Jean-Louis Verger

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Jean-Louis Verger, né le 20 août 1826 à Neuilly-sur-Seine, est un prêtre de l’archidiocèse de Paris. Le 3 janvier 1857 il assassina l’archevêque de Paris Mgr Sibour en l’église Saint-Étienne-du-Mont. Condamné à mort le 17 janvier[1] il est exécuté sur l’échafaud le 30 janvier 1857 à Paris.

Dans une lettre envoyée à son père douze jours avant son crime il écrivait encore : « Je ne crois pas à l’Immaculée Conception. J'ai prêché un Dimanche contre cette nouvelle invention : mon évêque pour la cinquième fois m'a condamné à mort. Que voulez-vous que je fasse jamais avec des hommes qui, pour ne pas servir leurs dévotions exagérées, me jettent à chaque instant sur le pavé. [...] J'ai demandé à mon évêque de me rendre toute ma liberté, de me délier de toute obligation de prêtre. Il m'a tout accordé. Je trouve aujourd'hui un mariage avantageux. Je vous prie de m'accorder votre consentement légal… »[2].

Dans son ouvrage "La clef des grands mystères", Eliphas Levi narre cet évènement, attestant qu'il était lui-même présent dans l'église lors de l'assassinat. L'occultiste signale surtout avoir fait connaissance de Jean-Louis Verger un an plus tôt, ce dernier étant alors à la recherche d'un exemplaire du "Grimoire du Pape Honorius".

Biographie[modifier | modifier le code]

En 1852 Jean-Louis Verger est curé de Bailly-Carrois.

Nous n'avons que peu de renseignements sur lui[3]. Renan, qui fut son condisciple au séminaire de Saint-Nicolas-du-Chardonnet dirigé par l'abbé Dupanloup, a écrit ces lignes dans ses Souvenirs d'enfance et de jeunesse :

Quand je me figure une de ces lectures spirituelles où le maître [i.e. l'abbé Dupanloup] répandait si abondamment son esprit, cette salle du rez-de-chaussée, avec ses bancs serrés où se pressaient deux cents figures d'enfants tenus immobiles par l'attention et le respect, et que je me demande vers quels vents du ciel se sont envolées ces deux cents âmes si fortement unies alors par l'ascendant du même homme, je trouve plus d'un déchet, plus d'un cas singulier. Comme il est naturel, je trouve d'abord des évêques, des archevêques, des ecclésiastiques considérables, tous relativement éclairés et modérés. Je trouve des diplomates, des conseillers d'état, d'honorables carrières dont quelques-unes eussent été plus brillantes si la tentative du 16 mai eût réussi. Mais voici quelque chose d'étrange. À côté de tel pieux condisciple prédestiné à l'épiscopat, j'en vois un qui aiguisera si savamment son couteau pour tuer son archevêque, qu'il frappera juste au cœur... je crois me rappeler Verger ; je peux dire de lui ce que disait Sacchetti de cette petite Florentine qui fut canonisée : fu mia vicina, andava come le altre. Cette éducation avait des dangers : elle surchauffait, surexcitait, pouvait très bien rendre fou (Verger l'était bel et bien)[4].

Ce n'est pas l'opinion de Pierre Michel (qu'on peut lire dans la préface de L'Abbé Jules). Il voit en lui un homme loyal et passionné, révolté contre l'hypocrisie de son Église et qui n'acceptait pas les dogmes nouveaux. Pour le réduire à merci, Mgr Sibour le frappa d'interdit, c'est-à-dire le jeta dans la misère puisqu'il n'avait jamais appris d'autre métier que celui de prêtre. Pierre Michel ajoute :

« Au cours de son procès, qui s'est déroulé deux semaines plus tard, avec une rapidité exceptionnelle et hautement suspecte (il fallait de toute évidence faire un exemple), Verger a assumé hautement son acte et, avec une logique jamais prise en défaut et une éloquence hautaine, il a tenu tête à ses juges et dénoncé fermement une imposture qui a duré dix-huit siècles : il a été condamné à mort et guillotiné, sans avoir voulu se confesser ni recevoir les illusoires consolations d'un de ces prêtres qu'il avait vitupérés. »

On lit tout au contraire chez un éditeur catholique[5] :

Nous savons par le témoignage de l'aumônier des condamnés que Jean Verger a fait retour à Dieu avant son exécution. M. Hugon écrit au cardinal Morlot, le 8 février : « Si j'ai le regret de sortir du silence qui convient à ma position et à mon caractère, j'ai du moins la consolation de pouvoir attester hautement que Verger, à ses derniers moments, est revenu sincèrement à Dieu[6]. »

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Hippolyte Fouquier, Annuaire historique universel, année 1857, p. 136
  2. Documents mis en vente les 20-22 janvier 2012
  3. On trouvera cependant un compte-rendu assez détaillé du procès avec quelques renseignements sur Jean-Louis Verger dans l'édition du 19 janvier et celle du 20 janvier 1857 du Journal de Toulouse que la mairie a eu l'heureuse idée de numériser. On se rappellera cet avertissement : « Politiquement, le journal suivait une ligne en général favorable aux gouvernements en place ».
  4. De Céline Grenaud on lira Les doubles de l’abbé Jules ou comment un hystérique peut en cacher un autre. Selon elle Verger aurait pratiqué le satanisme et l’occultisme et fréquenté Éliphas Lévi ; l’image qu’elle nous donne de lui rejoint l’opinion de Renan : le malheureux était bel et bien fou.
  5. Monseigneur Marie-Dominique-Auguste Sibour, archevêque de Paris, 1848-1857, par Jean Manceau, Éditions Beauchesne, p. 91
  6. Sur le site Guillotine un anonyme a reproduit un intéressant extrait des Souvenirs de la petite et de la grande Roquette dus à l'abbé Moreau, aumônier de ces établissements. Il faut se rappeler que l'abbé Moreau n'avait pas été témoin des derniers instants de Verger et avait rapporté les souvenirs de l'abbé Roques, son prédécesseur. Le tome II de cet ouvrage a été republié par un éditeur américain qui appelle l'abbé Gustave Moreau, par confusion sans doute avec l'artiste. Ce qu'on y lit peut éclairer le témoignage du P. Hugon, qui parle d'ailleurs de façon très vague à son évêque : Verger avant de mourir aurait embrassé le crucifix et ce geste aurait suffi pour que l'aumônier lui donnât l'absolution.