Janowska (camp de concentration)

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Camp de concentration de Janowska
Members of a Sonderkommando 1005 unit pose next to a bone crushing machine in the Janowska concentration camp.png
Membres du Sonderkommando 1005 posant auprès d'une machine à broyer les os, dans le camp de concentration de Janowska
Présentation
Gestion
Date de création Septembre 1941
Date de fermeture Novembre 1943
Victimes
Type de détenus la plupart juifs
Nombre de détenus 100 000 à 200 000
Morts 200 000 (estimation de la Commission Soviétique Spéciale)
Géographie
Pays Drapeau de l'Ukraine Ukraine
Région Oblast de Lviv
Localité Lviv
Coordonnées 49° 51′ 15″ N 23° 59′ 18″ E / 49.85416667, 23.9883333349° 51′ 15″ Nord 23° 59′ 18″ Est / 49.85416667, 23.98833333  

Géolocalisation sur la carte : Ukraine

(Voir situation sur carte : Ukraine)
Camp de concentration de Janowska

Janowska (en polonais : Janowską et en russe : Янов, « Yanov ») était un camp de travail Nazi, un camp de transit à la périphérie de Lwów (alors en Pologne, actuellement partie de l'Ukraine) créé en septembre 1941. Le camp est appelé Janowska en raison de la rue proche ulica janowska (plus tard renommée rue Chevtchenko (en ukrainien : Вулиця Шевченка) quand la ville a été intégrée à la République socialiste soviétique d'Ukraine.

Le camp est détruit en novembre 1943. Selon le Procureur Soviétique au Procès de Nuremberg, Yanov aurait été un camp d'extermination qui aurait fait 200 000 victimes.

Contexte : le Ghetto de Lvov[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Ghetto de Lvov.

La ville de Lwów, en Pologne (aujourd'hui Lviv, Ukraine) est occupée par l'Union soviétique en septembre 1939 (après l'invasion de la Pologne au début de la Seconde Guerre mondiale), selon les termes du pacte germano-soviétique. À cette époque, il y avait plus de 330 000 juifs résidant à Lwów, dont plus de 90 000 enfants et nourrissons juifs. Plus de 150 000 de ces juifs étaient des réfugiés de la partie occupée par les Allemands de Pologne.

Au cours des massacres de Lwów / Lemberg en juin 1941, les Soviétiques, lors de leur retraite, tuent environ 7 000 prisonniers polonais et ukrainiens qui étaient détenus dans trois prisons (Brygidki, Zamarstynów et Łąckiego) à Lwów. En juin 1941, cependant, l'armée allemande occupe Lwów dans le cadre de l'opération Barbarossa. Les Allemands accusent le NKVD du massacre des juifs et utilisent les atrocités commises comme propagande pour inciter un premier pogrom au cours duquel plus de 4 000 juifs seront tués. Par la suite, plus de 7 000 juifs sont assassinés par les troupes allemandes du Einsatzgruppen.

Le début du régime nazi déchaîne une vague de sentiment antisémite. Encouragés par l'armée allemande, les nationalistes locaux ukrainiens assassinent environ 5 500 juifs pendant le second pogrom de Lviv au début de juillet 1941. Entre le 25 et le 27 juillet 1941, un deuxième pogrom a lieu, connu sous le nom des « Journées Petlioura ». Pendant trois jours d'affilée, les militants ukrainiens commettent une attaque meurtrière dans les quartiers juifs de Lwów. Les groupes de juifs sont rassemblés au cimetière juif et à la prison de la rue Łąckiego où ils sont abattus. Plus de 2 000 juifs sont tués et des milliers d'autres sont blessés.

Au début de novembre 1941, les nazis ferment les portions nord de la ville de Lwów (qui fait alors partie du gouvernement général sous le nom allemand de Lemberg) y créant un ghetto. La police allemande tire et tue des milliers de juifs âgés et malades : ils sont abattus alors qu'ils passaient sous le pont de chemin de fer, rue Pełtewna, (pont qui a été appelé pont de la mort par les juifs), alors qu'ils étaient en route vers le ghetto. En mars 1942, les nazis commencent à déporter les juifs du ghetto au camp d'extermination de Bełżec. En août 1942, plus de 65 000 juifs sont déportés du ghetto de Lwów et tués. Au début de juin 1943, les Allemands commencent à détruire et liquider le ghetto.

Le camp de travail et de transit Janowska[modifier | modifier le code]

En complément du ghetto de Lwów, en septembre 1941, les Allemands établissent un DAW (Deutsche Ausrüstungswerke : Camp de travail pour l'armement Allemand), atelier de machines de l'usine d'avant-guerre Steinhaus, sis 134 rue Janowska, dans la banlieue nord-ouest de Lwów. Cette usine devient une partie d'un réseau d'usines, détenu et exploité par les SS. Le commandant du camp était le SS-Hauptsturmführer Fritz Gebauer. Les juifs qui travaillent dans cette usine sont des travailleurs forcés, travaillant principalement dans la menuiserie et la ferronnerie.

