Jean Stablinski

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Jean Stablinski Icône cycliste
Jean Stablinski 1963.jpg
Jean Stablinski en 1963
Informations
Nom Stablinski
Prénom Jean
Date de naissance 21 mai 1932
Date de décès 22 juillet 2007 (à 75 ans)
Pays Drapeau de France France
Équipe pro
1953-1955
1956-1958
1959-1960
1961
1962
1963-1964
1965-1966
1967
1968
Gitane-Hutchinson
Essor-Leroux
Helyett-Leroux
Helyett-Fynsec
Saint-Raphaël-Helyett
Saint-Raphaël-Gitane
Ford France
Bic-Hutchinson
Mercier-BP-Hutchinson
Équipe dirigée
1969-1972
1973
1974
1975
Sonolor-Lejeune
Sonolor
Sonolor-Gitane
Gitane-Campagnolo
Principales victoires
5 championnats

Maillot arc-en-ciel Champion du monde sur route 1962
Maillot tricolore Champion de France sur route 1960, 1962, 1963 et 1964
1 grand tour
Jersey gold.svg Tour d'Espagne 1958
9 étapes dans les grands tours
Tour de France (5 étapes)
Tour d'Espagne (2 étapes)
Tour d'Italie (2 étapes)
2 classiques
Grand Prix de Francfort 1965
Paris-Bruxelles 1963

Jean Stablewski, dit Jean Stablinski (né le 21 mai 1932 à Thun-Saint-Amand, Nord - mort le 22 juillet 2007) est un coureur cycliste français d'origine polonaise, qui fit une brillante carrière de 1952 à 1968, remportant au total 106 victoires professionnelles. Elle fut marquée par quatre titres de champion de France sur route (1960, 1962, 1963, 1964), un titre de champion du monde sur route (1962) ainsi que la première édition de l'Amstel Gold Race en 1966. Il fut un fidèle coéquipier de Jacques Anquetil, dont il fut le fidèle capitaine de route.

Sommaire

[modifier] Biographie

[modifier] Jeunesse et carrière amateur

Le père de Jean Stablewski, Martin Stablewski, a quitté la Pologne et s'est installé en France à l'âge de 25 ans, en 1924. Il travaille à la Zinguerie franco-belge de Thun-Saint-Amand, dans le département du Nord. Ses quatre premiers enfants, nés en Pologne, et sa femme le rejoignent plus tard. Peu après la naissance d'un cinquième enfant, en 1926, l'épouse de Martin Stablewski meurt. Lors d'un séjour dans sa famille en Pologne, il rencontre Pélagia qui devient sa femme et s'installe avec lui en France. Leur enfant Jean Stablewski naît le 21 mai 1932 à Thun-Saint-Amand. Martin Stablewski meurt le 13 juin 1940, écrasé par un camion allemand alors qu'une patrouille contrôle ses papiers. Deux frères de Jean Stablewski sont fait prisonniers et détenus en Allemagne. Un troisième s'engage dans la Résistance puis dans l'armée américaine et participe à la libération de l'Alsace. Il part ensuite en Grande-Bretagne et aux États-Unis. Au sortir de la guerre, Jean est seul à demeurer avec sa mère. En 1946, à 14 ans, il est contraint de quitter l'école pour travailler à la zinguerie, faute de quoi la maison de la famille leur serait reprise[1]. Il est naturalisé français en 1948[2]. En 1949, il trouve pour sa mère un nouveau mari, dont il épouse la fille, Génia, en 1954[3]. Leur fils, Jacques Stablinski, naît en 1956, et devient également cycliste. Il est champion de France amateur en 1975, puis coureur cycliste professionnel pour Fiat et Puch Campagnolo Sem.

Pour compléter ses revenus, vers l'âge de 15 ans, Jean Stablewski joue de l'accordéon dans des bals. À l'Harmonie de Lecelles, il fait la connaissance d'un cycliste nommé Masséra et découvre son sport. Malgré l'opposition de sa mère, il achète un vélo de course. Le 1er mai 1947, il participe à sa première course, à Vicoigne, près de Raismes, et termine à la onzième. Il gagne ensuite trois courses puis sa mère l'interdit de courir. Pour la convaincre de le laisser pratiquer le cyclisme, il rentre un soir tard, ivre et fumant une cigarette. Il est ainsi convenu qu'il arrête de sortir le soir mais peut s'adonner à sa passion[4].

