Jean-Claude Passeron

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Jean-Claude Passeron (né en 1930 à Nice), est un sociologue et un épistémologue français, directeur d'études à l'École des hautes études en sciences sociales où il fait partie d'une unité mixte (avec le CNRS) à caractère tridisciplinaire : le SHADYC (Sociologie, Histoire, Anthropologie des dynamiques culturelles). Il dirige la revue Enquêtes.

Biographie[modifier | modifier le code]

À Paris, Jean-Claude Passeron fait des études à l'École normale supérieure et s'oriente, après avoir passé l'agrégation de philosophie, vers la sociologie. Durant les années 1960, il publie avec Pierre Bourdieu deux ouvrages de sociologie de l'éducation (Les Héritiers, 1964 ; La Reproduction, 1970). Avec Jean-Claude Chamboredon, Passeron et Bourdieu publient également Le Métier de sociologue, un ouvrage de référence de méthodologie et d'épistémologie des sciences sociales.

Parallèlement, il dirige le département de sociologie de l'Université de Nantes, tout en allant fréquemment à Paris pour mener ses enquêtes. En 1968, il fait partie du noyau cooptant chargé de fonder le Centre Universitaire Expérimental de Vincennes, projet pédagogique d'avant-garde, aujourd'hui devenu l'Université Paris VIII (connue sous le nom d'Université de Vincennes à Saint-Denis), avec, entre autres, Robert Castel et Michel Foucault. Plus tard, au début des années 1980, il l'abandonne pour intégrer l'EHESS. Par la suite, il mènera une « délocalisation » de l'EHESS à Marseille, où il tentera de créer un enseignement interdisciplinaire de la sociologie, associé à l'histoire et à l'anthropologie, et où une place très importante sera accordée à l'apprentissage des pratiques et techniques d'enquête.

Mise à part sa célèbre collaboration avec Bourdieu, avec lequel il prend ses distances à partir du début des années 1970[1], il réalise aussi des travaux avec d'autres sociologues comme Jean-Claude Chamboredon, Robert Castel, Claude Grignon, Michel Grumbach et François de Singly. En particulier, après cette prise de distance, Passeron poursuit ses enquêtes dans le domaine de la sociologie de la culture et des arts. Il publie ainsi, entre autres, L'Œil à la page, Les Artistes. Essai de morphologie sociale, Le Temps donné aux tableaux.

En 1991, il fait paraître Le Raisonnement sociologique, ouvrage en partie issu d'une thèse d'État. Ce livre a eu un impact profond sur la réflexion épistémologique en sciences sociales. Rompant avec les thèses du Métier de sociologue qui ne voyaient pas de différence entre les sciences sociales et les sciences de la nature, Passeron retrouve le dualisme épistémologique de Max Weber. Il affirme ainsi que les sciences sociales sont des sciences historiques et n'ont, de ce fait, pas le même régime de vérité que les sciences de la nature. En particulier, ce ne sont pas des sciences réfutables au sens de Karl Popper. Cela ne signifie pas pour autant qu'elles ne sont pas scientifiques, mais que les propositions en sciences sociales n'ont jamais la même force probatoire qu'en sciences de la nature.

Publications[modifier | modifier le code]

  • avec Pierre Bourdieu et Michel Eliard, Les Étudiants et leurs études, Paris, La Haye, Mouton, « Cahiers du centre de sociologie Européenne. sociologie de l'éducation », 1, 1964.
  • avec Pierre Bourdieu, Les Héritiers. Les étudiants et la culture, Paris, Les Éditions de Minuit, 1964.
  • avec Gérald Antoine, La Réforme de l'Université. Conservatisme et novation à l'Université, avant-propos de Raymond Aron, Paris, Calmann-Lévy, 1966.
  • avec Robert Castel, Éducation, développement et démocratie. Algérie, Espagne, France, Grèce, Hongrie, Italie, Pays arabes, Yougoslavie, études présentées par Robert Castel, Jean-Claude Passeron, Paris - La Haye, Mouton, « Cahiers du Centre de sociologie européenne », 4, 1967.
  • avec Pierre Bourdieu et Jean-Claude Chamboredon, Le Métier de sociologue, préalables épistémologiques, Paris, Mouton - Bordas, 1968.
  • avec Claude Grignon, Expériences françaises avant 1968, Études de cas sur l'innovation dans l'enseignement supérieur, Paris, OCDE, 1970.
  • traduction (avec Françoise et Jean-Claude Garcias) et présentation de Richard Hoggart, La Culture du pauvre. Étude sur le style de vie des classes populaires en Angleterre (The Uses of literacy), Paris, Éditions de Minuit, « Le sens commun », 1970.
  • avec Pierre Bourdieu, La Reproduction. Éléments pour une théorie du système d'enseignement, Paris, Éditions de Minuit, « Le Sens commun », 1970.
  • présentation de Joseph Schumpeter, Impérialisme et classes sociales, traduction de Suzanne de Segonzac et Pierre Bresson, revue et présentée par Jean-Claude Passeron, Paris, Éditions de Minuit, « Les sens commun », 1972
  • Les Mots de la sociologie, Nantes, Université de Nantes, 1980.
  • avec Michel Grumbach, L'Œil à la page : enquête sur les images et les bibliothèques, Paris, Bibliothèque Publique d’Information, 1985.
  • avec Claude Grignon, Le Savant et le populaire, misérabilisme et populisme en sociologie et en littérature, Paris, Seuil - Gallimard, 1989.
  • avec E. Pedler, Le Temps donné aux tableaux, Marseille, IMEREC, 1991.
  • Le Raisonnement sociologique. L'espace non-poppérien du raisonnement naturel, Paris, Nathan, « Essais et Recherches », 1991.
  • avec Pierre-Michel Menger (éd.), L'Art de la recherche, Essais en l'honneur de Raymonde Moulin, Paris, La Documentation Française, 1994.
  • avec Louis-André Gerard-Varet, (éd.), Le modèle et l'enquête : les usages du principe de rationalité dans les sciences sociales. Paris, Éditions de l'EHESS, 1995.
  • (éd.), Richard Hoggart en France, textes rassemblés par J.-C. Passeron, Paris, Bibliothèque Publique d'Information, 1999.
  • avec Michel de Fornel, (éd.), L'argumentation. Preuve et persuasion, Paris, Ed. de l’EHESS, 2002.
  • Le raisonnement sociologique: un espace non poppérien de l'argumentation (éditions refondue et augmentée), Paris, Albin Michel, 2005.
  • avec Jacques Revel, Penser par cas, Paris, Éditions de l'EHESS, 2005.
  • Qu'est-ce qu'une discipline ?, Paris, Éditions de l'EHESS, 2006.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. François de Singly, « Bourdieu : nom propre d'une entreprise collective », Le Magazine littéraire, no 369, octobre 1998, p. 39-44.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]