En octobre 1941, les nazis établissent un camp de concentration à côté de l'usine, qui abritait les travailleurs forcés ainsi que le reste des prisonniers. Des milliers de juifs du ghetto de Lwów sont forcés à travailler comme esclaves ouvriers dans ce camp. Lorsque le ghetto de Lwów est liquidé par les nazis, les habitants du ghetto aptes au travail sont envoyés au camp de Janowska, le reste étant déporté à Belzec dans le cadre de l'extermination. Le camp de concentration est gardé par un bataillon SS Sonderdienst également connu sous le nom des hommes de Trawniki[1],[2].

En plus d'être un camp de travail forcé pour les juifs, Janowska est un camp de transit, Durchgangslager Janowska, lors des déportations massives de juifs polonais vers les centres de mise à mort en 1942. Les juifs subissent un processus de sélection dans le camp de Janowska, similaire à celui utilisé à Auschwitz-Birkenau et Majdanek, des camps d'extermination nazis. Ceux qui sont jugés aptes au travail restent à Janowska pour le travail forcé. La majorité, rejetée comme étant inapte au travail, est déportée à Belzec et tuée, ou bien abattue au ravin de Piaski, situé juste au nord du camp. En été et à l'automne 1942, des milliers de juifs (principalement du ghetto de Lvov) sont déportés à Janowska et tués dans ce même ravin.

Les nazis acceptent occasionnellement que de petits groupes de juifs se rendent en ville durant toute la journée. Ils utilisent cette liberté temporaire pour déterrer les exemplaires de la Torah, cachés dans le cimetière juif de Lwów. Les Torahs sont ensuite découpées en morceaux et cachées sous leurs vêtements puis introduits en cachette dans le camp. Après la guerre, les différentes pièces sont assemblées en un seul livre, appelé la Torah de Yanov, qui se trouve actuellement en Californie[3].

1944: La Commission extraordinaire de l'État soviétique recherchant les crimes des Nazis au camp de concentration de Janowska

Liquidation du camp de Janowska[modifier | modifier le code]

L'évacuation du camp de Janowska a commencé en novembre 1943. Comme les Allemands tentent de détruire les traces des assassinats de masse (Sonderaktion 1005), ils forcent les prisonniers à ouvrir les charniers dans la forêt Lesienicki et à brûler les corps. Le 19 novembre 1943, les détenus organisent un soulèvement contre les nazis et tentent une évasion massive. Quelques-uns réussissent à s'échapper, mais la plupart sont repris et assassinés. Les SS et leurs auxiliaires locaux assassinent au moins 6 000 juifs qui ont survécu aux massacres du soulèvement, ainsi que les juifs dans d'autres camps de travail forcé en Galicie, au moment de la liquidation du camp de Janowska.

La Commission d'État extraordinaire Soviétique détermine que plus de 200 000 personnes ont été tuées à Janowska dans le cadre de l'opération des camps. Les cendres mélangées avec des os broyés ont été enterrées à une profondeur d'un mètre quatre-vingt, en divers lieux[4]. Leon Weliczker Wells a déclaré à la Commission que, entre le 6 juin et le 20 novembre 1943 son « équipe aurait brûlé plus de 310 000 personnes » dont 170 000 dans l'immédiate proximité du camp et 140 000 ou plus dans la région à l'Est c'est-à-dire Lysynychi à Lwów[5]. Weliczker a également confirmé la mort de « quelques centaines de milliers de personnes » au procès d'Adolf Eichmann en 1961[6].

La fiabilité de la Commission a été contestée, mais a été jugée comme politiquement motivée. Lorsque Nikolaï Bourdenko a été président de la Commission d'État extraordinaire pour le Massacre de Katyń, par exemple, son rapport a été plus tard reconnu comme étant une pure et simple falsification cherchant à attribuer à tort un crime de guerre soviétique aux Allemands[7].

Janowska a servi de camp de prisonniers soviétiques après sa libération.

Détenus célèbres[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

  1. (en) Trawniki (United States Holocaust Memorial Museum) - Encyclopédie de l'Holocaust
  2. Robert Kuwalek, Belzec : Le Premier centre de mise à mort, p. 34.
  3. Erwin et Agnes Herman The Yanov Torah (La Torah de Yanov) (1985)
  4. (en) Janowska
  5. (en) Avner Falk Anti-semitism: A History and Psychoanalysis of Contemporary Hatred Weliczker
  6. (en) Procès d'Adolf Eichmann - Session 23 du 2 mai 1961
  7. (en) Fischer, Benjamin B. La controverse de Katyn

Sources[modifier | modifier le code]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]