Jean-Baptiste Tavernier

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Jean-Baptiste Tavernier
Portrait par Nicolas de Largillière (v. 1700).

Jean-Baptiste Tavernier, né à Paris en 1605 et mort à Moscou en juillet 1689, est un voyageur et pionnier français du commerce avec l'Inde.

Les années de formation[modifier | modifier le code]

Avant lui, son père Gabriel et son oncle Melchior occupaient la profession de géographe et de graveur. Son père était un marchand de cartes géographiques d'Anvers. Protestant persécuté à Anvers, il se réfugie en France. Dans cette atmosphère familiale, il se découvrit très tôt le goût du voyage. À l'âge de seize ans, il avait déjà visité l'Angleterre, les Pays-Bas et l'Allemagne. Quatre années et demie passées au service du vice-roi de Hongrie (16241629), puis une année, en 1629, à celui de Charles Ier de Mantoue duc de Rethel et de son père, Louis de Gonzague, duc de Nevers et de Mantoue, lui donnèrent l'habitude des cours, ce qui lui fut très utile par la suite. Il acquiert aussi une certaine expérience militaire à Mantoue en 1629 et en Allemagne, l'année suivante, avec le colonel Walter Butler, passé à la postérité à l'occasion de la mort de Wallenstein.

Les voyages[modifier | modifier le code]

En 1630, il connaît, pour y avoir voyagé, l'Italie, la Suisse, l'Allemagne, la Pologne et la Hongrie, aussi bien que la France, l'Angleterre et les Pays-Bas et parle les principales langues de ces pays. Il est maintenant désireux de visiter l'Orient et, à Ratisbonne, il trouve l'occasion de se joindre à deux pères français, M. de Chapes et M. de Saint-Liebau, qui ont reçu une mission pour le Levant. En leur compagnie, il atteint Constantinople au début de 1631 et y passe onze mois, avant de rejoindre Tokat, Erzurum et Erevan en Arménie. Il alla lors de ce premier voyage jusqu'à Ispahan avant de reprendre la route du retour par Bagdad, Alep, Alexandrette, Malte et l'Italie, et enfin Paris qu'il retrouve en 1633.

Des cinq années suivantes, on ne sait pas grand-chose de sa vie, mais c'est probablement durant cette période qu'il est au service de la maison du duc d'Orléans. En septembre 1638, il commence un deuxième voyage (1638-1643) par Alep et la Perse, et de là en Inde jusqu'à Âgrâ et Golkonda. Ses visites à la cour du Grand Moghol et aux mines de diamants[1] sont le prélude à ses périples suivants, au cours desquels Tavernier voyagea comme un marchand de haut rang, négociant des bijoux coûteux et d'autres marchandises précieuses, et trouvant ses principaux clients parmi les plus grands princes de l'Orient. Ce deuxième voyage fut suivi de quatre autres. Au cours de son troisième (1643-1649), il se rend jusqu'à Java et revient par Le Cap.

Tavernier en oriental.
Portrait paru dans Les Six Voyages de Jean-Baptiste Tavernier (1679).

Dans ses trois voyages suivants (1651-1655, 1657-1662, 1664-1668), il ne va pas au-delà de l'Inde. Les détails de ces voyages sont souvent obscurs, mais ils montrent une excellente connaissance des itinéraires commerciaux en Orient et introduisent le négociant, maintenant célèbre, dans l'intimité des plus grands potentats indiens ou du chah de Perse. Ils furent aussi à l'origine d'une importante fortune et d'une grande réputation en France. Tavernier est présenté à Louis XIV, pour le service duquel il avait fait ces voyages commerciaux. Le 16 février 1669, le roi lui décerne des lettres de noblesse lui permettant, l'année suivante, d'acheter la baronnie d'Aubonne et le château attenant, auquel il fait adjoindre, en remplacement du donjon d'origine, une tour blanche de type oriental et surmontée d'un toit en forme de bulbe, rappelant par sa forme un minaret. En 1662, il épouse Madeleine Goisse, fille d'un joaillier parisien.

L'auteur[modifier | modifier le code]

Ainsi installé, profitant de son aisance et de hautes protections, Tavernier s'occupe, suivant le désir du roi semble-t-il, à publier le compte rendu de ses voyages. Il n'a pas été un observateur scientifique des contrées traversées, mais, dans tout ce qui se rapporte au commerce de ces régions, sa connaissance est vaste et sans égale, et ne peut que prouver son utilité. Il se met donc au travail avec l'aide de Samuel Chappuzeau, un écrivain protestant, comme lui, et rédige sa Nouvelle relation de l'intérieur du zérail du Grand Seigneur (Paris, 1675), fondée sur ses deux visites de Constantinople au cours de ses premier et sixième voyages.

