Jean-Joseph Rabearivelo

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Photographie non datée, non créditée, années 1930

Jean-Joseph Rabearivelo, né Joseph-Casimir le 4 mars 1903 à Tananarive (aujourd'hui Antananarivo) et mort le 22 juin 1937 à Tananarive, est un poète malgache. Il publia des anthologies de poésie malgache et collabora à deux revues littéraires, 18 Latitude Sud et Capricorne avant de se suicider, pauvre et endetté, le 22 juin 1937.

Introduction[modifier | modifier le code]

Jean-Joseph Rabearivelo, né Joseph-Casimir (4 mars 1901, Tananarive aujourd'hui Antananarivo - 22 juin 1937, Tananarive), est un poète malgache, considéré comme le premier poète africain moderne. Il naquit dans la capitale de Madagascar juste cinq ans après que la Grande Île fut devenue colonie française. Il était le fils unique d'une mère célibataire issue d'une famille noble mais ruinée. À 13 ans, il fut renvoyé du Collège Saint-Michel pour avoir refusé de prendre part au service religieux ; après avoir été scolarisé brièvement dans une école privée, il abandonna toute éducation organisée et se mit à travailler aux divers « petits boulots » que proposait la société coloniale. En 1924 il se fit correcteur à l'Imprimerie de l'Imerina ; il y travailla bénévolement les deux premières années, et garda ce travail mal payé jusqu'à sa mort. Il est vrai que cette maison lui publia plusieurs de ses ouvrages en tirage limité. En 1926, Rabearivelo épousa Mary Razafitrimo, fille d'un photographe, avec qui il eut cinq enfants. Toute sa vie il fut endetté, jusqu'à être condamné à la prison : ses finances eurent à concilier bas salaires, passion du jeu, achats de livres et addiction à l'opium. Lecteur vorace et autodidacte, il publia des anthologies de poésie malgache et collabora à deux revues littéraires, 18 Latitude Sud et Capricorne. Au soir du 23 juin 1937, après avoir envoyé diverses lettres d'adieu, il se suicida au cyanure, notant ses derniers moments dans le dernier de ses Calepins Bleus, un journal de 1800 pages environ. Des quelque 20 volumes qu'il produisit, notamment de poésie, théâtre, roman et critique littéraire, la moitié restait inédite à sa mort. Son œuvre montre une affinité à la fois avec les poètes symbolistes et surréalistes, tout en restant fortement enracinée dans la géographie et le folklore de Madagascar. Il se sentait également français et malgache, mais il lui fut refusé toute occasion d'aller travailler et vivre à Paris. Ce désespoir motiva son suicide.

Vie et œuvre de Jean-Joseph Rabearivelo[modifier | modifier le code]

