Jean II Le Meingre

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Jean II Le Meingre
Boucicaut agenouillé devant sainte Catherine (Heures du maréchal de Boucicaut)
Boucicaut agenouillé devant sainte Catherine (Heures du maréchal de Boucicaut)

Surnom Boucicaut
Maréchal de Boucicaut
Naissance 1364
à Tours
Décès 25 juin 1421 (à 57 ans)
Yorkshire
Origine Français
Allégeance Blason France moderne.svg Royaume de France
Grade Maréchal de France
Années de service 13781415
Conflits Guerre de Cent Ans
Faits d'armes Bataille de Roosebeke
Bataille de Nicopolis
Bataille d'Azincourt

Emblème

Jean II Le Meingre[1], surnommé Boucicaut[2], deuxième du nom, (né en 1364, Tours - mort en Angleterre, dans le Yorkshire, probablement le 25 juin 1421[3]), maréchal de France.

Biographie[modifier | modifier le code]

Saint Roch dont les reliques furent déposées par Boucicaut à Arles

Jean II Le Meingre est le fils du maréchal de France Jean Ier Le Meingre, également surnommé Boucicaut[4],[5], et de Florie de Lignières.

Le dépôt des reliques de saint Roch à Arles[modifier | modifier le code]

En 1372, Jean II descendit à Avignon. Au nom de son père, il avait pour mission d’offrir les reliques de saint Roch au couvent de la Trinité d’Arles[6]. Il était accompagné de Philippe de Mézières, compagnon d’armes du maréchal. Le pape Grégoire XI avalisa la volonté paternelle et le petit Jean se rendit avec son mentor en pèlerinage à Arles et aux Alyscamps.

Ses premières campagnes[modifier | modifier le code]

Élevé à la Cour comme page d’honneur du roi Charles V, il fit ses premières armes dès l’année 1378. En juillet, le roi ordonna la confiscation immédiate des fiefs normands de son cousin Charles le Mauvais. Il en chargea le duc Louis II de Bourbon qui entra en campagne accompagné du jeune Boucicaut.

Lorsque le 19 juillet 1380, les pourparlers de Leulinghem furent rompus, Hugues de Calveley débarqua à Calais et entreprit de ravager l’Artois et la Champagne. En représailles, Charles V ordonna à Jean de Vienne de traverser la Manche et de porter la guerre sur le sol anglais. Ce que fit l’amiral, le 30 août, en détruisant Gravesend à l’embouchure de la Tamise. Pendant ce temps, le maréchal Louis de Sancerre, accompagné du fils aîné de Boucicaut, s’avança en Guyenne et mit le siège devant Montguyon, à une journée de marche de Libourne.

Armé chevalier par le duc de Bourbon[modifier | modifier le code]

Si Louis II de Bourbon, l’oncle maternel de Charles VI, s’illustra à la bataille de Roosebeke, le 27 novembre 1382, au cours des combats, un jeune noble tourangeau se fit aussi remarquer par sa vaillance. C’était Jean II qui fut armé chevalier au soir de la victoire par le duc en présence du roi.

En 1385, Jean de Gand, duc de Lancastre, revendiquant le royaume de Castille, l’envahit avec une armée de Galice. Une expédition française sous les ordres du duc de Bourbon partit au secours du roi Jean 1er de Castille. Le jeune Boucicaut se signala à nouveau par sa bravoure au cours de cette campagne.

Les joutes de saint Inglevert[modifier | modifier le code]

Au cours de l’année 1388, Charles VI chargea Boucicaut, de contenir les Anglais de Guyenne qui s’efforçaient de reconstituer leur domaine fortement réduit par les conquêtes de Charles V. Puis il s’illustra en Normandie par la prise du château de Breteuil qui commandait les liaisons entre cette province et la France.

En 1389, lors d’une trêve, il se rendit à Saint-Inglevert, près de Calais. Accompagné de deux autres chambellans du roi, pendant trente jours il défia tous les chevaliers ou écuyers anglais ou autres qui les voudraient combattre en joute. Les trois Français se relayèrent pour rompre leurs lances sur trente-six adversaires originaires d’Angleterre, du Hainaut et de Bohême, sans être désarçonnés une seule fois.

