Jean Navarre

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Jean Navarre inspectant un avion capturé (Le Miroir, 14 novembre 1915).

Jean Marie Dominique Navarre, appelé Jean Navarre (né le 8 août 1895 à Jouy-sur-Morin, en Seine-et-Marne, et décédé le 10 juillet 1919) est un aviateur français et un as de la Première Guerre mondiale.

Biographie[modifier | modifier le code]

Jeunesse[modifier | modifier le code]

Jean Navarre était le fils d'un très gros fabricant de papier originaire des Landes (un des anciens plus gros groupes français du secteur, et innovateur pour l'utilisation du pin des Landes) et le frère jumeau de Pierre, dans une famille qui compta onze enfants.

Très indiscipliné dans sa jeunesse, systématiquement renvoyé des collèges qu'il fréquenta, tout comme son frère Pierre, il fut confié en 1910 à un précepteur, l'abbé Barges, puis envoyé dans une pension anglaise, et de nouveau confié à l'abbé après sa fugue d'Angleterre. Lassé de ses écart de conduite, son père le fit entrer en usine où il ne resta pas. Le jeune Jean fréquenta ensuite une école de mécanique d'où il fut renvoyé, puis en 1913 une école technique. Il nourrissait alors le projet d'entrer à l'École supérieure d'aéronautique, s'étant pris avec son frère Pierre d'une passion pour l'aviation naissante.

Première Guerre mondiale[modifier | modifier le code]

En juin 1914, il entre à l'école aéronautique des Frères Caudron, constructeurs d'avions, deux mois avant que la guerre n'éclate. Sous couvert de mensonges sur son âge et ses capacités de voler, il réussit alors à se faire incorporer dans l'armée, sur la base de Saint-Cyr-l'École pour y devenir pilote. Il ne possède en effet aucun brevet civil, pourtant obligatoire pour être recruté. Son apprentissage achevé à Lyon-Bron, il est affecté dans une escadrille équipée de Farman MF.7 (dits "cage à poule"), s'en fait renvoyer pour indiscipline et se retrouve à Villacoublay pour y apprendre le pilotage sur Morane-Saulnier type L (dits "parasol").

Au début de 1915, il rejoint à Muizon, près de Reims, une escadrille de reconnaissance et de chasse, la M.S.12. Le 1er avril, avec son équipier, le sous-lieutenant Robert, il connaît son premier succès, contraignant un avion allemand à se poser dans les lignes françaises. Il est nommé sergent et reçoit la médaille militaire. Au cours du même mois, il remportera 6 victoires, dont 2 seulement seront homologuées. L'escadrille sera équipée de Morane-Saulnier type N, les premiers avions de chasse spécifiques ; puis en juin, après avoir accompli trois "missions spéciales" derrière les lignes ennemies, on lui accorde la Légion d'honneur.

Au printemps de 1916, après avoir rejoint l'escadrille de chasse N 67, (équipée de Nieuport 11 dit "bébé") Jean Navarre participe de manière courageuse à la grande bataille de Verdun, s'attaquant aux avions allemands quel qu'en soit le nombre, oubliant très souvent de demander l'autorisation de décoller. On le surnomme alors : "Navarre, la sentinelle de Verdun". Le 1er avril, il est nommé sous-lieutenant et entre dans le club des as (pilotes comptant plus de 5 victoires homologuées). Une de ses techniques consiste à attaquer les roues en l'air en profitant de la surprise de l'ennemi pour le mitrailler.

Photographie de Jean Navarre signée, archives familiales d'André Navarre (printemps 1916).

Lorsqu'il ne vole pas, Navarre adore faire la fête, boit plus que de raison et commet de nombreuses frasques (dont un atterrissage sur le toit d'un immeuble en 1916). Aussi se retrouve-t-il fréquemment, mais très temporairement, aux arrêts ou en prison[1]. De fait l'homme ne craint personne, ni les Allemands, ni sa hiérarchie. En mai 1916, il est le premier pilote français à compter 10 victoires homologuées — victoires pour lesquelles il y a plusieurs témoins ou lorsque l'avion ennemi est retombé dans les lignes françaises. Ce seront ses derniers combats car en juin il est très grièvement blessé dans un duel au-dessus des Ardennes, réussissant toutefois à poser son avion à Sainte-Menehould.

Il compte alors 12 victoires homologuées mais en réalité il en a obtenu plus du double. Quelque cinq mois plus tard, le 15 novembre 1916, il est de nouveau très affecté par la mort au combat de son frère jumeau dans l'escadrille N 69, Pierre, qui l'avait suivi dans l'aviation (deux citations dans le Génie, puis une citation et la Médaille Militaire dans l'Aviation). Buvant beaucoup, nerveusement très éprouvé, il reprend son entraînement en 1917, mais doit rejoindre une maison de repos. Il ne se retrouve apte à voler qu'en 1918, à la signature de l'armistice. Sans son accident, il est à peu près certain que Navarre aurait égalé le nombre de victoires d'un René Fonck ou d'un Guynemer [réf. nécessaire].

La guerre est terminée et Navarre a reçu la Légion d'Honneur, la Médaille militaire, la Croix de Guerre avec Palmes, et 6 citations à l'Ordre de l'Armée. Mais il se refuse à quitter l'aviation et nourrit plusieurs projets, tous plus fous les uns que les autres : traversée de l'Atlantique comme le réalisera plus tard Nungesser, passage sous l'Arc de Triomphe), mais qui n'auront pas le temps de voir le jour. Engagé comme chef pilote chez Morane-Saulnier, il se livre à des vols de démonstration pour la clientèle sur le terrain de Villacoublay, mais il est aussi un pilote d'acrobatie dont on vient de loin admirer les exhibitions.

Mort[modifier | modifier le code]

Le destin de Jean Navarre devait cependant basculer tragiquement le 10 juillet 1919. Lors d'une descente en vol plané, son avion heurta le mur d'une ferme proche de l'aérodrome. Navarre fut tué. Il n'avait pas encore 24 ans et projetait de réaliser un coup d'éclat à l'occasion des cérémonies du 11 novembre 1919.

Il repose dans le cimetière de Tartas, dans les Landes.

Son père, André Navarre, fut directeur de la papeterie du Marais à Jouy-sur-Morin, puis il fonda les papeteries Navarre. Il en fit une grande entreprise papetière qui fut rachetée en 1932 par le groupe Saint-Gobain et exista jusqu'aux années 1970.

À Champ-sur-Drac, en Isère, ville dans laquelle se trouvait l'une des papeteries Navarre, son nom ainsi que celui de son frère sont inscrits sur l'un des monument aux morts de la ville, à la demande de leur père, André.

Le centre socio-culturel et une avenue de Champ-sur-Drac (38560) portent son nom, ainsi qu'une rue de Dax dans les Landes (40100) et du Mans dans la Sarthe (72100) ; une incertitude existe quant aux délibérations du conseil municipal de Jouy-sur-Morin dans l'Entre-deux-Guerres.

Décorations[modifier | modifier le code]

Legion Honneur Chevalier ribbon.svg Croix de Guerre 1914-1918 ribbon.svg

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Jacques Mortane, Navarre, sentinelle de Verdun, Éditions Baudinière, 1930 (notice BNF no FRBNF34174295).
  • Patrick Gmeline, Les as de la Grande Guerre, Paris, Presses de la Cité, 1995 (ISBN 2258038693)

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Comme à la prison militaire du Cherche-Midi en 1917, pour agression sur deux agents de police.

Liens externes[modifier | modifier le code]