Jappeloup de Luze

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Jappeloup de Luze
Image illustrative de l'article Jappeloup de Luze
Jappeloup avec Henry Delage

Race Selle français[1]
Père Tyrol II (TF)
Mère Vénérable (PS)
Père de mère Oural
Taille 1,58 m
Sexe Mâle hongre
Robe noir (officiellement, « bai brun foncé »)
Naissance 12 mars 1975
Pays de naissance Drapeau de la France France
Mort 5 novembre 1991 (à 16 ans)
Éleveur Henry Delage
Propriétaire Henry Delage puis Pierre Durand
Cavalier Pierre Durand

Jappeloup, né le 12 mars 1975 dans la ferme équestre d'Henry Delage à Saint-Seurin en Gironde et mort le 5 novembre 1991, est un cheval selle français[1] né d'un père trotteur et d'une mère Pur Sang, champion de saut d'obstacles.

Il évolue deux ans sous la selle de Françoise Terrier-Thuault, puis le cavalier Pierre Durand l'acquiert en 1981 et remporte de très nombreux titres, dont ceux de champion olympique, de champion d'Europe et de champion de France dans cette discipline[2]. Jappeloup est considéré comme l'un des chevaux de saut d'obstacles les plus performants de tous les temps, malgré ses origines modestes et sa hauteur au garrot de 1,58 m, relativement faible pour concourir dans cette discipline.

Il laisse une trace indélébile dans l'histoire du sport français, et devient l’un des chevaux les plus connus du pays. C'est le dernier cheval français à avoir remporté la médaille d'or olympique en saut d'obstacles (en 1988). Il est reçu sur un plateau comme invité d’honneur au journal télévisé d’Yves Mourousi, Pierre Durand le qualifie de « cheval de sa vie ». Pour son arrêt de la compétition en septembre 1991, un jubilé est organisé en bas de la tour Eiffel en son honneur et pour remercier ses supporters. Deux mois plus tard, jeune retraité de seulement 16 ans, Jappeloup meurt d'un arrêt cardiaque.

Histoire[modifier | modifier le code]

Jappeloup naît dans la ferme équestre d'Henry Delage à Saint-Seurin, en Gironde. Son père est un Trotteur français peu connu du nom de Tyrol II, sa mère une vieille jument Pur Sang de course s’appelant Vénérable. Ce type de croisement n'ayant jamais rien donné d'intéressant, il est même parfois qualifié d'« accident de pâture ». Son éleveur fait toutefois savoir que ce croisement ne doit rien au hasard, et qu'il s'agissait d'allier le sang à la puissance de l'arrière-main[3].

Il est élevé et révélé par Henry Delage, qui le destine originellement aux courses hippiques d'obstacles. La jeune cavalière Françoise Terrier-Thuault « supplie » toutefois l'éleveur de le garder pour le saut d'obstacles, ce qui permet de révéler les aptitudes de Jappeloup à ce sport[4]. Henry Delage présente Jappeloup, âgé de 4 ans, à Pierre Durand. Le cavalier refuse d'abord de l'essayer, l'annonçant « trop petit ». Le cheval montre de très grandes facilités malgré sa taille modeste, mais Jappeloup est si petit que cette caractéristique aurait pu l'empêcher de faire une carrière internationale. Pierre Durand revient sur sa décision un an plus tard, en voyant Jappeloup sauter : le cheval est caractériel et désobéissant, mais possède un extraordinaire coup de saut[5]. Il contacte aussitôt l'éleveur et Jappeloup ne l'a depuis plus quitté[6]. Au cours de sa carrière, il est sponsorisé par la maison « de Luze », d'où la modification de son nom[7].

Carrière[modifier | modifier le code]

Le cheval Jappeloup accompagné de son propriétaire Henry Delage aux Jeux équestres mondiaux de 1990, à Stockholm en Suède.

Avec Pierre Durand, Jappeloup gagne de nombreux titres : champion de France en 1982, champion d'Europe en 1987, 11 médailles d'or en grands prix dont cinq en Coupe du monde et trois en coupe des nations de saut d'obstacles, et champion olympique aux Jeux olympiques de Séoul en 1988. En 1984, aux Jeux olympiques de Los Angeles, pendant l'épreuve par équipe, le cheval, alors âgé de neuf ans, refuse un obstacle. Son cavalier se retrouve projeté à terre de l'autre côté de l'obstacle, les rênes et la bride lui restent dans les mains et Jappeloup s'enfuit vers les écuries sous l’œil des caméras du monde entier. Après sa chute, Pierre Durand est la cible de nombreuses critiques, mais conserve son cheval et poursuit l'entraînement. En 1986, Jappeloup de Luze, bien que castré et ne pouvant pas avoir de descendance, est estimé à 3 750 000 francs français[8]. En 1988, aux Jeux olympiques de Séoul, après avoir gagné la médaille d'or, Pierre Durand lui passe la médaille sur le poitrail pour le remercier. Jappeloup est reçu sur un plateau comme invité d’honneur au journal télévisé d’Yves Mourousi.

