Jean Norton Cru
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Jean Norton Cru, né à Labatie-d'Andaure en septembre 1879, mort à Bransles (Seine-et-Marne) en juin 1949, est un écrivain français.
Fils de Jean Pierre Louis Cru, un pasteur, et de Catherine Norton, une mère d’origine anglaise (d'où son second prénom), il participe à la Première Guerre mondiale, et cette expérience le marquera pour le reste de sa vie. Il est engagé sur le front de la mi-octobre 1914 à février 1917, combat pendant la bataille de Verdun en juin 1916 et janvier 1917. Du fait de son bilinguisme, il est affecté à l’arrière début 1917, d’abord comme traducteur puis comme formateur d’interprètes avant de partir en mission aux États-Unis.
Il est principalement connu pour son remarquable essai Témoins, dont le sous-titre est clair : Essai d'analyse et de critique des souvenirs de combattants édités en français de 1915 à 1928. Son ouvrage, dans lequel il étudie et critique à l'aune de son expérience de combattant mais aussi d'une abondante documentation (cartes d'état-major, journaux de marches...) plus de 300 récits publiés de soldats, suscita la polémique, car il remit par exemple en cause le caractère véridique et réaliste de romans aussi célèbres que Le Feu, d'Henri Barbusse. Il sera aussi très sévère avec les écrits de Roland Dorgelès, et plus encore avec ceux de Jacques Péricard.
Après guerre, il est professeur de littérature française au collège Williamston, dans le Massachusetts.
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Contexte historiographique [modifier]
Norton Cru est le premier historien à promouvoir les témoignages, et veut écrire l'histoire de la Première Guerre vue d'en bas. Précédemment, les ouvrages des généraux, des politiciens et des diplomates avaient été les plus influents. Il n'y avait eu que quelques publications de carnets et de lettres, mais ces écrits n'intéressaient pas, dans les années 1920, l'essentiel des historiens. Des historiens précédents, tels que Renouvin, ont parfois combattu dans la guerre, mais considèrent que l'expérience du soldat de base n'est pas importante pour l'écriture de l'histoire[1].
Récupération idéologique [modifier]
Le travail de Norton Cru, envisagé comme ayant essentiellement eu pour objet de disqualifier de nombreux témoignages sur la Première Guerre mondiale, a été revendiqué par plusieurs auteurs négationnistes (de Paul Rassinier et Maurice Bardèche à Robert Faurisson et Pierre Guillaume) comme étant le modèle de leur propre entreprise pour nier la réalité de l'extermination des Juifs d'Europe sous le IIIe Reich. En réalité, ainsi que l'explique l'historien Frédéric Rousseau, lorsque Norton Cru dénonce les falsificateurs, « ce n'est pas dans le but de jeter le discrédit sur tous les témoins ; c'est au contraire pour mieux mettre en valeur les meilleurs, les témoins qui ont su peindre la guerre avec talent tout en restant sincères », ceci afin que ne puisse être remise en cause, par la faute des faux témoins, la réalité des souffrances des combattants de la Grande Guerre. Ce ne peut donc être qu'au prix de « la falsification et [du] retournement profond de l'œuvre de Norton Cru » que les négationnistes le revendiquent comme étant leur modèle[2].
Bibliographie [modifier]
- Œuvres
- Témoins, Presses universitaires de Nancy, 1993 (Ed. Les Etincelles, 1929 pour l'édition originale).
- Du Témoignage, Gallimard, 1930 (une version abrégée de Témoins ; la réédition partielle de 1966 par Jean-Jacques Pauvert inclut une intéressante biographie de Norton Cru par sa sœur Hélène Vogel[3]).
- "Lettres du front et d'Amérique 1914-1919" éditées par M.-F.Attard-Maraninchi et R. Caty - Préface de J.-M. Guillon - Publications de l'Université de Provence, collection "Le temps de l'histoire"- 2007 - (ISBN 978-2-85399-677-8)
- Sources d'archives
Les papiers privés de Jean Norton Cru et de sa famille sont conservés aux Archives de Marseille (archives.marseille.fr) (46 II, 121 II, 137 II)
- Études critiques
- Frédéric Rousseau, Le Procès des témoins de la Grande Guerre. L'Affaire Norton Cru, Paris, Éditions du Seuil, 2003
Notes [modifier]
- Antoine Prost et Jay Winter, Penser la Grande Guerre, Paris, Editions du Seuil, 2004, p.28.
- Frédéric Rousseau, Le Procès des témoins de la Grande Guerre. L'Affaire Norton Cru, p.267.
- Collectif de Recherche International et de Débat sur la guerre de 1914-1918