Jean Dussaulx

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Jean-Joseph Dussaulx, dit aussi Jean Dusaulx, né à Chartres le 28 décembre 1728 et mort à Paris le 16 mars 1799, est un homme de lettres et homme politique français. Membre de l'Académie royale des inscriptions et belles-lettres, traducteur de Juvénal et disciple de Rousseau, il fut en politique un révolutionnaire modéré.

Sa vie et son œuvre[modifier | modifier le code]

Né dans une famille de robe, petit-neveu de Pierre Nicole, il fait ses études au collège de La Flèche, puis aux collèges du Plessis et Louis-le-Grand à Paris. Il achète une charge de commissaire de gendarmerie et participe à la campagne de Hanovre pendant la guerre de Sept Ans. Il partage ses loisirs entre les belles-lettres et sa passion pour le jeu. Alors qu'il se trouve en poste à Lunéville et qu'il n'a encore que 21 ans, il se fait connaître par une traduction des Satires de Juvénal, qui lui ouvre les portes de l'Académie de Stanislas. Il retourne ensuite à Paris, où il peaufine sa traduction, qu'il publie en 1770. L'admiration qu'elle suscite lui vaut d'entrer en 1776 à l'Académie royale des inscriptions et belles-lettres, dont il deviendra membre à part entière lors de la nouvelle fondation de l'Institut en 1795.

Ayant obtenu sa retraite du service militaire, il devient secrétaire du duc d'Orléans. Quand éclate la Révolution, à laquelle il participe avec ardeur malgré son âge déjà avancé, il est nommé commissaire du Comité de la Bastille. En février 1790, il fait devant l'Assemblée législative un Discours historique dans lequel il retrace l'histoire de la prise de la Bastille et qu'il publie la même année, accompagné d'extraits de son journal. Il est nommé député à l'Assemblée législative, où il se prononce contre la destruction des chefs-d'œuvre artistiques et dénonce les massacres de Septembre. Député à la Convention, il se range parmi les modérés et vote contre l'exécution de Louis XVI. Menacé lui-même d'être condamné à mort par le Comité de salut public, en la personne de Billaud-Varenne, et incarcéré pendant quelque temps à la prison du Port-Libre, il est sauvé par Marat, qui obtient sa grâce en le dépeignant comme un vieux radoteur, incapable d'un acte dangereux.

Il est ensuite deux fois président du Conseil des Anciens, en juillet 1795 et en janvier 1796. Au Conseil, il s'élève avec force contre les loteries, les tripots et les jeux de hasard. Il avait auparavant publié deux ouvrages sur la passion du jeu, dont il avait souffert pendant sa jeunesse. Peu avant sa retraite en avril 1798, il déclare : « Depuis neuf ans que je suis dans les fonctions publiques, ennemi des factieux, étranger à tous les partis, je n'ai plaidé qu'en faveur de la justice et des mœurs... J'ai la douce satisfaction de pouvoir dire que mes mains sont aussi pures que mon cœur[1]. »

Admirateur de Jean-Jacques Rousseau, Dussaulx avait entretenu avec le philosophe une longue correspondance, dont il fit paraître vers la fin de sa vie de larges extraits. Dussaulx avait assisté à une lecture des Confessions pendant l'hiver de 1770-1771 et avait eu l'honneur d'organiser un dîner littéraire en hommage à leur auteur[2]. Aussi trouve-t-on de nombreux échos rousseauistes dans la relation de son Voyage à Barège et dans les Hautes-Pyrénées, ouvrage à la manière de Sterne, dans lequel il dit avoir voulu « peindre les sensations et les sentiments que tout homme instruit, sensible et suffisamment organisé, doit éprouver sur des monts de tout premier ordre »[3].

En 1801, sa veuve, Marie-Jeanne Lieujau, fit imprimer chez Didot jeune des Mémoires sur la vie de J. Dusaulx, qui ne furent pas mis dans le commerce.

Principales publications[modifier | modifier le code]

  • Les Satires de Juvénal, traduites par M. Dusaulx, 1770. Révisée par Jules Pierrot et rééditée par Felix Lemaistre dans les Œuvres complètes de Juvénal et de Perse, Garnier, Paris, 1866 Texte en ligne
  • Lettre et réflexions sur la fureur du jeu, auxquelles on a joint une autre lettre morale, 1775
  • De la Passion du jeu, depuis les temps anciens jusqu'à nos jours, 1779
  • De l'Insurrection parisienne et de la prise de la Bastille, 1790
Discours historique prononcé par Jean Dusaulx le 6 février 1790, précédé de l'œuvre des 7 jours, tirée du journal de l'auteur et suivi de considérations morales sur la révolution de 1789 et d'anecdotes et citations.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Cité dans les Éphémérides universelles (voir les sources).
  2. Hippolyte Buffenoir, Le Prestige de Jean-Jacques Rousseau : souvenirs, documents, anecdotes, Émile-Paul, Paris, 1909, p. 257 et 260.
  3. Cité par Albert Babeau, Les Voyageurs en France, depuis la Renaissance jusqu'à la Révolution, Firmin-Didot, Paris, 1928, p. 209.

Sources biographiques[modifier | modifier le code]

  • Alexis-François Artaud de Montor (dir.), Encyclopédie des gens du monde, 1833-1844, t. 8, 2e partie, p. 784-786
  • Édouard Monnais (dir.), Éphémérides universelles, ou Tableau religieux, politique, littéraire, scientifique et anecdotique, présentant pour chaque jour de l'année un extrait des annales de toutes les nations et de tous les siècles : Mars, Corby, Paris, 2e édition, t. 3, 1835, p. 348-349
  • Mme J. Dusaulx, Mémoires sur la vie de J. Dusaulx écrits par sa veuve. - Paris : Didot, 1801. - 147 p. [BM de Senlis]