Jean-Baptiste Eugène Estienne

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Officier général francais 3 etoiles.svg Jean-Baptiste Eugène Estienne
Image illustrative de l'article Jean-Baptiste Eugène Estienne

Naissance 7 novembre 1860
Condé-en-Barrois
Décès 2 avril 1936 (à 76 ans)
Paris
Origine Drapeau de la France France
Arme Artillerie
Grade Général de division
Années de service 18791922
Conflits Première Guerre mondiale
Commandement 3e Groupe d'Aviation
22e Régiment d'Artillerie
Distinctions Grand croix de la Légion d'honneur

Jean-Baptiste Eugène Estienne (7 novembre 1860 à Condé-en-Barrois, France - 2 avril 1936 à Paris) est un artilleur et ingénieur militaire français. Il eut en France une influence importante dans le développement de l'artillerie moderne et de l'aviation militaire. Il reste surtout connu comme l'homme qui créa une arme blindée en France, ce qui lui valut le surnom de « Père des chars » qu'il appelait « artillerie d'assaut », durant la Première Guerre mondiale.

Jeunesse et début de carrière[modifier | modifier le code]

Il naît le 7 novembre 1860, son père, notaire, est le maire du village pendant 20 ans et conseiller général de la Meuse[1], sa mère Marie Emma Nocas est sans profession. Très tôt, il manifeste de bonnes dispositions pour les mathématiques, effectuant de brillantes études au collège de Saint-Dizier, puis au lycée de Bar-le-Duc. Elève brillant, en 1880, il est triplement admissible à l'Ecole Normale Supérieure, à Saint-Cyr et à Polytechnique. Finalement, à 19 ans, il est admis à l'École polytechnique, dont il sort 131e en 1882, année où il remporte aussi le premier prix d'un concours national de mathématiques. Il s'intéresse aux mathématiques et à la philosophie, mais se passionne surtout pour l'Antiquité grecque.

En 1883, il choisit l'artillerie à sa sortie de Polytechnique, et entre comme sous-lieutenant à l'école d'application de l'arme à Fontainebleau. Il en sort deux ans plus tard avec le grade de lieutenant et est affecté au 25e Régiment d'Artillerie à Vannes[1]. Outre son activité professionnelle, il étudie la balistique, et publie son premier ouvrage, Erreurs d’observation, qu’il présente à l'académie des sciences. Il se fait l’avocat du tir indirect de l'artillerie. Il se marie à Camille Jacquot le 14 octobre 1885.

Promu capitaine au 1er régiment d'artillerie en 1891, il commence à développer, à l'atelier de Bourges, des instruments télémétriques qui permettront de mettre ses théories en pratique, comme le goniomètre de pointage. Il publie en 1895 un second ouvrage, L’Art de conjecturer.

En 1902, il est muté au 19e Régiment d'Artillerie en tant que chef d'escadron de l'atelier de précision, mais continue surtout ses travaux théoriques à la section d'artillerie de Paris. Il met au point divers instruments de précision, comme le télémètre phonétique, et milite pour l'emploi du téléphone pour transmettre les corrections de tir des batteries. Ce travail actif dans le domaine technique militaire ne l'empêche pas, néanmoins, de publier en 1906 une étude sur le théorème de Pascal. En 1907, il devient directeur de l'école d'artillerie de Grenoble, et y publie Les Forces morales à la guerre.

Pionnier de l'aviation militaire[modifier | modifier le code]

Le général Pétain en 1919.

Il a la réputation d'être l'un des officiers progressistes les plus brillants et, en 1909, le général Brun lui confie le commandement du service de l'aviation militaire, en cours de création à Reims. Il met au point les techniques et les tactiques d'emploi de l'aviation d'observation. Il commande ensuite le 3e Groupe d'Aviation à Lyon[1], mais est rapidement rappelé pour continuer ses travaux à Vincennes, où il ne résiste pas néanmoins à l'envie de fonder une section d'aviation d'artillerie.

Quand la Première Guerre mondiale éclate, Estienne est désigné comme chef de corps du 22e Régiment d'Artillerie basé à Belfort[2] qui fait partie de la division du général Pétain. À la bataille de Charleroi, l'artillerie, qu'il dirige de main de maître et qui emploie un réglage par l'aviation, impressionne les troupes allemandes. Cependant, cela n'empêche pas l'infanterie de se faire décimer par le tir des mitrailleuses si bien que, le 25 août, il déclare aux officiers de son régiment[2] : « Messieurs, la victoire appartiendra dans cette guerre à celui des deux belligérants qui parviendra le premier à placer un canon de 75 sur une voiture capable de se mouvoir en tout terrain. »

Le « père des chars »[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Artillerie Spéciale.

