Jean-Pierre Christin

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Jean-Pierre Christin (31 mai 1683 - 19 janvier 1755). Mathématicien, physicien, astronome et musicien; membre fondateur en 1713 et secrétaire perpétuel de l'Académie des Sciences, Belles-Lettres et Arts de Lyon (1713-1755), est l'inventeur du thermomètre centigrade à mercure avec ses repères modernes, depuis le choix en 1794 du système décimal par la Convention nationale[1],[2].

Son thermomètre était connu en France avant la Révolution sous le nom de thermomètre de Lyon[2]. Un de ces thermomètres a été conservé au Sciences Museum de Londres. L'étiquette indique : Thermomètre de Lyon divisé selon la mesure de la dilatation du mercure trouvée en 1743 par M. Christin de la Société Royale de Lyon[3].

Biographie[modifier | modifier le code]

Thermométre de Lyon

« JEAN PIERRE CHRISTIN naquit à Lyon le 31 May 1683 de Jean Christin, Négociant de cette ville, et de Benoite Vilet. S'il avait pu suivre son goût, il serait allé à Rome avec le P. de Colonia, par admiration pour les Beaux Arts qu'il aima dès son enfance; ou il se serait livré à l'étude de la Géométrie, qui en est le vrai principe, sous le P. de St Bonnet. Il s'était attiré l'estime et l'amitié de ces deux Jésuites, qui avoient été ses Maîtres, si capables d'apprécier le mérite de leurs élèves, et de perfectionner leurs talents. Le père de M. Christin était absolu dans sa famille, il se refusa long-temps à ces dispositions naturelles qui devroient décider de la vocation des hommes, et ce fut moins par égard pour le penchant de son fils, que pour le récompenser de sa docilité mise à de sortes épreuves qu'il le laissa aller à Paris en 1701. Le long séjour qu'il y fit le persectionna dans la Musique, pour laquelle il semblait être né: la beauté de sa voix, sa facilité à jouer de plusieurs instruments, l'aflocierent à cette assemblée connue sous le nom des Mélophiletes ; ils avoient des concerts un jour de chaque semaine chez Mr le Président de Lubert. Il acquit dans cette ville des connoissances dans tous les genres qu'il aimait, Peinture, Gravure, Sculpture, Architecture etc. mais ce qui est véritablement digne d'être remarqué, c'est qu avec une figure agréable, de la jeunesse, et de la douceur de la complaisance, et attiré par les plaisirs qui marchent à la suite de ces agréments et des amusements qu'il s'était faits, il n'altéra jamais cette sagesse de mœurs, ces principes de bonne conduite, qu'il eut de bonne heure, qu'il conserva jusqu à la fin de sa vie, qui lui mériterent l'attention de ses concitoyens autant que ses talents.

Il en donna une preuve bien sensible à son retour dans sa patrie; il n'y apporta pas seulement le vrai goût de la Musique, dont les progrès avoient été si lents jusqu'alors mais des exemples de générosité admirables dans tous les temps, et dont on se souvient encore dans sa famille. M. de St. George, Archevêque de Lyon, qui faisait la réputation de ceux qu'il aimait et qu'il estimait, lui donna des témoignages de distinction, qui surent suivis de ceux de tous les honnêtes gens de cette ville.

Le zele pour sa patrie croissait avec l'âge chez Mr Christin ; il lui devint véritablement utile en in 1713. Il s'était formé ici par ses sollicitations un concert composé de quelques amateurs le nombre s'en accrut si fort, qu'il parut un objet important, et qu'il fut approuvé par des lettres patentes en 1724. M. Christin avait cru que des conférences académiques sur les Arts, autorisées par ces mêmes lettres-patentes, se soutiendraient, et joindraient ainsi l'utile à l'agréable: il est difficile que ce mélange ne nuise à l'un des deux ; les conférences languirent, et ce ne fut qu'en les séparant du concert, que M. Christin parvint à les soutenir: l'époque de cette séparation, en 1736, est celle de l'établissement de la Société royale des Beaux Arts ; c'en fut la véritable naissance. M. Christin avait perdu successivement son pere, sa mere, et sa sœur, il n'était point marié ; cette solitude domestique, une fortune honnête et beaucoup de zele le mirent en état de le livrer aux exercices de cette Académie naissante: il en fut fait Secretaire perpétuel. L'on peut dire qu'elle devint sa famille, qu'elle n'existerait pas sans les soins paternels qu'il en a pris. Il rappella alors les principes de Physique et de Mathématiques qu'il avait étudiés dans sa jeunesse, et avec une patience, une exactitude, qui ont peu d'exemples, il íe mit en érat de perfectionner les thermometres de mercure, connus sous le nom de thermometres de Lyon, selon les principes de Mr de Reaumur: il forma à cette nouvelle construction un Italien, le sieur Pierre Casati, dont les ouvrages en ce genre ont mérité l'approbation publique. Officier de quartier depuis l'âge de 18 ans, et devenu Capitaine par brevet du Roi, il trouva dans son amour pour le bien public des motifs de rechercher les traces d'une fondation faite en 1695 par un de ses prédécesseurs nommé Giron pour doter des filles indigentes et pour soulager les pauvres honteux de son département. Il réussit dans les recherches, et du produit de cette somme, dont il n'avait jamais été sait aucun usage, il en résulta de quoi marier plusieurs filles et de quoi fournir à une distribution d argent aux pauvres désignés. Il ne lui suffit pas d'avoir fait revivre la bonne œuvre du sieur Giron, il voulut la rendre durable; il en prévint le dépérissement pour l'avenir par les sages règlements qu'il imagina, et qu'il fit revêtir de toute l'autorité nécessaire.

