Jean Prouvé

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Jean Prouvé

Description de cette image, également commentée ci-après

Station service par Jean Prouvé au Vitra Museum.

Naissance
Paris, Île-de-France
Décès (à 82 ans)
Nancy, Meurthe-et-Moselle
Nationalité Drapeau de la France France
Activités ferronnier, entrepreneur (bâtiment, construction métallique Al), architecte (concepteur de bâtiment sans le diplôme), designer
Formation Autodidacte
Apprentissage chez Émile Robert à Enghien, puis chez Szabo
Élèves Claude Prouvé (fils)
Influencé par Victor Prouvé (père)

Jean Prouvé, né le à Paris (14e arrondissement)[1] et mort le à Nancy , est un architecte et designer français.

Un artisan du métal[modifier | modifier le code]

Jean Prouvé est le fils du peintre et sculpteur Victor Prouvé. En 1916, il est contraint d'abandonner ses études à la suite de difficultés financières de la famille. Il entre en apprentissage chez le ferronnier Émile Robert à Enghien, puis en 1919 chez Szabo. Son correspondant à Paris est André Fontaine, intellectuel progressiste qui marquera le jeune Prouvé comme l'ont marqué les artistes de l'École de Nancy : ne jamais copier. Après son service militaire, il monte en 1924 un atelier à Nancy, avec un prêt d'un ami de la famille. Ses premières réalisations sont des ferronneries pour des édifices privés : hôtel Thiers de Nancy, devantures de magasins parisiens. En 1926, il reçoit sa première commande d'un architecte : la grille d'entrée de la Villa Reifenberg à Paris par Robert Mallet-Stevens.

De l'atelier à la planche à dessin[modifier | modifier le code]

Il comprend alors que la ferronnerie traditionnelle a vécu et que sa voie rejoint l'architecture et l'industrie : concevoir, dessiner et produire des meubles, des éléments d'architecture, plus tard, des maisons. Il crée la SA des Ateliers Jean Prouvé en 1931, réalise du mobilier pour les sanatoriums du plateau d'Assy, et à partir de 1935, dessine la Maison du peuple à Clichy avec Eugène Beaudouin, Marcel Lods et Vladimir Bodiansky, considérée comme précurseur de l'architecture moderne.

Mobilier en tôle pliée par Jean Prouvé.

Il met ses ateliers en sommeil pendant la Guerre, est nommé maire de Nancy à la Libération. En 1946-1947, il installe ses ateliers sur un terrain plus grand à Maxéville, en banlieue de Nancy.

L’expérience de l'habitat industriel[modifier | modifier le code]

Dès la fin de celle-ci, il étudie et met en fabrication des maisons légères avec Pierre Jeanneret, puis, en 1950, le ministère de la Reconstruction lui commande douze maisons industrialisées, qui seront montées à Meudon. Ce qui devait être le prélude d'une commande importante restera sans suite. En 1951, il réalise des sheds en aluminium pour l'Imprimerie Mame à Tours (architecte Bernard Zehrfuss), première mondiale. Mais l'inflation, les frais de l'installation à Maxéville, l'importance des investissements à faire déséquilibrent la trésorerie de l'entreprise. L'Aluminium français d'abord, la Cégedur ensuite, entrent dans le capital et cette dernière évince bientôt Prouvé de la direction de son entreprise (1953). En « dédommagement », L'Aluminium français lui commande le Pavillon du centenaire de l'Aluminium qui sera monté en 1954 sur les quais de la Seine à Paris.

En 1954, Jean Prouvé participe avec Charlotte Perriand à l’appel d'offres lancé pour l’ameublement de la Résidence universitaire Jean Zay à Antony. Il obtient la commande de mobilier pour les salles communes, les restaurants et une partie des chambres.

Ses réalisations en tôle pliée (à l'origine d'un coût inférieur et d'une résistance supérieure, à l'instar de la carrosserie des voitures) – bibliothèques, fauteuils, chaises, lits Antony, bureaux et tables Compas, tables de réfectoire[2] – sont exemplaires et figurent aujourd’hui parmi les meubles les plus cotés du XXe siècle (une édition originale de la chaise Antony s'évalue autour de 40 000 € ; un fauteuil Kangourou s'est vendu 152 449 €, en mars 2001 ; une bibliothèque peut valoir jusqu’à 160 000 €.

