Jean Laborde (aventurier)

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Jean Laborde.

Jean-Baptiste Laborde (16 octobre 1805 à Auch (Gers) - 27 décembre 1878 à Tananarive (Madagascar) est un aventurier, industriel, premier consul de France à Madagascar. Il a une grande influence sur la société et la politique de la monarchie Merina à Madagascar au XIXe siècle.

Contemporain de trois reines (Ranavalona Ire, Rasoherina et Ranavalona II) et d'un souverain (Radama II) malgaches, il est utilisé par le gouvernement de Napoléon III pour asseoir l'influence française à Madagascar face aux ambitions britanniques. La concurrence farouche et sournoise de ces deux pays pour la possession de cette île pousse la France, après sa mort, à tirer prétexte de la captation de son héritage par la royauté malgache pour mettre le gouvernement du premier ministre Rainilaiarivony en difficulté. À son tour, la France utilise cet héritage afin de créer une situation inacceptable pour le gouvernement de Ranavalona III, déshéritant les descendants malgaches, légitimes héritiers, au profit des neveux, bien plus présentables à ses yeux parce que blancs et français de naissance. Le refus de Rainilaiarivony, premier ministre de la reine, de reconnaitre les neveux de Laborde comme héritiers, fut l'un des prétextes qui mena à l'invasion de Madagascar par les troupes françaises. Les véritables descendants malgaches de Jean Laborde furent donc bien spoliés de leur héritage. Cette situation perdure aujourd'hui, la maison de Jean Laborde à Andohalo où il hébergea le premier consulat de France à Madagascar appartient toujours officiellement à l'État français.

Personnalité[modifier | modifier le code]

Par sa perspicacité, par l’aménité de son caractère, les multiples ressources de son esprit, Laborde s’imposa promptement à la souveraine Ranavalona Ière et devint un personnage très important. N’ayant aucune connaissance approfondie de mécanique, d’industrie, ni de chimie, il fit venir des livres et, tout en se formant lui-même, devenant de facto ingénieur "touche-à-tout", architecte et chimiste. Il forma de nombreux ouvriers et artisans (maçons, charpentiers, menuisiers, ébénistes, fondeurs, etc ... ).

Réalisations[modifier | modifier le code]

Infrastructures[modifier | modifier le code]

Industrie, production de[modifier | modifier le code]

Agriculture[modifier | modifier le code]

(zone de Lohasaha-Antananadava)

Chronologie de sa vie[modifier | modifier le code]

Jeunesse[modifier | modifier le code]

  • (1815-1818) au Collège Impérial d'Auch (ou peut-être à l'école des Pénitents Blancs).
  • (1819-1822) fait son apprentissage à la forge de son père.
  • (1823-1826) engagé dans un régiment de Dragons, termine Maréchal des logis.
  • Le jeune Laborde, intelligent, actif, inventif, curieux de l’inconnu, se décide à courir le monde. Ses parents l'aident en lui donnant une petite somme d'argent.

Aventurier en Inde[modifier | modifier le code]

  • (1827) à 22 ans, à Bordeaux, il monte sur un voilier en partance pour l'Inde, (Dans ses bagages :"foulards et pacotilles" afin de pouvoir y démarrer un négoce).
  • (1827-1830) à Bombay (Inde) il crée un comptoir de commerce et s'enrichit assez rapidement.
  • (1830) en fin d'année, M. Savoie (capitaine au long cours Français, sans ressources) le convainc d'affréter un navire (Le brick St Roch) vers un récif du canal de Mozambique (L’île Juan de Nova), à la recherche de supposées riches cargaisons d'épaves. Laborde, âgé de 25 ans, s'embarque dans cette nouvelle aventure.