Sa première croisade en Tunisie[modifier | modifier le code]

Au printemps 1389, des centaines de Routiers convergèrent vers la Provence. À leur tête se trouvaient Louis II de Bourbon et Enguerrand de Coucy. Ils furent rejoints par Philippe d’Artois, comte d’Eu, Boucicaut et Jean de Vienne. Tous préparaient activement une expédition contre les infidèles. Le 13 mars, le duc de Touraine fit savoir qu’il prêtait 20 000 ducats à son oncle Louis et 10 000 au sire de Coucy.[réf. nécessaire]

Le départ se fit de Marseille vers la Tunisie. Arrivés sur place, les croisés proposèrent un combat de dix chevaliers contre dix guerriers musulmans.[réf. nécessaire] Boucicaut se porta immédiatement volontaire. Cette joute n’eut pas lieu mais lors d’un affrontement il fut capturé en compagnie du comte d’Eu.[réf. nécessaire] Menés au Caire, ils restèrent prisonniers sur parole pendant quatre mois.

Libérés en novembre 1390, ils purent rejoindre la Cour de France qui séjournait à Cluny. Sur recommandation de Philippe d’Artois, Boucicaut fut nommé chambellan du roi. Pour rembourser sa rançon, il fut alors contraint de vendre sa seigneurie de Chaumussay à Guy de Craon, seigneur de Sainte-Julitte, autre chambellan du roi.

Chevalier teutonique[réf. nécessaire]

Sa nouvelle croisade avec les chevaliers teutoniques[modifier | modifier le code]

Au début de l’été 1391, toujours à la recherche de plaies et de bosses, Louis de Bourbon, l’Hermite de Faye, Boucicaut et son frère Geoffroy le Meingre rejoignirent les chevaliers teutoniques pour guerroyer en Prusse et en Lituanie. Sous les ordres du Grand Maître Conrad de Wallenrod, le 1er août à Elbing, ils attaquèrent les troupes polonaises du roi Vladislas II Jagellon, partisan du pape de Rome. Ce fut à Koenigsberg, à la mi-décembre, que Boucicaut reçut de Charles VI sa nomination de maréchal de France[7].

Le second maréchal Boucicaut[modifier | modifier le code]

Son retour en France fut rapide puisque le roi lui remit en grande solennité le bâton de maréchal le jour de Noël 1391 en l’église de Saint-Martin de Tours. Il succédait au maréchal de Blainville qui venait de décéder.

La première mission du nouveau maréchal fut de se rendre à Périgueux afin de démanteler la forteresse qu’Archimbaud V avait fait construire sur le site des Arènes antiques.

Dans la forêt du Mans[modifier | modifier le code]

Charles VI saisi de folie non loin du Mans, enluminure du XVe siècle réalisée pour les Chroniques de Jean Froissart.

Le 5 août 1392, dans la forêt du Mans, Charles VI fut pris d’une crise de démence. Il tenta de tuer son frère Louis, que sauva son écuyer Bertrand Boytard, et trucida quatre membres de son escorte. Le roi de France, devenu fou[8], put être maîtrisé grâce à l’intervention de Boucicaut.

L’entrevue de Boulbon[modifier | modifier le code]

Louis de Bourbon rejoignit Avignon à la mi-mai 1393. Le duc était là pour tenter de mettre un terme à la guerre que faisait Raymond de Turenne à Clément VII, à Marie de Blois, comtesse de Provence, et à son fils Louis II d'Anjou. Une entrevue fut prévue au château de Boulbon[9] qui appartenait à Boucicaut.

Elle eut lieu le 1er juin puisqu’un sauf-conduit fut accordé au vicomte de Turenne pour se rendre des Baux-de-Provence à ce château afin d’y rencontrer les ambassadeurs du roi de France. Ce fut lors de cette entrevue que le vicomte apprit que le Conseil du roi avait un parti à lui proposer pour sa fille en la personne du maréchal. Raymond de Turenne dit consentir pour faire plaisir au roi notre sire et à nos seigneurs les ducs, et pour le bien et honneur de la personne dudit monseigneur le maréchal.

Jean de Vienne qui fit le siège des Baux-de-Provence que défendait Raymond de Turenne

Clément VII s’oppose au mariage de Boucicaut[modifier | modifier le code]

Antoinette de Turenne, fille de Raymond VIII et seule héritière de sa vicomté, devait initialement épouser Charles du Maine[10], prince de Tarente et frère cadet de Louis II d’Anjou. Le Conseil du roi, réuni à Abbeville, à la fin du printemps 1393, entérina l’accord du vicomte de Turenne.

