Jean-Baptiste Bethune

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Jean Baptiste Bethune
Image illustrative de l'article Jean-Baptiste Bethune
Jean Baptiste Bethune (1821-1894)
Présentation
Naissance 25 avril 1821
Courtrai, (Belgique)
Décès 18 juin 1894
Marke, (Courtrai)
Nationalité Drapeau de la Belgique Belgique
Activité(s) architecte, artisan et décorateur
Œuvre
Réalisations L'abbaye de Maredsous
Le Collège Saint-Vincent à Soignies
Mosaïque dans la cathédrale d'Aix-la-Chapelle
Châsse de Charles le Bon
Châsse de saint Lambert.
Distinctions La famille Bethune fut anoblie (Baron)
Entourage familial
Père Félix Bethune
Mère Julie de Renty
Famille Épouse: Émilie Anne Marie Clémence van Outryve d'Ydewalle


Jean-Baptiste Bethune né le 25 avril 1821 à Courtrai et mort le 18 juin 1894 à Marke, est un architecte, artisan et décorateur belge. Il joua un rôle central dans le développement de l’art néo-gothique en Belgique.

Biographie[modifier | modifier le code]

Jean-Baptiste Bethune est issu d’une famille de riches marchands, originaire de Lille et immigrée en Belgique au siècle précédent. Sa parentèle, ainsi que Jean-Baptiste Bethune lui-même, étaient catholiques fervents, et la plupart des membres de sa famille avaient une activité politique ou occupaient des postes dans la fonction publique. La famille fut anoblie par le roi des Belges (titres de chevalier en 1845 puis de baron en 1855 et 1871) [1].

Bethune fait d'abord des études de droit à l’Université catholique de Louvain, puis s’engagea dans une carrière politique, siégeant au conseil provincial de Flandre-Orientale à Bruges. Il reçut sa formation artistique de base à l’Académie des Beaux arts de Courtrai (ses professeurs étaient L. Verhaegen et Jules Victor Génisson). Paul Lauters l’initia à la peinture paysagiste, tandis que le sculpteur C. H. Geerts (1807–1855) ― pionnier du style néo-gothique ― l’introduisit à la sculpture. Entre 1842 et 1843, puis encore en 1850, il effectua un voyage en Angleterre, et y rencontra Augustus Welby Pugin (1812-1852), promoteur du néo-gothique en Angleterre, et qui s'était converti au catholicisme, ce qui ne l'empêcha pas de continuer à construire ou restaurer des lieux de culte anglicans.

La rencontre avec Pugin et la vue de ses créations portèrent Bethune à s’intéresser davantage à l’architecture et aux arts appliqués. À l’instar de Pugin et de ses disciples et émules comme George Gilbert Scott, Bethune développa l’idée qu’un renouveau artistique des arts du monde chrétien médiéval serait propre à inspirer une société nouvelle et profondément chrétienne, resp. catholique. De retour au pays, Bethune fut encouragé par le chanoine C. Carton à s’engager dans la création d’un authentique art chrétien. Peu à peu, il se mit à concevoir lui-même des œuvres, se décidant finalement, en 1854, à fonder son propre atelier de vitrail, sur les conseils de J. Hardman (1812–67), artisan vitrailliste travaillant pour le compte de Pugin.