Aventurier à Madagascar[modifier | modifier le code]

  • (8 novembre 1831) après sept mois de recherches vaines, suite à un coup de vent, le navire manquant de vivres et d’eau, vient s’échouer sur la côte Sud-Est de Madagascar (Au nord-est du cap Sainte-Marie) à l'embouchure du fleuve Matitanana (en face du Vohipeno). Il semble que tout l’équipage ait pu débarquer sur le rivage.
  • Avec l'aide des autochtones et une marche de 180 km ([1]), il arrive à Mahela chez un colon français (Napoléon de Lastelle) concessionnaire d'une plantation de canne à sucre. Il y trouve accueil et emploi.
  • (1832) Il y épouse une métisse nommée Émilie Roux (ou "Rous") (+1900, à Antananarivo). Pour cette occasion M. de Lastelle lui offre sa propre collection des manuels Roret (recueils des techniques les plus avancées de l'époque) dans lesquels il puisera de nombreux savoirs.
  • (1833) Constatant les nombreux "talents" de Jean Laborde, M. de Lastelle l'envoie à Tananarive pour rencontrer les représentants de la reine Ranavalona I (monarchie Merina). L'idée est de se faire attribuer le contrat pour la fabrication de fusils, contrat octroyé à un Français (M. Droit, dit: Jolycoeur) qui semble incapable de le réaliser.
  • (1833) Il obtient son premier contrat mais doit collaborer avec M. Droit. Installation de ses premiers ateliers à 3 km au Nord d'Ilafy.
  • (1833) Naissance de son fils Clément, à Ilafy. Celui-ci décédera en 1874 sur l'Île Sainte-Marie.
  • Il devient aussi précepteur de Rakotondradama (dit: Rakoto), le fils de la reine.
  • (1834) Réalisation et livraison des premiers fusils. Ils donnent satisfaction.
  • (1835) Laborde est chargé d'affréter le navire Le Voltigeur et d'organiser le ravitaillement des troupes de la reine en guerre dans le sud (baie de St Augustin) ce qu'il fit via la Compagnie de Madagascar de l'armateur François-Joseph Lambert, mais une sombre exécution sommaire de prisonniers le perturbe au point d'envisager de quitter Madagascar. La reine fait expulser M. Droit car ses échecs et son manque de participation l'a déçue, la place est donc libre pour Laborde.
  • (28 mars 1837) Laborde écrit dans son journal ([2]):
"Je fis un second traité avec le gouvernement malgache pour créer une fonderie de canons en fonte de fer, une verrerie,
une faïencerie, une papeterie, une sucrerie, une raffinerie, une indigoterie, une savonnerie, une magnanerie :
je me suis engagé à faire plusieurs acides, l'alun, le sulfate de fer, le bleu de Prusse etc."
  • Par choix technique il s'installe à Mantasoa6 km de Tananarive) où il créa une cité quasi industrielle.
  • Laborde est élevé par la reine à la plus haute distinction malgache (dite: des "16 honneurs").
  • Pour se faire seconder, il fit venir de France son frère aîné Jean-Louis Laborde (dit Cadet) (+ 1856, à Mantasoa), dont le fils Edouard (1846-1825, sans descendance) possédera les carnets privés de son oncle Jean Laborde.
  • (1856) Laborde répudie sa femme (Émilie) pour adultère et l'éloigne sur l'exploitation agricoles de Lohasaha (elle y fut gérante).
  • (1856) Suite aux massacres (des malgaches convertis au christianisme) ordonnés par la politique de terreur autarcique et obscurantiste de la reine Ranavalona I et de son premier ministre Rainilaiarivony (dit: Raharo), et peut-être suite à la mort mystérieuse par empoisonnement (le 17 juin) de Napoléon de Lastelle, Rakotondradama (dit: Rakoto), le très francophile fils de la reine désapprouvant cette politique, conseillé par Laborde (son ex-précepteur) et Joseph Lambert, sollicita par écrit l’intervention militaire de la France. Joseph Lambert se chargea d'aller porter cette demande à Londres et Paris, mais les gouvernements anglais et français impliqués ensemble dans la Guerre de Crimée se sont alors abstenus.
  • (7 juillet 1857) Ces intrigues ayant été découvertes, la reine décrète l’expulsion forcée de tous les Européens et la confiscation de tous leurs biens. Malgré son statut supérieur, Laborde dut aussi partir, ruiné (à La Réunion et l'île Maurice). Son ami Lambert s'exila à l'île Maurice puis sur l'île de Mohéli (Archipel des Comores).
  • (18 août 1861) suite au décès de Ranavalona I, son fils Radama II (ex-Rakoto) qui lui succède au trône, rappelle ses amis français à Madagascar. Cependant, vu l'état de dévastation des ateliers de Mantasoa, Laborde ne chercha pas à en redémarrer les activités.