Même à l'entraînement, Jappeloup est mis au pré au minimum deux heures par jour[9].

Retraite et mort[modifier | modifier le code]

Pour la mise à la retraite de Jappeloup en 1991, un jubilé est organisé au Champ-de-Mars à Paris, au pied de la Tour Eiffel avec une compétition de saut d'obstacles réunissant les 25 meilleurs cavaliers du moment[10]. Le cheval meurt le 5 novembre, âgé de seulement 16 ans, des suites d'un arrêt cardiaque. Le cavalier reçoit de très nombreuses lettres de soutien, et enterre le cheval dans son pré, sur sa propriété[11]. Un peu plus tard, Pierre Durand est accusé de l'avoir tué pour toucher l'argent de l'assurance. Le cavalier obtient gain de cause après un procès en diffamation, mais la persistance de la rumeur de sa culpabilité freine sa carrière politique[12].

Description[modifier | modifier le code]

Jappeloup est un petit cheval ayant pour père un Trotteur Français et pour mère une jument Pur Sang, c'est un hongre bai brun foncé de petite taille, soit 1,58 m, pour environ 470 kg[11]. Il n’a ni le physique, ni les allures, ni les origines des chevaux rencontrés sur les terrains de CSO internationaux[5]. Pierre Durand confie qu'il est plutôt laid, ingrat et dégingandé vu de près comme de loin. Il avance d'une démarche chaloupée propre aux trotteurs[13]. C'est sur son dos que la différence se fait sentir, Jappeloup révélant une très grande énergie sous la selle[14]. Il montre un profond respect des barres et multiplie les efforts pour ne jamais les toucher, mais cette attitude provient en réalité de sa peur des obstacles[15].

Doté d’un caractère indiscipliné et fantasque[16], Jappeloup est surtout réputé pour sa fougue, sa rapidité et son impatience en concours[5]. Il n’a pas eu de descendance puisqu'il est castré.

Palmarès[modifier | modifier le code]

Liste non exhaustive des titres de Jappeloup avec Pierre Durand[2].

Origines[modifier | modifier le code]

Origines de Jappeloup de Luze[2]
Père
Tyrol II TF
Feal TF Kairos TF
Passaka TF
Ide Panache TF Totiron TF
Sidonie Panache TF
Mère
Vénérable PS
Oural PS Balmoral PS
Sournoise PS
Velours PS Foxlight PS
Vitoria PS


Héritage[modifier | modifier le code]

Statue grandeur nature de Jappeloup, parc du musée olympique de Lausanne, sculpteur Gabriël Sterk.

Pierre Durand qualifie sans hésiter Jappeloup de « cheval de sa vie »[11]. En 1997, le magazine équestre L'Année Hippique a désigné Jappeloup comme étant le deuxième cheval le plus performant en saut d'obstacles depuis la Seconde Guerre mondiale[17]. Il est élu par un vote de 37 experts du monde des sports équestres. Le public a particulièrement retenu la lutte sur les terrains de CSO entre Jappeloup et son concurrent gris, Milton, sous la selle de l'anglais John Whitaker.

Films[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Jappeloup (film).

Un film documentaire est réalisé en 1993 par Christian Chevreuse, sur la vie de Jappeloup et sa carrière sportive avec Pierre Durand. Ce documentaire est édité en VHS le 1er janvier 1994 par Hachette. En septembre 2011 débute le tournage d'un film sur ce cheval. Guillaume Canet, qui en signe le scénario, y incarne Pierre Durand réalisé par Christian Duguay[18]. Plusieurs chevaux ont été utilisés pour incarner Jappeloup[19]. Le film est sorti le 13 mars 2013.

Bataille juridique[modifier | modifier le code]

Jappeloup est une marque déposée par Henry Delage depuis de nombreuses années, pour commercialiser du vin et des vêtements. En mars 2013, au moment de la sortie du film de Christian Duguay, le cavalier Pierre Durand assigne l'éleveur de Jappeloup en justice, pour récupérer les droits d'exploitation du nom du cheval[20]. D'après Sud Ouest, qui a révélé l'affaire, une partie du conflit porte sur la « légende populaire » que Pierre Durand aurait créée concernant les origines du cheval, qui dénigre le travail de l'éleveur tout en donnant au cavalier plus d'importance qu'il n'en a réellement[3].