Le 25 juin, furent dépêchés Jean de Pertuis et Jean Blondel comme ambassadeurs auprès de Raymond de Turenne[11] et Clément VII. Au cours de l’audience que leur accorda le pape à Avignon, les deux plénipotentiaires royaux insistèrent sur les avantages de l’union d’Antoinette avec le maréchal, fidèle serviteur de la politique royale. Ce mariage était le gage de la fin des conflits entre le vicomte de Turenne, le pape, l’Église, Marie de Blois, la comtesse de Provence et son fils Louis II d’Anjou.

De son côté, Jean Blondel devait intimer l’ordre à Jean de Vienne de lever impérativement le siège des Baux. Ce qui fut fait bon gré, mal gré par l’amiral. Quant au pape, il rechigna. Pour empêcher que Boucicaut pût se marier, il refusa tout d’abord un sauf-conduit au maréchal qui arrivait à la tête d’une escorte de deux cents cavaliers. Grâce à l’intervention d’Édouard II de Beaujeu, beau-frère du vicomte, il put être obtenu d’une façon détournée. En effet Clément VII décréta une trêve de quelques jours et accorda l’autorisation de passage[12].

parti, au premier, d'argent à l'aigle de gueules bécquée et membrée d'azur, qui est de Boucicaut, au second, coticé d'or et de gueules de douze pièces, qui est de Turenne

Les noces du maréchal avec Antoinette de Turenne aux Baux-de-Provence[modifier | modifier le code]

Le 24 décembre 1393, en présence de Raymond de Turenne, Bernard Trévenq, vicaire de la chapelle castrale des Baux, célébra le mariage de Boucicaut et d’Antoinette, âgée alors d’environ 17 ans.

Par contrat[13], le maréchal recevait en dot le comté d’Alès, la baronnie d’Anduze, les fiefs de Portes-Bertrand et de Saint-Étienne-de-Valfrancesque[14]. Quant à lui, il affirma être prêt à soutenir la querelle de son beau-père contre le pape et la seconde maison d’Anjou et même à lui céder son château de Boulbon. De plus, il promit que ses héritiers mâles porteraient sur leur écu les armes de Turenne écartelées des siennes[15].

Le maréchal se joue du vicomte[modifier | modifier le code]

Après les noces, Raymond de Turenne quitta les Baux. Le maréchal installa son épouse à Boulbon et proposa à son beau-père de l’accompagner à Villeneuve-lès-Avignon[16]. De là, ils s’en furent à Viviers puis à Baix où résidait Alix la Major, veuve du comte de Valentinois et tante du vicomte.

Là, au cours des trois dernières semaines de janvier 1394, Boucicaut séduisit son beau-père. Le maréchal lui affirma être prêt à l’appuyer dans ses litiges avec Marie de Blois, se dit prêt à intervenir auprès du Parlement en faveur de la comtesse douairière (major) de Valentinois spoliée de ses fiefs par son neveu.

Mais les promesses du maréchal restèrent lettre morte. Il n’y eut point le 1er avril de rétrocession de Boulbon comme promis. Le vicomte furieux commença à accuser son gendre de « tricheries, desloiautés et barateries » d’autant qu’il s’était accaparé de Pontgibaud en Auvergne, fief de son beau-père, dans la première semaine de mars 1394[17].

Le vicomte prit alors conscience qu’il avait été joué et que l’accord passé n’avait jamais été considéré par le maréchal comme un engagement réel.

La croisade de Nicopolis[modifier | modifier le code]

Article détaillé : bataille de Nicopolis.
Massacre des prisonniers après la bataille de Nicopolis

Avant de partir en Hongrie pour porter secours au roi Sigismond menacé par les Ottomans de Bajazet, dit l’Éclair, les troupes franco-bourguignonnes se concentrent à Dijon le 20 avril 1396. Dans cette armée, commandée par Jean, comte de Nevers et futur duc de Bourgogne, se trouvaient le duc Jean Ier de Bourbon avec l’amiral Jean de Vienne, porteur de l’étendard marial, Gui de La Trémoïlle, Enguerrand de Coucy, Boucicaut et son frère Geoffroy.

Les croisés renforcés par les hospitaliers de Philibert de Naillac, Grand Maître de l’Ordre de Saint-Jean de Jérusalem se dirigèrent vers Nicopolis[18] où il se heurtèrent à l’armée de Bajazet le 25 septembre.