Suivirent les Six voyages de J. B. Tavernier (Paris, 1676) et le complément Recueil de plusieurs relations (Paris, 1679), pour lequel il est aidé par un certain La Chapelle. Ce dernier ouvrage contient une description du Japon, recueillie auprès de négociants et d'autres, et une du Tonkin, dérivée des observations de son frère Daniel, qui avait partagé son deuxième voyage et s'était installé à Batavia. Il contient également une violente attaque contre les agents de la Compagnie hollandaise des Indes orientales, avec lesquels Tavernier semble avoir eu plus que sa part de difficultés. En 1684, il se rend à Berlin, à l'invitation du Grand Électeur, qui souhaite le voir organiser une société de commerce en Orient, un projet qui ne vit jamais le jour.

Les voyages de Tavernier, bien que souvent réimprimés et traduits, ont un défaut : l'auteur livre un récit plein de digressions et parfois confus. Il abandonne souvent l'ordre chronologique et laisse la place à des notes décrivant des itinéraires qui concernent différentes destinations. Cependant, ces ouvrages remplissent correctement leur tâche de fournir un guide à d'autres négociants, répertoriant toutes les informations qui pourraient leur être utiles, comme les monnaies en cours et les taux de change pratiqués, les différentes mesures de poids et de longueurs, les règles douanières et commerciales.

Croquis du Koh-i-Noor d'après Tavernier.

Voltaire ne tenait pas en grande estime le récit de voyage de Tavernier et affirmait « qu'il n'apprend guère qu'à connaître les grandes routes et les diamants ». Mais Montesquieu puisa largement dans ce récit pour ses Lettres persanes.

Le dernier voyage[modifier | modifier le code]

Les dernières années de la vie de Tavernier sont mal connues. Les temps n'étaient plus favorables pour un protestant après la révocation de l'édit de Nantes, et certains pensent même qu'il fut emprisonné un certain temps à la prison de la Bastille. Le biographe Charles Joret a toutefois démontré le peu de vraisemblance de cette supposition. Ce dont nous sommes sûrs, c'est qu'il a quitté Paris pour la Suisse en 1687, et qu'en 1689, il est de passage à Copenhague sur son chemin pour la Perse en passant par la Russie, et que, la même année, il meurt à Moscou. Il s'avère qu'il était toujours en relations d'affaires avec l'Orient. On sait que le Grand Électeur de Brandebourg l'avait invité à y retourner quelques années auparavant. Mais le vrai motif de ce dernier voyage demeure un mystère et les hypothèses émises à ce sujet tiennent de la légende. Durant quarante ans, Jean-Baptiste Tavernier parcourut, ainsi qu'il l'écrit, 60 000 lieues, soit pas moins de 240 000 kilomètres, un record pour l'époque.

On attribue à Boileau ces vers pour accompagner un portrait de Tavernier :

De Paris à Delhi, du couchant à l'aurore,
Ce fameux voyageur courut plus d'une fois :
De l'Inde et de l'Hydaspe il fréquenta les rois ;
Et sur les bords du Gange on le révère encore.
En tous lieux sa vertu fut son plus sûr appui ;
Et, bien qu'en nos climats de retour aujourd'hui
En foule à nos yeux il présente
Les plus rares trésors que le soleil enfante,
Il n'a rien rapporté de si rare que lui.

En 2005, à l'occasion du 400e anniversaire de la naissance de Tavernier, le réalisateur suisse Philippe Nicolet lui a consacré un long métrage Les Voyages en Orient du Baron d'Aubonne. Un autre Suisse, le sculpteur Jacques Basler, a réalisé une statue grandeur nature en bronze à l'effigie du plus grand voyageur qu'ait connu le XVIIe siècle. Elle domine le lac Léman à Chexbres "A L'hôtel Le Baron Tavernier".

Cet orientaliste avant la lettre s'était acheté à la fin de sa vie un château dans lequel il construit une tour qui regarde vers l'Est[2].

Publications[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Il en rapporte en 1668, lors de son 6e voyage, le diamant bleu de la Couronne, probablement une commande de Colbert
  2. Franck Ferrand, « La malédiction du diamant bleu » dans l'émission Au cœur de l'histoire, 27 avril 2011

Article connexe[modifier | modifier le code]

Lien externe[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]