Jean Cruveilhier

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Jean Cruveilhier (1791-1874)

Jean Cruveilhier, né le à Limoges et mort le à Sussac est un médecin, chirurgien, anatomiste et pathologiste français. Il fut chirurgien des Hôpitaux, membre de l’Académie de Médecine, et premier titulaire de la chaire d’anatomo-pathologie de la Faculté de médecine de Paris.

Biographie[modifier | modifier le code]

Jean Cruveilhier est issu d’une famille de médecins : son grand-père était médecin à Châteauneuf-la-Forêt et son père, Léonard Cruveilhier, condisciple d’Alexis Boyer, était devenu chirurgien de première classe aux Armée de Rhin-et-Moselle puis chirurgien de chef de l’hôpital militaire de Choisy. Il fut élevé par une mère très pieuse et elle sut lui faire partager la foi ardente qui l’animait, au point qu’il envisagea d’entrer dans les Ordres, après ses études au collège de Limoges ; mais son père avait décidé qu’il serait médecin.

Recommandé à Guillaume Dupuytren, il suivit son enseignement d’anatomie à Paris, mais il fallut que Léonard Cruveilhier intervienne, tant son fils supportait mal l’univers des salles de dissection et se sentait attiré vers une autre vocation. Il poursuivit néanmoins ses études et il fut reçu premier au concours de l’internat de 1811 : il entra dans le service de Dupuytren à l’Hôtel-Dieu et il y passa tout son internat : il se prit vite d’une admiration sans borne pour le « patron » et la monographie qu’il lui a consacré en témoigne[1].

Son internat terminé, il soutint sa thèse en 1816 sur un sujet qui préfigurait son avenir et ses travaux d’anatomopathologie : « Essai sur l’anatomie pathologique en général » : ce travail était dédié à son père en même temps qu’à Dupuytren et défendait les idées développées par François Broussais sur la nécessité d’étudier les lésions des organes pour préciser la connaissance des maladies.

Jean Cruveilhier 1837, estampe gravée par Nicolas Eustache Maurin

Désireux de succéder à son père, Cruveilhier avait repris le chemin de sa ville natale et s’y était marié. Installé à Limoges, il postula une place de chirurgien à l’hôpital, ce qui lui fut refusé, et en 1823, il regagna la capitale pour y affronter de nouveaux concours.

Il fut reçu au concours d’agrégation en novembre 1823 et, sur recommandation de Dupuytren, nommé à Montpellier comme professeur de médecine opératoire ; toutefois, ce poste ne lui convenait pas et il envisagea très sérieusement de reprendre son exercice médical à Limoges, quand il fut proposé pour occuper, à Paris, la chaire d’anatomie devenue vacante suite au décès de Pierre Augustin Béclard, en mars 1825[2].

C’est avec une extrême minutie qu’il préparait ses cours, consignant chacune de ses observations et c’est ainsi qui composa son manuel d’Anatomie Descriptive dont le premier tome parut en 1834. Il eut également à cœur de restaurer la Société anatomique[3] qui avait été dissoute après la présidence de Laennec en 1808 : il la présida pour la première fois, le 12 janvier 1826 et en resta le président fondateur jusqu’en 1866 : «  pendant toutes les années où il la dirigea, Cruveilhier pesa sur les choix de la Société anatomique. Sous sa direction, la société s’engagea toujours plus loin dans la voie de l’anatomie pathologique pure[4] ». C’est également en 1826, que Cruveilhier fut nommé Médecin des Hôpitaux et il commença à avoir un service de maternité avant de passer à la Salpêtrière : c’est là qu’il put recueillir un grand nombre de cas pour son Atlas d’anatomie pathologique, dont le premier tome parut en 1828.

Jusqu’alors, l’anatomopathologie ne faisait pas partie de l’enseignement officiel, bien que Cabanis, ait préconisé la création d’une chaire dans toutes les écoles de médecine, dès 1799. C’est Dupuytren qui est à l’origine de la chaire anatomopathologie de la Faculté de Médecine de Paris : en effet, il légua par testament la somme de deux cents mille francs pour sa fondation et avait manifesté le désir que Cruveilhier en soit le premier titulaire[5]. Cruveilhier prit possession de sa nouvelle chaire en 1836, mais son enseignement n’eut guère de succès, les étudiants ne comprenant pas l’utilité de cette nouvelle science.

Il fut élu membre de l’Académie de Médecine en 1836 et en fut le Président en 1859, mais il ne réussit pas à entrer à l’Institut.

Clinicien habile, il fut l’un des médecins les plus en vogue de son temps et sa clientèle se recrutait dans toutes les couches de la société : Talleyrand, Châteaubriant, Alfred de Vigny, Chopin… furent de ses patients mais il n’hésitait pas à témoigner de son désintéressement aux plus humbles.

Les travaux de Jean Cruveilhier ont permis des avancées importantes dans divers domaines de la médecine ; c’est lui qui, le premier en 1830, attira l’attention sur la confusion de l’ulcère de l’estomac (avec son risque de perforation) soit avec la gastrite chronique soit avec le cancer. Il étudia longuement la paralysie musculaire progressive, à peu près en même temps que François-Amilcar Aran et Guillaume Duchenne de Boulogne[6], mais ce sont ces derniers qui prirent la paternité de cette affection dégénérative connue sous le nom d’amyotrophie d'Aran-Duchenne. Les études de Cruveilhier sur les phlébites[7] marquent une date dans l’histoire de cette affection[8] puisqu’il avait noté que la coagulation du sang était la conséquence d’une altération de la paroi des vaisseaux sanguins: cette théorie rencontra une très vive opposition[9].