Ils furent taillés en pièces[19]. Seul Sigismond réussit à s’enfuir sur un navire vénitien. L’amiral Jean de Vienne fut tué. Le jeune comte Jean, qui avait gagné sur le champ de bataille son surnom de Jean sans Peur, intervint auprès de Bajazet pour que les deux frères Boucicaut, Gui de La Trémoïlle et Enguerrand de Coucy aient la vie sauve. Ils firent partie des vingt-quatre seuls prisonniers amenés par Bajazet en captivité. Le maréchal fut libéré par anticipation afin d’avertir les familles des prisonniers à rançon de la somme qui leur était imposée.

Vue de Gênes au XVe siècle

Le gouverneur de Gênes[modifier | modifier le code]

Ce fut en 1395 que le doge de Gênes, Antonio Adorno, offrit la souveraineté de la Superbe République à Charles VI pour tenter de mettre fin aux conflits entre les grandes familles. Le roi, poussé par son frère Louis d’Orléans, gendre de Jean-Galéas Visconti, potentat de Milan, accepta le 24 mars 1396.

Les troupes françaises prirent possession de Savone qui avait fait la même offre le 16 mars 1396 et de Gênes le 27 novembre 1396. Libéré, Boucicaut devint gouverneur de ces deux cités en 1401. Il s’y conduisit avec une rare fermeté. Il s’empara de la ville de Famagouste à Chypre, mais fut défait par les Vénitiens dans un combat naval en 1403. En son absence, las de la domination française, les Génois se soulevèrent contre lui et la garnison française fut surprise et massacrée (1409). Incapable de réduire la sédition, le maréchal dut rentrer en France.

Le vicomte de Turenne[modifier | modifier le code]

En 1413, à la mort de son père, Antoinette devint vicomtesse de Turenne[20]. Le 12 mars, Boucicaut se trouve avec Antoinette au château de Castelnau-Bretenoux en vicomté de Turenne[21]. Le 4 avril 1413, Boucicaut s’intitule vicomte de Turenne. Le 3 juin, les consuls de Brive donne procuration à Pierre Régis, bachelier ès-droits, et à Pierre Raynal le Jeune, notaire « pour accorder les différents avec puissant seigneur Boucicaut, mareschal de France, et dame Antoinette, vicomtesse de Turenne[22]. »

Prisonnier à la bataille d’Azincourt[modifier | modifier le code]

La bataille d'Azincourt

Le vendredi 25 octobre 1415, jour de la saint Crépin, la bataille d'Azincourt fut livrée contre l’avis de Boucicaut. Les troupes françaises placées sous le commandement de Jean Ier, comte d’Alençon et du connétable Charles Ier d’Albret furent taillées en pièces[23].

Le comte d’Alençon fut tué ainsi que le connétable d’Albret et Édouard III, duc de Bar. Henri V, roi d’Angleterre, ordonna le massacre des prisonniers à rançon. Rares furent ceux qui comme Charles d’Orléans, le duc de Bourbon et le Maréchal Boucicaut eurent la vie sauve et furent amenés outre-Manche[24].

Mort en Angleterre et inhumé à Tours[modifier | modifier le code]

Après son décès, il fut inhumé en la basilique de Saint-Martin de Tours, dans la chapelle de sa famille. Une épitaphe lui donne le titre de Grand Connétable de l’Empereur et de l’Empire de Constantinople. Antoinette de Turenne fut, à sa demande, enterrée auprès de son époux.

Œuvres[modifier | modifier le code]

Le Livre des faicts du bon messire Jean le Maingre, dit Boucicaut[modifier | modifier le code]

Ses Mémoires, connues sous le nom de Livre des faicts du bon messire Jean le Maingre, dit Boucicaut, sont parvenues jusqu’à nous, écrites par lui-même ou sous ses yeux.[réf. nécessaire]

En voici les principales éditions :