Avec le poète flamand Guido Gezelle, avec qui il s’était lié d’amitié, il fut le cofondateur, à Bruges en 1851, de la Société de Saint-Luc, qui se donnait pour but de former des architectes dans l’esprit religieux de la tradition gothique médiévale, et qui ouvrira sa première école permanente à Gand en 1863. C’est dans cet institut que seront découverts et formés de nombreux artistes dont Ernest Cracco. Les écoles Saint-Luc, institutions catholiques destinées à faire contrepoids aux académies officielles, offraient également des formations en artisanat d'art, enseignant aux élèves l’art du vitrail, la sculpture sur bois, la peinture, l’orfèvrerie et le travail de l’argent... Le dessein était de former un groupe d’artisans d’art capables de prendre en charge l’ensemble de l’ameublement d’une église gothique nouvellement construite et de la décorer intégralement. En tant que professeur et patron de la société archéologique Gilde de Saint-Thomas et de Saint-Luc, fondée en 1863, Bethune, privilégiant les formes typiques de l’architecture gothique brugeoise, allait exercer une influence déterminante sur le développement ultérieur du style néo-gothique belge, dont il est considéré comme le chef de file. Parmi ceux qui bénéficièrent de son enseignement ou qui furent influencés par lui, on trouve les noms d’Ernest Cracco, déjà cité, et des architectes Joris Helleputte et Louis Cloquet. Il entretint des contacts avec ses contemporains à l’étranger, tels que Pierre Cuypers, Edward Welby Pugin, August Reichensperger et Edward von Steinle, desquels il était apprécié.

Dévoué, obstiné, il est animé par un esprit religieux ; pour lui le gothique va de pair avec le renouveau catholique.

Œuvre[modifier | modifier le code]

Châsse de Charles le Bon, œuvre de Jean-Baptiste Bethune, cathédrale Saint-Sauveur à Bruges
Château de Loppem.
Mosaïques néo-byzantines dans le dôme de la cathédrale d'Aix-la-Chapelle, créées d’après les plans de Bethune.
Couvent néo-gothique de Vivenkapelle, construite d'après les plans de J.-B. Bethune.
Abbaye néo-gothique de Maredsous


Dans ses créations architecturales, Bethune adopta le vocabulaire formel de l’architecture flamande typique, à base de briques, de la fin du moyen âge, plus spécifiquement celle de la ville de Bruges. Par son asccendant et son enseignement, il parvint à faire admettre ce point de vue par nombre de ses disciples.

Ce parti pris formel, conjointement avec sa forte inspiration catholique et ses affinités avec le mouvement du Gothic Revival en Angleterre, est ce qui marque la différence entre son école et l’architecture néo-gothique telle que préconisée en Belgique par les académies officielles et par les partisans de Viollet-le-Duc. L’école de ce dernier était davantage intéressée par les restaurations, tandis que leurs créations nouvelles s’inspiraient en majorité de l’architecture gothique française et brabançonne. De façon générale, les créations de Viollet-le-Duc et de ses adeptes, inspirées davantage par un romantisme civil, étaient exemptes de l’idéalisme religieux et social de Bethune et de ses écoles Saint-Luc.

Outre ses projets en architecture, sa très vaste œuvre comprend des ouvrages dans quasiment tous les arts plastiques et décoratifs. Depuis la Belgique, ses projets se répandirent dans la plupart des autres pays européens. La qualité de son travail peut se juger le mieux à ses projets architecturaux intégrés, lesquels combinent toutes les formes d’art, comme le château de Loppem, l’ensemble d’édifices de Vivenkapelle (comprenant une église, un presbytère et une école associée à un couvent) et le grand complexe de l’abbaye de Maredsous. Les ouvrages de Bethune présentent un caractère architectural, archéologique et didactique prononcé. Par ses vitraux (p.e. dans les cathédrales de Bruges, Gand, Anvers et Tournai), par ses peintures murales (p.e. dans le château de Maaltebrugge, 1862–1864) et par ses mosaïques (dans la cathédrale d'Aix-la-Chapelle, 1872), il contribua grandement à redonner vie à ces formes d’expression artistiques.

Parmi ses principales réalisations de créateur d’objets d’orfèvrerie et d’argenterie, on peut citer sa Tiare belge offert au pape Pie IX en 1871, la châsse de Charles le Bon dans la cathédrale Saint-Sauveur de Bruges (1883), et la châsse de saint Lambert dans la cathédrale Saint-Paul de Liège (1884).

Quelques œuvres[modifier | modifier le code]

Architecture[modifier | modifier le code]

Chacune des réalisations architecturales recensées ci-dessous comportait également la conception du mobilier et de la décoration.