Membre des Écureuils amandinois en 1948, Jean Stablewski y court aux côtés d'Elie Marsy, un des meilleurs coureurs de la région et futur professionnel[5]. Il évolue l'année suivante face à des coureurs plus expérimentés, comme Gabriel Dubois. En 1950, il quitte la zinguerie de Thun-Saint-Amand et travaille pendant trois mois à la mine, à Bellaing. C'est à cette époque qu'il commence à entrevoir la possibilité de faire carrière dans le cyclisme. Membre de la Pédale thunoise, il remporte en mai le Grand Prix Leonide Lekkrieffre. Un journaliste de La Voix des Sports lui prédit alors une « brillante carrière » et le nomme dans son article « Jean Stablinski ». Ce nom restera employé durant sa carrière. Il s'inscrit à l'école du bâtiment d'Hérin pour devenir cimentier-plâtrier. Premier de sa promotion, il est recruté à Valenciennes par les Établissements Fortier[6].

En 1952, Jean Stablinski est approché par le consul de Pologne à Lille afin qu'il participe à la Course de la Paix, épreuve-phare du cyclisme amateur dont les organisateurs souhaitent faire concourir une équipe de cycliste du nord de la France d'origine polonaise. Il accepte et se rend au départ de la course à Varsovie avec quatre autres coureurs régionaux. Il gagne la troisième étape à Katowice avec une minute d'avance sur le peloton, après avoir été échappé seul durant les trente derniers kilomètres. Il devient le premier Français à revêtir le maillot de leader de cette course. Il le perd lors de la septième étape. À Plzeň, en République tchèque, il remporte la dixième étape. Le lendemain, il perd ses chances de s'imposer au classement général : une roue de son vélo se casse et, ne comptant plus qu'un équipier à ses côtés, derrière lequel se trouve son directeur sportif, il perd du temps. Il termine à la troisième place de cette Course de la Paix, derrière Ian Steel et Jan Veselý. Il dira quinze ans plus tard de cette course qu'elle est son « meilleur souvenir cycliste »[7]. En juillet, il dispute le Tour de Belgique indépendants[8]. Considéré comme un des favoris, il finit à la troisième place et remporte le Grand Prix de la montagne et deux étapes. Ses résultats en Belgique et lors de la Course de la Paix permettent à Jean Stablinski d'être repéré par Raymond Louviot, dirigeant de l'équipe Gitane-Hutchinson, qui lui fait signer un contrat au mois d'août[9].

[modifier] Carrière professionnelle

[modifier] Premières années

Jean Stablinski devient cycliste professionnel en septembre 1952. En octobre, lors de sa première course importante, Paris-Tours, il est échappé seul pendant une vingtaine de kilomètres et termine à la treizième place, dans le groupe de tête. Il commence son service militaire au 452e Groupe d'artillerie antiaérienne à Verdun. En 1953, il prend une licence d'indépendant[8] aux Écureuils amandinois, ce qui lui permet de participer à des courses pour amateurs ou professionnels lors de ses permissions. Il devient ainsi champion de la sixième région militaire. En juin, il prend part au Critérium du Dauphiné libéré, qu'il quitte lors de l'antépénultième étape, afin d'aller disputer le championnat de France militaires à Montpellier. Il le remporte avec plus de six minutes d'avance, ayant effectué seul les 90 derniers kilomètres. Il revêt son premier maillot tricolore de champion de France. Grâce à cette victoire, il lui devient plus facile de se libérer pour s'entraîner et disputer des courses. Ainsi au début du mois d'août, il est vainqueur d'étape et troisième au classement général du Tour de la Manche, course par étapes de niveau régional remportée par Jacques Anquetil. C'est la première rencontre de Stablinski avec ce coureur, encore peu connu et dont il deviendra un équipier fidèle et un ami. Il dispute ensuite le Tour de l'Ouest, où il gagne encore une étape. En septembre, il est septième de Bordeaux-Paris, course majeure dont la longueur est réputée favoriser les coureurs expérimentés[10].

De Tour de France 1954.ogv
Film d'actualités néerlandais sur la première étape du Tour de France 1954, entre Amsterdam et Brasschaat.

