Jean Henri Hassenfratz

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Portrait de Jean-Henri Hassenfratz

Jean Henri Hassenfratz (né à Paris le 20 décembre 1755, mort dans cette même ville le 26 février 1827), personnalité montagnarde pendant la Révolution française, fut le premier professeur de physique de l’École polytechnique (France) et l'un des premiers inspecteurs des mines.

Biographie[modifier | modifier le code]

À l'école des Lumières[modifier | modifier le code]

Autodidacte (il fut d'abord charpentier), Jean-Henri Hassenfratz est un jeune homme brillant qui cherche très tôt à se rapprocher de personnages importants et instruits. C’est ainsi qu’il apprend la géographie en 1778 au cabinet de Jean-Baptiste de Beaurain, géographe du roi ; en 1779, avec Jean de Champigny (1712-1787), qu'il appelle « papa Champigny » ; ce dernier le met en relation avec le marquis de Serent, dont Jean-Henri se lie d'amitié avec les deux fils âgés de 15 et 18 ans en 1779. Grâce à Serent, il participe aux manœuvres militaires de Saint-Omer fin 1779, ce qui lui vaut de rencontrer Monge, dont il suit les cours en 1780-81. En outre, grâce à Champigny, il fait la connaissance de Sylvestre-François Lacroix, alors âgé de 15 ans et dont il deviendra l'ami intime. Il travaille comme géographe au régiment des Dragons de la Reine (1781). Il fait aussi la connaissance de Balthazar Sage[1], ce qui lui permet d'être membre de la première promotion des élèves de l’École des Mines[2]. L'Administration l'envoie en mission en Styrie et en Carinthie avec deux camarades, et est satisfaite de son rapport[3]. À la même époque, Jean-Henri est admis dans la franc-maçonnerie[4]. Grâce à l'appui de Fourcroy et Mauduyt, il est même nommé correspondant de la Société royale de médecine (1783). C'est ainsi qu'il parvient à se faire nommer sous-inspecteur des mines le 1er janvier 1785.

Il prend ensuite contact avec Antoine Lavoisier, qui présente la candidature de Jean-Henri à l'Académie des sciences dès 1786[5]. En 1786-87, il travaille chez Lavoisier sur le bleu de Prusse, puis il participe à la controverse sur le phlogistique et publie largement jusqu'en 1792 dans les Annales de chimie, dont il est l'un des huit fondateurs. En 1790, il s'intéresse à la synthèse de la soude.

Engagé dans la Révolution[modifier | modifier le code]

Lorsque la Révolution éclate, il s'enthousiasme pour les idées nouvelles et s'engage à fond dans le combat politique. Dès 1790, il publie un Manuel militaire de l'infanterie, cavalerie et artillerie nationale... En janvier 1792, il est membre de la société patriotique du Luxembourg, créée par Jean-Nicolas Pache, avec Gaspard Monge.

Il devient membre de la Commune de Paris, le 10 août 1792. Le ministre de la Guerre Jean Nicolas Pache le nomme directeur de l'administration du matériel au ministère de la Guerre.

Le 31 mai 1793, c'est Hassenfratz qui demande la tête des girondins. Cet activisme du 31 mai 1793 lui sera reproché tout le reste de sa carrière. Ainsi, malgré le soutien de Prieur de la Côte-d'Or et de Gaspard Monge, il sera exilé en province pendant l'été 1796.

Il échappe aux poursuites après le 9 thermidor an II (27 juillet 1794). Vers la même époque, il reçoit le titre d'inspecteur des mines.

On le voit à la tête du faubourg Saint-Marceau lors de l’Insurrection du 1er prairial an III (20 mai 1795). Il obtient sa libération grâce à la loi votée par la Convention à sa séparation (1795).

Le professeur[modifier | modifier le code]

Assagi, Hassenfratz reparaît le 4 brumaire an III (25 octobre 1795) mais se consacre désormais à l’enseignement de la physique et de la chimie : il devient professeur à l'École des Mines en 1795 et instituteur de physique générale à École centrale des travaux publics par arrêté du 5 frimaire de l'an III[6].

Lors de la réorganisation du corps des Ingénieurs des mines par Napoléon, il reçoit le grade d'ingénieur divisionnaire en 1810, grade qu'il conservera jusqu'à sa retraite en 1822.

Il enseigne la Physique générale à Polytechnique jusqu’au retour des Bourbons, avec un cours dont le nombre de séances fut progressivement réduit à partir de 1808. Il y enseigne aussi la Physique céleste, les Éléments de machines, les Travaux des mines, les Fortifications. Aucun de ces cours n'eut un grand succès auprès des élèves. Il est invité à donner sa démission en 1814, est nommé professeur émérite avec appointements, mais en 1815 ce titre et cette pension lui sont retirés[7].

À l'École des mines de Paris, transférée à Moûtiers de 1802 à 1815, Hassenfratz est l'un des trois professeurs[8]. Hassenfratz séjournait à Moûtiers de novembre à avril. Il y organisait notamment des travaux pratiques de chimie. C'est encore là qu'il rédigea son traité majeur : La Sidérotechnie, ou l'art de traiter les minerais de fer...