En 1866, sur les instances de sa famille, il donna sa démission de professeur (il avait 75 ans) et il déserta peu à peu les sociétés savantes qu’il fréquentait ; on ne le vit plus guère que dans le service de son fils à la Salpêtrière. Lorsqu’éclata la guerre, sa famille le poussa à quitter Paris[10] et il se retira dans sa villa de Sussac où il vécut encore quatre années.

Il meurt à 83 ans d’une pneumonie aiguë ; ses obsèques ont lieu à Limoges et l’inhumation au cimetière de Louyat.

Nécrologie[modifier | modifier le code]

« …Cruveilhier a construit le plus beau monument qui ait été édifié à la gloire de l’anatomie pathologique : l'Anatomie pathologique du corps humain. Ce magnifique ouvrage 2 vol. in-folio, avec 233 planches, a été commencé en 1828, sur la demande de l’éditeur Baillière, qui n’a reculé devant aucun sacrifice pour le faire exécuter avec tout le soin qu’il nécessitait. Les planches ont été dessinées et gravées par Chazal et Cruveilhier passait chaque jour deux heures chez son dessinateur. »

Georges Daremberg, Journal des Débats, 14 mars 1874.

Éponymie[modifier | modifier le code]

Œuvres et publications[modifier | modifier le code]

  • Essai sur l'anatomie pathologique en général, [Thèse présentée et soutenue à la Faculté de médecine de Paris le 24 janvier 1816 ], n° 18, 1816,Texte intégral.
  • Cours d'études anatomiques, Paris, 1830.
  • Anatomie pathologique du corps humain, Paris, 1828-1842, 200 planches gravées par Antoine Chazal d'après ses dessins .
  • Anatomie du système nerveux de l'homme, Béchet jeune (Paris), 1838, disponible sur Gallica.
  • La vie de Dupuytren, Paris, 1841.
  • Traité d'anatomie descriptive,Béchet (Paris), 1834-1843, 4 volumes in-8:
  1. Tome premier,1834,disponible sur Gallica.
  2. Tome deuxième,1843,disponible sur Gallica.
  3. Tome troisième, 1843,disponible sur Gallica.
  4. Tome quatrième,1835, disponible sur Gallica.
  • (it) Atlante generale della anatomia patologica del corpo umano, V. Batelli (Firenze), 1843, Texte intégral.
  • Traité d'anatomie pathologique générale, J.-B. Baillière (Paris), 1849-1864, 5 volumes in 8:
  1. Tome premier,1849,disponible sur Gallica.
  2. Tome deuxième, 1852,disponible sur Gallica.
  3. Tome troisième,1856,disponible sur Gallica.
  4. Tome quatrième,1862,disponible sur Gallica.
  5. Tome cinquième, 1864,disponible sur Gallica.
  • Anatomie descriptive, Labé (Paris), 1834-36, 4 volumes, rééd. 1877.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

(Compte tenu du nombre d’ouvrages et d’articles concernant Jean Cruveilhier, il n’est fait mention que des références les plus importantes).

  • Daremberg Georges : Les grands Médecins du XIXe siècle, Masson (Paris), 1907.
  • Genty Maurice : Jean Cruveilhier Les biographies médicales janvier 1934, J-B Baillière (Paris).
  • Delhoume Léon : L'École de Dupuytren - Jean Cruveilhier, Paris,1937.
  • Frexinos Jacques: « L’ulcère de Cruveilhier », in: De Barrett à Zollinger-Ellison. Quelques cas historiques en gastroentérologie, pp 45-54, Springer (Paris), 2008.
  • Jacquet Pierre-Yves : Biographie et bibliographie de Jean Cruveilhier, [Thèse pour le doctorat en médecine], Paris-Cochin, 1977.
  • Vayre Pierre : De l'art à la science en chirurgie : trois Limousins à Paris au XIXe siècle : Alexis Boyer (1757-1833), Guillaume Dupuytren (1777-1835), Jean Cruveillhier (1791-1874), Glyphe & Biotem éd. (Paris), 2004.
  • Vayre Pierre : « Jean Cruveilhier (1791-1874).Chirurgien promoteur de la preuve par les faits à la médecine fondée sur la preuve » Texte intégral, in: e-mémoires de l'Académie Nationale de Chirurgie, 2008, 7 (2) : 01-12.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. La vie de Dupuytren Paris 1841
  2. P.-A. Béclard (1785-1825) était chirurgien à la Pitié, membre de l’Académie de Médecine
  3. Société anatomique : créée en décembre 1803(12 Brumaire an XII par Dupuytren et Laennec au sein de la faculté de médecine de Paris, son objectif était de concrétiser la méthode anatomoclinique prônée par Xavier Bichat. D’emblée elle se fixe l’étude de l’homme, normale et pathologique.
  4. http://www.bium.univ-paris5.fr/histmed/asclepiades/pdf/palluault.pdf
  5. Sur l’avis du doyen Mathieu Orfila,une décision ministérielle changea la destination de ces fonds qui furent utilisés pour la création d’un musée d’anatomie pathologique
  6. Il précisa la cause anatomique de la maladie (l’altération des racines des nerfs moteurs) après avoir réalisé l’autopsie d’un patient atteint de cette maladie
  7. thrombose veineuse profonde
  8. Il n’a pas créé le terme lui-même, l’honneur en revient à Gilbert Breschet (1784-1845) qui sera le premier à utiliser ce nom en 1819
  9. En particulier de Rudolph Virchow qui affirmait que l’altération des parois des veines était la conséquence des thromboses veineuses.
  10. Il demeurait Rue des Pyramides

Liens externes[modifier | modifier le code]