Jean Stablinski termine son service militaire en avril 1954 et peu dès lors réintégrer l'équipe Gitane. Comme nombre d'autres coureurs, il espère pouvoir participer au Tour de France. Celui-ci est alors disputé par équipes nationales et régionales et les coureurs y sont sélectionnés par les organisateurs de la course. Stablinski participe en juin au Critérium du Dauphiné libéré, au Tour du Nord, puis remporte Paris-Bourges, « sa première victoire d'envergure ». Il obtient grâce à elle sa sélection dans l'équipe Nord-Est-Centre du Tour de France, aux côtés notamment de Gilbert Bauvin, Roger Hassenforder, et Gilbert Scodeller, son ami. Durant ce Tour, le premier à prendre son départ à l'étranger, à Amsterdam, il se classe deux fois troisième d'étapes, à Bayonne et Toulouse. Il abandonne lors de l'avant-dernière étape à cause de douleurs au ventre. En septembre, il est douzième du Grand Prix des Nations qu'Anquetil gagne pour la deuxième fois[11].

En début d'année 1955, Stablinski s'aligne sur les courses disputées sur la côte méditerranéenne et destinées à préparer la saison. Il est quatrième du Grand Prix de l'Écho d'Alger et huitième du Grand Prix de l'Écho d'Oran. Au printemps, il participe à la Flèche Wallonne (17e), à Liège-Bastogne-Liège (20e), au Tour de Picardie (6e). Il commence à pouvoir espérer une place dans l'équipe de France du Tour. Sa septième place au Tour du Sud-Est en mai n'est pas encore suffisante pour que Marcel Bidot, sélectionneur, lui accorde une des deux dernières places qu'il lui reste à attribuer. Ce dernier est convaincu par la victoire de Stablinski lors de Paris-Valenciennes, sur ses routes d'entraînement. Le directeur technique de l'équipe du Nord-Est-Centre Sauveur Ducazeaux souhaite également l'avoir avec lui, et c'est finalement dans cette équipe que Stablinski dispute son deuxième Tour de France, toujours avec Bauvin, Scodeller, Hassenforder, ainsi que Roger Walkowiak. Il se classe quatrième d'étape à Thonon-les-Bains et septième à Poitiers, et termine ce Tour à la 35e place. Dans la foulée de cette course, il participe à des critériums et en remporte plusieurs. Ce choix lui est reproché plus tard par Raymond Louviot après une douzième place décevante au Grand Prix des Nations, à nouveau dominé par Anquetil. Il termine cette saison avec une 18e place lors de Paris-Tours[12].

Stablinski change d'équipe en 1956 et rejoint Essor-Leroux-Hutchinson, dont est également membre Jean Robic, ancien vainqueur du Tour de France. Après une victoire au Critérium d'Alger et une dixième place au Critérium national, il est confiant lorsqu'il aborde Paris-Roubaix au début du mois d'avril. Il en prend cependant la 52e place. Visant à nouveau une participation au Tour de France, il remporte en mai le Tour du Sud-Est, en y gagnant deux étapes dont un contre-la-montre. Une semaine plus tard, il est sixième de Bordeaux-Paris. Alors qu'il apprend sa sélection en équipe de France pour le Tour, il est de nouveau appelé à servir l'armée française et part pour le Maroc. Il y reste jusqu'en novembre, se voyant accorder une permission en août pour la naissance de son fils Jacques[13].

[modifier] Première année aux côtés de Jacques Anquetil

Le début d'année 1957 est décevant pour Jean Stablinski quant à ses résultats personnels. Il obtient sa première place sur un podium en mai, aux Quatre jours de Dunkerque, où il est troisième. Son travail de coéquipier et sa victoire d'étape au Tour du Sud-Est lui permettent d'être sélectionné en équipe nationale pour le Tour de France. Il gagne ensuite le Tour de l'Oise en juin. Au Tour de France, le leader de l'équipe de France est Jacques Anquetil, dont c'est la première participation. L'équipe assure la victoire d'Anquetil et écrase la course en gagnant en outre le classement par points par Jean Forestier, le classement par équipes, et 13 des 22 étapes. « Équipier modèle » qui « organise la course » de l'équipe, Jean Stablinski gagne la douzième étape. Il est échappé avec Henri Anglade, qu'il lâche au mont Faron, et arrive à Marseille avec douze minutes d'avance sur le second. Il termine ce Tour à la 43e place du classement général. Ses performances lui offrent de nombreuses invitations pour des critériums d'après-Tour. Il en gagne sept. Malgré sa forme du moment, il ne se voit attribuer qu'une place de remplaçant en équipe de France pour le championnat du monde sur route à Waregem, en Belgique, au grand dam d'Anquetil et de Marcel Bidot pour lesquels Stablinski aurait été précieux tant dans un rôle de coéquipier que pour éventuellement disputer la victoire. Ce championnat est remporté par le Belge Rik Van Steenbergen devant les Français Louison Bobet et André Darrigade[14].

