Jean II d'Alençon (Valois)

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Jean II d’Alençon
Jean d’Alençon, en habit de chevalier de la Toison d'or
Jean d’Alençon, en habit de chevalier de la Toison d'or

Titre Duc d'Alençon, comte de Perche.
(14151473)
Grade militaire Lieutenant-général
Années de service 1424 - 1449
Conflits Guerre de Cent Ans
Praguerie
Faits d'armes Siège d'Orléans
Bataille de Jargeau
Bataille de Meung-sur-Loire
Bataille de Patay
Distinctions Chevalier de l'Ordre de la Toison d'or
Autres fonctions Poète
Biographie
Dynastie Maison capétienne de Valois (dynastie capétienne)
Naissance 2 mars 1409
Argentan
Décès 8 septembre 1476 (à 67 ans)
Paris
Père Jean Ier, duc d'Alençon
Mère Marie de Bretagne
Conjoint Jeanne d'Orléans
Marie d'Armagnac
Enfants Catherine
René

CoA Dukes of Alençon moderne (chivalric).svg

Jean II d'Alençon, né à Argentan le 2 mars 1409, mort à Paris le 8 septembre 1476, duc d'Alençon, comte de Perche, fils de Jean Ier et de Marie de Bretagne, était un prince de sang et un chef de guerre français du XVe siècle.

Biographie[modifier | modifier le code]

Premières armes[modifier | modifier le code]

Jean n'a que six ans lorsque son père est tué à la bataille d'Azincourt. À 14 ans, en 1423, il est choisi comme parrain du dauphin, le futur Louis XI[1]. L'année suivante, il est fait prisonnier lors de la bataille de Verneuil et ne retrouve la liberté qu'en 1427[2], contre une rançon de vingt mille saluts d'or. La conquête anglaise de la Normandie lui ayant fait perdre ses terres, il se retrouve financièrement aux abois, ce qui explique ses multiples retournements par la suite.

Le « gentil duc » de Jeanne d'Arc[modifier | modifier le code]

En 1429, il rejoint l'armée de Jeanne d'Arc qu'il rencontre à Chinon. Il devient un des amis proches de la Pucelle qui le surnomme le « gentil duc ». Il l'accompagne dans ses campagnes, et notamment au siège d'Orléans. Par la suite Alençon est nommé lieutenant-général du roi et combat sur la Loire aux côtés de Jeanne. Le 12 juin 1429, il remporte la victoire de Jargeau et prend la ville, où s'était réfugié le comte de Suffolk. Il contribue aussi au succès de Patay. Il participe en juillet à la marche sur Reims, puis le 17 juillet, arme Charles VII chevalier avant d'assister à son sacre.

Après ses succès, Alençon tente de convaincre le gouvernement de Charles VII de marcher sur Paris, avec l'arrière-pensée que, la capitale prise, on pourrait ensuite libérer ses terres normandes. Il prépare avec Jeanne l'assaut de la capitale mais, le roi hésitant, il le fait ramener à Saint-Denis et ordonne une attaque le 8 septembre, par la porte Saint-Honoré. C'est un échec cuisant: Jeanne est blessée tandis que l'armée royale doit se replier sur la Loire.

Opposé à la trêve de Compiègne signée avec les Bourguignons, Alençon tente à l'hiver 1429-1430 de monter une expédition en Normandie, sans succès, et comme Jeanne doit ronger son frein devant les atermoiements du gouvernement du favori La Trémoille. Ulcéré, il comprend qu'il n'a rien à attendre de La Trémoille et quitte la cour, cédant son poste de lieutenant-général au comte de Vendôme. Les mois suivants, il est occupé par une guerre privée contre le duché de Bretagne.

La Praguerie[modifier | modifier le code]

En 1435, le duc d'Alençon est fort marri par le traité d'Arras signé entre Charles VII et le duc de Bourgogne, car elle lui fait perdre ses chances de récupérer un jour son duché. Il estime de plus insuffisante la pension de 12 000 livres que lui accorde le roi.