1903 (1901 / 1902 / 1904 ?) : Naissance le 4 mars, de Joseph-Casimir Rabearivelo (du nom des deux saints relatifs aux mois et jour de sa naissance), à la clinique du Docteur Villette, Isoraka, quartier de Tananarive. Il fera précéder son prénom de « Jean », en référence à Jean Berchmann, l’un des trois saints sous le patronage duquel il a reçu la confirmation. Il conservera son nom malgache sur les conseils de son ami Pierre Camo, « seule manière certaine, ‘‘selon lui, de piquer la curiosité et d’attirer sur lui l’attention ». Les sources (documents officiels, déclarations écrites ou orales du poète ou de ses contemporains) divergent quant à l’année exacte. L’année 1904 aurait été utilisée par Rabearivelo lui-même pour améliorer ses dossiers de candidature afin d’entrer dans l’administration. L’année 1903, indiquée sur le registre des actes de naissance de Tananarive, semble être la plus probable, même si elle pose des problèmes de cohérence pour les années de scolarité. Sa mère, Rabozivelo, protestante, était originaire d’Ambatofotsy (qui signifie « à la pierre blanche » en malgache), village au nord de Tananarive, et elle était apparentée à la caste noble des Zanadralambo (prétendus descendants de Ralambo). Cette ascendance aristocratique renforça la vénération de Rabearivelo pour le passé royal mérina. Cette parenté lui confère un type merina. Sa mère est très protectrice, dévouée à son unique fils. Elle élèvera le fils de Rabearivelo, Solofo, après son suicide. La famille de sa mère est celle de grands propriétaires fonciers ruinés, comme beaucoup de ces familles, par les bouleversements introduits par la colonisation (notamment l’abolition de l’esclavage traditionnel). La famille du poète est donc pauvre. La mère de Rabearivelo vendra les quelques rizières et bijoux – souvenirs de sa richesse passée – pour que le jeune poète puisse s’acheter des livres. Rabearivelo se présente lui-même comme ayant « la taille de Napoléon, la taille des grands hommes ». Il poursuit : « J’ai le front dévasté que j’aime à comparer à celui que telle estampe donne de Baudelaire ».
1908 ( ?)-1916 : Son éducation est confiée à son oncle, de confession catholique. Cette formation le distingue à nouveau de la haute société, qui est protestante. À cinq ans, il entre à l’École des Frères des Écoles chrétiennes d’Andohalo, puis il fréquente le collège Saint-Michel des Jésuites à Amparibe (d’où il sera exclu pour indiscipline à l’âge de 13 ans) et enfin l’école Flacourt, à Faravohitra. Ses études sont plutôt médiocres, et Rabearivelo devra apprendre le français en autodidacte. De cette époque date son probable désir, vite éteint, d’entrer dans les ordres. Il perdra ensuite la foi jusqu’à devenir, selon ses dires, « anti-chrétien ».
1915 : Il aurait publié à cette date ses premiers poèmes en malgache, dans la revue Vakio ity, sous le pseudonyme de K. Verbal.
1916-1923 : Ses études terminées, Rabearivelo exerce différents métiers : secrétaire et interprète du chef de canton d’Ambatolampy, saute-ruisseau et gratte-papier chez le brocanteur Rasamoely (1919), dessinateur en dentelles chez Mme Anna Gouverneur, employé de bibliothèque au Cercle de l’Union (ce qui lui permet de lire énormément et de se cultiver). Un administrateur, le gouverneur Lucien Montaigné, qui a remarqué ses dispositions intellectuelles, soutient ses premiers essais littéraires. De ces années date aussi la publication de ses poèmes dans Le Journal de Madagascar (bilingue français-malgache) sous les noms de plume d’Amance Valmont (qu’il réutilisera plus tard pour la revue Capricorne), Jean Osmé et enfin de Jean-Joseph Rabearivelo. La coutume malgache autorisant facilement les changements de nom, Joseph-Casimir se fit appeler Jean-Joseph Rabearivelo pour avoir, disait-il, les mêmes initiales que Jean-Jacques Rousseau.
1920-1921 : Il écrit des articles et des poèmes dans divers journaux de Tananarive ainsi qu’une pièce de théâtre dans un français encore hésitant. En 1921, il publie une piècs Armand Guibert, sont présentés comme « transcrits du hova par l’auteur ».
1936 : Rabearivelo est nommé membre de la Commission chargée de préparer la participation de Madagascar à l’Exposition Universelle de 1937. Son espoir de quitter l’île pour la représenter en France est immense. Il sera à la hauteur de sa terrible désillusion. Parution du recueil de poésie Chants pour Abéone, à Tananarive, chez Henri Vidalie, en édition de luxe, tirée à cinquante exemplaires. Parution de Tananarive, ses quartiers et ses rues, à Tananarive, à l’Imprimerie de l’Imerina. Il s’agit d’une sorte de guide onomastique des rues et des quartiers de la ville du poète, écrit en collaboration avec Eugène Baudin, le rédacteur en chef de La Tribune de Madagascar. Parution de la version française d’Aux portes de la ville, à Tananarive, à l’Imprimerie officielle.
1937 : Après une vie d’excès en tout genre, ruiné, il tente une ultime fois d’entrer dans l’Administration. Nouveau refus le 20 juin. Suicide de Jean-Joseph Rabearivelo (22 juin).
1938 : Parution d’un article nécrologique de Robert Boudry, suivi d’extraits des Calepins bleus dans la revue du Mercure de France (numéro du 15 septembre).
1939 : Parution des Vieilles chansons des pays d’Imerina, à Tananarive, à l’Imprimerie officielle. Cette édition est l’hommage posthume de la colonie au poète, ouvrage réédité en 1980, chez Madprint, Antananarivo.
1957 : Parution du recueil poétique en malgache, Lova, à Tananarive, à l’Imprimerie Volomahitsy.
1960 : Parution de Poèmes, à Tananarive, par le Comité des Amis de Rabearivelo. Parution de la première édition bilingue de Presque Songes et Traduit de la nuit, préfacée par Jacques Rabemananjara.
1987 : Colloque international « Jean-Joseph Rabearivelo, cet inconnu ? » à l’Université d’Antananarivo, entre le 25 et 30 mai.
1988 : Première publication de L’Interférence (écrit en 1928) à Paris, chez Hatier.
1990 : Parution de Traduit de la nuit, recueil de poèmes choisis et présentés par Gonzague Raynaud, à Paris chez Orphée / la Différence. Parution de ‘‘Poèmes’’ (recueil regroupant Presque Songe, Traduit de la nuit, Chant pour Abeone), édition préfacée par Jean-Louis Joubert, à Paris chez Hatier.

Œuvres[modifier | modifier le code]

Poèmes de Jean-Joseph Rabearivelo[modifier | modifier le code]

  • La coupe de cendres (1924)
  • Sylves (1927)
  • Volumes (1928)
  • Enfants d'Orphée (1931)
  • Presque-Songes (1934)
  • Traduit de la Nuit (1935)
  • Imaitsoanala (1935)
  • Chants pour Abeone (1936).

Le premier volume des Œuvres complètes a paru en septembre 2010 :

Liens externes[modifier | modifier le code]