[modifier] 1958 : victoire au Tour d'Espagne

Gếné par des douleurs consécutives à une chute, Stablinski connaît un début d'année 1958 difficile. Il obtient néanmoins la dixième place de Milan-San Remo. Le déroulement de Paris-Roubaix, lors duquel il aide Jacques Anquetil avant d'abandonner et de voir ce dernier échouer à cause d'une crevaison, est pour lui une grande déception. Malgré cette entame de saison, grâce au forfait de Jean Forestier il fait partie de l'équipe de France qui part disputer le Tour d'Espagne fin avril, sous la direction de Georges Speicher. Lors de la quatrième étape, il arrive à Barcelone dans un groupe d'échappés, ce qui lui permet de prendre la première place du classement général. Le lendemain, il remporte avec ses coéquipiers le contre-la-montre par équipes. Il cède cependant le maillot jaune le lendemain au Belge Daan De Groot. Un autre Belge, Rik Van Looy, vainqueur de cinq étapes de cette Vuelta, occupe ensuite la première place. « Harcelé par les Espagnols », il abandonne lors de la douzième étape, ce qui permet à Stablinski, vainqueur entretemps d'une étape, de reprendre le maillot jaune. Stablinski bénéficie de la mésentente qui règne au sein de l'équipe d'Espagne, divisée par la rivalité entre Jesús Loroño et Federico Bahamontes, au point que Luis Puig renonce à diriger ses coureurs. Seule une chute causée par un chien lors de la dernière étape met temporairement en péril la victoire de Stablinski. L'équipe de France lui permet de revenir dans le peloton et de remporter cette Vuelta, avec près de trois minutes d'avance sur l'Italien Pasquale Fornara et trois minutes sur Jesús Manzaneque. Malgré ce succès important, il ne peut disputer le championnat de France, car la participation est conditionné par l'obtention de points lors de courses françaises. En juillet, il prend part au Tour de France dans une équipe de France qui échoue cette fois. Son meilleur coureur est Louison Bobet, septième au classement général, tandis que Raphaël Géminiani, dont Jacques Anquetil n'a pas voulu, est troisième. Anquetil abandonne en fin de Tour, alors que la victoire est déjà acquise au Luxembourgeois Charly Gaul. Les cinq victoires d'étapes de Darrigade sont la seule satisfaction des Français. Stablinski est pour sa part mécontent d'avoir vu ses coéquipiers participer à la poursuite d'un groupe d'échappés dans lequel il figurait. À nouveau absent de la sélection française pour le championnat du monde, il se fracture une clavicule lors d'un critérium en Espagne. Il reprend la compétition en septembre et participe en novembre avec Gilbert Scodeller aux derniers Six jours de Paris disputés au Vélodrome d'hiver. Ils se classent treizièmes[15].

[modifier] 1959-1960 : premier titre de champion de France après une année difficile

Le premier résultat satisfaisant de Jean Stablinski en 1959 intervient lors du Critérium National, dont il prend la neuvième place. Il est ensuite troisième de la première édition du Grand Prix de Denain. Ambitieux lors de Paris-Roubaix, il termine à la 38e place. Le mois suivant, il endosse le rôle de coéquipier d'Anquetil. Il l'aide à gagner les Quatre jours de Dunkerque, puis l'accompagne au Tour d'Italie. Anquetil termine deuxième, à plus de six minutes de Charly Gaul qui domine la course et enlève son deuxième Giro. Au Tour de France, l'équipe de France est cette fois désunie par la rivalité entre Roger Rivière et Anquetil. Deuxième de la huitième étape à Bordeaux, Stablinski est éliminé à l'issue de la treizième étape, car il arrive dans un groupe hors délais après avoir donné sa roue à Géminiani pour le dépanner. Anquetil finit troisième et Rivière quatrième de ce Tour remporté par Bahamontes. Dans la foulée du Tour, Stablinski gagne quatre critériums, est absent du championnat du monde et se classe quatrième du Grand Prix d'Orchies. À l'issue de cette année qu'il a trouvé difficile, Stablinski songe à quitter le cyclisme et à ouvrir un café avec Élie Marsy, mais décide de poursuivre sa carrière[16].

