Jane Boleyn

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Jane Boleyn dite Lady Rochford († 13 février 1542), vicomtesse Rochford, fut la belle-sœur de la reine consort d'Angleterre Anne Boleyn. Elle fut exécutée avec Catherine Howard sur ordre d'Henry VIII à la Tour de Londres.

Biographie[modifier | modifier le code]

Enfance et mariage[modifier | modifier le code]

Née Jane Parker, elle était la fille de Henry Parker (1556), 10e baron Morley et de Alice St John (†1552), la fille aînée de sir John St John de Bletsoe. Sa famille était riche et puissante, elle faisait partie de la haute société anglaise, et était active sur le plan politique. Son père était un intellectuel, qui manifestait un vif intérêt pour l’éducation et la culture.

Elle fut envoyée à la Cour quand elle était adolescente, et elle y rejoignit la maison de la reine Catherine d’Aragon, épouse du roi Henri VIII d'Angleterre.[réf. nécessaire] Elle apparaît pour la première fois à la cour d'Angleterre en 1522, quand elle joue un rôle dans la reconstitution de l’assaut du Château Vert, que le roi Henri VIII donne pour impressionner des ambassadeurs[1]. On ne possède pas de description physique d'elle, et il ne subsiste aucun portrait d’elle. On peut néanmoins supposer qu’elle était belle, car elle avait été choisie pour jouer l'un des principaux rôles, la Constance, l’une des sept Vertus, au côté de ses futures belles-sœurs Anne Boleyn et Mary Boleyn[2].

Fin 1526[1], elle épouse George Boleyn, vicomte de Rochefort, frère de la future épouse d'Henri VIII d'Angleterre, Anne Boleyn. À cette époque, cependant, cette dernière n’avait pas encore noué de relation avec le roi, bien qu’elle fut déjà une figure incontournable de la noble société anglaise[3].

Un historien écrit que Anne était « la parfaite dame de Cour… Son maintien était gracieux et ses habits à la mode française étaient ravissants et d’un grand style, elle dansait avec aisance, avait une charmante voix chantante, jouait du luth et de plusieurs autres instruments, et parlait couramment français ;.. Une remarquable, intelligente et vive jeune noble, qui engageait la conversation et divertissait ses interlocuteurs… En bref, son énergie et sa vitalité faisaient d’elle le centre de l’attention générale, en toutes circonstances. »

Ces qualités construisirent la légende selon laquelle Jane la haït instantanément. Cependant, quand bien même cela eût été vrai, elle n’en montra rien à cette époque, ni dans les années suivantes.

En cadeau de mariage, le roi offrit à Jane et George le manoir de Grimston dans le Norfolk[4]. Puisqu’elle était devenue par mariage Vicomtesse Rochford, elle est connue à la Cour, et ensuite par les historiens sous le nom de « Lady Rochford ». Alors que la richesse et l’influence de la famille augmentent, le couple obtient comme résidence le palais de Beaulieu.

Le mariage de George et Jane a toujours été décrit comme désastreux. Un historien moderne a émis l’hypothèse que George était homosexuel, ce qui expliquerait leur relation conjugale catastrophique[5].

La nature exacte de ses rapports avec sa royale belle-sœur est cependant peu claire, et nous ne possédons aucun témoignage fiable de ce qu’elle pensait de son autre belle-sœur Mary, qui vivait comme elle à la Cour depuis son adolescence. On pense fréquemment que Jane n’était pas particulièrement proche d’Anne, en raison de sa supposée jalousie. Cependant, Jane complota avec sa belle-sœur Anne Boleyn pour bannir de la Cour une des jeunes maîtresses du Roi, en 1534. Quand Henry découvrit qu’elle était impliquée dans l’affaire, lady Rochford fut exilée pendant quelques mois.

Après onze ans de mariage, George Boleyn fut arrêté en mai 1536 et emprisonné à la Tour de Londres, accusé d’avoir eu des relations sexuelles avec sa sœur, la Reine. C’est le témoignage de Jane qui permit de l’inculper pour inceste et trahison. Elle affirma en effet croire que lui et sa sœur Anne avaient une relation incestueuse depuis l’hiver 1535, ce qui sous-entendait lourdement que George aurait été le père biologique du fœtus que la Reine avait perdu plus tôt en 1536. Ces rumeurs étaient infondées, d’après la grande majorité des témoins de l’époque, mais elles apportaient un prétexte légal aux ennemis des Boleyn pour conduire lord Rochford et sa sœur Anne à l’échafaud.