Ayant perdu l'espoir de retrouver ses Ateliers de Maxéville, Prouvé fonde avec l'architecte-écrivain Michel Bataille, Les Constructions Jean Prouvé, et réalise la maison des jours meilleurs, dite aussi de l'abbé Pierre, montée pour le Salon des arts ménagers en février 1956 à Paris. « C'est la plus belle maison que je connaisse » dira Le Corbusier. Mais l'agrément du CSTB lui ayant été refusé, elle restera à l'état de prototype. Il réalise la même année la nouvelle buvette d'Évian (Maurice Novarina architecte) et en 1957, l'école-béquille à Villejuif, avec le concours de l'ingénieur Serge Ketoff.

Détail des panneaux de façade de la Maison tropicale.

La CIMT l'engage alors comme responsable du département « bâtiment », mais à son grand dam, Prouvé restera alors un dessinateur, coupé des ateliers.

Il met au point des systèmes de façades légères qui bénéficient de ses recherches antérieures et dont l'élément déterminant est le profil raidisseur. Le standard rigoureux est amélioré grâce aux techniques de fabrication de pointe (emboutissage, extrusion) et à une qualité d'exécution qui résout les problèmes de finition et d'isolation (aérogare d'Orly-Sud, Henri Vicariot architecte, 1959) mais n'exclut pas les variantes et les adaptations (hôtel de Ville de Grenoble, Maurice Novarina architecte, 1966 ; faculté de médecine de Rotterdam, Choisy architecte, 1967).

À titre personnel, il participe à des recherches (maison saharienne avec Charlotte Perriand, 1958), des consultations (verrières à raidisseurs en acier plié du CNIT à Paris-La Défense, Bernard Zehrfuss architecte, 1957), des concours (avec Joseph Belmont et M. Silvy : écoles GEEP, 1960 ; lycées CCC, 1963).

En 1966, quittant la CIMT, Prouvé ouvre un petit bureau d'études où s'élaborent des projets qui font date et démontrent la constante évolution et l'extraordinaire esprit d'adaptation de ce constructeur.

Il collabore avec les architectes les plus prestigieux pour des bâtiments qui portent la marque de son intervention (le CNIT, tour Nobel à Paris-La Défense Jean de Mailly architecte, 1967 ; aile V de l'Unesco Paris, Bernard Zehrfuss architecte, 1969 ; siège du PCF à Paris, Oscar Niemeyer architecte, 1970).

Au début des années 1960, Prouvé conçoit en collaboration deux importants systèmes de construction : la « toiture réticulaire à surface variable » qui s'adapte à tous les types de construction (avec Léon Pétroff ingénieur) et le Tabouret, procédé mettant en œuvre deux seuls éléments : un poteau et une poutre (Palais des expositions de Grenoble, Claude Prouvé architecte, 1968 ; Université libre de Berlin, Georges Candilis architecte, 1969).

De 1957 à 1970, Prouvé est appelé pour occuper la chaire d'Arts appliqués du Conservatoire national des arts et métiers à Paris. Intéressé depuis toujours par la pédagogie, il met en place un enseignement qui illustre son approche industrielle de la construction, en s'appuyant sur l'analyse d'« objets techniques », de l'automobile à la construction, souvent à partir de ses propres expériences. C'est aussi pour lui l'occasion de formuler ses préoccupations concernant l'intégration du bâti à l'environnement.

La fin de la carrière de Prouvé est marquée par l'expérimentation de nouvelles matières (stations-services cylindriques Total) ou de composants (panneaux de façade de l'université de Lyon-Bron) ainsi que par plusieurs projets trop audacieux pour être réalisés, mais qui apportent à son œuvre une dimension urbanistique (siège du ministère de l'Éducation nationale, avec Joseph Belmont et Jean Swetchine, 1970 ; station des Arcs 2000, avec Reiko Hayama et Serge Binotto, 1970).

C'est aussi le moment d'une reconnaissance internationale et de belles réussites : réussite technique pour la structure du Palais omnisports de Paris-Bercy (Michel Andrault et Pierre Parat architectes, 1978) ou la tour-radar d'Ouessant qui transcende le principe du noyau central en béton ébauché à Maxéville (Jacquin architecte, 1981). Réussite « morale » lorsque Prouvé est nommé président du Jury international pour le concours du Centre national d'art et de culture voulu par le président Georges Pompidou (1971). Imposant le projet de Renzo Piano et Richard Rogers, c'est en quelque sorte une part de son « héritage culturel » que nous livre Prouvé puisque dans ce bâtiment sont reconnaissables ses apports essentiels à l'architecture technologique, déjà présents dans le marché de Clichy quelque 35 ans plus tôt : structure en acier plié, façade-rideau en panneaux modulaires, mise en évidence des principes constructifs, flexibilité des espaces intérieurs, ainsi qu'une certaine désuétude qui rejoint aussi l'empirisme artisanal de Prouvé.