Consul à Madagascar[modifier | modifier le code]

  • (12 avril 1862) Laborde est nommé (par Napoléon III) Consul et Agent de la France à Madagascar. Pour le seconder, il fit venir d'Auch son neveu Albert Campan (+ 3 mars 1892, Tananarive) en tant que secrétaire.
  • Il participe à l'élaboration de la première carte topographique à l'échelle 1/200.000e de l'Emyrne centrale réalisée par Alfred Grandidier.
  • Aide son ami Joseph Lambert a créer la Compagnie française de Madagascar et lui fit accorder de larges monopoles et concessions.
  • (1863) à Tananarive, émeutes (nationalistes-traditionalistes). Le 12 mai assassinat par strangulation de Radama II. Le parti hostile à la France retrouva le pouvoir et révoqua la charte accordée à Joseph Lambert.
  • (1864-1878) Laborde conserve malgré tout son poste de Consul et d'Agent mais assiste, impuissant, à la montée progressive de l'influence anglaise sous la politique de Rainilaiarivony (premier ministre).
  • (27 décembre 1878) âgé de 73 ans et malade, Laborde décède à Tananarive. La reine Ranavalona II ordonne des funérailles nationales. Il est enterré à Mantasoa dans un tombeau qu’il s’était lui-même fait bâtir par avance. Par contre le gouvernement malgache (en vertu de ses lois traditionnelles) s'approprie ses biens au détriment de ses héritiers légitimes.

Par la suite, lors de la colonisation, en 1895, les biens de l'ancien consul furent répartis entre les Jésuites, qui se voyaient récompensés de leur soutien à la colonisation et à l'administration de la grande île. Les héritiers de Laborde survivants furent partiellement dédommagés financièrement.

Famille et collatéraux[modifier | modifier le code]

  • Son fils Clément Laborde (époux de Marie-Aimée Rasoamanivo) eu une fille Émilie Laborde (28 juillet 1857 à Tananarive - 26 août 1897, France) épouse Rasoa-Harisoa (d'où descendance actuelle).
  • Sa sœur Jeanne-Marie Laborde (1807-Auch, +1874-Tananarive) x Dominique Campan (+1850), d'où fils = Albert Campan (+ 3 mars 1892, Tananarive).
  • Son frère Clément Laborde (+1859) a eu 4 enfants,
  • Son frère Jean-Louis Laborde (+1856, Mantasoa),

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • La Quinzaine coloniale, paru en 1930
  • Jean Laborde. 1805–1878, par J. Chauvin: (= Mémoires de l'Académie malgache; 29). Pitot de la Beaujardière, Tananarive 1939
  • Ramose ou la vie aventureuse de Jean Laborde (1805–1878), par Eugène David-Bernard: (= Bibliothèque de L'Institut Maritime et Colonial). Le Liseron, Paris 1946
  • Jean Laborde et l'Océan Indien, par Claudine Caillon-Filet, thèse de doctorat, Université d'Aix-en-Provence, 1979.
  • Retour de Lémurie, d'Adrien Le Bihan, Éditions François Bourin, Paris, 1993.
  • Jean Laborde, un Gascon à Madagascar : 1805-1878, par Roland Barraux & Andriamampionona Razafindramboa, L'Harmattan (Paris), 2004, (ISBN 2-7475-6956-X)
  • Jean Laborde. Un illustre méconnu, par Patrick Ribot: Éditions Orphie, Saint-Denis, 2005 (ISBN 2-87763-296-2) (Roman historique)
  • Article rédigé dans le Dictionnaire du second-Empire, publié chez Fayard sous la direction de Jean Tulard.
  • Article rédigé par Jean-Marc Laurent, journaliste et auteur de plusieurs articles sur Madagascar ou Jean Laborde (une copie est disponible à la Bibliothèque d'Antananarivo).

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Une autre version dit que les "naufragés" ont été recueillis par un navire de la compagnie Rontaunay, puis certains (dont Jean Laborde) ont débarqué chez Napoléon de Lastelle qui en était l'agent à Madagascar.
  2. La Quinzaine coloniale, paru en 1930

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Dominique Ranaivoson, Madagascar : dictionnaire des personnalités historiques, Sépia, Saint-Maur-des-Fossés ; Tsipika, Antananarivo, 2011 (2e éd.), p. 90-91 (ISBN 978-2-84280-101-4)

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Son nom a été donné à deux paquebots des Messageries Maritimes :