  • Histoire de Mr Jean de Boucicaut, mareschal de France, gouverneur de Gennes, et de ses mémorables faicts en France, Italie et autres lieux, du règne des roys Charles V et Charles VI, jusques en l’an 1408, Éd. Théodore Godefroy, Libraire A. Pacard, Paris, 1620.
  • Le Livre des faicts du mareschal de Boucicaut, éd. Cl.-B. Petitot, dans Collection complète des mémoires relatifs à l’histoire de France, T. VI, Éd. Foucault, Paris, 1819
  • Le Livre des faicts du bon messire Jean le Maingre, dit Boucicaut, maréchal de France et gouverneur de Gennes, dans Nouvelle Collection des mémoires pour servir à l’histoire de France, depuis le XIIIe siècle jusqu’à la fin du XVIIIe siècle, précédés de notices pour caractériser chaque auteur des mémoires et son époque, suivis de l’analyse des documents historiques qui s’y rapportent, Paris, Éditeur du Commentaire analytique du Code civil, 1re série, T. II, 1836.
  • Livre des faits du bon messire Jean le Maingre, dit Bouciquaut, mareschal de France et gouverneur de Jennes, Choix de chroniques sur l’histoire de France, Éd. A. Desprez, Paris, 1838.
  • Le Livre des fais du bon messire Jehan le Maingre, dit Bouciquaut, mareschal de France et gouverneur de Jennes, Éd. Droz, Paris et Genève, 1985.

Ses Mémoires sont une mine de renseignements sur :

Sa façon de vivre[modifier | modifier le code]

« De sa vêture et habillement le Maréchal n’est mignot ni déguisé, quoique son appareil soit propre et net ».

« Quant à la nourriture, sachez que la coutume de ce Boucicaut est telle que jamais à table il ne mange que d’une seule viande, la première qui lui tombe sous la main. Jamais il ne se délecte en étranges viandes, ni sauces ou saveurs diverses ».

« Quant au vin, il ne le boit que couper d’un quart d’eau, et il n’en prend jamais hors à dîner et à souper. Il boit comme il mange, très temprément et sobrement ».

« Et quoique ses gens soient servis en argent doré et qu’il ait assez de vaisselle, jamais il ne veut être servi de nulle chose en or ni en argent. Il préfère l’être en étain, en verre ou en bois ».

« Le Maréchal a le jour du vendredi en grande révérence. Il n’y mange chose qui ne prenne mort et, en l’honneur de la Passion de Notre-Seigneur, il ne se vêt que de noir. Le samedi, il jeûne de droite coutume ainsi que tous les jours commandés par l’Église. Et pour rien n’en briserait ».

Sa dévotion[modifier | modifier le code]

« Le Maréchal cause peu. Et quand de son mouvement, il se prend à parler, c’est toujours de Dieu ou des saints, de vertu ou de bien qu'aucun a fait, de vaillance et de chevalerie, de quelque bon exemple ou de toutes autres belles choses ».

« Sachez que moult lui plaît ouïr beaux livres de Dieu et des saints, des faits des antiques Romains et histoires anciennes ».

« Il aime Dieu et le redoute surtout car il est très dévot. Chaque jour, il dit ses heures, oraisons et suffrages des saints. Et quelque besoin ou hâte qu’il ait, il entend chaque matin deux messes, les genoux à terre. Ni nul n’oserait lui parler tandis qu’il est à ses messes et qu’il dit son service ou prie Dieu ».

« De plus, jamais ne jure Notre-Seigneur, ni la mort, ni la chair, ni le sang, ni autre détestable serment. En son hôtel, il ne souffre aucun jurement ni que ses gens renient et maugréent, comme tant font. Mal leur adviendrait si cela venait à sa connaissance et il n’y a si grand qu’il n’en punirait ».

Son respect de la religion[modifier | modifier le code]

« Le Maréchal aime à secourir couvents et églises et fait réparation de chapelles et lieux d’oraison. Volontiers il donne aux pauvres prêtres, aux pauvres religieux et à tous ceux qui sont au service de Dieu. Et à tout dire, jamais ne fault à ceux qui lui demande l’aumône pour l’amour de Dieu ».

« Quand le Maréchal voyage aucune part en armes, il fait défendre expressément, sous peine de la hart, que nul ne soit si hardi de grever église, ni monastère, ni prêtre, ni religieux, même en terre d’ennemis ».

« Outre cela, Boucicaut va très volontiers en pèlerinage ès lieux dévots tout à pied, en grande dévotion, et prend grand plaisir de visiter les saintes places et bons prud’hommes qui servent Dieu ».

« Boucicaut est très secourable et grand aumônier. Il aime chèrement toutes gens dont il est informé qu’ils mènent bonne et sainte vie et qui servent dévotement Notre Seigneur. Volontiers les visite et les hante, car comme dit le proverbe commun : Chacun aime son semblable ».

« Davantage ne ment et ce que le Maréchal promet, il le tient. Il hait les mensongers et flatteurs qu’il chasse. Il hait pareillement jeux de fortune ni nul temps n’y joue ».