Il aborde l'année 1960 avec l'intention de courir plus souvent pour lui-même et d'étoffer son palmarès. Quatrième du Tour de Sardaigne et seizième de Paris-Nice, il remporte Nice-Gênes à la fin du mois de mars, avec l'aide de son coéquipier irlandais Seamus Elliott, deuxième de la course. Toujours ambitieux lors de Paris-Roubaix, il doit abandonner après deux chutes. En mai, les Quatre jours de Dunkerque présente une étape contre-la-montre plus courte que les années précédentes, ce qui sied mieux aux caractéristiques de Jean Stablinski. Il gagne la première étape et termine à la deuxième place, derrière Joseph Planckaert, « bien entouré de sa garde Flandria »[17]. Il se rend ensuite en Italie où il aide Jacques Anquetil à être le premier Français lauréat du Giro, en devançant Gastone Nencini et Charly Gaul. Stablinski s'adjuge la treizième étape à Milan. Il y profite de la présence dans le même groupe d'échappés que lui d'André Darrigade : il attaque seul à trois kilomètres de l'arrivée et personne ne se lance à sa poursuite, craignant de favoriser Darrigade. En juin, il prend part à Reims au championnat de France sur route, dont son coéquipier Jean Graczyk est considéré comme le favori. Figurant dans le groupe de têtes, Stablinski s'échappe à l'entame du dernier tour de circuit, soit à une vingtaine de kilomètres de l'arrivée, et n'est pas repris. Il obtient son premier titre de champion de France devant Louis Rostollan et André Darrigade. Après ce succès, sa place en équipe de France est acquise. Il doit cependant renoncer au Tour de France : il souffre d'une induration, apparue deux ans plus tôt et non-soignée, et qui dont la guérison nécessite désormais un arrêt de plusieurs semaines. Il reprend la compétition à la fin du mois de juillet en disputant quelques critériums puis le championnat du monde sur route, sur le Sachsenring, en Saxe. Il en prend la quatorzième place, tandis que Darrigade est deuxième de la course dominée par Rik Van Looy. Il gagne ensuite le Grand Prix d'Orchies, organisé par le patron de son équipe, Robert Leroux, en y devançant trois de ses coéquipiers. En fin de saison, il envisage de participer à Paris-Brest-Paris, course disputée tous les dix ans depuis 1891. Elle n'a cependant pas lieu et ne sera plus organisée. Stablinski clôt sa saison avec une blessure à l'épaule contractée lors de la seule édition des Six jours de Lille, organisés sans succès par Jean Leulliot[18].

[modifier] 1961 : deuxième Tour de France de Jacques Anquetil

En début d'année 1961, Jean Stablinski participe au Tour de Sardaigne, puis est aux côtés de Jacques Anquetil lors de sa victoire sur Paris-Nice. Son premier objectif de l'année, le Critérium National, est également gagné par Anquetil. En avril, il est 21e de Paris-Roubaix. Il remporte ensuite les Boucles roquevairoises, une étape du Tour du Var et des Quatre jours de Dunkerque puis part à Turin disputer le Giro, dont Anquetil est considéré comme le favori. Ce dernier termine cependant à la deuxième place, devancé de près de quatre minutes par l'Italien Arnaldo Pambianco. Vainqueur d'un contre-la-montre à Bari et porteur du maillot rose pendant quatre jours, il perd ce Tour d'Italie lors de l'avant-dernière étape, à Bormio, après le passage du col du Stelvio. Jean Stablinski termine à la 82e place[19] et passe près d'emporter la huitième étape à Tarente, où il est battu par le Néerlandais Piet Van Est[20]. Au championnat de France, sur le circuit de Rouen-les-Essarts, Stablinski est en tête de la course avec Claude Colette lorsqu'ils chutent à une quarantaine de kilomètres de l'arrivée. Tandis que Colette abandonne, Stablinski est rattrapé par un groupe de coureurs. Lorsque Raymond Poulidor attaque, seul Stablinski parvient à le suivre. Il perd cependant son titre de champion de France au profit de Poulidor, qui a commencé sa carrière professionnelle l'année précédente.

En juillet, Jean Stablinski participe au Tour de France avec l'équipe de France. Celle-ci écrase la compétition. Anquetil gagne son deuxième Tour en prenant le maillot jaune lors de la deuxième portion de la première étape, pour le garder jusqu'à la fin de l'épreuve. Il gagne deux étapes contre-la-montre, et le reste de l'équipe sept, dont quatre par André Darrigade, vainqueur du classement par points. L'équipe gagne également le challenge des équipes. Stablinski, élu « coureur le plus loyal du Tour », s'impose lors de la septième étape à Chalon-sur-Saône et termine 42e.