Il exerce peu d'activités dans l'inspection des mines. Il est toutefois chargé d'une mission peu connue d'organisation de la succession de Charles Axel Guillaumot à l'Inspection générale des carrières de Paris (1809) ; il soutient la prise de fonction de Louis-Étienne Héricart de Thury, qui lui rendit d'ailleurs hommage en 1819. Il conserve son grade et ses émoluments d'inspecteur divisionnaire des mines jusqu'en octobre 1822.

Vie privée[modifier | modifier le code]

Jean Henri Hassenfratz vit longtemps en concubinage avec Antoinette-Joséphine Terreux, née en 1765 dans une famille modeste de Sedan. Leur fille, Virginie-Joséphine, est née le 1er novembre 1791 et baptisée le même jour. Cependant, le mariage du couple Hassenfratz-Terreux ne fut régularisé que le 2 janvier 1795. La sœur aînée d'Antoinette, Marie-Jeanne Élisabeth, avait épousé en 1783 Pierre-Charles-Louis Baudin, député bien connu qui devint précisément en 1795 président de la Convention nationale. C'est ainsi que Hassenfratz et Baudin devinrent beaux-frères. Baudin fit voter une loi d'amnistie par la Convention le 26 avril 1795, qui profita indirectement à Hassenfratz, lequel faisait l'objet de poursuites criminelles en Eure-et-Loir. Malgré des orientations politiques différentes, les relations entre Baudin et Hassenfratz furent très amicales jusqu'au bout.

Le mariage de Jean-Henri et d'Antoinette semble avoir été heureux. On a même trouvé trace d'une excursion faite ensemble dans les Alpes, en 1804, alors que Jean-Henri enseignait à Moûtiers.

Jean Henri Hassenfratz meurt en 1827. Il est inhumé au cimetière du Père-Lachaise à Paris (51e division).

Œuvres[modifier | modifier le code]

  • Guyton de Morveau (dir.), Lavoisier (dir.), Berthollet (dir.), Fourcroy (dir.), Jean Henri Hassenfratz et Pierre Auguste Adet, Nouveau Système de caractères chimiques, Methode de nomenclature chimique,‎ 1787
  • École d'exercice, ou Manuel militaire à l'usage de toutes les gardes nationales du royaume, infanterie, cavalerie et artillerie, Paris, Desray,‎ 1790 connut deux autres éditions :
    • Catéchisme militaire, ou manuel du garde national, Paris 1790
    • Cours révolutionnaire d'administration militaire (Paris 1794).
  • Sidérotechnie, ou l'art de traiter les minéraux de fer, pour en obtenir de la fonte, du fer et de l'acier, Paris, Firmin Didot,‎ 1812, 4 vol.
  • Dictionnaire physique de l'Encyclopédie (Paris 1816-21, 4 vol.);
  • Encyclopédie Méthodique (Dictionnaire de Physique). Paris 1816-21, 4 vol.
  • Traité théorique et pratique de l'art de calciner la pierre calcaire, et de fabriquer toutes sortes de mortiers, ciments, bétons etc., soit à bras d'hommes, soit à l'aide de machines, Paris,‎ 1825

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Balthazar Sage (1740-1824), membre de l'Académie des sciences, est le promoteur de la création de l'École nationale supérieure des mines de Paris créée en 1783 à l'Hôtel de la Monnaie. Biographie sur le site du projet Euromin
  2. Le registre matricule des élèves de l’École des mines de Paris mentionne Hassenfratz comme élève à compter du 14 mai 1782, c'est-à-dire avant même la création officielle de l’École qui date du 19 mars 1783
  3. Le manuscrit des notes de Hassenfratz en 1783-1784 a été retrouvé en 2012, a été acheté par la SABIX et peut être consulté à la bibliothèque de l’École polytechnique. Voir : description sur le site de la SABIX
  4. Loge du Bon Zèle, qui appartient au Grand Orient
  5. Lavoisier fut son principal soutien pour entrer à l'Académie des sciences. Après la mort de Lavoisier, Hassenfratz perd tout espoir d'y être admis.
  6. Procès-verbaux du Comité d'instruction publique de la Convention nationale, de James Guillaume
  7. Nouvelle biographie générale depuis les temps les plus reculés jusqu'à nos jours de Jean Chrétien Ferdinand Hoefer.
  8. Les trois professeurs de la période de l'École des Mines à Moûtiers sont : Brochant de Villiers (géologie), Baillet du Belloy (machines) et Hassenfratz (minéralurgie et chimie), coordonnés par le directeur Schreiber.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Jean Tulard, Jean-François Fayard et Alfred Fierro, Histoire et dictionnaire de la Révolution française, Robert Laffont, coll. « Bouquins »,‎ 1998, 1230 p. (ISBN 2-22108-850-6)
  • Domenico Gabrielli, Dictionnaire historique du cimetière du Père-Lachaise XVIIIe et XIXe siècles, Paris, éd. de l'Amateur,‎ 2002, 334 p. (ISBN 978-2-85917-346-3, liens OCLC? et notice BnF?)
  • Emmanuel Grison, L’étonnant parcours du républicain Jean-Henri Hassenfratz (1755-1827), Les Presses de l'École des mines, coll. « Histoire et Sociétés »,‎ 1996 (ISBN 2-911762-04-5). (en ligne)
  • Anne-Françoise Garçon, Entre l'État et l'usine. L'Ecole des Mines de Saint-Etienne au XIXe siècle, Presses Universitaires de Rennes, coll. « Histoire »,‎ 2004 (ISBN 2-868447-958-8[à vérifier : isbn invalide]).