Ce fut aussi un patron humaniste, voire utopiste. Innovant en tout cas : à Nancy, puis à Maxéville, octroyant à ses salariés les congés payés avant 1936 et promoteur de l'intéressement.

Postérité[modifier | modifier le code]

La marque G-Star entreprend en 2012 de relancer la construction du « lit Flavigny », un lit dessiné par Jean Prouvé en 1945[3].

En 2012, la ville de Nancy lui consacre une exposition importante[3].

Principales réalisations[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Jean Prouvé - Une architecture par l'industrie, Les éditions d'Architecture Artemis Zurich, 1971 avec des textes d'interviews et de conférences de Jean Prouvé.
  • Jean Prouvé : mobilier, 1924-1953, François Laffanour et Eric Touchaleaume, Galerie Downtown, 1987.
  • François Moulin, Jean Prouvé. Le Maître du métal, La Nuée Bleue, Strasbourg, 2001.
  • Jean Prouvé et Paris, sous la direction de Laurence Allégret et Valérie Vaudou, Paris, Picard, 2001, 360 p., 493 ill. (ISBN 2-7084-0610-8)
  • Jean Prouvé par lui-même, propos recueillis par Armelle Lavalou, Éd. du Linteau, 2001, 120 p., 15 ill. (ISBN 2-91342-19-0)
  • Patrick Favardin, Les Décorateurs des années 50, Éditions Norma, Paris, 2002 (ISBN 978-2909283616)
  • Christian Enjolras, Jean Prouvé. Les maisons de Meudon, Éditions de la Villette, Paris, 2003 (ISBN 2903539693)
  • Jean Prouvé, la poétique de l'objet, catalogue d'exposition sous la direction de Catherine Dumont d'Ayot et Bruno Reichlin, Vitra Design Museum, 2006.
  • William L.Hamilton, Modernist Cottage, Fully Assembled in The New York Times, saturday, May 26, 2007. Article sur la reconstruction du pavillon tropical en face de *Manhattan dans le quartier du Queens en vue de sa vente aux enchères chez Christie's (estimation 4 à 6M$)
  • Jean Prouvé, Les Maisons Tropicales, Eric Touchaleaume, Ed. Galerie54, Paris 2006.
  • Jean Prouvé, Éditions Galerie Patrick Seguin, Paris & Sonnabend Gallery, New York 2007.
  • Prouvé/Nouvel-Ferembal House, Éditions Galerie Patrick Seguin, Paris 2011.

Sa cote[modifier | modifier le code]

  • Une maison en aluminium et acier, dite « Maison Tropique », installée à Brazzaville (Congo) en 1951, démontée, restaurée et remontée par Éric Touchaleaume, a été adjugée aux enchères à New York, pour 5 millions de dollars[5].
  • Un pavillon de station-service conçu pour Total en 1970 a trouvé preneur pour 202 000 euros en octobre 2008 lors d'une vente aux enchères publiques à Niort de la part "un amateur anonyme du Sud-Ouest" qui aurait acquis au même endroit, le 24 mars 2013, pour 148 000 euros (hors frais), un bureau du modèle dit "Présidence"…dépourvu de son caisson et des ses quatre sabots.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Archives numérisées de l'état civil de Paris, acte de naissance no 14/3106/1901, avec mention marginale du décès (consulté le 1er octobre 2012).
  2. Exemple de mobilier de Jean Prouvé : table de réfectoire, table cafétéria n°512 dite table "Compas"
  3. a et b Marie Godfrain, « Le lit aux pieds fuselés de Jean Prouvé renaît », Le Monde,‎ 8 juin 2012 (lire en ligne)
  4. « Notice no PA88000040 », base Mérimée, ministère français de la Culture
  5. L'une des trois maisons tropicales récupérées est installée au cinquième étage du Centre Pompidou depuis mars 2007. Au-delà de son caractère médiatique, cette entreprise démontre la flexibilité et la facilité d'implantation de ces modèles.

Annexes[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]