Jean-Olivier Chénier

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Sculpture représentant Jean-Olivier Chénier dans un parc adjacent à la rue Saint-Denis à Montréal

Jean-Olivier Chénier (9 décembre 1806-14 décembre 1837) a été l'un des chefs de file de la rébellion des Patriotes au Québec.

Origines[modifier | modifier le code]

Jean-Olivier Chénier est baptisé à Lachine le 10 décembre 1806. Son parrain est Jean-Baptiste Truteau (1748-1827), un instituteur, à la fois explorateur et trafiquant de fourrures. Chénier appartient à une famille d'agriculteurs, mais son grand-père François descendait d'une riche famille de marchands au temps de la Nouvelle-France.

Grâce à René-Joseph Kimber, Chénier entreprend des études de médecine en 1820, qu'il termine en 1828. Il va ensuite s'établir dans la paroisse de Saint-Benoît (aujourd'hui Mirabel) dans ce qui s'appelait alors la circonscription d'York.

Il est vite intéressé par la vie politique de l'époque, caractérisée par les luttes autonomistes du parti de Louis-Joseph Papineau contre les vues centralisatrices des divers gouverneurs anglais qui se succèdent. En 1829, il prend part aux élections dans la circonscription d'York où il aide à faire élire William-Henry Scott, le candidat du Parti patriote.

En 1830, York est divisée en trois circonscriptions et Chénier se retrouve dans celle des Deux-Montagnes alors que de nouvelles élections générales s'annoncent. Le candidat patriote est cette fois Jacques Labrie qui réussit lui-aussi à se faire élire. Chénier l'a épaulé de son mieux pendant la campagne électorale.

En 1834, Chénier s'installe à Saint-Eustache. Les élections se font cette fois dans le contexte des revendications des Quatre-vingt-douze Résolutions, réclamant à Londres les pleins pouvoirs en politique interne pour l'Assemblée législative de Québec. Les Patriotes remportent haut-la-main 77 des 88 comtés, dont celui des Deux-Montagnes, représentée de nouveau par William-Henry Scott.

L'insurrection de 1837[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Rébellion des Patriotes.

Peu à peu, Chénier se radicalise, constatant le peu d'ouverture des autorités britanniques. Le 11 avril 1836, il est secrétaire d'une assemblée à Saint-Benoît, qui invite la population à boycotter les produits manufacturés britanniques et à fonder des manufactures nationales. Il ne faut donc pas s'étonner, après le vote des Résolutions Russell, à Londres, de le voir participer activement au mouvement de résistance qui se prépare. En juin 1837, il est membre du Comité permanent des Deux-Montagnes, qui, entre autres, coordonne le réseau de résistance avec les autres comtés.

Le 23 octobre, Chénier est présent à l'assemblée de Saint-Charles-sur-Richelieu où il apparaît, après le député Scott, comme le principal chef patriote de Saint-Eustache. Mais, alors que Scott est contre l'usage de la violence, Chénier préconise l'insurrection armée. Le gouvernement connaît vite son implication car, le 16 novembre, son nom est sur la liste de personnes contre lesquelles le gouverneur a émis un mandat d'arrestation.

Au début décembre, Scott se retire définitivement du mouvement. Papineau envoie Amury Girod dans le comté des Deux-Montagnes y agir comme général des forces résistantes. Il doit cependant compter avec Chénier, devenu commandant du camp de Saint-Eustache.

La bataille de Saint-Eustache[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Bataille de Saint-Eustache.
La mort de Jean-Olivier Chénier.

La bataille de Saint-Charles du 25 novembre, qui se termine par une défaite, démoralise les insurgés. Chénier a peu d'hommes pour défendre le village de Saint-Eustache face aux forces gouvernementales qui préparent l'attaque. Le curé Jacques Paquin tente alors en vain de le persuader de déposer les armes.

Le 14 décembre 1837, l'armée de John Colborne arrive de Montréal par l'île Jésus, flanquée des volontaires locaux commandées par Maximilien Globensky. L'assaut est donné contre Chénier et ses hommes, retranchés dans l'église, le presbytère, le couvent et les maisons environnantes. L'affrontement est par trop inégal et la bataille de Saint-Eustache se termine par soixante-dix morts chez les Patriotes. Chénier est tué de plusieurs balles au moment où il sort de l'église en flammes.

Chénier est trouvé vers six heures et apporté à la taverne Addison où son corps est maltraité de manière indigne. Ceux présents appellent cela une autopsie. Son corps est exposé pendant trois jours. Un témoin jure qu'il l'a vu, écartillé sur le comptoir de la taverne : « La poitrine était ouverte et le cœur pendait en dehors. À un Patriote qui passait, ils ont crié : " Viens voir le cœur pourri de ton Chénier ! ". J'ai remarqué que des coups de fusil avaient laissés sa tête couverte de caillots de sang ». Un correspondant pour Le Canadien, aussi un témoin, écrit dans son journal : « On était à Saint-Eustache, dimanche dernier. Les morts avaient été laissés traîner. Chénier était sur le comptoir, tellement mutilé qu'il était quasiment coupé en quatre, son cœur en dehors. Un spectacle à vous rendre malade »[1].

Notoriété[modifier | modifier le code]

En octobre 1970, la cellule du Front de Libération du Québec qui enlève puis cause le décès du ministre Pierre Laporte porte le nom de cellule Chénier en l'honneur du chef patriote.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Gérald Filteau, Histoire des Patriotes, Éditions l'Aurore/Univers,‎ 1980 (OCLC 15778352), p. 370.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Lien externe[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • La bataille de St-Eustache ; Raymond Paiement ; Montréal : A. St-Martin, 1975. (OCLC 2346991)
  • Le Héros de St-Eustache Jean Olivier Chénier. ; Montréal : E. Demers, 1893. (OCLC 7966340)
  • La rébellion de 1837 à Saint-Eustache ; Charles Auguste Maximilien Globensky ; 1884. (OCLC 8119047)
  • Histoire des Patriotes ; Gérald Filteau ; 1980. (OCLC 15778352)