Jean-Pierre Olivier de Sardan

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Jean-Pierre Olivier de Sardan (né dans le Languedoc, France, 11 juillet 1941) est un anthropologue français et nigérien, actuellement professeur d'anthropologie à l'Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales de Marseille. Il a également été directeur de recherches au Centre national de la recherche scientifique à Paris, mais réside le plus souvent à Niamey, au Niger où il conduit des recherches depuis les années 1960.

Parcours[modifier | modifier le code]

Jean-Pierre Olivier de Sardan vient d'un milieu intellectuel du Languedoc. Il a grandi ensuite à Paris où son père travaillait comme conseiller juridique, après avoir été conseiller d'état. Il a sept enfants et a été marié plus d'une fois. Il a obtenu la nationalité du Niger en 1999 [1].

Olivier de Sardan a étudié la politique et l'anthropologie en France à partir de la fin des années 1950, obtenant son diplôme à l'Institut d’Etudes Politiques de Paris (Sciences Po) en 1961, une licence en sociologie à la Sorbonne en 1963 et en 1967 son doctorat en ethnologie sous la supervision de Roger Bastide. Son Doctorat d’état a été dirigé par Jean Rouch et sa soutenance présidée par Georges Balandier a eu lieu en 1982[2].

Il a été très actif dans la lutte contre la guerre du Vietnam (comme dirigeant des comités Vietnam de base) et en mai 1968, dans une mouvance "maoïste-althussérienne"[3]. Il a aussi réalisé un film documentaire militant "Palestine vaincra" en 1970, ainsi que divers films ethnographiques (en particulier "La Vieille et la pluie", premier film en version songhay intégrale)

Pour son doctorat, il a étudié le changement social parmi le peuple Wogo du Niger, après avoir été d'abord recruté par Jean Rouch pour mener des entretiens avec ce groupe pendant près d'un an, en 1965. Au fil du temps, ses observations détaillées des populations Songhaï-Zarma ont évolué vers d'autres projets plus larges et plus ambitieux, mais toujours solidement ancrés empiriquement en Afrique: l'anthropologie de la santé; l'anthropologie du développement; et de façon générale une anthropologie des actions publiques et de la délivrance de biens et services collectifs. Son approche non conventionnelle de l'anthropologie l'a amené à collaborer avec des chercheurs d'autres disciplines (sociologie, histoire, science politique) et à produire des concepts innovants repris par d'autres chercheurs, comme "les modes locaux de gouvernance" ou "les normes pratiques"[4]. Avec l'anthropologue allemand Thomas Bierschenk, il a développé un canevas d'enquête collective nommé ECRIS pour des recherches multi-chercheurs et multi-sites, qui a largement été repris en Afrique et ailleurs[5].

Toutes ses recherches récentes ont été menées depuis un centre de recherches qu'il a cofondé, le LASDEL de Niamey (Laboratoire d’études et de recherches sur les dynamiques sociales et le développement local)[6].

Il a aussi contribué à fonder l'APAD (Association Euro-Africaine pour l’Anthropologie du Changement social et du Développement) et son journal, et en a été le premier président.

Il a développé ses perspectives méthodologiques et épistémologiques sur le métier d'anthropologue dans un ouvrage consacré aux fondements empiriques des interprétations anthropologiques: "La rigueur du qualitatif"

Recherches[modifier | modifier le code]

Les premiers travaux de Jean Pierre Olivier de Sardan étaient l'étude anthropologique classique d'une société particulière, le peuple Wogo, sur les rives du fleuve Niger, à l'ouest du pays. Plusieurs livres suivront, décrivant le langage et la culture des plus larges populations Songhaï-Zarma de la région, incluant également leurs pratiques thérapeutiques et leurs anciennes relations d'esclavage. Lui et son collègue anthropologue Jean Rouch sont probablement les ethnographes majeurs de l'Ouest du Niger.

Olivier de Sardan a également apporté d'importantes contributions à la compréhension du changement social et du développement des sociétés africaines, à travers des recherches empiriques au Niger, au Bénin, au Mali et d'autres pays encore (dont la Lozère, dans le sud de la France). Après quinze ans, il passe de la description ethnographique de sociétés de petite échelle à l'observation des modalités de l'incorporation de la "modernité" et des influences occidentales dans ces groupes, plus particulièrement à travers la mise en place de services publics et collectifs et l'aide au développement. Dans son livre de 1995, il perfectionne le champ de l'anthropologie du développement, montrant les différents rôles pris par ceux que l'on appelle plus couramment les "acteurs du développement" dans le jargon de l'aide internationale. Il se penche alors sur leur implication par rapport aux structures politico-sociales déjà existantes. Un ouvrage plus récent, paru en 2000 a été la première étude à se pencher sur les différents intermédiaires ("courtiers") entre les sociétés locales et les agences d'aide internationales.

Ses travaux plus récents portent sur la décentralisation politique et économique et sa signification dans un contexte de sociétés stratifiées en Afrique (Olivier de Sardan et Tidjani Alou, 2009). Il a également travaillé sur la corruption politique dans les contextes de pénurie de liquidités dans des économies africaines (Blundo et Olivier de Sardan, 2006)[7]. Il a aussi observé les différentes prestations médicales, traditionnelles comme occidentales, en Afrique de l'Ouest et les relations entre professionnels de santé et usagers des services de santé (Jaffré & Olivier de Sardan, 2003).