Pendant l'été 1915, Estienne apprend qu'Eugène Brillié, ingénieur de chez Schneider et Jules-Louis Breton, alors membre du parlement, ont commencé le développement d'un véhicule destiné à ouvrir un chemin dans les barbelés, basé sur le châssis du tracteur à chenille Holt observé au terrain d'exercice du Royal Engineer Corps à Aldershot[3]. Convaincu de l'avenir militaire de l'emploi de ces engins, il multiplie les démarches épistolaires auprès de Joffre et finit par rencontrer le chef d'état major adjoint de celui-ci, Janin, le 6 décembre[4] pour lui exposer ses idées à propos de la création d'unités de char d'assaut. Le 20, Estienne rencontre Louis Renault, pour le convaincre de produire un char léger, mais ce dernier refuse dans un premier temps car consacrant tous ses moyens à la production de munitions[5]. Mi-janvier 1916, après une nouvelle série d'essais avec le tracteur Holtz commençait et une rencontre entre Estienne et Joffre le 18, ce dernier décide le 31 de commander 400 chars Schneider CA1[6].

Février 1916 voit la construction, à son initiative, des premiers prototypes d'engins franchissement de tranchées sur base de deux tracteurs Holt. Le 17, l'engin est prêt et essayé à Vincennes et, le soir même, la société Schneider décide de construire 400 de ces engins, qui vont devenir les Schneider CA1. Le 16 juillet, Louis Renault lui annonce qu'il est revenu sur sa décision et que sa compagnie développe un char léger. En août, Estienne fait le voyage à Londres avec Jules-Louis Breton pour essayer de convaincre les Britanniques de n'employer leurs chars que lorsque ceux des Français seront prêts. Mais leur mission échoue et l'armée britannique engage, dès le 15 septembre, des chars Mark I.

char Saint Chamond

Malgré le résultat mitigé obtenu par les premiers tanks britanniques, leur engagament déclenche une euphorie qui permet d'accélérer le développement des forces blindées françaises. Le 30 septembre, le colonel Estienne est nommé directeur de l'artillerie spéciale. Il reçoit ses étoiles de général de brigade le 17 octobre. Il installe le camp de base de la nouvelle arme dans la clairière de Champlieu, dans la forêt de Compiègne et lui donne ses premiers règlements et traditions, issus de celle de l'artillerie. Le 27 novembre, il adresse au grand quartier général une demande de 1 000 chars légers mitrailleurs qui pourraient être construits par Renault. Du fait de l'opposition du général Mouret, inspecteur du service automobile, la commande est supprimée par le ministre de l'armement et le général Estienne doit, de nouveau, intervenir pour la sauver. Il réussit à faire accepter l'achat de 150 chars le 22 février 1917.

En avril 1917, le nouveau commandant en chef Robert Nivelle exige l'engagement de l'artillerie spéciale, en appui de la Ve Armée près de Berry-au-Bac, le 16 avril, malgré l'opposition d'Estienne qui considère que l'action est prématurée. L'attaque est en effet un échec, avec de nombreuses pertes chez les équipages de chars et ce premier engagement malheureux risque de provoquer la dissolution de l'artillerie spéciale, mais le remplacement de Nivelle par Pétain sauve l'œuvre d'Estienne.

char Renault FT-17

L'avenir de l'artillerie spéciale est désormais assuré. Le matériel est commandé en masse, et de nombreux groupes d'artillerie spéciale, puis des régiments de chars légers, voient le jour. En juin 1917, l'industrie a reçu des ordres de fabrication pour 150 chars lourds 2C, 600 chars moyens et pas moins de 3 500 chars légers FT-17. Seront créés, pendant la guerre, pas moins de 17 groupes de Schneider CA1 et douze de Saint Chamond, tous à quinze chars, et trois régiments de chars légers, dont l'action se révèle déterminante dans la victoire des forces alliées. Il côtoie au cours de l'année 1917 George S. Patton, partageant avec lui des discussions techniques et stratégiques sur les chars. Le 2 août 1918, le général Estienne est fait commandeur de la légion d'honneur, avec la citation suivante de la main de Buat : « Officier général d'une intelligence et d'une valeur exceptionnelle, qui par la justesse et la fécondité de ses idées, l'entrain et la foi avec lesquels il a su les défendre et les faire triompher, a rendu les plus éminents services à la cause commune. »

Estienne est élevé au rang de général de division le 23 décembre 1918[1]. Il devient en 1919 commandant supérieur du groupe fortifié des Alpes-Maritimes et commandant de la subdivision de Nice.

Son dernier poste d'activité est celui d'inspecteur des chars de combat. Il reste ainsi à la tête de l'artillerie spéciale, devenue la subdivision des chars de combat lors de son rattachement à l'infanterie en 1920. Admis à la retraite le 7 novembre 1922, il prend cependant la tête de la direction générale des études de chars, qui vient d'être créée. Il tient deux conférences successives, l'une devant le conservatoire national des arts et métiers, le 15 février 1920, puis à Bruxelles devant le roi Albert Ier, où il développe une vision de l'avenir des chars, assez prophétique : « Imaginez, Messieurs, au formidable avantage stratégique et tactique que prendraient sur les lourdes armées du plus récent passé, cent mille hommes capables de couvrir quatre vingt kilomètres en une seule nuit avec armes et bagages dans une direction et à tout moment. Il suffirait pour cela de huit mille camions ou tracteurs automobiles et de quatre mille chars à chenilles et montés par une troupe de choc de vingt mille hommes. » Ces idées prophétiques sur le rôle du char dans la guerre moderne relayées d'ailleurs par le colonel Charles De Gaulle ne furent hélas pas entendues en France alors qu'elles furent reprises et mises en œuvre par l'Allemagne dont les Panzerdivision signeront la défaite française de 1940.

