Jean Rey (chimiste)

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Jean Rey né en 1583 au Bugue en Dordogne


Biographie et Œuvre[modifier | modifier le code]

Jean Rey (1583-1645)[1], chimiste et médecin français né au Bugue (Dordogne) en 1583, mort en 1645 en cette même ville. Il obtint le titre de docteur en médecine à l’université de Montpellier en 1609, et se retira au Bugue, où il exerça son art de médecin avec grand succès, tout en poursuivant ses recherches de physique et de chimie dans les forges de son frère, sieur de la Perroutasse, au lieu-dit « Rocheheaucourt ». C’est dans ces forges qu’il fit ses expériences sur la calcination des métaux qu’il publia dans un ouvrage intitulé : « Essays sur la recherche de la cause pour laquelle l’estain et le plomb augmentent de poids quand on les calcine », Bazas, G. Millanges, 1630. Reproduction en fac-similé, London, E. Arnold, 1951. Il entretint une correspondance scientifique avec le père Mersenne et plusieurs autres savants. Il est aussi l’auteur d’autres découvertes, dont la principale est le thermoscope, ancêtre du thermomètre ; il en prescrivit l’usage en médecine. On peut toujours voir sa maison au Bugue, rue du couvent.

Plus de cent quarante ans avant Antoine Lavoisier, Jean Rey avait reconnu que, dans le phénomène de la calcination du plomb ou de l’étain, une partie de l’air s’unit au métal pour donner une chaux, ou oxyde métallique, avec augmentation de la masse initiale. Mais ses travaux sont tombés dans l’oubli, éclipsés sans doute par la théorie du phlogistique de Stahl, et Lavoisier lui-même, lorsqu’il exposa sa théorie sur la combustion et sur la calcination des métaux dans un mémoire célèbre, présenté à l’Académie des sciences le 12 novembre 1774[2], ne fit aucune mention des travaux de Jean Rey. Lavoisier les ignorait-il ? Cela reste possible, car le livre de Jean Rey n’eut qu’une diffusion très restreinte et était pratiquement tombé dans l’oubli. Cependant, quelque temps après la présentation du mémoire de Lavoisier à l’Académie des sciences, Pierre Bayen (1725-1798) adressait une lettre à l’abbé Rozier, directeur du journal « Observations sur la Physique, sur l’Histoire Naturelle et sur les Arts », pour lui demander de publier dans son journal une notice de mise au point, rappelant l’antériorité des travaux de Jean Rey. Cette notice parut dans le fascicule de janvier 1775[3]. « Je n’ai, Monsieur, connu le livre de Jean Rey qu’après avoir publié par la voie de votre Journal, la seconde partie de mes expériences sur les chaux mercurielles. Je ne pouvais donc en parler dans l’énumération très succincte que je fis alors des différentes opinions sur la cause de l’augmentation de pesanteur des chaux métalliques. Ma faute, quelque involontaire qu’elle ait été, doit être réparée et, pour le faire, je me hâte de rendre justice à un Auteur qui, par la profondeur de ses spéculations, est parvenu à désigner la véritable cause de cette augmentation. Voudriez-vous, Monsieur, concourir avec moi à faire connaître l’excellent ouvrage de Jean Rey ? Votre Journal se lit dans toute la France, il est répandu dans les pays étrangers. Si vous vous vouliez y insérer la notice ci-jointe, les chimistes de tous les pays sauraient en peu de temps que c’est un Français qui, par la force de son génie et de ses réflexions, a deviné le premier la cause de l’augmentation de poids qu’éprouvent certains métaux lorsqu’en les exposant à l’action du feu, ils se convertissent en chaux, et que cette cause est précisément la même que celle dont la vérité vient d’être démontrée par les expériences que M. Lavoisier a lues à la dernière séance publique de l’Académie des Sciences. » Suite à cette mise au point qui alerta les milieux scientifiques, Nicolas Gobet entreprit de faire rééditer le livre de Jean Rey chez Ruault, à Paris, en 1777[4]. Lavoisier, lors de la révision de son mémoire pour la publication annuelle du volume de 1774 de l’Académie royale des sciences, et qui ne parut qu’en 1778, ne fit aucune mise au point, ni sur Jean Rey, ni sur l’article de Pierre Bayen. Ce ne fut que dans la publication posthume de ses Mémoires, par son épouse en 1805, que Lavoisier fit référence à l’œuvre de Jean Rey[5],[6] «  Un des Auteurs qui ont le plus anciennement écrit sur cet objet est un médecin presque ignoré, nommé Jean Rey, qui vivait au commencement du XVIIe siècle à Bugue en Périgord, et qui était en correspondance avec le petit nombre des personnes qui cultivaient les sciences à cette époque. Descartes ni Pascal n’avaient point encore paru ; on ne connaissait ni le vide de Boyle ni celui de Torricelli, ni la cause de l’ascension des liqueurs dans les tubes vides d’air. La physique expérimentale n’existait pas ; l’obscurité la plus profonde régnait dans la chimie. » Cependant, Jean Rey, dans un ouvrage publié en 1630 sur la recherche de la cause pour laquelle le plomb et l’étain augmentent de poids quand on les oxyde, développa des vues si profondes, si analogues à la doctrine de la saturation et des affinités, que je n’ai pu me défendre de soupçonner longtemps que les Essais de Jean Rey avaient été composés à une date très postérieure à celle que porte le frontispice de l’ouvrage. »

Selon une note figurant sur un volume conservé au British Museum, Lavoisier aurait fait racheter tous les exemplaires en circulation.

Liens externes[modifier | modifier le code]

[1]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Voulgre R., Jean Rey, Médecin Périgourdin (1583-1645) : Thèse de doctorat en médecine, Bordeaux, 1923.
  2. Lavoisier A-L de., Mémoire sur la calcination de l'étain dans les vaisseaux fermés et sur la cause de l'augmentation de poids qu'acquiert ce métal pendant cette opération, Mémoires de de l'Académie Royale des Sciences, 1774, 351.
  3. Bayen P., Observation sur la Physique, sur l'Histoire naturelle et sur les Arts, 1775, 5, 47.
  4. Rey J., Essays de Jean Rey, sur la recherche de la cause pour laquelle l'estain et le plomb augmentent de poids quand on les calcine. Nouvelle édition revue sur l'exemplaire original et augmentée sur les manuscrits de la Bibliothèque du Roi et des Minimes, avec des notes par M. Gobet. Paris, Ruault, 1777.
  5. Lavoisier A-L de., Mémoire de Chimie, Vol II, 79-80, Paris, 1805.
  6. Lavoisier A-L de., Œuvres de Lavoisier : Mémoires de chimie et de physique, Vol II, 99-100, Paris, J-B Dumas, E. Grimaux et F-A Fouqué, 1862.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • O. Lafont, D'Aristote à Lavoisier : les étapes de la naissance d'une science, Ellipses, 1994.