Olivier de Sardan a écrit un livre épistémologique et méthodologique de référence sur la méthode anthropologique et les conditions d'une "rigueur du qualitatif" en sciences sociales 2008. Il a également souligné l'importance et la qualité des travaux empiriques menés sur le long terme[1].


Distinctions[modifier | modifier le code]

  • Chevalier des palmes académiques de la République du Niger, 2004
  • Doctorat honoris causa de l'Université de Liège, 2012
  • Chevalier de la Légion d'honneur, 2013[8].
  • Une Festschrift, publiée en 2007 (Biershenk T, G Blundo, Y Jaffre and M Tidjani Alou (eds.). 2007. Une anthropologie entre rigueur et engagement: essais autour de l'œuvre de Jean-Pierre Olivier de Sardan. Paris: Karthala.)

Publications majeures[modifier | modifier le code]

  • Olivier de Sardan J.-P. et M. Tidjani Alou. 2009. Les pouvoirs locaux au Niger (Tome 1 : en attendant la decentralisation). Paris: Karthala.
  • Olivier de Sardan J.-P. 2008. La rigueur du qualitatif. Les contraintes empiriques de l’interprétation socioanthropologique. Louvain-La-Neuve: Bruylant.
  • Blundo G. et Olivier de Sardan J.-P. 2006. Everyday corruption and the state: citizens and public officials in Africa. London: Zed Books.
  • Olivier de Sardan J.-P. 2005. Anthropology and development. Understanding contemporary social change. London: Zed Books.
  • Blundo G. et Olivier de Sardan J.-P. 2003. Pratiques de la description. Paris: Éditions de l’EHESS (Enquête, vol. 3).
  • Jaffré J. et Olivier de Sardan J.-P. 2003. Une médecine inhospitalière. Les difficiles relations entre soignants et soignés dans cinq capitales d'Afrique de l'Ouest. Paris: Karthala[9].
  • Bierschenk T., J.-P. Chauveau & J.-P. Olivier de Sardan (eds.) 2000. Courtiers en développement: Les villages africains en quête de projets. Paris: Éditions Karthala[10].
  • Olivier de Sardan J.-P. et Y. Jaffré. 1999. La construction sociale des maladies. Les entités nosologiques populaires en Afrique de l'Ouest. Paris: PUF.
  • Bierschenk T. et Olivier de Sardan J.-P. 1998. Les pouvoirs au village: le Bénin rural entre démocratisation et decentralisation. Paris: Karthala.
  • Olivier de Sardan J.-P. 1995. Anthropologie et développement  : essai en socio-anthropologie du changement social. Paris: Karthala.
  • Olivier de Sardan J.-P. et E. Paquot (eds.) 1991. D'un savoir à l'autre: les agents de développement comme médiateurs. Paris, GRET- Ministère de la Coopération.
  • Boiral,P. Lantéri,J.F. et Olivier de Sardan J.-P. (eds.). 1985. Paysans, experts et chercheurs en Afrique noire: sciences sociales et développement rural. Paris: Karthala.
  • Olivier de Sardan J.-P. 1984. Les sociétés songhay-zarma (chefs, guerriers, esclaves, paysans…). Paris: Karthala.
  • Olivier de Sardan J.-P. 1982 Concepts et conceptions songhay-zarma (histoire, culture, société), Paris: Nubia.
  • Olivier de Sardan J.-P. 1976. Quand nos pères étaient captifs (récits paysans du Niger). Paris: Nubia.
  • Olivier de Sardan J.-P. 1969. Système des relations économiques et sociales chez les Wogo du Niger. Paris: Institut d'ethnologie.
  • Olivier de Sardan J.-P. 1969. Les voleurs d'hommes (notes sur l'histoire des Kurtey). Paris-Niamey: Études Nigériennes.
  • Olivier de Sardan J.-P. 1965. Les Wogos du Niger. Paris-Niamey: Études Nigériennes.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b http://www.liberation.fr/sciences/0101256168-jean-pierre-olivier-de-sardan-57-ans-ethnologue-et-ex-revolutionnaire-professionnel-a-un-pied-a-marseille-et-l-autre-en-afrique-ou-il-allie-recherche-et-developpement-entre-le-rouge-et-le-noir Interview in Liberation, 1998.
  2. http://www.lasdel.net/spip/IMG/pdf/78.pdf CV
  3. Hervé Hamon et Patrick Rotman "Génération"; Virginie Linhart "Le jour où mon père s'est tu"
  4. Galaty, J. 2010 Official and practical norms in theoretical context: a commentary on Olivier de Sardan
  5. - « L’anthropologie peut-elle être un sport collectif ? ECRIS, vingt ans après… », in Auf dem Boden der Tatsachen. Festschrift für Thomas Bierschenk, Schareika, Spies, & Le Meur (eds.), 2011, Köppe: Köln (Mainzer Beiträge zur Afrikaforschung 28), pp. 31-44
  6. http://www.lasdel.net/Templates/index.php
  7. http://www.republicain-niger.com/Index.asp?affiche=News_Display.asp&articleid=3236&rub=Rencontre Interview, 2007
  8. Décret du 31 décembre 2012 portant promotion et nomination
  9. http://etudesafricaines.revues.org/6000?&id=6000 review by Bernard Hours
  10. http://www.simonbatterbury.net/pubs/societyandspace.htm Review by Simon Batterbury