Au championnat du monde à Berne, il figure dans le groupe d'échappés mais ne peut empêcher une nouvelle victoire du Belge Rik Van Looy[21].

[modifier] Champion du monde sur route 1962

Raphaël Géminiani, coureur jusqu'en 1960, crée en 1962 une nouvelle équipe cycliste qu'il dirige, Saint-Raphaël-Helyett-Hutchinson. Elle reprend une partie des coureurs de l'équipe Saint-Raphaël-Géminiani et de l'équipe Helyett, dont Stablinski, Anquetil, Graczyk, Elliott, Rostollan, et engage les frères Willi et Rudi Altig. Après un début de saison difficile, marqué par un Paris-Nice qu'aucun de ses coureurs ne termine, l'équipe part à la fin du mois d'avril disputer le Tour d'Espagne. Cette course est un succès. Seamus Elliott et Rudi Altig portent alternativement le maillot amarillo à partir de la deuxième étape, et ce dernier s'impose au classement général. L'équipe gagne 13 des 17 étapes ainsi que le classement par équipes. Anquetil n'est cependant pas satisfait d'être éclipsé par Altig et abandonne avant le départ de la dernière étape. Jean Stablinski, vainqueur d'étape à Valladolid, termine sixième du classement général. Le championnat de France disputé à Revel permet à Stablinski de retrouver le maillot tricolore perdu un an plus tôt. Revenant à mi-cours sur un groupe d'échappés en compagnie de Joseph Groussard et Stéphane Lach, il se retrouve seul en tête dans le dernier tour de circuit en contrant une attaque d'Anatole Novak et gagne le championnat.

Le Tour de France 1962 est le premier depuis 1929 à être disputé par équipes de marques, et non par équipes nationales et régionales. L'ambiance au sein de l'équipe Saint-Raphaël-Helyett-Hutchinson se détériore rapidement : alors qu'Anquetil, tenant du titre, est leader de l'équipe, Rudi Altig d'adjuge la première étape à Spa en Belgique et prend le maillot jaune, qu'il perd le lendemain. Il s'impose à nouveau à Amiens et porte à nouveau le maillot jaune pendant trois jours. Anquetil réaffirme son statut de leader en s'adjugent la huitième étape, un contre-la-montre, à La Rochelle. Il prend le maillot jaune à deux jours de l'arrivée, à l'occasion d'un contre-la-montre à Lyon. Il y devance Ercole Baldini de trois minutes et Poulidor de cinq minutes. Vainqueur final devant Joseph Planckaert et Poulidor, Anquetil est le troisième coureur à remporter le Tour de France une troisième fois, après Philippe Thys et Louison Bobet. Stablinsk, trentième et toujours précieux équipier d'Anquetil, gagne une étape au vélodrome de Carcassonne. Saint-Raphaël-Helyett est première au classement par équipes et Rudi Altig au classement par points.

Afin de préparer le championnat du monde, Stablinski prend part au Circuit des Trois villes sœurs, en Belgique, qu'il remporte. Il est dès lors considéré comme l'un des favoris du championnat, disputé à Salo en Italie, le 2 septembre. À 85 kilomètres de l'arrivée, il figure dans le groupe de tête, avec son camarade d'entraînement et ami Seamus Elliott, Groussard, Hoevenaers, Wolfshohl. À 23 kilomètres de la fin, Stablinski s'échappe seul. Malgré une crevaison, il gagne la course. Elliott se classe deuxième.

Après ce succès, Stablinski est très demandé par les organisateurs de critériums. Il dispute également Paris-Tours, où il est 21e, et le Trophée Baracchi, contre-la-montre en duo, où il est huitième avec Seamus Elliott. Il est présent aux Six jours de Bruxelles, en équipe avec Reginald Arnold. En fin d'année, il séjourne en Nouvelle-Calédonie, en compagnie notamment d'Anquetil et Graczyk, et y dispute huit courses locales[22].