Les journalistes de L'Express ont révélé que Pierre Durand a assigné Acajou Films, Pathé et Nathan, concernant la commercialisation de produits dérivés issus du film Jappeloup. D'après l'avocat de Pierre Durand, ce dernier étant le propriétaire du cheval, il est également « le garant de son patrimoine ». Henry Delage y voit plutôt un motif financier, précisant que Pierre Durand était prêt à vendre Jappeloup à des Américains, et que seul l'examen vétérinaire l'en a empêché[21],[22]. En avril 2013, Pierre Durand a également assigné les éditions du Moment[23]. D'après l'éditeur, cette assignation fait suite au refus de la maison d'édition de lui verser 5 000 euros pour le droit de réutilisation du nom de « Jappeloup », qu'il a déposé comme marque[24],[25].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b « Palmarès Jappeloup », sur jappeloup.com (consulté le 13 mars 2013)
  2. a, b et c Sandrine Amour, « La Légende de Jappeloup » dans Sports équestres, décembre 2007, no 21
  3. a et b Jérôme Jamet, « Jappeloup : le cavalier Pierre Durand a assigné l'éleveur du cheval au tribunal », Sud Ouest,‎ 12 mars 2013
  4. Terrier-Thuault 2013, p. Quatrième de couverture
  5. a, b et c Lhermite 2011, p. 28
  6. Jappeloup de Luze, consulté le 21 août 2008
  7. Durand et Fradet 2012
  8. L'express international, Numéros 1825-1833,‎ 1986, p. 35
  9. Durand et Fradet 2012, p. 147
  10. Autres activités sur jappeloup.com (page consultée le 22 juin 2007)
  11. a, b et c Durand et Fradet 2012, p. Chap. 26
  12. Durand et Fradet 2012, p. Chap. 27 : Le Revers de la médaille
  13. Durand et Fradet 2012, p. 62
  14. Durand et Fradet 2012, p. 64
  15. Durand et Fradet 2012, p. 65
  16. Cheval Jappeloup. Historique, palmarès de ce cheval de saut d’obstacles
  17. Présentation sur jappeloup.com, consulté le 5 mai 2007
  18. Casting du film
  19. : Guillaume Canet et le tournage de Jappeloup
  20. « Jappeloup : Le torchon brûle entre Pierre Durand et l'éleveur Henri Delage », Cheval Savoir, no 41,‎ mars 2013 ([htp://www.cheval-savoir.com/1298-jappeloup-conflits-entre-eleveur-et durand-scandale lire en ligne])
  21. « Le cavalier de Jappeloup attaque les producteurs du film », L'Express
  22. « Pierre Durand attaque les producteurs de Jappeloup », Cheval Savoir, no 41,‎ mars 2013 (lire en ligne)
  23. « Pierre Durand poursuit les éditions du Moment pour un livre sur Jappeloup », Métro France,‎ 18 avril 2013 (consulté le 30 avril 2013)
  24. Amélie Tsaag Valren, « Affaire Jappeloup : Pierre Durand attaque cette fois les Editions du Moment », Cheval Savoir,‎ avril 2013
  25. « Pierre Durand assigne les éditions du Moment en justice », Actualitté,‎ 23 avril 2013 (consulté le 30 avril 2013)

Annexes[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Karine Devilder, Crin noir: Pierre Durand et Jappeloup de Luze, Denoël,‎ 1988, 197 p. (ISBN 9782207235171), édition enrichie en 1989 sous le titre de Crin-noir : Pierre Durand et Jappeloup de Luze : médaille d'or à Seoul, Denoël,‎ 1989, 221 p. (ISBN 9782207235690)
  • Pierre Durand et Daniel Mermet, Jappeloup, le conquérant, Robert Laffont, 1991 (ISBN 978-2221069233)
  • Pierre Durand - John Whitaker, entretiens avec Alban Poudret Jappeloup et Milton, deux chevaux de légende, Robert Laffont (23 avril 1999), (ISBN 978-2221083895)
  • Mélina Lhermite, « Quarante destins : Jappeloup de Luze et Milton, le yin et le yang », Cheval magazine, no 480,‎ novembre 2011, p. 28
  • Pierre Durand et Michel Fradet, Jappeloup, Michel Lafon,‎ 2012 (ISBN 2749918251 et 9782749918259)
  • Gudule, Jappeloup : le roman du film, Nathan, 2013, 167 p. ISBN 978-2-09-254413-6
  • Françoise Terrier-Thuault (préf. Henri Delage), Les jeunes années de Jappeloup par sa première cavalière, Paris, éditions du Moment,‎ mars 2013 (ISBN 9782354172091)