Les citoyens de l'espece de M. Christin sont rares ; on voudrait qu'ils sussent exceptés de la regle générale, ou qu'ils n'y sussent soumis que lorsque l'âge leur devient à charge à eux-mêmes par les infirmités qui l'accompagnent, et qui ne leur permettent plus d'être utiles. II mourut le 19. Janvier 1755, d'une fluxion de poitrine, qui l'emporta en cinq jours, âgé de 71 ans, sept mois et quelques jours, remplissant encore avec une assiduité merveilleuse tous ses devoirs d'Académicien et de Capitaine de quartier. Sa sobriété et sa modération l'avoient conservé, malgré sa délicatesse, et nous faisoient espérer de le posséder encore long-temps.

La Société royale des Beaux Art l'avait fait Directeur en 1752, et quoiqu'on eût nommé un Secretaire par interim, il réunissait les fonctions de ces deux places. Cette Compagnie semblait lui devenir plus chere à mesure qu'il approchait de sa fin.

Médaille du Prix Christin

Que n'a-t-il pas fait pour rendre son état invariable? Il a obtenu des lettres patentes sous la dénomination de Société royale, il n'a jamais voulu entendre à aucun remboursement des avances qu'il faisait pour elle: il a mis le comble à sa tendresse par son testament; il ne s'est pas contenté de lut donner ses livres, les machines et ses estampes, il a voulu que M. de Ruolz, son héritier, fondât un prix annuel d'une médaille d'or de 300 liv, en faveur de ceux qui concourroient au travail proposé et jugé par la Société royale. Ce trait nouveau dans cette ville dait rendre sa mémoire aussi précieuse aux Savants que sa mort l'a été à la Religion, qu'il avait aimée et servie toute sa vie. Philosophe chrétien, il n'a pas dédaigné de penser dans ses derniers moments à l établissement du Concert, qui lui devait en quelque sorte son origine; il lui a légué tous les recueils de Musique, qui étoient considérables. La ville, les pauvres et les Arts ont perdu à sa mort. On pourrait lui appliques ces belles paroles d'Horace: Justitiœ soror incorrupta fides, nudaque veritas, quando ullum invenient parem? Puissions - nous par nos regrets égaler ses bienfaits, et en imitant les exemples qu il nous a laissés, nous acquitter de la reconnoissance la plus flatteuse et la plus digne de la générosité de son cœur!

M. Christin n'avait que des collatéraux de son nom; un de ses freres, Docteur de Sorbonne et Chanoine de Champeaux, est mort, il y a long-temps, avec la réputation d'un homme de mérite; son autre frere vit encore Chartreux à Valsaintes, il est dans les dignités de son Ordre.

La famille des Christins est originaire du Bugey; elle nomme encore une chapelle qu'elle avait fondée en 1519 dans la ville de Roussillon en Bugey.

Leurs armes d'azur à la fasce d'or chargée en chef de trois oiseaux de Paradis d'argent, et d'une croix de Christ en pointe de même. »

Écrits[modifier | modifier le code]

  • Mémoire sur l'observation d'une éclipse de lune du 18 décembre, et sur quelques particularités relatives à ce phénomène (1732).
  • Instrument propre aux opérations de géométrie pratique et d'astronomie (1736).
  • Recherches sur les véritables dimensions du pied de roi et du pied de ville (1736).
  • Lettre sur l'usage de la jauge de Lyon (1736).
  • Parallèle des diverses méthodes de calcul pour mesurer le cercle (1736).
  • Démonstration de divers problèmes de géométrie (1737).
  • Méthode pour tracer une méridienne par les hauteurs du soleil (1740).
  • Observations sur les baromètres de différents genres (1740).
  • Fixation de la latitude ou élévation du pôle de Lyon (1745).
  • Remarque sur la chaleur naturelle du corps humain, observée par le moyen du thermomètre de Lyon (1747).
  • Sur la chaleur directe du soleil, observée par le même instrument (1747).
  • Sur la chaleur des eaux minérales de Baréges (1748).
  • Expériences sur l'incubation artificielle des œufs de poule, par le moyen de certains degrés de chaleur (1750).
  • Expériences sur les aimants naturels et artificiels de diverses grandeurs (1750).
  • Sur l'hygromètre (1750).

Source[modifier | modifier le code]

  • François Casati, Le Thermomètre de Lyon, Lyon, Éditions lyonnaises d'art et d'histoire, 1992.

Références[modifier | modifier le code]