Ambitieux et mécontent du gouvernement royal, Alençon est avec le duc de Bourbon l'instigateur de la Praguerie en 1440. Déjà trois ans auparavant il avait participé à une tentative de coup de force contre le roi. Cette fois il parvient à obtenir la complicité de son filleul le dauphin Louis contre son père Charles VII. Avec Bourbon, il réclame le renvoi du gouvernement du favori Charles du Maine, et le placement du roi sous la tutelle du dauphin. Il est bien entendu que ce dernier ne doit lui-même n'être qu'un jouet entre les mains des deux ducs, qui se partageraient le pouvoir.

Toutefois, il doit rapidement faire face à l'armée royale qui met le siège devant Niort, où s'étaient fixés les princes. Alençon négocie une trêve et tente d'appeler les Anglais à la rescousse mais échoue, ce qui le contraint à fuir en Auvergne. La cause étant perdue, il signe une paix séparée avec le roi et se soumet.

Le duc félon[modifier | modifier le code]

Miniature de Jean Fouquet représentant le lit de justice de Vendôme, « l'un des points d'orgue du procès d'Alençon »[3].

Pardonné, le duc d'Alençon rentre en grâce mais désormais ne songe plus qu'à ses intérêts propres. Dès 1442, il entame des négociations avec l'Angleterre et ne cesse dès lors de mener double jeu, ce qui ne l'empêche pas de participer aux campagnes de Charles VII, comme en Normandie en 1449. Il occupe alors Sées et Alençon et recouvre ses terres. Mais il ne devient pas fidèle pour autant.

En 1455-1456, il conspire avec le duc d'York en lui proposant de lui livrer des places fortes en Normandie, prélude à une nouvelle invasion du royaume. Mais le complot est découvert à cause de la trahison d'un émissaire nommé Pierre Fortin, et Alençon est arrêté en son hôtel de Paris par Dunois le 27 mai 1456, puis incarcéré à Aigues-Mortes.

Le 10 octobre 1458, il est condamné à mort et son duché est confisqué. Toutefois Charles VII le gracie et permet à la duchesse Marie de conserver le comté du Perche.

Gardé sous les barreaux à Loches, Louis XI le libère au moment de son avènement, en 1461, mais à de lourdes conditions, puisque le duc est obligé de lui céder quelques villes.

Libéré, le duc ne s'assagit pas pour autant: il fait assassiner Fortin, qui l'a perdu en 1456, et n'hésite pas à fabriquer de la fausse monnaie. En 1465, il se rallie aux princes rebelles lors de la Ligue du Bien Public et livre Alençon au duc de Normandie. Son fils René, resté fidèle à Louis XI, redonne la place à ce dernier, ce qui permet à son père de s'en tirer une nouvelle fois sans dommage.

En 1468, Jean d'Alençon récidive en se ralliant cette fois-ci à François II de Bretagne, alors en conflit avec la couronne.

La chute d'un aventurier[modifier | modifier le code]

En 1473, il conspire de nouveau, cette fois avec le duc de Bourgogne Charles le Téméraire, auquel il propose ni plus ni moins de vendre son duché ainsi que le comté du Perche. Il est de nouveau arrêté en février et emprisonné au château de Rochecorbon près de Tours, puis après quelques tribulations, enfermé au Louvre, afin d'être jugé par le Parlement[4]. Louis XI confisque ses terres et prend en personne possession d'Alençon le 25 juillet 1473 tandis que la duchesse est chassée du Perche.

En 1474, le duc est pour la seconde fois condamné à la peine capitale. Mais Louis XI ne fait pas procéder à l'exécution de son parrain et le laisse en prison au Louvre. Le 18 juillet 1474, le parlement de Paris arrête ses procès[4]. Le vieux duc est finalement libéré en 1476 et meurt peu après.

Mariages et enfants[modifier | modifier le code]

Il épousa en premières noces à Blois en 1424 Jeanne (14091432) fille de Charles, duc d'Orléans et d'Isabelle de France, mais n'eut pas d'enfants de ce mariage.

