Jean-Marie Geoffroy

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Geoffroy.
Portrait de Jean-Marie Geoffroy paru dans Le Trombinoscope de Touchatout en 1875.

Jean-Marie Joseph Geoffroy, dit simplement Geoffroy, né à Paris en 1813 et mort à Paris le 6 septembre 1883, est un acteur français.

Ses débuts[modifier | modifier le code]

Son père était un ouvrier bijoutier, qui tint à ce que son fils apprît ce métier. Mais ce dernier était bien plus intéressé par le théâtre, et il se fit engager en 1838 dans une troupe ambulante contre la volonté de ses parents. Il commença par jouer dans les environs de Paris, puis circula en province, à Paris, et jusqu’en Italie, à Florence et à Naples.

Le Théâtre du Gymnase[modifier | modifier le code]

Il ne se fixa qu’en juin 1844, alors qu'il était âgé de plus de trente ans, obtenant enfin un engagement au Théâtre du Gymnase à Paris. Il allait y rester 19 ans, devenant un des acteurs de premier plan de cette troupe.

Quelques-uns de ses rôles à cette époque :

Geoffroy était alors devenu un des plus solides soutiens du Gymnase, surtout depuis les succès de Mercadet, du Voyage de monsieur Perrichon et de La Poudre aux yeux. En 1862, le Gymnase proposa dans la même soirée Les Pattes de mouche de Victorien Sardou, et la reprise du succès vieux de deux ans, Le Voyage de monsieur Perrichon, où Geoffroy tenait toujours le rôle principal. La direction estima bon de placer cette pièce en lever de rideau. Geoffroy se sentit froissé de ce traitement, et son caractère, autoritaire, grognon et peu sociable, fit le reste : pour une question d’amour-propre, il rompit son contrat avec le Gymnase.

Le Théâtre du Palais-Royal[modifier | modifier le code]

Le Théâtre du Palais-Royal fut ravi de récupérer ce comédien exceptionnel, d'autant que la troupe avait été amputée par les décès de Sainville en 1854, et de Grassot en 1860. Geoffroy en devint rapidement le premier acteur, avec un salaire de trente mille francs par an, ce qui était, à l’époque, très confortable, et correspondait au traitement d’un sénateur.

Si, à la ville, il était un ours, qui évitait le contact avec ses camarades, à la scène, en vrai professionnel, il se transformait. Il devenait alors ce que son rôle lui disait d’être, un bourgeois fat et poltron, un père sentencieux ou un mari débonnaire et satisfait de lui-même. Il savait avec beaucoup de finesse donner vie aux personnages les plus grotesques. Henry Lyonnet a rapporté de lui : « Il a un rire à lui, un rire sympathique qui se répand dans la salle. Les autres comiques tirent leurs effets du sérieux avec lequel ils débitent les bonnes ou mauvaises plaisanteries dont leurs rôles sont semés ; Geoffroy procède par le moyen contraire. »

À la différence de beaucoup d’acteurs tels que Grassot, Gil-Pérès ou Hyacinthe, il possédait un jeu franc, naturel, relativement sobre pour l’époque, tout comme celui de Lhéritier, avec qui il fut souvent associé.

Il savait également chanter agréablement, se présentait sur scène avec beaucoup d’aisance et avait la science des effets. Son jeu sûr et constant faisait dire de lui qu’il était aussi bon à la première représentation d’une pièce qu’à la centième.

Il sut surtout incarner avec beaucoup de bonheur le « bourgeois », dont l’archétype fut le personnage de Joseph Prudhomme, créé par Henry Monnier.

Geoffroy fut l’interprète de nombreuses variations ultérieures autour de ce thème, créées à de multiples occasions par Balzac (Mercadet), Labiche (Perrichon, Célimare, etc.), Gondinet (Marjavel, Pontérisson), Meilhac et Halévy (le comte Escarbonnier).

Labiche lui bâtit des rôles sur mesure et reconnut plus tard tout ce qu’il lui devait. Le jour de son élection à l’Académie française, il lui écrivit : « On m'a donné un fauteuil, mais je t'en dois bien au moins un bras ! »

Curieusement, une fois la rampe éteinte, le personnage bonhomme et sympathique, qui venait d’égayer le public avec tant de naturel, disparaissait. Il retrouvait alors le léger bégaiement dont il n’avait pu se défaire à la ville. Bourru et grognon, il se déshabillait en une minute et quittait le théâtre. Pour cette raison, il n’était guère apprécié de ses camarades de scène.

On se demanda souvent pourquoi Geoffroy, vu sa qualité d’acteur, ne postula jamais à la Comédie-Française. À cela, on émit plusieurs hypothèses, qui ont le mérite d’éclairer un peu plus le personnage :

  • tel César, il préférait être le premier dans son village que le second à Rome ;
  • il aimait émailler son texte d’interjections variées, qui accroissaient son naturel, mais qui n’auraient pas été admises à la Comédie-Française ;
  • il se prétendait incapable de dire des vers.

Quelques-uns des rôles qu’il tint au Théâtre du Palais-Royal :

Il mourut le 6 septembre 1883 dans sa petite maison de Belleville, située fort à propos rue des Solitaires, et qu’il appelait son « palais de chaume ». Il fut inhumé au cimetière du Père-Lachaise, 56e division, et René Luguet prononça un discours au nom de la Société des acteurs.

Il fut marié à Louisa Kersent, elle-même comédienne, qui débuta à Marseille, puis tint à partir de 1839 des rôles de soubrettes au Théâtre de la Porte-Saint-Martin. Elle mourut en 1864, au moment où son mari connaissait de grands succès au Théâtre du Palais-Royal. Cette disparition peut expliquer en partie la misanthropie de Geoffroy.