[modifier] 1963

En début d'année 1963, la Fédération française de cyclisme sollicite Jean Stablinski afin qu'il prenne part au championnat du monde de cyclo-cross. Cette participation ne fait toutefois pas l'unanimité : le sélectionneur national Robert Oubron notamment n'apprécie pas de devoir écarter un spécialiste du cyclo-cross au profit de Stablinski. Ce dernier décline finalement la proposition de la fédération. Il aide Anquetil à remporter Paris-Nice. Lors de Paris-Roubaix, il perd toute chance de succès à cause d'une chute dans le Caouin. Fin avril, il prend le départ de Paris-Bruxelles sans ambition, prévoyant même d'abandonner près de chez lui. Il fait cependant partie d'un groupe de coureurs qui s'échappent dès les premiers kilomètres. Au fil de la course, le nombre de coureurs autour de lui se réduit. Seul Tom Simpson reste avec lui en tête de la course après la côte de Marouset à 35 kilomètres de l'arrivée. Simpson attaque à quelques kilomètres de l'arrivée. Stablinski, qui d'abord « temporise », revient et le lâche dans la dernière côte. Il obtient sa première victoire avec le maillot de champion du monde, ainsi que la première grande classique internationale de son palmarès.

Il se rend immédiatement après ce succès au Tour d'Espagne, où il reprend son rôle d'équipier d'Anquetil. Celui-ci occupe la première place du classement général dès le premier jour de course en gagnant un contre-la-montre. Stablinski gagne une étape à Lérida, en empêchant José Martín Colmenarejo, deuxième du classement général, d'empocher la minute de bonification attribuée au vainqueur. Il se classe neuvième de cette Vuelta, que remporte Anquetil. Celui-ci devient le premier coureur à remporter les trois grands tours nationaux (Tours de France, d'Italie et d'Espagne). Stablinski gagne ensuite le Tour de Haute-Loire, en battant son compagnon d'échappée au sprint, puis une étape du Critérium du Dauphiné libéré, en battant au sprint Federico Bahamontes après avoir fait montre de qualités de grimpeur inattendues pour suivre ce dernier en montagne. Au championnat de France, au circuit des Essarts-Rouen, Anquetil souhaite lui disputer le titre. Un autre coureur de l'équipe Saint-Raphael, Louis Rostollan, est longtemps seul en tête. Il est rattrapé, puis lâché à 18 km de l'arrivée par Stablinski. Poursuivi par Anquetil et Ignolin, Stablinski obtient son troisième titre de champion de France.

Afin de pallier l'éventuelle absence d'Anquetil, il est un temps envisagé de donner à Stablinski un rôle de leader au Tour de France. Anquetil décide finalement de participer, et c'est dans le rôle d'équipier que Stablinski s'y aligne. Il se classe deuxième de la troisième étape à Roubaix, où Seamus Elliott s'impose et prend le maillot jaune. Il quitte ce Tour lors de la seizième étape. Anquetil devient le premier coureur à gagner quatre Tours de France.

Après une deuxième place au Bol d'or des Monédières, Stablinski part défendre son titre de champion du monde à Renaix, en Belgique. Alors que Rik Van Looy tance une équipe de France forte mais pas soudée autour d'un leader, il est lui-même battu par un des siens, Benoni Beheyt. Jean Stablinski est neuvième en ayant lancé le sprint de Darrigade, quatrième.

Le 27 octobre, il chute lors d'un cyclo-cross à Fontenay-sous-Bois. Il souffre de multiples fractures, et passe l'hiver à se rétablir[23].

[modifier] Carrière de directeur sportif

Au terme de sa carrière professionnelle, il devint pour 6 ans, directeur de l'équipe française Sonolor Lejeune. Lucien Van Impe et Bernard Hinault firent partie de ses découvertes.

[modifier] Caractéristiques

Jean Stablinski sur le Paris-Tours 1997

Dans les pelotons, il était surnommé « le sorcier » ou « le renard » à cause de sa science de la course. À deux reprises, il a été suspendu pour non-respect des règles anti-dopage : un mois pour un constat de carence aux championnats du monde de 1966 (il ne s'est pas présenté au bon endroit)[24] et contrôle positif aux amphétamines lors du Tour de France 1968[25],[26]). En 1962, il reconnaissait d'ailleurs avoir eu recours au dopage lors du Grand Prix des Nations 1954 qu'il termina 12e[27].

Le 7 avril 2008, une stèle fut inaugurée sur la trouée de Wallers-Arenberg afin de lui rendre hommage. Ce fut Jean Stablinski qui proposa aux organisateurs de la course Paris-Roubaix le secteur pavé de la trouée d’Arenberg. Cette stèle fut réalisée en pierre de Soignies et élaborée par le sculpteur Michel Karpovitch.