Des générations d’historiens ont pensé que le témoignage de Jane contre son époux et Anne était plus motivée par sa rancune envers une belle-sœur plus brillante, et un mari qui préférait la compagnie de cette dernière à celle de son épouse, que par une réelle conviction de leur culpabilité[6]. George Boleyn fut décapité à Tower Hill, le 17 mai 1536, devant une foule immense. Ses dernières paroles furent surtout destinées à affirmer sa nouvelle foi protestante. Quatre autres hommes, dont un roturier, furent exécutés avec lui, également accusés d'avoir été amants de Anne. Seul le roturier, un musicien, avait avoué ce crime, après avoir été sauvagement torturé. Les autres, aristocrates, ne pouvaient être soumis à la question[7].

Anne mourut deux jours après, décapitée par un bourreau français, dans l'enceinte de la Tour de Londres. L'historienne Julia Fox décrit la mort d'Anne comme "son ultime performance". Son courage sur l'échafaud fut beaucoup commenté, contribuant à la légende qu'elle allait devenir. On ignore si Jane assista à l'exécution de son époux ou de sa belle-sœur, mais la compassion posthume largement éprouvée envers Anne contribua à donner le mauvais rôle à tous ceux qui avaient contribué à sa chute[8].

Quoiqu'il fût réellement de l'implication de Jane dans la chute des Boleyn, ou ce qu'elle en pensa, la période qui s'ensuivit fut extrêmement difficile pour elle, tant socialement que financièrement. Les terres que les Boleyn avaient peu à peu obtenues pendant le règne d'Anne et les quatre générations précédentes, y compris les titres de Comte de Wiltshire et Comte d'Ormonde, se transmettaient uniquement par la lignée mâle. Tout ceci fut donc perdu à la mort de George. Jane continua de porter le titre de Vicomtesse Rochford, mais en l'absence de fils elle ne pouvait pas vraiment profiter de ce qu'il restait de la fortune des Boleyn.

Intrigues[modifier | modifier le code]

Après l'exécution de son époux, Lady Rochford s'absenta de la Cour. Pendant cette période, elle passa la majorité de son temps à tenter de stabiliser sa situation financière, notamment en négociant avec son père et son beau-père, mais principalement avec Thomas Cromwell, le principal ministre du Roi. Les Boleyns lui allouèrent la confortable pension de 100 £, exactement ce qu'ils avaient accordé à leur fille aînée Mary quand elle était devenue veuve huit ans plus tôt[9] . Cela n'était pas ce qu'elle avait quand elle était la belle-sœur de la Reine, mais c'était assez pour lui permettre de maintenir le niveau de vie moyen de la haute société anglaise, essentiel pour qu'elle puisse paraître à la Cour, ce à quoi elle travailla activement de 1536 à 1537. On ignore la date précise de son retour à la Cour, mais elle y fut dame d'honneur de la Reine Jeanne Seymour, ce qui signifie que c'était environ un an après la mort de son époux (Seymour mourut dix-huit mois après être devenue reine)[10]. Son titre de vicomtesse l'autorisait à être accompagnée d'une partie de ses serviteurs, de vivre au palais, et d'être appelée "Lady Rochford". Des repas fins lui étaient fournis chaque jour, payés par la maison de la reine[11]. Quand Jane Seymour mourut, le Roi se remaria avec une princesse allemande, Anne de Clèves. Lady Rochford aiderait le Roi à divorcer d'elle, en juillet 1540, en affirmant que la Reine lui avait confié que le mariage n'avait jamais été consommé. Henry put ainsi obtenir l'annulation du sacrement, et épouser sa jeune maîtresse, Catherine Howard.

Lady Rochford conserva son poste de dame d'honneur de la nouvelle reine, et exerça sur elle une considérable influence, devenant l'une de ses favorites. Quand la petite reine se lassa de son vieil époux obèse, ce fut Lady Rochford qui participa à l'organisation des rendez-vous secrets entre Catherine et le séduisant courtisan Thomas Culpeper.

