Jean-Joseph de Laborde

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Portrait de Jean-Joseph de Laborde.

Jean-Joseph Laborde, par la suite marquis de Laborde, né près de Jaca en Aragon en 1724 et mort guillotiné en mai 1794, est un négociant et banquier français.

Biographie[modifier | modifier le code]

La fortune acquise dans l'esclavage[modifier | modifier le code]

Responsable d'une société internationale dès l'âge de vingt ans, Laborde fut dix ans plus tard, parmi les hommes les plus riches de France[1].

Né le 27 janvier 1724 à Jaca, Jean-Joseph de Laborde est le dernier des quatre enfants de Marguerite d'Aleman de Sainte-Croix et Jean-Pierre Laborde (1673-1739), citoyen de Bayonne et négociant en laine, installé à Jaca puis à Paris, banquier vers 1717[2], qui ramenait des piastres espagnoles en contrebande[3]. Il rejoint, à l'adolescence, son cousin Joseph Laborde, à la tête d'une compagnie maritime d'import-export à Saint-Jean-de-Luz, lequel est probablement l'un des quinze enfants du banquier Jean-François de La Borde, originaire également de Bayonne et cousin par alliance de la marquise de Pompadour.

Jean-Joseph de Laborde apprend le métier auprès de son cousin, de 1734 à 1739[4], puis prend sa succession quand il décède en 1748. Il contacte alors de nombreux grands négociants et acquiert, en 1751, le monopole de la fourniture de piastres espagnoles à la Compagnie des Indes[5], ce qui est indispensable au commerce des indiennes de coton. Au second semestre de 1758, il rencontre à Paris l'abbé Bernis, chargé de la diplomatie française.

Il devient le chef d'un véritable empire commercial international, ce qui lui permettra de financer presque à lui seul la guerre de Sept Ans et porter au même moment sur ses épaules le ministère de son ami proche, le duc de Choiseul, qui a lui épousé l'héritière d'Antoine Crozat, première fortune de France.

Il participe à la traite négrière, approvisionne les colonies en matières premières et rapporte les produits les plus intéressants financièrement : fruits tropicaux, arbre d'essence rares. Il possède près de 1 500 hectares de terres à Saint-Domingue, qu'il fait exploiter pour le sucre[6].

Les placements immobiliers[modifier | modifier le code]

Devenu conseiller de Louis XV, il acquiert de nombreux domaines outre-mer et sept seigneuries sur le sol français, puis devient fermier général (1759-1767) sur proposition du duc de Choiseul et enfin banquier de la couronne, succédant ainsi à Jean Pâris de Monmartel[7]. Il excelle dans les spéculations immobilières[8], en province comme à Paris, où il fait construire en 1765 l'hôtel Laborde, l'un des plus imposants de la capitale[9] et créé dans ses vastes jardins deux rues, la rue Laffitte, d'abord appelée rue d'Artois, et la rue de Provence, revendant le terrain par lots. Installé aussi en 1764 dans le château de La Ferté-Vidame, aménagé à son goût, entouré de nombreux artistes, il sera contraint, par un ordre de la cour, les constructions à peine terminées, en 1784, de la céder duc de Penthièvre qui le convoitait[10].

Les spéculations financières[modifier | modifier le code]

Également décrit comme faisant « les plus heureuses spéculations dans les finances »[11], il conseille Louis XV, la haute noblesse et même Voltaire dans la gestion de leurs portefeuilles financiers. À 45 ans, il est l'un des partisans les plus motivés de la création de la première Caisse d'escompte, qui sert à partir de 1767 de complément à la Bourse de Paris, et tenta de l'installer sur le terrain[12] où sera finalement bâti en 1783 l'Opéra-Comique. Banquier du roi, il dirige cette Caisse d'escompte, qui fut liquidée en 1769[13], en même temps que la Compagnie des Indes, puis recréée en 1776 par Isaac Panchaud et installée au 8 rue Vivienne. Lors de la liquidation en 1769 et 1770, Jean-Joseph de Laborde perd 600 000 livres[14] et ne reviendra à la spéculation financière qu'avec l'arrivée aux finances en 1783 de Charles Alexandre de Calonne.

De la disgrâce à la guillotine[modifier | modifier le code]

Membre de la commission pour la réforme fiscale dirigée par L'Averdy, l'abbé Terray fut remarqué par René Nicolas de Maupeou, qui le fit nommer contrôleur général des finances en décembre 1769. Terray l'aida à se débarrasser du duc de Choiseul, limogé le 24 décembre 1770, ce qui entraîne le départ des protégés du duc, au premiers rangs desquels Laborde.

L'abbé Terray fait suspendre le remboursement de 200 millions de rentes, ce qui amène Laborde à se détourner des effets royaux pour réinvestir sa fortune dans l'immobilier parisien. La décision de Terray a fait passer la fortune de Laborde de 13,6 millions à 8,04 millions de livres en seulement une année. Malgré cela, pour conserver la confiance du marché, il rembourse tous ses créanciers. Sa fortune est aussi reportée sur ses plantations de Saint-Domingue à partir de 1770. Ce n'est qu'à compter de 1783, qu'il la replace sur des opérations spéculatives[15], sous le ministère de Calonne, qui souhaite augmenter le nombre d'investisseurs, en raison de la dette héritée de la Guerre d'indépendance américaine.