Veuf, il se remaria au château de L'Isle-Jourdain le 30 avril 1437 avec Marie d'Armagnac (1420 † 1473) fille de Jean IV, comte d'Armagnac, et d'Isabelle d'Évreux, et eut :

Il eut plusieurs enfants bâtards :

  • Jean, dit "Trouvé" sieur d'Argentelle, vivant en 1478 (Acte de reconnaissance de 1478- côte 2E-71 et 2E-72 - Archives Départementales de l'Orne)
  • Robert, dit "Trouvé" sieur du Clos André, vivant en 1489
  • Jeanne, comtesse de Beaumont-le-Roger, mariée en 1470 avec Guy de Maulmont
  • Madeleine, mariée à Henri de Breuil
  • Marie, abbesse d'Almenêches

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Logeais (abbé), « Jean II, duc d'Alençon, seigneur de Pouancé, Chateaugontier et La Flèche », in Revue de l'Anjou et de Maine et Loire, tome 2, Angers, Librairie de Cosnier et Lachèse, 1853, p. 363-380, [lire en ligne].
  • Gaston Dufresne de Beaucourt, « La conspiration du duc d'Alençon (1455-1456) », in Revue historique, nouvelle série, tome V, janvier-juin 1891, Paris, Bureaux de la revue, p. 410-433, [lire en ligne].
  • Pierre Gourdin, « Monseigneur d'Alençon, le "Beau Duc" de Jeanne d'Arc, en Touraine », in Bulletin de la Société Archéologique de Touraine, vol. 39, 1980, p. 419-428.
  • Philippe Contamine, « Le premier procès de Jean II, duc d'Alençon (1456-1458) : quels enjeux, quels enseignements politiques ? », in Peter Hoppenbrouwers, Antheun Janse, Robert Stein (dir.), Power and Persuasion. Essays on the Art of State Building in Honour of W.P. Blockmans, Turnhout, Brepols, 2010, p. 103-122.
  • Franck Mercier, « Un prince de sang devant le tribunal de « l'opinion publique » ? Le procès pour crime de lèse-majesté de Jean d'Alençon (1456-1458) », in Laurent Bourquin, Philippe Hamon, Pierre Karila-Cohen et Cédric Michon (dir.), S'exprimer en temps de troubles. Conflits, opinion(s) et politisation de la fin du Moyen Âge au début du XXe siècle, Presses universitaires de Rennes (PUR), collection « Histoire », 2011, p. 147-158.
  • Jean Favier, La Guerre de Cent Ans, Fayard,‎ 1980, 678 p. (ISBN 2213008981)

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Paul Murray Kendall, Louis XI, Fayard, 1974
  2. Bulletin de la Société historique et archéologique de l'Orne, « Le duc Jean II et ses mandements par L.M DUMAINE », 1883-1903
  3. Franck Mercier, « Un prince de sang devant le tribunal de « l'opinion publique » ? Le procès pour crime de lèse-majesté de Jean d'Alençon (1456-1458) », in Laurent Bourquin, Philippe Hamon, Pierre Karila-Cohen et Cédric Michon (dir.), S'exprimer en temps de troubles. Conflits, opinion(s) et politisation de la fin du Moyen Âge au début du XXe siècle, Presses universitaires de Rennes, collection « Histoire », 2011, p. 151-152.
  4. a et b L'arrêt du parlement de Paris du 18 juillet 1474 contre Jean d'Alençon, qui condamna à mort, donne des renseignements complets : fabriqué de la fausse monnaie ; des négociations avec les Anglais pour en obtenir des subsides et leur livrer, contre le duché de Glocester en Angleterre, les places qu'il possédait en Normandie ; des intrigues pour empêcher le mariage d'Édouard IV d'Angleterre avec la fille du comte de Foix, et celui de René d'Alençon, son propre fils, avec la sœur du duc de Bourbon, auxquels Louis XI était favorable ; sa connivence avec les princes français hostiles au roi, et en particulier avec le duc de bourgogne, auquel il s'était engagé à remettre son apanage, et qui lui avait proposé un asile dans ses États en cas de nécessité. (D'après Anselme, tome III, p.274 et suivantes, Joseph Vaesen et Étienne Charavay, Lettres de Louis XI tome V p.107, note no 1, Librairie Renouard, Paris 1895).