Catherine Howard avoua plus tard ne pas avoir été chaste avant son mariage, mais on ignore si sa relation avec Culpepper fut consommée. Le passé de Catherine fut dévoilé au grand jour à l'automne 1541, et une enquête sur sa vie privée fut diligentée. Au début, la Reine fut confinée dans ses appartements, puis enfermée à l'abbaye de Syon, un couvent éloigné de la Cour. On interrogea les proches de Catherine, et leurs appartements furent fouillés. La plupart des servantes et des dames d'honneur mentionnèrent la conduite suspecte de Lady Rochford vis-à-vis de Catherine et Culpepper, ce qui mena à l'arrestation de Jane. On découvrit par la suite une lettre d'amour écrite par Catherine, et adressée à Culpepper, qui faisait explicitement part du rôle de la vicomtesse dans leur rendez-vous. Aider la reine à commettre un adultère était un crime passible de la peine de mort dans l'Angleterre des Tudor. Jane fut emprisonnée à la Tour de Londres pendant plusieurs mois, alors que le gouvernement statuait sur comment et quand décider du sort des accusées.

Déchéance et exécution[modifier | modifier le code]

Pendant son incarcération à la Tour, elle fut interrogée de nombreuses fois, mais, étant noble, elle ne fut pas torturée. Cependant, soumise à une intense pression psychologique, elle semble avoir souffert d'une profonde dépression nerveuse, et elle fut déclarée folle au début de l'année 1542[12]. Ses crises d'hystérie empêchaient toute poursuite pour complicité d'adultère dirigée contre elle. Mais, déterminé à ce qu'elle soit châtiée, le Roi édicta une loi permettant l'exécution des fous[13].

Jane fut donc condamnée à mort par décret, sans procès, et la date d'exécution fut fixée de 13 février 1542, le même jour que Catherine Howard.

La Reine mourut d'abord, alors qu'elle était dans un état physique très faible, mais assez calme. Jane, qui avait assisté à la mort de la jeune fille sur l'échafaud, fit ensuite un discours avant de s'agenouiller devant le billot. Malgré sa dépression ayant duré les cinq mois précédents, elle était digne et posée, et le comportement des deux femmes face à la mort fut unanimement loué. Ottwell Johnson, un marchand ayant assisté à l'exécution, écrivit que leurs « esprits devaient être auprès de Dieu, car elles eurent la plus chrétienne des fins[14] ». L'ambassadeur français Marillac témoigna que Jane avait fait un "long discours"; Johnson dit qu'elle s'excusa pour ses "nombreux péchés", mais son récit ne corrobore pas la légende qui affirma par la suite qu'elle avait parlé du sort de son époux ou de sa belle-sœur.

Elle fut décapitée d'un seul coup, enterrée dans la chapelle de la Tour de Londres auprès de Catherine Howard, à côté des corps de Anne Boleyn et de George Boleyn.

Notes et références[modifier | modifier le code]

Source[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. a et b Catharine Davies, « Boleyn, Jane, Viscountess Rochford (d. 1542) », Oxford Dictionary of National Biography, Oxford University Press, Sept 2004; édition en ligne : janvier 2008.
  2. Julia Fox, Jane Boleyn: The Infamous Lady Rochford, p. 28 (2007)
  3. R. M. Warnicke, The Rise and Fall of Anne Boleyn: Family politics at the court of Henry VIII, p. 59 (1989)
  4. Alison Weir, The Six Wives of Henry VIII, p.159
  5. Professor R.M. Warnicke, The Rise and Fall of Anne Boleyn: Family politics at the court of Henry VIII, pp. 215 - 7 (1989)
  6. P. Heylin, Affairs of Church and State in England during the Life and Reign of Queen Mary, pp. 91-3 (1660)
  7. David Starkey, Six Wives: The Queens of Henry VIII, p. 569 (2004)
  8. Fox, Jane Boleyn, p. 324
  9. Fox, Jane Boleyn, p. 218
  10. Fox, Jane Boleyn, p. 219
  11. Fox, Jane Boleyn, p. 228
  12. A. Weir, Henry VIII: King & Court, p. 455-6 (2002)
  13. Calendar of State Papers: Spanish
  14. Original Letters, ed. Ellis, 1st series II, pp. 128-9 (LP XVII, 106.)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Julia Fox, Jane Boleyn: The Infamous Lady Rochford, Weidenfeld & Nicolson (2007), 432 p. (ISBN 978-0297850816)

Films[modifier | modifier le code]