L’exploration automobile du Sahara[modifier | modifier le code]

Le général Estienne est à l'origine de la mission Citroën de Georges-Marie Haardt et Louis Audoin-Dubreuil qui effectue, du 17 décembre 1922 au 7 janvier 1923, la première double traversée du Sahara en autochenilles. André Citroën, son épouse, Adolphe Kégresse et le général Estienne, accompagnés de nombreux journalistes, vont à la rencontre de l'expédition dans la Sahara. Le raid est une réussite. Comme l'avait prévu Jean-Baptiste Estienne, la chenille était le moyen de progresser sur le sol mou du désert et l'autochenille s'était affirmée comme la conquérante des sables. De retour à Paris, André Citroën est triomphant, le général Estienne est ravi. Suite à ce succès, Gaston Gradis, industriel qui, entre autres activités construit les avions Nieuport, fonde en 1923 la Compagnie générale transsaharienne (CGT), société de transports routiers dont le général Estienne devient le président. Le but de la CGT est de reconnaître et d'équiper une route transsaharienne devant convenir à l'établissement d'une voie ferrée et d'une ligne aérienne. Sur l'idée de son fils Georges Estienne, le général Estienne organise la mission « Algérie-Niger » grâce à la Compagnie Générale Transsaharienne (CGT) et avec le concours de plusieurs ministères. La mission part de Figuig le 9 novembre 1923 avec quatre autos-chenilles Citroën et un avion Nieuport à ailes repliables en remorque. Elle traverse en trois jours le Tanezrouft qui se révèle particulièrement favorable aux transports automobiles et à l’atterrissage des avions. Ainsi que l'a souligné le professeur Émile-Félix Gautier: " L'exploit réalisé par les frères Estienne en découvrant cette ligne de communication rapide est une révolution technique qui fait passer le Sahara de l'ère du chameau à celle de l'automobile ".

Le général Estienne finit par se retirer sur la Côte d'Azur à Nice en 1933, se consacrant entre autres aux associations d'anciens combattants des chars. C'est dans ce cadre qu'il rencontre le futur général de Gaulle. En 1934, il reçoit la grande croix de la Légion d'honneur[7].

Décédé le 2 avril 1936 à l'hôpital du Val-de-Grâce, il est enterré au cimetière Cimiez à Nice.

Service[modifier | modifier le code]

Grades[modifier | modifier le code]

  • Lieutenant le 1er novembre 1882;
  • Capitaine le 23 mars 1891;
  • Chef d'escadron le 30 décembre 1902;
  • Lieutenant-colonel le 23 mars 1910;
  • Colonel le 23 décembre 1910;
  • Général de brigade le 8 août 1916;
  • Général de division le 23 décembre 1918.

Distinctions[modifier | modifier le code]

Legion Honneur GC ribbon.svg Croix de Guerre 1914-1918 ribbon.svg Order of the Bath UK ribbon.png Distinguished Service Cross ribbon.svg POL Polonia Restituta Komandorski BAR.svg Пластина на „Орден за Военна Заслуга“.jpg

Hommage[modifier | modifier le code]

Son effigie en bronze au premier plan.
Plaque commémorative à Orrouy.
Monument de Champlieu.
  • Un timbre postal à l'effigie du général Estienne a été émis le 7 novembre 1960.
  • Un buste honore sa mémoire dans le parc de la villa des Arènes à Cimiez à Nice (Alpes-Maritimes).
  • Un monument commémore le camp des chars d'assaut de Champlieu, sur la commune d'Orrouy, dans l'Oise, et rappelle les mérites du général Estienne en tant que père des chars d'assaut.
  • Une plaque rappelle le poste de commandement de ce même camp, au château d'Orrouy.
  • Le monument à l'artillerie d’assaut de Berry-au-Bac qu'il inaugura le 2 juillet 1920.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c et d Henri Ortholan, p. 23
  2. a et b Henri Ortholan, p. 24
  3. Henri Ortholan, p. 25
  4. Henri Ortholan, p. 26
  5. Henri Ortholan, p. 28
  6. Henri Ortholan, p. 29
  7. sur la base Leonore

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Henri Ortholan, La guerre des chars : 1916-1918, Paris, Bernard Giovanangelis Éditeur,‎ 2007, 216 p. (ISBN 978-2-286-04901-0)
  • Arlette Estienne-Mondet, Le général J.B.E Estienne - père des chars : Des chenilles et des ailes, Paris, L’Harmattan,‎ 2010


Liens externes[modifier | modifier le code]