Lors de la Révolution française, son fils est l'un des rares députés nobles (du bailliage d'Étampes) à rejoindre le Tiers état, mais Saint-Just fait guillotiner le père qui est emmené en mai 1794 dans l'une des dernières charrettes de la Terreur.

Le château de Méréville[modifier | modifier le code]

Article connexe : Château de Méréville.
Château de Méréville

Il achète en 1784 le château de Méréville, où 700 ouvriers travaillent dix ans à l'élaboration d'un grand parc paysager, planté d'espèces rares acclimatées, et qualifié d'oasis par Chateaubriand. Parmi les artistes embauchés, François-Joseph Bélanger, qui a construit en deux mois Bagatelle, Hubert Robert, l'ébéniste Jean-François Leleu, le peintre Claude Joseph Vernet, et Augustin Pajou, qui sculpte un cénotaphe au navigateur James Cook.

En 1786, l'architecte François-Joseph Bélanger est remplacé par Hubert Robert. L'année suivante, une colonne rostrale est bâtie sur une île au cœur du grand lac, en hommage à ses deux fils, Édouard (1762-1786) et Ange Auguste (1766-1786), morts au large de Vancouver, lors de l'expédition La Pérouse. Le temple de la piété filiale fut dédié à sa fille Natalie.

Descendance[modifier | modifier le code]

Jean-Joseph de Laborde a épousé en 1760 Rosalie de Nettine (1737-1820), alias « Barbe Stoupy », veuve depuis 1749 de Matthias de Nettine[16], et sœur du banquier de Marie-Thérèse d'Autriche[17], et fille de Mathias de Nettine, trésorier du duc de Lorraine, qui avait été mariée une première fois. Du mariage naquirent :

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. François d'Ormesson & Jean-Pierre Thomas, Jean-Joseph de Laborde, banquier de Louis XV, mécène des Lumières, Paris, Éditions Perrin, 2002.
  2. François d'Ormesson & Jean-Pierre Thomas, op. cit..
  3. M. Bruguière, L'aristocratique descendance des affairistes de la Révolution, p. 106.
  4. Yves Durand et Jean-Pierre Bardet, État et société en France aux XVIIe et XVIIIe siècles : Mélanges offerts à Yves Durand, Presses Paris Sorbonne, 2000, p. 182 .
  5. Thierry Claeys, Les Institutions financières en France au XVIIIe siècle, vol. 1, p. 684.
  6. Erick Noël, Beauharnais : une fortune antillaise, 1756-1796, p. 66.
  7. État et société en France aux XVIIe et XVIIIe siècles : Mélanges offerts à Yves Durand, p. 182.
  8. État et société en France aux XVIIe et XVIIIe siècles... op. cit., p. 182.
  9. Paris démoli, par Édouard Fournier, Aubry, 1855, p. 297.
  10. Adolphe Chéruel, Notice sur la vie et les mémoires du duc de Saint-Simon, 1876, p. lxxii.
  11. Paris démoli, p. 298.
  12. Paris démoli, p. 296.
  13. P. Harsin, Crédit public et Banque d’État en France au XVIIe et XVIIIe siècles, Paris, 1933, p. 170-221.
  14. Les institutions financières en France au XVIIIe siècle, vol. 1, par Thierry Claeys, p. 778 [1].
  15. Thierry Claeys, Les Institutions financières en France au XVIIIe siècle", vol. 1, p. 778 [2].
  16. État et société en France aux XVIIe et XVIIIe siècles : mélanges offerts à Yves Durand, par Yves Durand et Jean-Pierre Bardet Presses Paris Sorbonne, 2000, page 183 [3].
  17. "Dictionnaire de la noblesse, contenant les généalogies", par François-Alexandre Aubert de La Chesnaye, page 163 [4].

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Flore de Bergerin, Les jardins de Jean-Joseph de Laborde. Le parc de Méréville au XVIIIe siècle, 1994.
  • Ferdinand Boyer, « Jean Joseph de Laborde, protecteur de F.X. Fabre et sa collection confisquée en 1794 », Bulletin de la société d'histoire de l'art français, 1954.
  • Carlo Bronne, « Un couple brillant, les Laborde », La Revue de Paris, 1968-69.
  • Jean-François Delmas, Le Mécénat des financiers au XVIIIe siècle. Les collections de peinture de Jean-Joseph, marquis de Laborde, sous la direction d'Yves Durand, Paris, Paris-Sorbonne, mémoire de maîtrise, 1988-1989.
  • Jean-François Delmas, « Jean-Joseph de Laborde et le domaine de Méréville », État et société en France aux XVIIe et XVIIIe siècles, mélanges Yves Durand, Paris, PUPS, 2000, p. 181-193.
  • Yves Durand, « Mémoires de Jean Joseph de Laborde, banquier de la cour et fermier général », Bulletin de la société d'histoire de France, 1968-69.
  • A. J. Dussau, « Jean Joseph Laborde, négociant bourgeois bayonnais, banquier du roy, victime de la Terreur », Bulletin de la société des sciences, lettres et arts de Bayonne, 1967.
  • Charles Lansel, Méréville, son château et son parc, Paris, J. Dumaine, 1877.
  • François d’Ormesson, Jean-Pierre Thomas, Jean-Joseph de La Borde : banquier de Louis XV, mécène des Lumières, Paris, Perrin, 2002, 380 p., (ISBN 978-2-26201-820-7).

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]