Les Heures du maréchal Boucicaut[modifier | modifier le code]

Les Heures du maréchal Boucicaut font partie des collections du Musée Jacquemart-André à Paris. Sur deux cent quarante-neuf feuillets en parchemin, le Maître de Boucicaut a peint quarante-quatre grandes miniatures.

Ce manuscrit enluminé était initialement aux armes et devise du maréchal et de son épouse Antoinette de Turenne. Elles ont été après coup surchargées ou écartelées à celles de Poitiers-Valentinois.

Cela cesse d’être un mystère quand on sait que Geoffroy le Meingre, frère du maréchal et gouverneur du Dauphiné (1399-1407) devenu veuf de Constance de Saluces, s’était remarié à Isabelle de Poitiers-Valentinois en 1421.

Son fils Jean III le Meingre, fut l’héritier du Livre d’Heures de son oncle et y fit ajouter quatre folios avec son portrait[25]. Il testa en 1485 et demanda à son légataire et cousin Aymar de Poitiers-Valentinois d’écarteler ses armes avec les leurs. Les modifications des blasons auraient été faites à la demande de celui-ci.

Une édition moderne des Heures du maréchal Boucicaut a été faite par :

  • Albert Châtelet, L’Âge d’or du manuscrit à peintures en France au temps de Charles VI et les Heures du maréchal Boucicaut, sous l’égide de l’Institut de France, Éd. Faton, Dijon, 2000.

Ses poèmes apocryphes[modifier | modifier le code]

Le Livre des cent ballades lui a été longtemps attribué. Il l’aurait, disait-on, composé en captivité avec Jean de Werchin, Philippe d’Artois, le maréchal d’Eu, et Jean de Cresèques. Il est certain que la présence de Charles d’Orléans, prisonnier comme eux, dut inciter quelques chevaliers français à rimailler. Et ce fut, selon la critique actuelle, très certainement le sire de Werchin qui composa la quasi-totalité des ballades. À titre d’exemple, voici un des rondeaux que l’on se plaisait à attribuer à Boucicaut :

Monstrer on doit qu’il en desplaize
Du mesfaict, à qui n’a povoir
De servir ; car si cru pourvoir
En parler, il semble qu’il plaize,
Qui ne peut, pour le moins se taize,
Monstrer on doit qu’il en déplaize
De servir à qui n’a povoir.
Mais dire qu’on n’a temps, ni aize,
Pour aage d’y faire devoir,
Chacun seet bien apparcevoir
Que peu courée tôt sa rapaize,
Monstrer on doit qu’il en déplaize.