  • Abbaye de Maredsous (1872-1889) : situé au sommet d’une colline, ce vaste monastère bénédictin fondé en 1872 par l’Abbaye de Beuron (Allemagne), à la demande de la famille Desclée, présente un ensemble de bâtiments néo-gothiques en bel appareil de calcaire.
  • Château de Loppem (à proximité de Bruges), en collaboration avec Edward Welby Pugin, fils d’Augustus Pugin, 1859-1862.
  • Chapelle, couvent et bâtiments de l'ancien orphelinat de Boussu, 1875.
  • Église, presbytère et école à Vivenkapelle près de Damme, 1860-1870.
  • Église de Trieu à Courrière (entité d'Assesse, prov. de Namur), caractéristique par sa haute tour placée à la croisée du transept. Restaurée par l’architecte R. Alsteen suite à son incendie en 1940.
  • Église du béguinage de Mont-Saint-Amand, dans la banlieue est de Gand, 1874.
  • Chapelle Notre-Dame du couvent des Jesuites à Tronchiennes, à l’ouest de Gand, 1877.
  • Couvent des "Clarisses de l'Épeule" à Roubaix, France.
  • École Saint-Luc à Tournai.
  • Église Saint-Joseph à Roubaix, France.
  • Église de Fontenoy, dans le Hainaut belge.
  • Collège Saint-Vincent de Soignies, 1877.

Arts appliqués[modifier | modifier le code]

  • Conception de la Tiare belge, offerte au pape Pie IX en 1871.
  • Décoration mosaïque de la coupole de la cathédrale d'Aix-la-Chapelle, exécutée d’après les dessins de Bethune par l’atelier du Vénitien Antonio Salviati, 1879-1881.
  • Monuments funéraires de Monseigneur Gravez, évêque de Namur, et de la famille Lefèvre à Sclayn (dans l’entité munic. d’Andenne, prov. de Namur).
  • Conception d’une châsse destinée à conserver les reliques de Charles le Bon, dans la cathédrale de Bruges, 1883-1885
  • Conception de la châsse de Saint Lambert dans la cathédrale de Liège, 1884.
  • Collégiale de Dinant : le retable du maître-autel et diverses pièces d’ameublement.
  • Aménagements civils et religieux aux châteaux de Denée, Gesves et Spontin.
l'ancien orphelinat de Boussu (Belgique)

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Jules HELBIG, Le Baron Bethune, fondateur des Écoles Saint-Luc. Étude biographique, Lille-Bruges, 1906.
  • Luc DEVLIEGHER, « Bethune, Jean de », in: Nationaal Biografisch Woordenboek, 1, Brussels, 1964, col. 188–191.
  • J. UYTTERHOEVEN, « Baron Jean-Baptiste de Bethune en de neogotiek », in: Handelingen van de Koninklijke Geschied- en Oudheidkundige Kring van Kortrijk, 34, 1965, p. 3–101.
  • D. SABBE, « J.B. Bethune, promotor van de neogotische beweging », in: Handelingen van de Koninklijke Geschied- en Oudheidkundige Kring van Kortrijk, 68, 1979, p. 267–355.
  • Jan DE MAEYER (ed.), De Sint-Lucasscholen en de neogotiek, (Kadoc-Studies, 5), Louvain, 1988.
  • Véronique van CALOEN, Jean van CLEVEN & Johan BRAET (ed.), Le château de Loppem, Zedelgem, 2001.
  • Jean van CLEVEN, Frieda VAN TYGHEM et al., De Neogotiek in België, Tielt, 1994.
  • Jos VANDENBREEDEN & Françoise DIERKENS-AUBRY, The 19th Century in Belgium. Architecture and Interiors, Tielt, 1994.

Article connexe[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. titre de chevalier par ordre de primogéniture conféré par le roi Léopold Ier en 1845; titre de baron par ordre de primogéniture conféré par le roi Léopold Ier en 1855; extension du titre de baron à tous les descendants du nom conférée par le roi Léopold II en 1871 : P. Janssens et L. Duerloo, Armorial de la noblesse belge du XVe au XXe siècle, Bruxelles, 1992, vol. 1, p. 270.