[modifier] Palmarès

[modifier] Résultats sur les grands tours

[modifier] Tour de France

Jean Stablinski a participé à douze Tours de France de 1954 à 1968 : deux fois avec l'équipe régionale Nord-Est-Centre, six fois avec l'équipe de France, trois fois avec l'équipe Saint-Raphaël et une fois avec Ford France. Il a obtenu sa meilleure place au classement général en 1962 (30e) et a remporté cinq étapes. Il a été sept fois coéquipier du vainqueur du Tour : lors des cinq victoires de Jacques Anquetil, en 1957 et de 1961 à 1964, et lors des victoires de Lucien Aimar en 1966 et de Roger Pingeon en 1967.

[modifier] Tour d'Italie

  • 1959 : 72e
  • 1960 : 59e, vainqueur de la 13e étape
  • 1966 : 41e
  • 1967 : abandon, vainqueur de la 8e étape

[modifier] Tour d'Espagne

  • 1958 : Jersey yellow.svg Vainqueur, vainqueur de la 8e étape
  • 1962 : 6e, vainqueur de la 11e étape
  • 1963 : 9e, vainqueur de la 10e étape

[modifier] Anecdote

Son titre de champion du monde 1962 lui vaut une Médaille de l'Académie des sports en 1962.

C'est le dixième cycliste du Tour de France à remporter des étapes sur une période d'au moins 10 ans. Il succède ainsi à Jean Alavoine, Henri Pélissier, Philippe Thys, Louis Mottiat, André Leducq, Antonin Magne, René Vietto, Gino Bartali et André Darrigade. Raymond Poulidor, Felice Gimondi, Gerben Karstens, Ferdinand Bracke, Joaquim Agostinho, Lucien Van Impe, Lance Armstrong, Richard Virenque et Cédric Vasseur sont les autres cyclistes qui ont réédité cette performance.

Au cours de sa retraite, dans le Nord, il n'avait cessé de dénicher de nouveaux secteurs pavés pour permettre à Paris-Roubaix de survivre à l'urbanisation.

Il avait notamment trouvé la fameuse tranchée de Wallers-Arenberg, le plus célèbre des secteurs pavés. Dès 14 ans, il avait travaillé comme mineur dans le centre minier jouxtant cette voie.

[modifier] Notes et références

  1. Stablinski et Sergent 2010, p. 21-24
  2. Palmarès de Jean Stablinski sur memoire-du-cyclisme.net. Consulté le 9 février 2012
  3. Stablinski et Sergent 2010, p. 26-27
  4. Stablinski et Sergent 2010, p. 24
  5. Elie Marsy sur memoire-du-cyclisme.net. Consulté le 9 février 2012
  6. Stablinski et Sergent 2010, p. 25-28
  7. Stablinski et Sergent 2010, p. 29-31
  8. a et b La catégorie « indépendants » est en Belgique et en France une catégorie intermédiaire entre les amateurs et les professionnels.
  9. Stablinski et Sergent 2010, p. 32-34
  10. Stablinski et Sergent 2010, p. 34-38
  11. Stablinski et Sergent 2010, p. 39-42
  12. Stablinski et Sergent 2010, p. 45-47
  13. Stablinski et Sergent 2010, p. 49-52
  14. Stablinski et Sergent 2010, p. 53-58
  15. Stablinski et Sergent 2010, p. 59-64
  16. Stablinski et Sergent 2010, p. 65-67
  17. Stablinski et Sergent 2010, p. 70
  18. Stablinski et Sergent 2010, p. 69-76
  19. (it) 44a edizione Giro d'Italia (1961) sur museociclismo.it. Consulté le 20 février 2012
  20. (it) Tappa n.8 - 44a edizione Giro d'Italia sur museociclismo.it. Consulté le 20 février 2012
  21. Stablinski et Sergent 2010, p. 77-80
  22. Stablinski et Sergent 2010, p. 81-95
  23. Stablinski et Sergent 2010, p. 97-109
  24. L'Équipe 02/09/1966
  25. L'Équipe 15/7/1968
  26. Dominique Turgis, « Tour 1968, le premier « Tour du Renouveau » » sur cyclismag.com, 5 juillet 2008. Consulté le 27 septembre 2010
  27. Les coulisses de l'exploit - ORTF - 21/02/1962

[modifier] Bibliographie

  • (de) Walter Rottiers, Die großen Radsportstars, 1991 (ISBN 3767903431) 
  • Jean-Yves Herbeuval et René Deruyk, Les secrets du sorcier Jean Stablinski, La Voix du Nord, 2000 (ISBN 2908260530) 
  • Cathy Stablinski et Pascal Sergent, Jean Stablinski : Une vie extraodinaire, Alan Sutton, 2010, 188 p. (ISBN 9782813801555) 

[modifier] Liens externes

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