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Le Meingre – de l’ancien français « mingre » – signifiait maigre, chétif.
  2. Bouciquaut désignait un mercenaire
  3. Denis Lalande, Jean II le Meingre, dit Boucicaut (1366-1421): étude d'une biographie héroïque p. 173
  4. [1]
  5. Mary Cousin, Manus Deï, (ISBN 978-2-9529705-0-1)
  6. Ce dépôt est relaté dans un manuscrit des Archives municipales d’Arles (Ms. 723, 1372). Saint Roch, natif de Montpellier, commençait à être honoré comme le grand saint anti-pesteux. Sa renommée fut européenne puisqu’en 1501, le pape Alexandre VI Borgia demanda aux trinitaires d’Arles d’envoyer des fragments des reliques de saint Roch aux trois couvents de trinitaires créés dans le royaume de Grenade reconquis. Ce ne fut qu’après la Révolution qu’elles furent entreposées à Saint-Trophime d’Arles.
  7. Jean II le Meingre n’avait pas vingt-cinq ans. Son père avait attendu vingt ans de plus cette dignité.
  8. À Rome, Boniface IX déclara que c’est bien fait car « Dieu avoit tollu son sens pour avoir soutenu cet anti-pape d’Avignon ». Bien sûr, à Avignon, Clément VII fut du même avis mais pour une autre raison, car expliqua-t-il «Le roy de France avait juré, sur sa foi, qu’il destruiroit le faux pontife romain, il n’en avoit rien faict, adonc Dieu fut courroucé ».
  9. Jean II le Meingre était fieffé des deux côtés du Rhône à Aramon et à Boulbon, les deux cités se faisant face.
  10. Raymond VIII de Turenne avait vu d’un très mauvais œil le mariage prévu entre le prince de Tarente et sa fille. Les lettres royales indiquaient d’ailleurs pour argumenter avec la pape que Si nostre Saint Père ou autres disoient que l’on traitait ou eut traité du mariage du frère (Charles de Tarente) dudit roi de Sicile avec ladite fille (Antoinette), qu’il soit répondu que ledit messire Raymond a dit qu’il aimeroit mieux que sa fille fût morte que ce qu’elle fût mariée au frère dudit roi. Car il est trop grand seigneur. Et la veux marier à homme de qui il puisse être servi et qu’il s’en tient être honoré, et non pas à seigneur devant qui lui faudroit agenouiller.
  11. Raymond de Turenne en conflit avec le pape d’Avignon et Marie de Blois, comtesse de Provence, était alors assiégé dans sa forteresse des Baux-en-Provence par l’amiral Jean de Vienne.
  12. Boucicaut arriva à la forteresse des Baux le 21 décembre 1393. Dans sa suite se trouvaient Hélion de Neillac, chambellan de Charles VI, Édouard de Beaujeu et Blain Loup, maréchal du Bourbonnais. Mais le pontife avignonnais n’avait pas désarmé. Dans la semaine de Noël 1393, Pierre Vyen et Jaumet Martin, deux hommes d’armes de Boucicaut, sortis de Boulbon chargés de lettres pour les Baux où séjournait le maréchal, furent attaqués, capturés et torturés. Comme le fait remarquer R. Veydarier, Boucicaut fut d’emblée considéré comme un soutien important de Raymond de Turenne et le château de Boulbon comme une place forte ennemie. Cf. R. Veydarier, Raymond de Turenne, la deuxième maison d’Anjou et de Provence : étude d’une rébellion nobiliaire à la fin du Moyen Âge, thèse de l’Université de Montréal (Québec), 1994.
  13. Le contrat de mariage, fut rédigé le même jour par le notaire apostolique Pierre Morgant, diacre d’Orléans, et Jean Fressat, notaire public. Il est conservé aux Archives Nationales dans la série R2 37, f° 79-82. Raymond de Turenne se réservait, à la mort de son père, de pouvoir échanger les fiefs attribués en dot contre le comté de Beaufort. En cas de mort de Boucicaut avant son épouse ou de mariage stérile, la dot retournerait aux Roger de Beaufort. Lors de son mariage, Antoinette de Turenne déclara renoncer à tout autre droit sur l’héritage paternel. Quant à la rente délivrée par Boucicaut à son épouse, Raymond s’en remettait au roi et à ses oncles « selon raison et l’estat de la dicte fille ».
  14. La signature du contrat de mariage n’eut lieu qu’au début janvier 1394, à Viviers, en présence de l’évêque Guillaume-Philippe de Poitiers-Valentinois.
  15. La nouvelle se répandit jusqu’en Italie puisqu'une lettre datée du 4 janvier 1394 indique : « Messire Raymond a marié sa fille à Messire Boucicaut qui est un grand personnage, très en faveur auprès du roi de France, et son connétable. Il est venu secrètement, a passé le Rhône, est allé aux Baux et l’a épousé là et confirmé le mariage » (Archives Datini). Cf. R. Brun, Annales avignonnaises de 1382 à 1410 extraites des Archives Datini, Mémoires de l’Institut historique de Provence, 1935 à 1938.
