Jean-Esprit Isnard

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Jean-Esprit Isnard (1707-1781) est un facteur d’orgues français, considéré à son époque et encore de nos jours comme le chef de file de la « facture classique » pour le sud-est de la France et le dernier grand organier de Provence et du Comtat Venaissin pour la période de l’Ancien Régime[1].


Biographie[modifier | modifier le code]

Né de Claudia Marmillot et Florent Isnard à Bédarrides dans le Vaucluse où il est baptisé le 22 janvier 1707, il était frère convers dominicain du couvent de Tarascon où il fut enseveli le 16 mars 1781[2].

On ne sait rien de sa période de formation[N 1], mais l’on est sûr qu’il est déjà un facteur d’orgues accompli lors de son entrée dans les Ordres. En effet un document daté du 11 juillet 1731 prouve qu’il a réparé l’orgue des Pénitents Blancs de Lyon et il n’y ait nullement mentionné un quelconque état religieux[2]. Par contre le 1er mars 1740 il est désigné en tant que « frère Isnard » dans un document attestant son dédommagement pour son déplacement depuis Aix-en-Provence, où il a très probablement commencé à construire l’orgue du couvent des Frères Prêcheurs, à Marseille, pour accorder et examiner l’orgue de l’ancienne cathédrale de La Major[2].

Dès lors et face au travail très irrégulier dans sa province natale, il parcourt inlassablement tout le sud de la Loire, de Lyon jusqu’à Toulouse poussant même, pendant sa collaboration avec la famille Cavaillé, jusqu’en Catalogne. Ses liens avec Toulouse et plus particulièrement le couvent des Jacobins, où il a rencontré son frère en religion Joseph-Dominique Cavaillé, s’expliquent par son statut de grand pôle d’attraction de la facture d’orgues, ceci depuis le XVIIe siècle. Toulouse est l’école du Sud-Ouest de la Facture d’orgues Française et a vu se succéder les plus grands noms de l’orgue français : Jean Lefebvre, Antoine Lefebvre, Robert Delaunay (constructeur de l’orgue des Jacobins sur lequel travailleront de concert Joseph Cavaillé & Jean-Esprit Isnard), Jean de Joyeuse, François & Jean-François Lépine, Christophe Moucherel, les sieurs Micot, Grégoire Rabiny . Il est donc normal que son couvent de Tarascon ait envoyé le jeune organier se perfectionner dans son art dans la maison provinciale et Jean-Esprit reviendra partager ses connaissances avec Joseph Cavaillé, collaborant même avec lui et son neveu Jean-Pierre lors de ses périodes d’inactivité provençale[2].

Trois orgues monumentaux, surtout en regard de ce qui se construisait jusqu’alors en Provence (fidèle au ripieno italien), jalonnent sa carrière, tous au bénéfice de couvents de son ordre :

  • Aix-en-Provence de 1740 à 1743
  • Marseille en 1747
  • Saint-Maximin-la-Sainte-Baume de 1772 à 1774, le chef d’œuvre ayant traversé les siècles sans trop de dommages jusqu’à notre époque, alors qu’il ne reste des deux premiers que les buffets ou peu s’en faut[N 2].

Dès le premier instrument on trouve des singularités qui deviendront les caractéristiques du grand orgue de tribune selon Jean-Esprit Isnard :

  • dans le grand-corps du buffet 2 plans sonores principaux se répondant ou se complétant selon les besoins, Grand-Orgue et Raisonnance (nommé Bombarde au début), surmontés du traditionnel Récit (Dessus de Cornet et Trompette 8’);
  • deux dessus de trompette en chamade (influence de la facture ibérique côtoyée en Roussillon et Catalogne) pour le Grand-Orgue et la Bombarde ou Raisonnance ; il faut ici préciser que traditionnellement la facture classique française renforçait, dans le Grand-Jeu, les dessus d’anches, toujours plus faibles que les basses, à l’aide du dessus de Cornet, du Prestant, parfois du Bourdon, ce qui pouvait induire des problèmes de justesse, anches et jeux à bouche réagissant différemment aux variations de température ; Jean-Esprit préfère régler ce problème en doublant uniquement les dessus de la Trompette par des tuyaux disposés horizontalement à l’avant du buffet;
  • grande et petite fourniture au Grand-Orgue selon que l’on désire un plein-jeu en 16 ou 8 pieds;
  • absence de Clairon au Grand-Orgue;
  • pas de sommier indépendant pour la Pédale qui est en tirasse sur le clavier de Raisonnance; c’est le seul héritage de l’orgue provençal de type italien où la Pédale n’a jamais joué un rôle important, se contentant de chanter en valeurs longues, au ténor ou à la basse, avec donc des organistes peu enclins au jeu de Pédale tel qu’on le pratiquait en Europe du Nord ;
  • troisième clavier appelé Raisonnance ou Bombarde selon les cas, servant soit de renfort du Grand-Orgue par accouplement, soit permettant de dialoguer grâce à quelques jeux solistes, et enfin comportant les jeux de Pédale : flûte 8’, flûte 4’, trompette et clairon.

Jean-Esprit aura formé bon nombre d’apprentis parmi lesquels ses neveux : Jean-Baptiste & Joseph Isnard, mais aussi Joseph Charron, né à Bédarrides le 20 août 1712[N 3]; ainsi qu’indirectement Honoré Grinda, officiellement apprenti de Joseph Isnard. Ses associés principaux seront au fil du temps Joseph et Jean-Pierre Cavaillé, ses neveux : Jean-Baptiste de 1745 à 1754 et Joseph Isnard de 1770 à 1781, ce dernier signant officiellement les marchés afin de ne pas être lésé par la règle obligeant un frère convers à rétrocéder à son couvent ses éventuels bénéfices.

Son œuvre[modifier | modifier le code]

Si les instruments entièrement neufs sont relativement rares du fait de la pauvreté des paroisses provençales et comtadines, il a reconstruit ou agrandi bon nombre d’orgues tant à l’est qu’à l’ouest du Rhône :


Annexes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. D’après Jean-Michel Sanchez, in Orgues, le chœur des anges, page 119, il aurait été formé par Charles Boisselin
  2. La tuyauterie subsistant à Aix a été réharmonisée lors de la restauration-reconstruction de Prosper-Antoine Moitessier
  3. travaux d’entretien et d’agrandissement à Lyon et ses environs
  4. « Opificibus fratre Ioanne Isnard et Iosepho Isnard nepote eius, Anno 1774 » (Fait par frère Jean Isnard et Joseph Isnard son neveu) est-il écrit dans le sommier de Raisonnance

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Jean-Robert CAÏN, Robert MARTIN, Jean-Michel SANCHEZ, Les Isnard: une révolution dans la facture d'orgues, EDISUD 1991 (ISBN 978-2-85744-337-7)Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Jean-Michel Sanchez (textes) et Olivier Placet (photos), Orgues, le chœur des Anges, Le Bec en l’Air (ISBN 2-916073-01-9)Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Norbert Dufourcq, Le Livre de l'Orgue Français, tome III, la Facture, volume 2, PICARD 1975, (ISBN 2-7084-0031-2)Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Marie-Réginald Arbus, Une merveille d’art provençal, Aix 1955
  • A.R.C.A.M., ouvrage collectif, L’orgue de Jean-Esprit & Joseph Isnard dans la basilique de La Madeleine à Saint-Maximin -1774-, Réalisation Art & Culture des Alpes-Maritimes 1991 (ISBN 2-906700-12-6)Document utilisé pour la rédaction de l’article

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Articles connexes[modifier | modifier le code]