Jean Petit qui danse

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Jean Petit qui danse est une chanson populaire et une comptine. Il en existe une version en français, en breton sous le titre de Yann Gorig o tañsal, en occitan et en catalan, sous le titre Joan Petit dans ces deux dernières langues.

D'après Jean Amade, cette chanson-jeu était chantée dans toute la chaîne pyrénéenne et sa popularité atteignit plus que la côte Atlantique. Toujours d'après lui, au début du XXe siècle cette chanson était également chantée pour le carnaval avec des chorégraphies particulièrement érotiques, où le terme « doigt » pouvait être interprété de façon littérale ou figurée.

Paroles[modifier | modifier le code]

Les paroles de la chanson parlent d'une personne nommée Jean Petit, qui danse avec les différentes parties de son corps. À chaque nouveau couplet, une nouvelle partie du corps est ajoutée, les précédentes étant reprises, sur un modèle analogue à la chanson Alouette. Il existe de nombreuses versions de cette chanson en Occitanie[1], certaines faisant référence au roi de France.

Une version en français du premier couplet est[2] :

Jean Petit qui danse (bis)
De son doigt il danse (bis)
De son doigt, doigt, doigt (bis)
Ainsi danse Jean Petit.

Ce couplet est repris et complété, on remplace doigt par pied et on répète :

Jean Petit qui danse (bis)
De son pied il danse (bis)
De son doigt, doigt, doigt (bis)
De son pied, pied, pied (bis)
Ainsi danse Jean Petit.

La chanson continue avec diverses parties du corps[2].

La première phrase est parfois suivie de « Pour le Roi de France »[1].

Histoire[modifier | modifier le code]

Chirurgien à Villefranche-de-Rouergue au XVIIe siècle, Jean Petit (de son vrai nom Joan Petit en occitan, sa langue) fut, en 1643, l'un des deux chefs de file de la révolte des croquants du Bas-Rouergue. Capturé par les troupes royales, il fut roué en place publique. De là, probablement, la chanson Jean Petit qui danse[3].

Autre hypothèse (peu probable) : les paroles pourraient être une moquerie du roi Jean II de France, après sa défaite contre les Anglais lors de la bataille de Poitiers (1356)[4]. L'analyse musicologique montre que l'air de Jean Petit qui danse possède les caractéristiques des chansons populaires du XVe siècle[5].

Tradition populaire[modifier | modifier le code]

Jan-Petit était un terme générique dans toute l'Occitanie pour désigner un pauvre bougre obligé de voler pour éviter aux siens de mourir de faim. Inévitablement il se faisait arrêter et subissait la torture, de préférence en plein centre de la ville pour mieux servir d'exemple à la population, tout aussi misérable que lui.

En revanche, il y eut un vrai Jan-Petit, lequel prit parti à une révolte de paysans : la « révolte des croquants ». Ce Jan-Petit fut arrêté et inévitablement, torturé. Comme son homonyme, il subit le châtiment du « supplice de la roue » où le bourreau lui brise consciencieusement les os un par un. Cette scène a donné naissance à la ronde du Jan-Petit dans laquelle on énumère les différentes parties du corps. Cette ronde d'aspect bien innocente raconte en fait le déroulement de la séance de torture subie par Jean Petit. Nous vous proposons deux versions de l'origine de cette danse à défaut de preuves historiques :

1-Le terme de « danse » est métaphoriquement associé au rituel du supplice de la roue où le châtié placé sur une roue posée à l'horizontale sur le sol se faisait briser les ligaments et les os par le bourreau armé d'une barre de fer. On imagine donc les mouvements de rotation de la roue au sol depuis son axe central associés à ceux du pauvre homme souffrant le martyre évoquant ainsi une (triste) danse. Vraisemblablement la plus réaliste.

2-Le bourreau fait danser Jean Petit qui ne tient plus debout; il danse avec le doigt, puis le bourreau lui brise le doigt et lui ordonne de poursuivre sa danse. Jan-petit danse avec la main, puis on lui brise la main, etc.

Non vérifié : La litanie qui revient c'est : « Jan Petit que danço dab lou réy dé Franço » (« Jean-Petit danse avec le roi de France ».. c'est-à-dire ses représentants zélés) …dab lou dit..dit..dit (doigt) …dab la ma..ma..ma (main) …dab lou pé…pé…pé (pied) …dab la camo (la jambe) ..dab lou youy (le genou) etc. Après chaque nouvelle mention, on saute en tournant et en disant : « Ataü que danço Jan-Petit » (version gasconne)

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Floutard.
  2. a et b Rollet 2007, p. 45
  3. Analyse proposée par Thibaut Plantevin
  4. David et Delrieu 1984, p. 165
  5. Weber 1995, p. 64.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Paroles[modifier | modifier le code]

Sources[modifier | modifier le code]

  • Martine David et Anne-Marie Delrieu, Aux sources des chansons populaires, Belin,‎ 1984, 319 p. (ISBN 2701105129)
  • Alain Floutard, « Joan Petit que dança », académie de Toulouse
    Paroles en occitan et français, partition et chorégraphie.
  • Michel Rollet, Motricité à la maternelle : agir dans le monde, Editions Publibook, coll. « Sciences humaines: Pédagogie, sciences de l'éducation »,‎ 2007, 105 p. (ISBN 9782748308242)
  • Édith Weber, Itinéraires du cantus firmus, vol. 2, Presses Paris Sorbonne,‎ 1995, 155 p. (ISBN 2840500477)