  16. Raymond de Turenne confirme l’offre faite par son gendre de se rendre à Villeneuve-lès-Avignon : « Et la me requist et pria le dit mareschal que je voulsisse aller avecquez lui a Villenesve. Et me jura le dit mareschal par sa foy qu’il me retourneroit en sa propre personne aux Baux. Et de Villenesve, en sors me mena a Viviers ». Si l’on en croit les termes de la lettre adressée, le 4 janvier 1394, par Francesco Benini à Prato, une entrevue entre Boucicaut et son beau-père, d’une part, Marie de Blois et une légation pontificale, d’autre part, y était prévue.
  17. Raymond de Turenne reçut un courrier d’Auvergne de son capitaine de Pontgibaud qui l’informait que des hommes d’armes de Boucicaut, avec sa procuration en mains, étaient venus exiger son château en le menaçant de le pendre s’il ne cédait pas. Archives Nationales, KK 1213a, f° 33 r°.
  18. [http://www.carrouges.fr/manus-dei/Nicopolis.html Mary Cousin, Manus Deï, (ISBN 978-2-9529705-0-1)
  19. Froissart commente « Onsques sanglier escumant au loup enragé plus fièvrement ne s’abandonna ». Dans la panique générale, les Turcs n’eurent aucune peine pour rattraper les Croisés vaincus et handicapés dans leur fuite par le port de leurs solerets à la poulaine (polonaise).
  20. Denis Lalande, Jean II le Meingre, dit Boucicaut : 1366-1421, p. 55
  21. La vicomté de Turenne au XIVe siècle, in Bulletin de la Société scientifique, historique et archéologique de la Corrèze, volumes 87 à 89, 1965, p. 127.
  22. Henri Delsol, Le consulat de Brive-la-Gaillarde : essai sur l'histoire politique et administrative de la ville avant 1789, Imprimerie catholique, 1936, p. 170.
  23. Lors de « la piteuse journée d’Azincourt », les Anglais eurent 1 500 tués. Sur les 20 000 Français engagés il y eut entre 3 000 et 4 000 morts dont 600 nobles. Ce qui décapita la chevalerie et le baronnage du Nord de la France.
  24. Le maréchal Boucicaut y mourut en 1421, le duc Jean Ier de Bourbon, en 1434. Charles d’Orléans y resta détenu jusqu’en 1440.
  25. Certains spécialistes affirment que le portrait Jean III le Meingre aurait été de la main de deux ecclésiastiques qui lui étaient proches : Pierre Velhon et le Vitre. D’autres pensent que les retouches concernant l’inscription au bout d’un bâton au sommet de la croix ainsi que les cinq clous plantés au croisement des traverses de celles-ci sont typiquement du style quartonien. Mais la thèse de Charles Sterling (1983) sur Enguerrand Quarton désigne Pierre Villate comme seul intervenant. En soulignant cependant qu’il avait déjà travaillé avec Quarton sur le retable de Calard. Depuis Dominique Thiébaut, conservatrice responsable des primitifs français et italiens au Louvre, a ouvert une autre voie en expliquant que deux des miniatures commanditées par Jean le Meingre seraient une œuvre de jeunesse d’Enguerrand (vers 1450) avec un ajout de Villate (1480 / 1490) au portrait du commanditaire.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Pilham, Histoire du Maréchal Boucicaut, Paris, 1697.
  • A. Mazas, Vies des Grands Capitaines français du Moyen Âge (Louis de Clermont, duc de Bourbon, et Jean le Meingre de Boucicaut), t. IV, Paris, 1845.
  • P. Nobilleau, Sépultures des Boucicault en la basilique de Saint-Martin (1363-1490), Tours, 1873.
  • J. Delaville Le Roulx, La France en Orient au XIVe siècle : Expéditions du Maréchal Boucicaut, Bibliothèque des écoles françaises d’Athènes et de Rome, 1886.
  • M. de. Villeneuve, Notice sur un manuscrit du XIVe siècle : les Heures du Maréchal Boucicaut, Paris, 1889.
  • P. Pansier, Les Boucicaut à Avignon, Avignon, 1933.
  • J. Dufournet, Jean le Maingre, dit Boucicaut, in Dictionnaire des lettres françaises: le Moyen Âge, Paris, 1964.
  • P. R. Vernet, Antoinette de Turenne, vicomtesse de 1412 à 1421 et Jean le Meingre-Boucicaut, vicomte usufruitier, Bulletin de la Société scientifique, historique et archéologique de la Corrèze, t. 97 et 98, 1975-1976.
  • G. Borsari, Jean le Meingre de Boucicaut, maréchal de France, gouverneur de Gênes, 1401-1409, Revue française d’héraldique et de sigillographie, no 47, 1977.
  • D. Lalande, Études sur le « Livre des fais du bon messire Jehan le Maingre, dit Bouciquaut, mareschal de France et gouverneur de Jennes », thèse de doctorat, Université de Paris IV-Sorbonne, 1983.
  • D. Lalande, Jean II Le Meingre, dit Boucicaut, étude d’une biographie héroïque, Éditions Droz, 1988.
  • Sébastien Nadot, Rompez les lances ! Tournois et chevaliers au Moyen Âge, ed. Autrement, Paris, 2010.

Sources[modifier | modifier le code]

  • [Anonyme], Vie de Jean Boucicaut
  • [Perrin, 2000], Dictionnaire des Maréchaux de France du Moyen Âge à nos Jours

Annexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]