier[modifier | modifier le code]

  • 1983 : chansons du téléfilm La Groupie (FR3)
  • 2009 : Soleil de minuit, album de Louis Grangié.

Sur Jean Streff[modifier | modifier le code]

  • Roland Jaccard, « Mère abusive et fils ingrat », Le Monde des livres, 1er juin 1979.
  • « Maîtresse sens dessus dessous », entretien avec Jean Streff, dans le DVD de Maîtresse de Barbet Schroeder, 2006.
  • François Angelier, France Culture - Il est interviewé par François Angelier, dans l'émission Mauvais genre[31].
  • L'émission Cinéma en free style lui a consacré un numéro entier sur Radio Libertaire[40].
  • Libération Cahier spécial - Causerie sur le Bondage. Avec Ange-Dominique Bouzet[41].
  • Libération - Cahier spécial par Ondine Millot : « Le fétichisme c'est le triomphe de l'imagination et de l'idéalisme »[42].

Notes[modifier | modifier le code]

  1. « Il fait sa rubrique Revue de Presse et Chez les esthètes. Les textes de ses bandes, rédigés directement en français, langue que le dessinateur maitrise alors imparfaitement, contiennent à l'époque de très nombreuses fautes de grammaire et de syntaxe, que la rédaction trouve amusant de laisser telles quelles et qui deviendront l'une de ses marques de fabrique. Lui-même tient, par une forme de coquetterie, à ne pas faire corriger ses textes »

Références[modifier | modifier le code]

  1. Jean Streff Vincent Plantier, éd. Le Signe
  2. Roland Jaccard, « Mère abusive et fils ingrat », Le Monde des livres, 1er juin 1979
  3. José Bénazéraf Joë Caligula [1]
  4. L’Acte ou l’autobus de la ligne 14/18
  5. Les coudes pointus
  6. Revue IX
  7. Hara-Kiri 1 juin 1969
  8. Véronique Bonnet, Frontières de la francophonie, francophonie sans frontières, Université Paris-Nord. Centre d'études littéraires francophones et comparées, 2002, page 44
  9. Libération : « Chez les Métèques » [1969]
  10. Denis Chollet consacre un livre à Jean Boullet "Jean Boullet le précurseur", éditions Feel, 1999, 224 p
  11. Christophe - Bier MadMovies Juillet 2012
  12. Libération 1978 et Le masochisme au cinéma 4e de couv éd Veyrier
  13. Bulletin du Centre National de la Cinématographie 1978 et Le masochisme au cinéma 4e de couv éd Veyrier
  14. Journal Officiel du 28/11/1978
  15. Libération, 10avril 1979
  16. Le Nouvel Observateur, samedi 14 avril 1979.
  17. Le Canard Enchaîné, le 18 avril 1979
  18. Le Matin de Paris, samedi 14 et dimanche 15 avril 1979
  19. Charlie Mensuel, avril 1979
  20. L'Humanité dimanche, 13 juin 1979
  21. Journal Officiel du 21/03/1982
  22. Sud Ouest 1980
  23. La Groupie -
  24. a et b Le Dauphiné libéré du 21 janvier 1982
  25. Le Préface à la Trilogie Lange, éd. Sous la Cape
  26. VSD 1987
  27. Stella Plage -
  28. Vingt mille lieues sous les mers
  29. (fr) Virgile Iscan, Jean Streff a été interdit de tout, vice.com, consulté le 19 février 2012.
  30. (fr) Composition du jury, prixsade.com, consulté le 19 février 2012
  31. a et b François Angelier, dans l'émission Mauvais genre
  32. Pierre-Olivier Capéran - Interventions
  33. [Figaro Madame] 9 mai [2011] [2]
  34. (fr) Maîtresse Cindy, Entretien avec Jean Streff, maitresse-cindy.com, consulté le 19 février 2012.
  35. a et b François Angelier (journaliste), Laurent Paulré (réalisateur), Jean-Baptiste Thoret, Philippe Rouyer, Céline du Chéné, Christophe Bier, Claire Martin du Gard et Pascale Dassibat, « L'amour - fouet ou le monde masochien : Cécile Guilbert, Alain Robbe-Grillet, Harry Kumel », Mauvais genre, France Culture,‎ 16 novembre 2013 (résumé, lire en ligne [[audio]])
    « Invités : Cécile Guilbert, romancière ; Maîtresse Françoise. »
  36. Cinémania, no 6 - Catherine Deneuve sur le canapé
  37. Cinémania, no 7 - Une histoire pas si simple
  38. Musique magazine, Hors-série no 1
  39. Voir le court métrage en ligne sur YouTube.
  40. Radio Libertaire le 8 décembre 2011
  41. Libération BOUZET Ange-Dominique, cahier spécial [3]
  42. Libération Ondine Millot, Cahier Spécial 13 août 2005 [4]

Lien externe[modifier | modifier le code]